"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

ALBERT COSSERY : Mendiants et orgueilleux (1955)

Bon,  c’est vrai, j’en ai déjà parlé (au commentaire 84 de Sous les pavés… la sieste ! ), mais comme je me suis plongé dedans cet été, que c’est — avec deux ou trois autres que j’espère avoir le temps de vous présenter un de ces quatres — un des livres récemment lu qui m’a le plus marqué (plus que ça même : insidieusement transformé), que je sais qu’Amélie et Isidore (cf. commentaire 43) pourront confronter leur point de vue et que je reviens de vacances avec l’envie de tenter une rubrique littéraire autour de la thématique — vaste et vague — du PP, bref j’ai plein de raisons de me permettre d’y revenir aujourd’hui.

L’auteur, pour commencer. En quelques mots. Né en 1913, au Caire,  mort tout récemment à Paris (où il vivait chichement, depuis 1945, dans une petite chambre d’hôtel), Albert Cossery n’a écrit que sept romans en soixante ans. Le reste du temps — donc la plus grande partie — il a dormi, flané, couru après les jolies femmes (si, si !) et contemplé l’oeil amusé le monde autour de lui. Un vrai dandy, quoi !

Tous ses romans se ressemblent (Marcel Proust n’a-t-il pas écrit que tous « les grands littérateurs n’ont jamais fait qu’une seule oeuvre » ?), se déroulent grosso modo dans les quartiers pauvres du Caire et présentent surtout — au milieu de la misère la plus crasse — des figures nobles et joyeuses, semble-t-il ravies de leur sort. Le personnage central de Mendiants et orgueilleux, par exemple, Gohar, est un ancien professeur de philosophie qui a un jour décidé d’arrêter d’enseigner des mensonges pour vivre dans le plus total dénuement, ne possédant plus qu’une chaise, une caisse en bois, une cafetière et un réchaud à alcool. L’essentiel de ses journées se passe dès lors à chercher sa dose quotidienne et nécessaire de hachisch.

Voici le quatrième de couverture de l’édition de Joëlle Losfeld :

Dans les rues du Caire, Gohar, ex-philosophe devenu mendiant, sillonne avec nonchalance les ruelles de la ville et croise des figures pittoresques et exemplaires. Dans ce petit peuple où un manchot, cul-de-jatte, subit les crises de jalousie de sa compagne, on rencontre aussi Yéghen, vendeur de hachisch, laid et heureux, et Set Amina, la mère maquerelle. Il y aussi Nour El Dine, un policier homosexuel, autoritaire mais très vite saisi par le doute à mesure que progresse son enquête. Un meurtre a eu lieu, celui d’une jeune prostituée…

Quel rapport avec le PP, me direz-vous ?

Ces deux phrases, page 205, résument l’idée : « Vivre en mendiant, c’était suivre la voie de la sagesse. Une vie à l’état primitif, sans contraintes. »

Mais cela demande, bien sûr, à être développé. Et discuté. Ouvrons donc pour cela, si vous le voulez bien, l’espace des commentaires…

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46 Réponses

  1. Vincent

    Il manque un personnage qui me semble « clé » dans le quatrième de couverture cité : El Kordi. Compagnon de Gohar (le philosophe) et de Yéghen (le poète), il représente en quelque sorte le révolutionnaire, idéaliste et (forcément !)… ridicule. Et c’est là, d’une certaine façon, toute l’idéologie implicite des romans de Cossery à laquelle j’adhère pleinement : le meilleur moyen de lutter contre la modernité (la civilisation du progrès et les horreurs qu’elle engendre) n’est pas de lutter contre, mais plutôt de s’en moquer. Pas plus la violence (morale ou politique) que le mépris, donc, mais la simple indifférence. Ou plutôt — c’est là je crois finalement le thème principal et la source de la puissance mystérieuse des romans de Cossery — la joie de vivre (qui est la « force majeure » pour Clément Rosset).

    août 27, 2008 à 12 h 39 min

  2. Vincent

    Les « Décroissants » (pour reprendre un sujet qui en a fâché certains en son temps) ont pressenti le truc et s’y sont approché — sous-titrant « le journal de la joie de vivre » la publication dans laquelle ils prônent en quelque sorte eux-aussi la « simplicité volontaire » — mais ils retombent bien souvent, et malgré eux (en tout cas s’en apercevoir ni même en être gênés), dans l’imprécation morale et la posture guerrière, bref sans parvenir à la sérénité indéfectible qu’exprime à merveille notamment la grand sage Gohar.

    août 27, 2008 à 12 h 47 min

  3. 120

    Ecrit par Albert Cossery :

    Il faut dire à son avantage — caractéristique assez rare chez les poètes — que Yéghen ne se prenait pas pour un génie. Il trouvait que le génie manquait de gaieté ! L’immense entreprise de démoralisation que certains esprits dits supérieurs exerçaient sur l’humanité lui paraissait relever de la plus malfaisante criminalité. Son estime allait plutôt à des gens quelconques, qui n’étaient ni poètes, ni penseurs, ni ministres, mais simplement habités par une joie jamais éteinte. La vraie valeur pour Yéghen se mesurait à la quantité de joie contenue dans chaque être. Comment pouvait-on être intelligent et triste ? Même devant le bourreau Yéghen n’aurait pu s’empêcher d’être frivole ; toute autre attitude lui eût semblé hypocrite et empreinte d’une fausse dignité.

    (…)

    Yéghen se sentait toujours émerveillé par cette oisiveté et cette joie délirante. Il semblait que tous ces gens ignoraient l’angoisse, la pénible incertitude d’un destin miséreux. Certes, la misère marquait leurs vêtements composés de hardes innommables, inscrivait son empreinte indélébile sur leurs corps hâves et décharnés ; elle n’arrivait pas cependant à effacer de leurs visages la criante allégresse d’être encore vivants.

    (…)

    Le spectacle de cette humanité livrée aux loisirs d’une fête perpétuelle le rendait furieusement envieux. Il leur en voulait de leur insouciance, de leur capacité à méconnaître les principes du monde dont les fondements étaient la tristesse et la contrition. Par quel sortilège échappaient-ils à la commune détresse ? La réponse à cette question était d’une simplicité enfantine : ces gens s’en foutaient parce qu’ils n’avaient rien à perdre. Mais Nour El Dine refusait d’accepter cette vérité élémentaire. C’eût été de sa part faire preuve d’anarchisme.

    (…)

    Ce n’était pas la soif du martyre qui avait poussé Gohar à renier son long passé d’erreurs. Il n’avait pas quitté l’université où il professait, et son appartement bourgeois de la ville européenne, avec l’intention de propager une doctrine nouvelle. Il ne se croyait ni un réformateur ni un prophète. Il avait seulement fui devant l’angoisse qui l’étreignait de plus en plus chaque jour. Cette angoisse avait couvert des continents entiers. Où s’arrêterait-elle ? Elle était là maintenant, battant de ses vagues dévastatrices les rives de cet îlot de paix où Gohar avait trouvé refuge. Il se demandait combien de temps encore la ville indigène résisterait au souffle empoisonné. Sans doute des années, peut-être tout un siècle. Etre illettré, quelle chance de survie dans un monde voué au massacre : le pouvoir sanguinaire n’avait aucune prise sur des individus qui ne lisaient pas les journaux. L’angoisse ne pouvait atteindre ces gens-là. La ville indigène se trouvait être par miracle le seul endroit du pays non encore violenté, et où s’épanouissait une vie saine, animée par la simple raison. Partout ailleurs, c’était le règne de la plus incroyable folie. Cependant tout danger de contagion n’était pas exclu : il y avait la radio. L’invention de la radio se révélait pour Gohar comme la pire manifestation du diable. Les ravages de cette petite boîte, que l’on voyait un peu partout à présent, lui semblaient plus nuisibles que tous les explosifs réunis.

    (Mendiants et orgueilleux, Joëlle Losfeld, 1993)

    août 27, 2008 à 13 h 23 min

  4. Vincent

    Il y a un ouvrage célèbre (mais que je n’ai pas — encore — lu) de Jack Kerouac qui semble très proche de ceux de Cossery, ne serait-ce que par son titre : Les clochards célestes.
    Y a-t-il un beatnik dans la salle qui peut nous en parler ?

    août 27, 2008 à 13 h 29 min

  5. 120

    Ecrit par Albert Cossery :

    (…)

    — Mais je pense à ce peuple opprimé et misérable. Maître, je ne comprends pas. Comment peux-tu rester insensible aux agissements des salauds qui abusent de ce peuple ? Comment peux-tu nier l’oppression ?
    Gohar éleva la voix pour répondre.
    — Je n’ai jamais nié l’existence des salauds, mon fils !
    — Mais tu les acceptes. Tu ne fais rien pour les combattre.
    — Mon silence n’est pas une acceptation. Je les combats plus efficacement que toi.
    — De quelle manière ?
    — Par la non-coopération, dit Gohar. Je refuse tout simplement de collaborer à cette immense duperie.
    — Mais tout un peuple ne peut se permettre cette attitude négative. Ils sont obligés de travailler pour vivre. Comment peuvent-ils ne pas collaborer ?
    — Qu’ils deviennent tous mendiants. Ne suis-je pas moi-même un mendiant ? Quand nous aurons un pays où le peuple sera uniquement composé de mendiants, tu verras alors ce que deviendra cette superbe domination. Elle tombera en poussière. Crois-moi. C’était la première fois qu’El Kordi entendait Gohar parler avec ce ton d’âpre violence. Ainsi Gohar avait ses idées sur le moyen de renverser le pouvoir haïssable. Pourquoi ne lui en avait-il jamais rien dit ?
    — Mais nous sommes déjà un peuple de mendiants, dit-il. Il me semble qu’il n’y a plus beaucoup de choses à faire.
    — Si, il y a encore beaucoup à faire. Il y a encore des tas de gens comme toi qui continuent de collaborer.
    — Là, tu te trompes, maître ! Je ne fais pratiquement rien. Ma présence au ministère est presque du sabotage.
    Gohar garda le silence ; il était mécontent de lui-même. L’emphase avec laquelle il s’était exprimé lui rappelait trop le pédantisme universitaire. Quel besoin avait-il de se défendre ? Lui, nier l’existence des salauds ! Lui qui avait tout quitté, le confort et les honneurs, pour ne plus côtoyer ces immondes.

    (…)

    — Quelle sorte de gens êtes-vous donc ? Vous vivez en dehors de la réalité !
    — La réalité dont tu parles, dit Gohar, est une réalité faite de préjugé. C’est un cauchemar inventé par les hommes.
    — Il n’y a pas deux réalités, dit Nour El Dine.
    — Si, dit Gohar. Il y a d’abord la réalité née de l’imposture, et dans laquelle tu te débats comme un poisson pris dans un filet.
    — Et quelle autre ?
    — L’autre est une réalité souriante reflétant la simplicité de la vie. Car la vie est simple, monsieur l’officier. Que faut-il à un homme pour vivre ? Un peu de pain suffit.
    — Un peu de hachisch aussi, maître ! dit Yéghen.
    — Soit, mon fils ! un peu de hachisch aussi.
    — Mais c’est la négation de tout progrès ! s’exclama Nour El Dine.
    — Il faut choisir, dit Gohar? Le progrès ou la paix. Nous avons choisi la paix.
    — Aussi, Excellence, nous t’abandonnons le progrès, dit Yéghen. Amuse-toi bien avec. Nous te souhaitons beaucoup de plaisir.
    Nour El Dine ouvrit la bouche pour répondre, mais aucune parole ne sortit de sa gorge oppressée. Il était fasciné par le personnage de Gohar. Cet homme avait parlé de la paix comme d’une chose facile et qu’on pouvait choisir. La paix !

    (ibidem)

    août 27, 2008 à 13 h 53 min

  6. 120

    Ecrit par Georges Moustaki :

    MENDIANTS ET ORGUEILLEUX

    À regarder le monde s’agiter et paraître
    En habit d’imposture et de supercherie
    On peut être mendiant et orgueilleux de l’être
    Porter ses guenilles sans en être appauvri

    L’humour n’a pas de rang il traîne dans la rue
    Avec la dérision pour compagne fidèle
    La force est impuissante devant les mains nues
    De ceux qui savent rire encore et de plus belle

    On voit sur le trottoir des maîtres philosophes
    Qui n’ont jamais rien lu mais qui ont tout compris
    On voit dans le ruisseau des filles qui vous offrent
    Un instant qui ressemble à mille et une nuits

    Il y a des enfants rois que le soleil couronne
    Même si leurs palais ne sont que des taudis
    Ils vivent en seigneurs dans une Babylone
    Aux jardins suspendus de légumes et des fruits

    À l’heure où tous les bruits de la ville se taisent
    Un verre de thé noir à l’ombre d’un café
    Un peu d’herbe qui brûle sur un feu de braise
    Le paradis perdu est enfin retrouvé

    À regarder le monde s’agiter et paraître
    En habit d’imposture et de supercherie
    On peut être mendiant et orgueilleux de l’être
    Porter ses guenilles sans être appauvri.

    août 27, 2008 à 13 h 56 min

  7. Vincent

    Egyptien comme Cossery — et tout autant expert en oisiveté — ce n’est pas étonnant que Moustaki lui ait ainsi rendu hommage.

    Il paraît qu’un long métrage a également été tiré de Mendiants et orgueilleux, mais je n’ai pour l’instant pas plus d’éléments (si quelqu’un en a… ou sait où les trouver).

    août 27, 2008 à 14 h 03 min

  8. Vincent

    Dans le roman suivant, La violence et la dérision, on trouve aussi le dialogue suivant, qui résume bien la « philosophie » de Cossery (après — promis ! — je me tais) :

    (…)
    — Aucune violence ne viendra à bout de ce monde bouffon, répondit Heykal. C’est justement ce que recherchent les tyrans, que tu les prennent au sérieux. Répondre à leur violence par la violence, c’est leur montrer que tu les prends au sérieux, c’est croire en leur justice et en leur autorité, et ainsi tu contribues à leur prestige. Tandis que moi, je contribue à leur perte.
    — Je ne vois pas de quelle manière, répond Taher. Tes agissements ne reposent sur aucune base historique, ce ne sont que des farces insipides.
    — De la manière la plus simple : en suivant les tyrans sur leur propre terrain, en devenant encore plus bouffon qu’eux. Jusqu’où iront-ils ? Eh bien, j’irai toujours plus loin qu’eux. Je les obligerai à se dépasser dans la bouffonnerie, pour ma plus grande joie.
    — Mais il y a le peuple ! s’écria Taher. Tu oublies le pauvre peuple ! Il ne rit pas, lui.
    — Apprends-lui à rire, Taher Effendi, voilà la noble cause.

    (…)

    Pour combattre le gouverneur-tyran de la ville, les personnage de ce roman vont du coup tout faire pour sa gloire — plutôt que de l’affronter — mais d’une façon tellement démesurée qu’ils finissent par le rendre grotesque et que tout le monde en rit.

    août 27, 2008 à 14 h 15 min

  9. Ourko

    Bonne idée !

    Pour lutter contre Sarkozy, donc (pour ceux qui ne parviennent pas encore à s’en détacher et en ressentent vraiment le besoin), lançons une souscription pour lui ériger, par exemple, une statue… si possible grandeur nature mais sur un énorme piédestal !

    Ou mieux : faisons tout pour qu’il devienne vite Président de l’Europe, puis du Monde, du Système solaire ou de la Galaxie, etc… et envoyons-le régner dans l’espace !
    😉

    août 27, 2008 à 14 h 21 min

  10. je lis en ce moment Les Fainéants dans la vallée fertile.

    J’avoue avoir un peu de mal à gouter les subtilités de la prose épurée de ce livre.

    Mais je vais aller jusqu’au bout, pour essayer de mieux comprendre ou savourer …

    août 27, 2008 à 16 h 43 min

  11. Vincent

    Ca fait longtemps que je n’ai pas lu Giono, mais je me demande si ce n’est pas quelque part — transposée en Provence — la même philosophie (que l’on peut, pour s’en moquer ou s’en glorifier, qualifier de « réactionnaire » ou de « conservatrice »).

    Ca serait intéressant de comparer un peu plus précisément.

    août 27, 2008 à 16 h 50 min

  12. Pascale

    Ah Cossery… j’aime tout, les livres, le bonhomme! J’ai eu la joie de m’entretenir avec lui, c’était un homme merveilleux. Relisez tous les Cossery pour vous rendre le monde supportable.

    août 28, 2008 à 13 h 03 min

  13. Vincent, le moins qu’on puisse dire par le portrait que tu brosses d’Albert Cossery est que par son statut de dandy, il était intègre à ses idées 🙂

    Et il est vrai aussi qu’en lisant ce livre, s’il ne me perd pas (encore) l’envie d’aller travailler le matin, du moins il me facilite le chemin vers les bras de Morphée !

    Il ne s’y passe pas grand chose alors que j’en suis à la moitié du livre, les descriptions sont simples, et comble du comble l’ensemble des protagonistes n’aspirent qu’à une chose : dormir !

    Il y a bien deux trois traits d’esprits, mais pour l’instant je ne comprend toujours pas votre engouement ?

    août 28, 2008 à 13 h 53 min

  14. Amélie

    Je n’en ai pas lu d’autres que celui-là; ce qui m’a plu c’est le cynisme des personnages, qui déambulent avec une sorte de liberté dans la vie. Pas totalement libres bien sûr, puisqu’il leur faut leur boulette de haschich, mais quand même pas mal par rapport à nous ! Et puis cet humour, cette dérision appliqués à tout, sans exception. Une distanciation d’avec tout ce qui est trop réel… moi ça m’aide en cas de trop grande tension, ou quand je subis de trop fortes pressions. J’essaie de me le jouer « héros de Cossery ». Je ne suis pas encore au point, mais j’y viens doucement !

    août 28, 2008 à 15 h 10 min

  15. Vincent

    Je ne peux pas te répondre grand chose, Yasté, car je n’ai pas lu celui qui semble t’ennuyer et j’avoue que ce n’est pas celui qui m’a le plus attiré. Je sais juste que la famille qu’il décrit est — à quelques exagérations romancières près — la sienne, lorsqu’il vivait en Egypte.

    Non seulement Cossery (à ce que j’en sais) est comme tu dis intègre, mais il est en quelque sorte « réaliste ». La scène de jalousie de la femme du cul-de-jatte (un des grands moments de Mendiants et orgueilleux), par exemple, a vraiment existé.

    Sinon, au-delà du style et de la paresse obsessionnelle des personnages qui ne semblent pas te convenir tout à fait, perçois-tu tout de même cette « joie de vivre » — envers et contre tout — que j’évoquais plus haut ?

    août 28, 2008 à 15 h 13 min

  16. Vincent

    Pascale, je n’ai pas trouvé trace de l’interview du Grand Albert sur ton site : ai-je mal cherché ou reste-t-elle secrète ?

    août 28, 2008 à 15 h 18 min

  17. Amélie

    Il paraît que c’était un grand tombeur… Pascale a du succomber, comme toutes les autres !!! 😉
    (il n’a pourtant vraiment pas une bouche à faire des bisous…)

    août 28, 2008 à 15 h 31 min

  18. Vincent

    La question de la « liberté » — que tu soulèves en passant, Amélie — est intéressante, je crois. On peut en faire, en effet, dans les ouvrages de Cossery, une lecture « tragique » (contre la conception « dramatique » qui a plutôt cours généralement). L’exemple le plus éclairant est alors peut-être la figure de l’inspecteur Nour El Dine, dans Mendiants et orgueilleux, qui finit par démissionner et rejoindre les mendiants afin — entre autre — de pouvoir enfin vivre sans complexe (car sans faux-semblants) son homosexualité honteuse. Je veux dire par là que dans une conception « tragique » de la condition humaine, la liberté en soi — abstraite et absolue — n’existe pas (et ne pose donc pas de problème car elle ne se recherche pas). Seule compte en quelque sorte une forme « existentielle » de liberté qui ne consiste pas dès lors à se débarasser de ses déterminismes (fussent-ils « vicieux »), mais au contraire à les assumer et les exprimer pleinement, sans honte ni culpabilité.

    C’est là d’ailleurs un autre aspect extrêmement jouissif (et subversif) de cette lecture, je trouve.

    août 28, 2008 à 15 h 32 min

  19. Amélie

    C’est en tous cas ce que moi, j’ai trouvé allégeant. Et cette dérision aussi, qui m’a paru être en quelques sortes la condition de la liberté. C’est un peu ce que j’ai toujours eu en tête, tout en étant rarement capable de le vivre vraiment….

    août 28, 2008 à 15 h 36 min

  20. Ourko

    « Allégeant » de Allégeance, c’est bien ça Amélie ?
    Etonne-toi ensuite de ne pas parvenir pleinement au sentiment de liberté !
    😉

    août 28, 2008 à 15 h 43 min

  21. Amélie

    Parce que tu trouves que prendre des libertés avec sa langue, ce n’est pas un bon début ? tutututututut… quel conformisme…

    août 28, 2008 à 15 h 49 min

  22. Pascale

    Vincent, inutile de chercher elle n’y est pas. C’était une rencontre privée que je n’avais pas envie d’exposer. D’ailleurs je n’ai fait que discuter oralement avec lui, sans micro, j’y étais pour le plaisir pas pour le boulot.
    Amélie, tu as raiso, je dirais même plus, il avait un physique repoussant (squelettique à faire peur) mais dès qu’il pose les yeux sur toi, qu’il parle, tu te tais et écoute.

    août 28, 2008 à 16 h 16 min

  23. Vincent

    Moi j’suis d’acc’ avec Amélie : le plus aliénant, en nous, c’est la langue (filtre arbitraire et « teinté » à travers lequel tout est contraint de passer). Se libérer est dès lors avant tout « se libérer des mots » (et d’abord celui de liberté). Passer à volonté au-delà (ou en-deça). N’est-ce pas d’ailleurs ce que pointe en quelque sorte Gohar lorsqu’il rêve d’illettrisme ?

    août 28, 2008 à 16 h 17 min

  24. Amélie

    Moi je dis : faut zapper la langue et raccourcir la distance donc se contenter de la bouche…
    DES BISOUS ! DES BISOUS !!!
    (dans les miens, en tous cas, beaucoup de choses sont dites)
    (bon, après on va me refaire le « qui trop embrasse, mal-être, hein ? »)

    août 28, 2008 à 16 h 20 min

  25. Isidore

    Mais quelle ardeur, les amis!!! Sitôt de retour, les voilà volubiles comme un vol d’étourneaux… à nous en tourner la tête… Quant à Cossery, je vous rejoins tout à fait quant à la puissance subversive d’une pensée amoureuse d’une joie de vivre toute animale d’abord et pleinement accueillie par un intellect libéré de toute culpabilité. Quelle révolution!!!

    Pourtant un petit côté « faiseur » du personnage modère mon enthousiasme. C’est vrai qu’il est difficile d’avoir du talent et de l’intelligence sans en profiter un petit peu; c’est bien humain et pardonnable. Dans « Mendiants et orgueilleux » par exemple, le meurtre insensé de la jeune et sensuelle prostituée par Gohar ne m’est absolument pas crédible par rapport à la logique du personnage. On peut à la limite, le justifier par l’abus de haschich qui finit par engendrer la folie. Mais j’y vois surtout une tentation de l’auteur d’introduire artificiellement la plus noire des noirceurs dans son personnage qu’il finit par trouver « trop bien », pour casser l’image de sagesse dans laquelle il finit par s’engluer sans parvenir, à l’instar de Dostoïevski et son prince Michkine dans « L’idiot » par exemple, à l’épaissir de toute la profondeur et la vérité du « bien ». C’est un tour de passe-passe habile mais pas crédible, à mon avis. « Les hommes oubliés de Dieu » me paraît d’une autre trempe et d’une autre profondeur… quoique j’ai tout de même grandement apprécié la lecture de « Mendiants et orgueilleux ».

    août 28, 2008 à 18 h 53 min

  26. Vincent

    C’est amusant, Isidore, j’ai pour ma part — il me semble — davantage apprécié Mendiants et orgueilleux que Les hommes oubliés de Dieu. Une question de ton peut-être (il y a plus d’humour, je trouve) et de personnages surtout (qui ont davantage de présence et d’ampleur). Peut-être est-ce de n’avoir jamais lu Dostoïevsky (et de ne pouvoir dès lors comparer avec le prince Michkine), mais je n’ai pas du tout été gêné par le meurtre sordide de la prostituée. Au contraire même. L’acte (qui m’a paru crédible) tout comme le jugement qu’en tire Gohar me semblent même une parfaite illustration du « cynisme solaire » de Cossery.

    août 29, 2008 à 8 h 52 min

  27. Vincent

    Je précise :
    Je n’ai en fait pas du tout « lu » ce meurtre comme la touche de noir un peu artificielle que tu décris, destinée à casser la « trop belle » image de Gohar. Cela m’a plutôt semblé être l’illustration du fait que Gohar était parvenu « au-delà du Bien et du Mal ». Le tour de passe-passe de Cossery, je trouve (qui est en effet un habile « faiseur » et, soit dit en passant, un lecteur de Nietszche) est de parvenir à nous faire passer cet acte sordide comme un accident parmi d’autres dans le cours des choses. Comme si nous étions — du moins le temps de la lecture — déjà parvenus au niveau de paix intérieure, libre de tout jugement moral, censé être atteint par Gohar.

    Pour tout dire même, s’il y a bien un passage qui m’a semblé « artificiel », ce n’est pas du tout ce meurtre (d’autant plus atroce qu’il est on ne peut plus stupide), mais plutôt la tirade sur les « salauds » de la page 204.

    août 29, 2008 à 9 h 08 min

  28. Vincent

    Tiens, j’y pense soudain : il y a dans les personnages de Cossery quelque chose (cette « joie de vivre », immorale et cynique ?) que l’on retrouve dans ceux de Kusturica (Chat noir, chat blanc, Le temps des gitans, etc.) et de Tarantino (surtout dans Pulp fiction).
    Vous ne trouvez pas ?

    août 29, 2008 à 9 h 12 min

  29. 120

    Ecrit par André Comte-Sponville :

    CYNISME :

    Le refus des conventions, des grands principes ou des bons sentiments. Etre cynique, au sens philosophique, c’est refuser de confondre le réel et le bien, l’être et la valeur, autrement dit « ce qui se fait », comme disait Machiavel, et « cela qui se devrait faire » (Le Prince, XV). Au sens trivial, c’est ne viser qu’à l’efficacité, sans s’encombrer de morale ni d’idéologie. On y voit ordinairement une forme d’impudence ; ce peut être aussi une forme de lucidité : le refus de faire semblant ou de se raconter des histoires.

    Avant d’être un défaut, ou d’être considéré comme tel, le cynisme fut d’abord une école de vertu, peut-être la plus exigeante qui fut jamais. Philosophiquement, c’est l’un des deux chaînons — avec l’école Mégarique — qui mène de Socrate au stoïcisme, et à ce titre l’un des courants les plus importants de toute la philosophie antique. L’école, inspirée par Anthisthène (qui fut l’élève de Socrate), est dominée par la belle figure de Diogène, qui fut l’élève d’Antisthène. C’est un nominalisme radical. Aucune abstraction n’existe, aucune loi ne vaut, aucune convention n’importe : il n’y a que des individus et des actes. De là une indépendance farouche, qui ne reconnaît de vertu que libre, et de liberté que vertueuse. C’est dominer en soi la bête ou la bêtise. Ascétisme ? Certes ; mais sans pudibonderie. Le même Diogène, qui enlaçait en hiver des statues gelées, pour s’endurcir, n’hésitait pas à se masturber en public. Il jugeait l’hypocrisie plus coupable que le plaisir, le plaisir plus sain que la frustratioon. C’est le même aussi qui n’eut pour Alexandre que dédain. Liberté, toujours. Vérité, toujours. Pourquoi cacher ce qui n’est pas un mal ? Pourquoi adorer ce qui n’est pas un bien ?

    Le cynisme ancien (celui de Diogène ou Cratès) et le cynisme moderne (celui de Machiavel) ont en commun une même disjonction des ordes : le vrai n’est pas le bien, ce qui se fait ne saurait fonder ce qui se devrait faire, pas plus que le devoir ne saurait tenir lieu d’efficacité. Peu importe dès lors qu’on privilégie la vertu morale, comme Diogène, ou l’efficacité politique, comme Machiavel. L’essentiel est de ne pas les confondre, et de ne renoncer ni à l’une ni à l’autre.

    Le cynique refuse de prendre ses désirs pour la réalité, comme de céder sur la réalité de ses désirs. Il refuse d’adorer le réel : l’action lui tient lieu de prière. Il ne croit en rien, mais n’a pas besoin de croire pour vouloir. La volonté lui suffit. L’action lui suffit.

    On les appela des chiens, parce qu’ils enseignaient sur la place du cynosarges (le chien agile) et faisaient fi de toute pudeur. Ils en firent leur emblème. « Je suis en effet un chien, disait Diogène, mais un chien de race, de ceux qui veillent sur leurs amis. » Vertu cynique : vertu sans foi ni loi, mais non sans fidélité ni courage.

    (Dictionnaire philosophique, PUF, 2001)

    août 29, 2008 à 9 h 32 min

  30. Amélie

    Sans le meurtre, le roman ne m’aurait pas paru complet. IL était non seulement parfaitement réaliste dans son inutilité et sa stupidité, mais il asseyait également le cynisme lumineux du personnage qui, loin d’être rongé de culpabilité, n’est que navré de son manque de lucidité : comment n’a-t-il pas vu que les bracelets étaient faux ?

    août 29, 2008 à 9 h 40 min

  31. 120

    Ecrit par Albert Cossery (sur le meurtre de la prostituée) :

    MM — (…) Mais il y a quand même une chose bizarre, c’est que Gohar, sous la dépendance du haschich, va devenir un assassin. Est-ce qu’il n’y a pas une contradiction ?

    AC — Non, c’est une fiction. J’ai voulu qu’il commette ce crime — qui n’est pas pour lui un crime, c’est ce qu’on appelle une bavure, un incident — pour amener un policier, pour créer une confrontation avec un policier, parce que le policier représente la société répressive.

    MM — Gohar supprime une vie, c’est un acte répréhensible.

    AC — Oui, mais c’est arrivé… comme un accident de voiture.

    MM — Pour lui voler quelques bracelets de pacotille, Gohar étrangle la jeune prostituée, Arnaba.

    AC — Oui, dans son délire.

    MM — On a l’impression d’ailleurs qu’il oublie aussitôt son crime après l’avoir commis.

    AC — Eh oui, parce qu’il l’a fait comme dans un rêve. Mais pour moi, l’intérêt, c’était d’introduire un policier.
    (…)

    MM — Quel est le rôle de l’intrigue dans vos romans ?

    AC — L’intrigue… Certainement, je dois trouver une intrigue originale, parce que mes personnages sont originaux, il ne peut pas leur arriver une histoire banale… d’un monsieur marié qui aime une autre femme, et ainsi de suite. Donc, je leur invente une histoire. Mais ce sont surtout les personnages qui m’intéressent, et ce qu’ils vont dire. Parce que, après tout, ils expriment ma pensée. Au reste, je ne crois pas que le lecteur s’intéresse à l’intrigue, mais aux personnages. Vous savez, les gens qui viennent me voir, surtout les jeunes, ne me disent jamais : Vous avez écrit une belle histoire. Ils sont subjugués plutôt par les personnages et ce qu’ils expriment.

    (Michel Mitrani, Conversatioon avec Albert Cossery, Joëlle Losfeld, 1995)

    août 29, 2008 à 9 h 59 min

  32. Vincent

    Malgré les propos de Cossery himself, je suis plutôt d’accord avec Amélie : le roman perdrait de son « effet » sans ce meurtre. Ce qui me semble encore plus important, même, c’est qu’il soit atroce, sordide, cruel, pitoyable et absurde. Car cela en fait un beau symbole de la condition humaine et le socle le plus sûr (dans une « logique du pire » telle que l’expose Clément Rosset) sur lequel bâtir une indéfectible « joie de vivre ».

    août 29, 2008 à 10 h 08 min

  33. Vincent

    En faisant de Gohar un être finalement aussi — voire davantage — pitoyable que nous, Cossery parvient à nous faire sentir que sa « sainteté » nous est simplement accessible.

    août 29, 2008 à 10 h 16 min

  34. Isidore

    Il y a, dans la vitalité solaire qui nous anime et que certaines civilisations ont glorifiée, cette part de cruauté insouciante et implacable qui se moque comme de l’an 40 de la vie et de la mort (surtout celle de l’autre) et qui nous permet d’écraser la moindre mouche qui nous dérange sans remord de conscience, de manger des animaux torturés dans des élevages sordides et de plaisanter sur les tragédies de l’existence.

    Le bon côté de la chose c’est de pouvoir vivre joyeusement malgré l’épée de Damoclès de la Grande Faucheuse qui attend son heure, sans nous complaire indéfiniment dans une mélancolie impuissante et ravageuse.

    Son côté moins reluisant me paraît être l’effroyable cynisme criminel, résultat de la perte totale d’empathie que cette disposition cultivée à l’excès peut engendrer chez des êtres peu enclins aux valeurs morales.

    Et je vois une sinistre imposture à prétendre, pour des gens comme nous, pétris de valeurs judéo-chrétiennes, la moindre innocence « au delà du bien et du mal » face à un meurtre perpétré de sang froid et sans autre raison que la stupidité, comme le commet Gohar.

    Cossery nous anesthésie au point de nous laisser imaginer la chose possible et finalement sans grande importance. S’il nous avait laissé bâtir un lien avec cette malheureuse jeune fille et nous y attacher un tout petit peu, comme il a su le faire avec Gohar, j’imagine le choc que ce geste insensé aurait produit sur chacun de nous et le dégoût à l’égard de Gohar (mais aussi de la perversité de l’auteur) qu’il aurait suscité.

    Je ne dis pas qu’à l’Antiquité ou à la Préhistoire il n’en serait pas ainsi, mais pour des Modernes comme nous, ceci procède, à mon avis, d’une dangereuse perversité et d’une duplicité morale fort dangereuse. Mais bon, je ne vais pas jouer au moraliste de salon et ceci me semble bon à creuser de toute façon…

    août 29, 2008 à 10 h 29 min

  35. Amélie

    Oui mai sjustement, Cossery ne nos a pas laissé nous attacher au personnage de la prostituée; il a donné juste suffisamment d’éléments (l’argent qu’elle envoyait à sa mère etc), pour rendre le meurtre sordide, mais ne nous a pas laissé tisser un lien. Ce qui nous permet de nous approprier momentanément, ou du moins d’approcher le temps de la lecture, le détachement qui amène les personnages de son roman à la dérision puis au cynisme.

    août 29, 2008 à 10 h 54 min

  36. Vincent

    En même temps il ne s’agit pas plus de faire l’éloge du crime que de prôner l’indifférence.

    Gohar, d’ailleurs, n’est pas fier de ce qu’il a fait et n’aurait assurément pas commis ce crime s’il avait été en pleine possession de ses moyens. Il ne s’en cache cependant pas, l’avoue même et semble prêt (tel Socrate acceptant d’avaler la ciguë) à en assumer les conséquences, d’autant plus que rien, pas même la prison (sauf peut-être le manque de hachisch), ne pourra lui ôter sa joie de vivre.

    Ce meurtre est incontestablement un acte regrettable, mais bon… il est accompli. Comme toutes les horreurs qui s’accumulent depuis la nuit des temps. Ne pouvant revenir dessus, il s’agit donc juste de ne pas s’y morfondre. Car seul le présent compte, finalement… d’autant plus qu’il est le plus précieux garde-fou (autant qu’on puisse s’y tenir) contre toute récidive.

    Ce qui me semble capital dans la définition du cynisme de Comte-Sponville, c’est cette disjonction lucide du « vrai » et du « bien » : ce n’est certes pas « bien » d’avoir tué cette prostituée mais c’est « vrai ». Et vouloir le « bien » n’a jamais suffi pour parvenir à l’accomplir. Ce qui est « réel » n’est même d’ailleurs jamais totalement « bien ». Il n’est cependant pas nécessaire de maintenir cette illusion pour continuer à se laisser guider par l’envie de « bien faire ». Un cynique n’est pas mieux ou pire qu’un autre, simplement il ne s’illusionne pas (notamment sur l’homme et le décalage radical qu’il y aura toujours entre ce qu’il voudra et ce qu’il fera) et n’a pas besoin d’espérer pour vouloir.
    (Je ne sais pas si je suis clair… ni toujours dans le sujet)

    En tout cas, d’accord avec toi : sujet à creuser. Ne serait-ce que pour cerner ce qui ressort effectivement du « judéo-christianisme » (que l’on prend facilement le pli de décrier) dans la moralisme et le sentiment sourd de culpabilité. Est-il par exemple si sûr que les Préhistos en étaient totalement dénués ?

    août 29, 2008 à 11 h 21 min

  37. Amélie

    C’est un genre différent, pourtant le procédé de distanciation me ramène aux premières pages de Je, François Villon, de Teulé, qui plonge le lecteur dans la pire des horreurs, dès les premières lignes, de sorte qu’on finit par s’en détacher rapidement et passer à un autre stade de perception.

    août 29, 2008 à 11 h 30 min

  38. Isidore

    Mais pour en revenir à l’objet du choix de cet exemple (le meurtre de la prostituée par Gohar), il s’agissait pour moi de désigner le côté ‘faiseur » de l’auteur, en ce que son choix répondait davantage à une nécessité d’illustrer une certaine idée (l’interview que tu rapportes, Vincent, me le confirme) que de répondre à une nécessité littéraire qui implique une prééminance de la « vérité » des personnages et des situations. Et dans ce cas précis il me semble que Cossery se soit égaré.

    Il ne s’agit pas non plus pour moi d’éviter l’expression des horreurs du monde. Mais dans ce cas là il faut être capable d’écrire de la tragédie car à ce moment là, la distanciation qui permet au lecteur et à l’auteur d’affronter l’horreur de face et sans complaisance ne laisse aucune ambiguïté quant à la situation des uns et des autres. Cette distanciation est un procédé littéraire et ne procède donc pas d’une quelconque velléité d’ordre idéologique. Le côté « faiseur » m’apparaît lorsque je devine l’idéologie derrière la situation littéraire exposée.

    Ceci dit d’accord avec vous sur les autres positions possibles concernant ce thème sans doute un peu trop vaste.

    août 29, 2008 à 12 h 58 min

  39. Isidore

    Pour préciser un peu plus, je dirais que la situation décrite par Cossery n’offre aucune « vérité » en ce qu’il nous est impossible de considérer ce meurtre avec autant de légèreté dans la réalité. Il s’agit donc d’une situation dramatique abstraite, d’un fantasme qui induit des idées mensongères contrairement à toute composition tragique réussie littérairement parlant, capable de nous relier avec la réalité décrite et qui vise justement à nous la faire approcher dans sa vérité profonde.

    août 29, 2008 à 13 h 15 min

  40. Isidore

    Je ne peux pas ne pas penser à notre formidable Dostoïevski de nouveau (Les Possédés, Les frères Karamazov, Crime et châtiment …). La question du crime est affrontée avec une autre exigence et révèle ce qu’il y a de faussement léger dans la position de Cossery à ce sujet. Là on n’est plus dans le fantasme ni l’abstraction.

    août 29, 2008 à 13 h 24 min

  41. Vincent

    Ok.

    En plus, je ne suis même pas sûr que Cossery lui-même désapprouverait d’être qualifié de « léger » (ce qui lui va assez bien, je trouve).

    Il va bien falloir un jour que j’affronte Dostoïevski (depuis le temps qu’on me le conseille en m’assurant que ça me plaira !). Et si ma réticence venait justement de ma crainte qu’il soit — à l’inverse — trop « lourd » pour moi ?

    A voir…

    août 29, 2008 à 14 h 23 min

  42. Alors commence par « Les frères Karamazov », tu verras c’est vraiment quelque chose!

    août 29, 2008 à 15 h 12 min

  43. Amélie

    Peut-être est-ce parce que je ne fais pas partie de ceux qui ont été emballés par Dostoïevski, mais je n’imagine pas vraiment Vincent accrocher… En plus, vu la taille des pavés, il a intérêt, à s’accrocher ! 🙂

    août 29, 2008 à 15 h 20 min

  44. Ben, en plus si tu le décourages par avance!!!

    août 29, 2008 à 16 h 45 min

  45. Barbarella

    Boah ! Il a l’air d’avoir le goût du challenge…

    août 29, 2008 à 16 h 50 min

  46. j’ai fini mon bouquin.
    Pfiou ca se termine sur les deux protagonistes se mettant à faire la sieste sur une route …

    septembre 1, 2008 à 10 h 53 min

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