"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Retour sur une petite semaine sauvage

Mêlant les nuits sauvages et la « croque buissonnière », Amélie et moi sommes donc allés passer une ‘tite semaine préhisto au bord du lac de Vesoles, dans le Parc du Haut-Languedoc, au début du mois d’août.

Ayant perdu ensuite notre appareil photo, nous ne pouvons malheureusement pas vous en faire un compte-rendu en images (dommage car on a affronté de sacrées tempêtes et changé notamment trois fois de campement !). Nous avons cependant noté notre alimentation quotidienne. Au menu, donc, il y a eu :

Premier jour

soir : rien

Deuxième jour

matin : thé solaire de thym-serpolet

midi : soupe de plantain lancéolé et farine de châtaigne grillée, infusion de pousses de sapin miellée.

soir : soupe d’ortie, beignets de tussilage

Troisième jour

matin : infusion d’ortie

midi : chaussons au tussilage et plantain, sirop de framboise et fraise des bois, infusion de feuille de fraise des bois, gâteau au miel

soir : racine de bardane, infusion de bardane, gâteau au miel

Quatrième jour

matin : thé au lait

midi : soupe de carottes sauvages, décoction de pousses d’épicéa

soir : soupe d’ortie, galettes au miel et coulis de framboise

Cinquième jour

matin : galette au miel, coulis de framboise et tisane d’achillée millefeuille

midi : chaussons d’ortie et sirop de framboise

soir : quenelles de tussilage et trèfle, soupe d’oxalis petite oseille

Sixième jour

matin : infusion de lamier blanc, chapatis à la farine de châtaigne, beignet de tussilage

(Avez-vous trouvé l’intrus ?)

***

Sinon, j’en reviens pour ma part avec deux sujets de réflexion (qui mériteraient à mon sens d’être développés et débattus ici… ou dans des articles ultérieurs) :

La peau : quel intérêt évolutif y a-t-il eu — pour l’espèce humaine — de susbtituer aux carapaces, écailles, poils et autres cuirs protecteurs, cette fragile interface sujettes aux griffures, coupures, piqûres, etc. ?

La chasse : quelle place prenait-elle vraiment dans l’alimentation — comme dans l’organisation sociale — des sociétés préhistoriques ? (parce que l’hypothèse de sa place négligeable, avancée par François Couplan, est sans doute discutable)

Lieu : INSERT_MAP

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73 Réponses

  1. Vincent

    Cette semaine a aussi été pour moi l’occasion de rencontrer l’auteur Finlandais Arto Paasilinna. Ceux qui connaissent notamment Le lièvre de Vatanen et Le Cantique de l’apocalypse joyeuse comprendront que c’était le cadre sans doute idéal pour cette lecture. Que ceux qui ne connaissent pas patientent un peu : on aura sûrement l’occasion d’en reparler ici. Un plaisir, en effet, se multiplie quand on le partage ! 😉

    août 25, 2008 à 10 h 07 min

  2. Amélie

    Hmmmm… c’est drôle mais la lecture du menu ne me semble pas correspondre à la réalité du vécu. Ca ne serait pas u peu cristallisé, Vincent 🙂 ? Par ailleurs il y a une erreur : ce n’était pas de la soupe de carottes sauvages puisque’elles n’étaient plus mangeables : c’était de la soupe de feuilles de carottes sauvages.

    août 25, 2008 à 10 h 37 min

  3. Amélie

    En tous cas, c’était le meilleur de nos vacances, de mon point de vue. A cause du côté épuré de tout ce qu’on a pu être cette semaine là.

    août 25, 2008 à 10 h 39 min

  4. Vincent

    Dans mon carnet, je retrouve ça :

    En montant
    dans les arbres
    la terre s’aère
    et prend un peu
    le soleil.

    *

    Les arbres :
    lent jet d’eau
    minérale.

    *

    En été,
    les insectes virevoltants
    sont les postillons
    d’une terre
    qui a trop de choses
    à dire en même temps.

    *

    Un rocher
    comme un os
    sortant
    d’une fracture ouverte.

    *

    Cliquetis, frottements
    grincements
    les sons émis
    par les insectes
    révèlent
    toute la mécanique du monde.

    *

    Par leurs chants,
    les oiseaux
    mettent de l’huile
    dans les rouages.

    *

    Les arbres
    se nettoient
    dans le grand vent
    jusque sous les branches.

    *

    Le vent
    caresse le dos
    du lac
    qui en écume
    de plaisir.

    *

    Les graminées
    rient
    sous les chatouilles
    du vent.

    *

    Les plantes
    secouées par le vent
    ont l’impression
    d’être en voyage.

    *

    Le vent
    qui les enivre
    est l’alcool
    des plantes.

    *

    Sous la tempête
    le sapin
    se croit déjà
    mât de voilier
    et la forêt
    a des allures
    de port.

    *

    L’araignée
    aimerait bien
    avoir des pattes
    plus courtes.

    *

    La sauterelle
    ne sait pas
    qui commande
    ce ressort en elle.

    *

    Mais comment font
    les papillons
    pour se diriger ?

    *

    Les oreilles du lièvre
    cachent le fait
    que ce sont surtout
    ses pattes arrières
    qui sont trop grandes pour lui.

    *

    Non, le sanglier
    ne foure pas
    son nez partout.
    Il a des délicatesses
    que nous ne soupçonnons pas

    août 25, 2008 à 11 h 24 min

  5. Ourko

    Ah ! là, Vincent, faut que tu nous dises ce que vous fumiez ! Car ça devait être sacrément « préhisto » ! 😉

    août 25, 2008 à 11 h 26 min

  6. 120

    Ecrit par Sylvain Tesson :

    SUR LE VENT :

    A la mort du vent, qui recueille son dernier soupir ?

    *
    Qui m’aime me suive, disait le vent.

    *
    Le vent rassemble le troupeau de nuages dont les ombres paissaient sur un champ.

    *
    Le vent caresse toujours l’herbe dans le sens du poil.

    *
    Sans le vent, les nations auraient la fierté moins clinquante.

    SUR LES INSECTES (et autres petites bestioles) :

    Les lucioles jouent les mites. Elles trouent la toile de la nuit pour que le jour passe à travers.

    *
    Chaque soir, l’araignée redessine la carte des Routes de la soie.

    *
    Les hannetons s’orientent-ils grâce aux constellations de fleurs ?

    *
    J’ai observé un bousier : Sisyphe est un jean-foutre.

    *
    La sauterelle, point d’exclamation des prairies.

    *
    La coccinelle : un petit panzer habillé en clown.

    *
    Une araignée peut se regarder elle-même ente quatre yeux.

    *
    La mouche prise au piège de l’araignée a la consolation de mourir dans la soie.

    *
    J’aime tellement les insectes que les cafards me donnent de l’espoir.

    *
    Les abeilles font l’amour aux fleurs.

    *
    Cafard : contempler le vol du bourdon me l’enlève.

    *
    Insectes morts au pied du lampadaire : l’extinction des espèces par l’éclairage des espaces.

    (Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages, Equateurs parallèles, 2008)

    août 25, 2008 à 13 h 30 min

  7. 120

    Ecrit par Jules Renard (sur les insectes et autres petites bestioles, puisque c’est, au milieu des ronciers, une piste qui semble se dégager) :

    LA SAUTERELLE
    Serait-ce le gendarme des insectes ?
    Tout le jour, elle saute et s’acharne aux trousses d’invisibles braconniers qu’elle n’attrape jamais. (…)

    LE VER LUISANT
    Que se passe-t-il ? Neuf heures du soir et il y a encore de la lumière chez lui.
    *
    Cette goutte de lune dans l’herbe !

    L’ARAIGNEE
    Une petite main noire et poilue crispée sur des cheveux.
    *
    Toute la nuit, au nom de la lune, elle appose ses scellés.

    LE HANNETON
    Un bourgeon tardif s’ouvre et s’envole du marronnier.
    *
    Plus lourd que l’air, à peine dirigeable, têtu et ronchonannt, il arrive tout de même au but, avec ses ailes en chocolat.

    LE PAPILLON
    Ce billet doux plié en deux cherche une adresse de fleur.

    LA DEMOISELLE
    Elle soigne son ophtalmie.
    D’un bord à l’autre de la rivière, elle ne fait que tremper dans l’eau fraîche ses yeux gonflés.
    Et elle grésille, comme si elle volait à l’électricité.

    (Histoires naturelles, 1896)

    août 25, 2008 à 14 h 15 min

  8. Vincent

    Ok, Amélie a trouvé une « erreur » (ou plutôt une imprécision) : c’étaient bien les feuilles — et non les racines — de la carottes sauvage qui faisaient l’essentiel de la soupe du 4e jour à midi.

    Mais qui va trouver l’intrus ? (Regardez bien, ce n’est pas si difficile !)

    août 25, 2008 à 14 h 36 min

  9. 120

    Ecrit par Malcolm de Chazal (sur le vent) :

    Le vent
    Ayant
    Perdu
    Sa ceinture
    Arracha
    La liane.

    *

    La brise
    Ebouriffée
    Se fit
    Repeigner
    Par les herbages.

    *

    Quand
    Passe
    Le vent
    Les herbes
    S’allongent
    Pour
    Faire
    L’amour.

    *

    L’air
    Manque
    D’air
    Quand
    Il
    Vente.

    *

    Quand
    La brise
    Hésite
    L’eau
    En mer
    A
    Le mal
    De mer.

    *

    Le vent
    Tire
    Ses ongles
    Parmi
    Les épines.

    (OEuvres, Tomes XIV et XV, Léo Scheer, 2004-2005)

    août 25, 2008 à 15 h 16 min

  10. 120

    Ecrit par Malcolm de Chazal (sur les insectes et autres petites bêtes) :

    L’araignée
    Meurt
    Lorsqu’elle
    Se voit
    Mouche.

    *

    Beaucoup
    De toiles
    Sont faites
    De cils
    Et l’araignée
    Est
    Le regard.

    *

    L’araignée
    Avait mis
    Son voile de mariée
    Pour épouser
    La mouche.

    *

    L’araignée
    Se mit
    Sous sa moustiquaire
    A cause
    Des mouches.

    *

    L’araignée
    Pourchassée
    Faisait
    Le crabe.

    *

    La
    Toile
    D’araignée
    Pleine
    De mouches
    Se mouchait.

    *

    L’abeille
    Quittant
    Chaque fleur
    Sort
    Avec
    Un geste ivre.

    (OEuvres, Tomes XIV et XV, Léo Scheer, 2004-2005)

    août 25, 2008 à 15 h 22 min

  11. Pfiou, ca a pas l’air de faire des masses de choses à manger …

    août 25, 2008 à 15 h 35 min

  12. Et tiens, si tu veux, Vincent, tu peux rajouter l’endroit sur la carte via l’interface de rédaction !

    août 25, 2008 à 15 h 35 min

  13. Pour l’intrus, je voterai pour le miel, car je vous vois difficilement aller en chercher dans une ruche ?

    août 25, 2008 à 15 h 36 min

  14. Amelie

    En fait faut rétablir les choses.
    Le premier après-midi on s’est promenés partout à la recherche de « l’endroit », sous le cagnard. On a fini par choisir un rocher qui surplombait le lac de Vesoles, alors que la nuit allait tomber, se disant qu’on approfondirait la question le lendemain. et hop, à la lumière des lampes frontales, on s’est enfoncés dans les broussailles et on a posé le campement sur un petit plateau à ce qui me semblait être 1000 mètres d’altitude.
    Nuit noire. Belle vue sur ??? (Vincent précisera peut-être). On se couche dans notre sac douillet. Sans manger parce qu’on n’avait que farine, miel, et huile d’olive et la mauvaise bouteille pour le butagaz.. donc une gorgée d’eau, les dents et au lit. On était couchés depuis une heure quand on a été encerclés par un orage dont les éclairs frappaient tous les sommets alentours. Vincent s’est donc relevé, n’écoutant que son courage et sa témérité, pour fixer une bâche aux 3 arbres calcinés qui nous entouraient, et moi je tremblais sous mon duvet, persuadée qu’il allait être foudroyé d’un instant à l’autre… on s’est recouchés dans les éléments déchaînés. Nuit sauvage.

    août 25, 2008 à 16 h 07 min

  15. Amelie

    Le lendemain matin, réveillée par un soleil de plomb, j’ai trouvé le campement déserté. Plus de Vincent. J’en ai profité pour glisser de son coté du lit, là où il n’y avait pas de bosses et je me suis rendormie. Finalement, la chaleur a eu raison de moi et je me suis levée, juste quand il remontait des gorges me disant : « ça craint, y a rien à bouffer et l’eau est à des kilomètres ! »…
    bon….
    je bois encore une gorgée d’eau (quelle folie !), je prends le savon de marseille, la serviette et mon bouquin et je pars à mon tour dans les gorges. 9a n’était ni très près, ni très accessible, mais une fois lavée dans l’eau glacée, je me suis allongée sur un rocher qui surplombait une falaise à pic et une cascade digne d’Indiana Jones, et, toute à ma solitude, je me suis prise à rêver que la civilisation n’existait plus. Je n’ai rien trouvé à manger non plus. J’ai lu au soleil et suis remontée tant bien que mal, en escaladant de gros rochers et en m’accrochant à des arbustes morts, jusqu’au campement. La chaleur était intenable et je commençais à regretter de n’avoir rien à grignoter… un abricot sec aurait fait l’affaire…
    on a replié nos affaires et on est partis à la recherche d’un endroit plus approprié, quitte à ce qu’il soit moins spectaculaire. Il devait être 15 heures, et je commençais quand-même à tomber dans un mutisme affamé…en culpabilisant d’être d’aussi mauvaise compagnie…

    août 25, 2008 à 16 h 19 min

  16. Amelie

    Avant de partir, on a jeté qq fleurs de thym serpolet dans un bol d’eau qu’on a laissé au soleil.
    Finalement, on est tombés sur une très jolie crique au bord du lac. C’était plus humide et plus frais. Il y avait du plantain, des arbres… On a décidé d’y transférer le campement. Sitôt dit, sitôt fait. L’endroit paraissait idyllique; l’eau du lac était claire, la crique très jolie, et les hamacs avaient une place toute trouvée. On a coupé quelques feuilles de plantain et on les a fait cuire dans de l’eau salée, avec de la farine de chataîgnes grillée pour épaissir la soupe. Bon. Il semblerait que je sois difficile. Vincent s’est régalé. 🙂 Moi j’en ai mangé le minimum vital pour tapisser mon estomac. En revanche, j’adore l’infusion de pousses de sapin. Avec du miel, ça m’a requinquée. Il devait être 17h00, plutôt que midi. On commençait quand même à voir l’estomac vide…

    août 25, 2008 à 16 h 24 min

  17. Amelie

    Vincent est reparti en repérage alimentaire pendant que je nettoyais et installais le lit, la « cuisine », etc. Il est revenu avec des orties et du Tussilage (le fameux pas d’âne dont parle souvent Jean Auel dans ses livres).
    Le soir venu, à la nuit tombée, on a cuit les orties dans de l’eau salée avec un peu d’huile d’olive (mais pas de farine pour me faire plaisir), et puis on a tenté nos premiers beignets de tussilage; mais on les avait lavés et l’eau les empêchait de se napper de pâte, et puis les feuilles étaient trop vieilles et caoutchouteuses. Malgré tout c’était pour nous un festin ! On s’est couchés avec le soleil. Comme on était au bord du lac on a installé la moustiquaire… au moment de s’endormir, on s’est rendus compte qu’elle était tapissée d’araignées plutôt… grosses… et incroyablement nombreuses… on a très bien dormi.

    août 25, 2008 à 16 h 29 min

  18. Amelie

    à partir de là, on s’est appliqués à faire des expériences culinaires, pour exploiter au mieux les possibilités qu’offrait chaque plante, tout en s’attachant à préserver la « nourriture-plaisir ». Avant qu’on se couche, j’avais préparé un levain avec de la farine complète, pensant tenter de faire un gâteau, une crèpe ou un pain sucré le lendemain (j’en ai vite assez de manger des feuilles vertes dans de l’eau chaude…).

    août 25, 2008 à 16 h 32 min

  19. Amelie

    Comme je n’avais plus faim, je suis vite redevenue très bavarde… Vincent s’est demandé s’il ne valait pas mieux m’affamer.

    août 25, 2008 à 16 h 33 min

  20. La suite, la suite !!

    août 25, 2008 à 16 h 34 min

  21. Amelie

    nan c’était une pause-café, faut que je me remette au boulot. La suite demain. Entretemps, je pense que Vincent voudra rectifier des choses.
    Une précision cependant : les quantités qu’on mangeait à chaque repas étaient minuscules. Chaque bouchée avait une valeur nouvelle. Les repas qu’on a faits en rentrant ont mis une bonne semaine avant de pouvoir passer sans soucis dans mon tube digestif…
    Ce qui était intéressant (entre autres nombreuses choses que j’aurais du mal à développer ici), c’était le soin et l’intention apporté à chaque chose, chaque feuille de plantain coupée, chaque feuille de tussilage frite, etc. J’ai trouvé que les gestes, et les intentions gagnaient considérablement en qualité.

    août 25, 2008 à 16 h 41 min

  22. Vincent

    Voilà, la carte y est.

    Quant à l’intrus, non, ce n’est pas le miel, Yatsé. Ni l’huile d’olives, la farine ou le sel qui sont, il faut l’avouer, indispensables (surtout quand on ne chasse pas).

    Sinon, rien à modifier — à la première lecture — dans le récit d’Amélie.

    août 25, 2008 à 18 h 07 min

  23. Vincent

    Dans La déesse mère ( http://image.evene.fr/img/livres/g/2253145653.jpg ) de Cavanna, que j’ai lu juste après, dans la tribu préhistorique — et outrancieusement machiste — imaginée par l’auteur au début de son roman, les galettes et les plantes (dénommées « choses immondes » en référence, paraît-il, au Salammbô de Flaubert), sont réservées aux femmes.

    Les hommes, eux, ne mangent que du gibier.

    (Il faudra trouver le temps de causer tout autant de ce livre que de cette question de la chasse, sur laquelle je suis en train de me pencher)

    août 25, 2008 à 18 h 22 min

  24. 120

    Ecrit par François Cavanna :

    Ghal se retira de dedans la femme. Elle l’avait reçu à quatre pattes, il n’avait et qu’à la pousser en avant, il l’avait trouvée en train de couper à poignées de ces herbasses jaunâtres qui ondulaient à perte de vue au flanc des collines, portant au haut de leurs tiges raides des graines en épis serrés, des graines bonnes à manger une fois que les femmes les avaient débarassées des saloperies barbues et coupantes qu’il y avait autour et, les ayant grossièrement broyées entre deux pierres épaisses, les mélangeaient à de l’eau et faisaient cuire des galettes de cette boue sur des pierres plates chauffées juste à point dans les flammes du feu commun. Ripaille de femelles, dédaignée par les mâles. Les mâles emplissaient leur panse de la chair sanglante de l’auroch et de l’ours.

    La femme emplit son ventre de choses immondes. L’homme tue et mange. S’il ne tue, il ne mange. C’est la Loi. Seule, la chasse est noble. Seule, la chair tuée de sa main convient à l’homme.

    (…)

    (début de La déesse mère, Albin Michel, 1997)

    août 25, 2008 à 18 h 40 min

  25. Amelie

    Et moi j’ai le droit de deviner l’intrus ?

    août 26, 2008 à 9 h 50 min

  26. Vincent

    Sérieusement ? Tu ne vois pas ce que ça peut être ? Continue ton récit… ça viendra tout seul, tu verras. 😉

    août 26, 2008 à 9 h 54 min

  27. Amelie

    Ben si, je vois; la question que je pose, c’est est-ce que j’ai le droit de jouer ! Et là j’ai pas le temps de continuer. Peut-être à midi.

    août 26, 2008 à 10 h 19 min

  28. Vincent

    Tu fais comme tu veux. De toutes façons, je n’ai pas l’impression qu’il y ait grand monde. Il y a donc peu de chance que d’autres jouent. Alors…

    août 26, 2008 à 10 h 22 min

  29. Amelie

    Détrompe-toi. Notre compte rendu est lu attentivement par un grand spécialiste de la flore suédoise. Nul doute qu’il pourrait de lui-même trouver l’intrus. Pour l’instant il m’est avis qu’il considère qu’une semaine, ce n’est pas assez pour apprécier le champignon de Tchernobyl multiprotéiné….

    août 26, 2008 à 10 h 28 min

  30. On m’a donné une réponse de l’intrus, il faut lire attentivement 🙂

    août 26, 2008 à 13 h 51 min

  31. La façon dont tu présentes le menu paraît super appétissante, Vincent, alors qu’après avoir discuté avec Amélie, nous avons appris que ce n’était pas si facile que cela parait à ingurgiter … 🙂

    août 26, 2008 à 13 h 52 min

  32. Et Amélie, raconte-nous l’histoire de Monsieur Sanglier !!

    août 26, 2008 à 13 h 54 min

  33. Et pour faire suite au récit d’Amélie de cette fabuleuse semaine sauvage et avec son aimable autorisation, voici un sms reçu en guise de carte postale :

    « Sérieux, on est au sommet d une colline en altitude avec trois pauvres arbres tondus et un orage est en train de nous arriver sur la gueule style tornade. Au cas où tu n’aurais pas de nouvelles demain matin on est près d’un menhir qui surplombe le lac de vezoles (jecrois – la maman de vincent saura : madame xxx à yyy dans l hérault.) Merci et désolée pour l heure tardive xx

    Le 06/08/08 à 00h09 … 😀

    août 26, 2008 à 14 h 00 min

  34. 120

    Ecrit par Eugène Gullevic (sur les ‘tites bêtes) :

    Dans les herbes
    Tous ces insectes

    Apparemment
    Sans mémorial.

    *

    Qui
    Entend les cris
    De la coccinelle ?

    *

    La stature
    De chaque insecte

    Est un discours
    Sur l’univers.

    *

    La mouche
    Sait

    Qu’il y a danger de mort.

    *

    Le cloporte
    N’est pas forcément
    Plus bête que l’aigle.

    (Requis, Gallimard, 1983)

    *

    La coccinelle posée sur ma main
    Ecoutait avec moi
    Le silence des planètes.

    (Maintenant, Gallimard, 1993)

    août 26, 2008 à 14 h 11 min

  35. Vincent

    Moi j’ai pas eu trop de mal à ingurgiter toutes ces « choses immondes », vraiment ! (mais tu sais, je ne suis pas très raffiné comme garçon).

    Ce qui m’aurait le plus gêné, à la longue, c’est peut-être avant tout la quantité un peu trop frugale.

    août 26, 2008 à 14 h 18 min

  36. Amelie

    Suite…
    Donc le lendemain matin, après une infusion faite avec les restes de soupe d’ortie de la veille au soir, on fait la vaisselle, et je me débarbouille dans le lac, puis il y a débat sur la meilleure façon d’utiliser le levain préparé la veille.Je voulais faire des gâteaux, Vincent voudrait qu’on fasse des chaussons fourrés « à l’herbe », façon Couplan. Début de divergence… je préférerais qu’on invente nos propres recettes et j’ai envie de sucré, mais il me propose un compromis : moitié moitié…
    Du coup j’ouvre mon tupperware qui chauffait au soleil et je modifie ma pâte pour respecter le compromis. J’ajoute pas mal de farine (comme j’avais prévu plutôt des crêpes épaisses, j’avais initialement préparé quelque chose de plutôt humide et tout mou). J’ajoute de la farine de façon à pouvoir en faire des chaussons sans qu’elle perde trop de son moelleux. Idéalement, il aurait fallu que je la divise dans deux tupperwares… mais il n’y en avait qu’un de disponible.
    Pendant ce temps, Vincent part en quête de nouvelles plantes, après avoir défriché un coin sécurisé pour faire du feu (pas trop conseillé dans la région, voire même complètement interdit…).
    Les avant bras et les mains tout englués de farine, je me rince dans le lac (ça prend longtemps…) tout en espérant appâter des poissons. Mais rien ! Pas l’ombre de la queue d’un ! Comme Vincent ne revient pas, je pose deux grosses pierres à l’endroit où il me semble qu’il a prévu de faire le feu, et j’aligne les grosses branches dessus, avant de construire le « tipi » de brindilles par dessus. (en fait, je n’étais pas du tout au bon endroit…).
    IL revient avec plantain, tussilage et orties. On les lave et on les coupe. On les « blanchit » à l’eau. Pendant qu’il fait le feu, et surtout des braises, dans le bois, j’essaie d’étaler mon compromis de pate en petits cercles que je remplis de plantes pré-bouillies avant de els refermer en chausson. Mais la pâte est trop molle, les herbes trop humides, ça part en lambeaux et on dot les mettre à plat dans une gamelle avant de les poser sur les braises. Finalement, ça cuit. Un chausson chacun. Vincent mange le sien très content. Moi je grignote la pâte avec quelques feuilles collées dessus et je lui donne le reste (c’est vraiment mauvais…). Je tente de me rattraper sur le dessert, mais la pâte est maintenant trop épaisse. PLus moyen de faire les crèpes auxquelles je pensais. J’en fais donc un gros boudin fourré au miel et, à défaut de four, je le pose sur les braises pour qu’il cuise. Ce n’ets pas très bon non plus, mais c’ets consistant, plutôt neutre et un peu sucré. Coupé en tranches, ça fait un petit quelque chose à grignoter qui nous fera deux jours de gouter, dessert et petit déjeuner…
    On passe l’après-midi chacun dans son hamac avec son livre. Il fait si froid avec ce gros vent glacé, qu’on est obligés de s’enrouler dans les sacs de couchage.

    août 26, 2008 à 14 h 31 min

  37. Amelie

    J’allais oublier ! Il avait dégotté quelques fraises des bois et mures et framboises. Par prudence on les a fait bouillir dans un peu d’eau et du miel et mangées avec le boudin un peu sucré pas vraiment cuit… ça c’était très très parfumé, très très bon.

    août 26, 2008 à 14 h 37 min

  38. Amelie

    Vincent est quand même un peu embêté que je ne mange pas plus que ça (mais en fait, je mange suffisamment pur ne pas être affamée). En fait, je rêve de racines et tubercules. J’ai l’impression que ça me plairait beaucoup plus que ces feuilles vertes, molles, pleines d’eau, au goût fort qu’on ingurgite à chaque repas.
    Du coup, il décide de partir à la recherche de racines de bardane, et moi je reste dans mon hamac, avec deux pulls, des chaussettes et mon sac de couchage, à faire ma larve en lisant les Chroniques des Indiens Guayaki de Clastres… Le vent souffle si fort que le lac est recouvert d’une mousse épaisse et jaunâtre et que je me balance dans mon hamac.

    août 26, 2008 à 14 h 40 min

  39. Amelie

    Il se trouve que les racines de bardane sont épouvantablement difficiles à déterrer. Il en casse sa pelle américaine et revient, plusieurs heures plus tard, avec quelques racines et les mains tout abimées.
    C’est à son tour de lire un peu, pendant que je les nettoie et les prépare. Mais il ne lit pas longtemps parce que le vent commence à souffler si fort qu’il devient improbable de passer un bonne nuit : il commence à construire des palissades de bois mort devant et autour de notre lit.
    il suggère des frites de bardane. POUrquoi pas ? Après les avoir grattées et lavées, je tente d’en croquer un bout (on en a 5 en tout et pour tout et elles paraissent très abimées). iMPOSSIBLE. Elles sont trop dures. Je me dis qu’en les faisant bouillir avant de les faire cuire, j’augmenterais nos chances de mâcher. Je les fais donc bouillir dans de l’eau mais je ne sale pas, parce que ça sent si bon que je décide de garder l’eau de cuisson pour en faire une infusion. Je mets la gamelle d’eau chaude de côté et je fais chauffer de l’huile dans une mini poêle où je jette ma poignée de frites de bardane. Je fais bien griller et je sale. Le goût est vraiment très bon, mais les racines sont bien trop vieilles et dures comme du bois. Impossibles à avaler. On les mahonne donc pour extraire le jus et l’huile, puis en en recrache les 3/4… pas grave; c’était très bon. On finit le repas par une tranche du boudin pas cuit au miel et une tasse de tisane de bardane, puis on se couche sous la bâche…

    août 26, 2008 à 14 h 48 min

  40. Amelie

    Vincent a construit un rempart de bois autour du lit et tendu la bâche sur nos têtes, pas trop haut.
    Mais le vent est incroyablement puissant et froid et nous atteint malgré tout. On se pelotonne avec pulls et chaussettes dans nos sacs de couchage et je m’endors paisiblement.

    août 26, 2008 à 14 h 53 min

  41. Amelie

    BRAAAAOURRRRFFFFFFFFFFFF ! je suis réveillée en sursaut par un bruit épouvantable et une bourrasque décoiffante. La bâche a été arrachée, avec la moustiquaire, les piquets, mes chaussettes, chaussures et lunettes. Ca souffle comme en enfer. En même temps que j’ouvre les yeux je suis prise d’un incroyable fou-rire.Vincent attendait que aç arrive. Il ne dormait pas. Mais ça ne le dérange pas que je rigole. Il se lève cul nu et gelé pour retenir un pan de bâche en arc-boutant ses talons dans la terre et attend 5 bonnes minutes sans s’impatienter que je finisse par retrouver mes lunettes dans le noir, à tâtons. Puis c’est moi qui m’arc-boute sur la bâche pendant qu’on réfléchit rapidement à la suite des opérations.

    août 26, 2008 à 14 h 58 min

  42. Amelie

    On a l’impression d’être en pleine mer; Tout vole; on claque des dents et on tremble de froid… ou de rire… enfin un peu des deux…

    août 26, 2008 à 15 h 01 min

  43. Amelie

    On pourrait abandonner le campement et aller finir la nuit dans la voiture, mais bizarrement on n’y pense pas. Impossible de rattacher la bâche : plusieurs oeillets ont été déchirés et où qu’on la mette, le vent l’arrache de nouveau.
    Finalement, on trouve la solution en deux minutes. On attache le haut de la bâche (au niveau de nos têtes) à 50 cm du sol, à deux troncs d’arbres, on la pose et la tend sur nos sacs de couchage en posant de grosses pierres sur tout le pourtour. On s’enfile là-dessous, bien à l’abri comme dans une tombe et on finit la nuit au chaud. En gloussant et s’autocongratulant.

    août 26, 2008 à 15 h 04 min

  44. Vincent

    C’est bien mieux qu’un récit en images, finalement. Bravo, Amélie !

    août 26, 2008 à 17 h 30 min

  45. barbarella

    Ah non, bravo Vincent ! T’es un vrai héros ! Vous vous prenez des tempêtes dans la gueule, vous mangez des trucs infâmes et rationnés, vous dormez avec des araignées… et tu arrives à lui faire voir la vie en rose ! T’es un vrai magicien !

    août 26, 2008 à 17 h 46 min

  46. Isidore

    Bien le bonjour à vous! J’ai bien ri en lisant votre aventure. Dis donc, Amélie, quel talent pour raconter!.. A cette lecture instructive, on peut imaginer ce qu’un homme seul, en pleine nature sans autres ressources que ses propres forces, est amené à affronter pour survivre. Je repense au film dont vous parliez ici voici déjà un certain temps…
    Une fois arraché à mon labeur estival de restauration de la maison, je vais pouvoir reprendre le fil de la conversation interrompue augustement…

    août 27, 2008 à 8 h 42 min

  47. Amélie

    Suite… 4ème jour.
    Bien cachés sous notre bâche, nous ouvrons de temps à autre un oeil hagard et hissons à un certain degré de conscience une oreille, parfois les deux, pour constater qu’au dehors il fait très froid et que le vent souffle toujours comme un dément.
    Vers 11h00, c’est notre vessie qui nous réveille à nouveau. La pression est même difficilement supportable, quelle que soit la façon dont on se couche ou se tortille dans notre sac de couchage… On sort un bout de nez, un quart de joue, un doigt, de dessous la bâche. Diantre ! il fait affreusement froid !!!! On parlemente, on traînouille, on rêvasse… midi arrive, les urètres de fissurent…
    Soudain, n’y tenant plus, je tente une sortie fulgurante. Vincent n’a pas le temps de dire ouf. Mon audace, je le vois bien, le laisse pantois. Un ptit pissou à 30 mètre et je reviens en courant et plonge littéralement dans notre tumulus en plastique noir. Il est bluffé…

    août 27, 2008 à 20 h 08 min

  48. Amélie

    Que faire ?
    Le froid est tel et le vent tellement violent qu’il est impensable de faire quoi que ce soit à l’air libre.
    Si ce temps persiste, il nous faudra revoir nos plans. On décide donc d’aller acheter un journal pour étudier la météo d’un peu plus près et, de passage dans la civilisation, on en profite pour prendre un…
    un….
    un…
    THE AU LAIT !!!!!!

    août 27, 2008 à 20 h 11 min

  49. Amélie

    je précise qu’on est en terrasse, entourés de gens qui déjeunent des tas de bonnes choses, et bizarrement, on n’en a même pas envie !!!

    août 27, 2008 à 20 h 26 min

  50. Vincent

    Bravo, Amélie !
    Tu as trouvé l’intrus.
    (T’es vraiment trop forte 😉 )

    août 27, 2008 à 20 h 29 min

  51. Amélie

    Et puis, hop ! On est fous, on décide de braver le risque de confondre avec la ciguë, et de cueillir de la carotte sauvage. Finalement, c’est assez facile à reconnaître, surtout quand la fleur brunit et se retourne vers le haut pour former une boule. On en ramasse des brassées !!! Les racines sont plutôt très petites, mais les tiges fournies et feuillues. Ca forme un gigantesque bouquet : on en a plein les bras. Je me régale d’avance à l’idée de manger quelque chose de consistant, fondant, et pas vert…

    août 27, 2008 à 20 h 30 min

  52. Amélie

    Pas très loin de notre campement qui ploie sous la tempête se trouvent 3 maisons en ruine, de part et d’autre d’un tout petit ruisseau qui descend de la forêt pour s’écouler dans le lac de Vesoles.
    Par curiosité, on décide d’explorer cette forêt. C’est assez grandiose, espacé, accidenté, avec des pentes raides, des chataigners (?) des rochers, des clairières ensoleillées et herbues, et ce tout petit ruisseau qui serpente en zigzags. Sur le haut de cette forêt, on trouve comme une scène d’herbe qui surplombe une petite clairière jonchée de cadavres d’arbres, comme des squelettes de buffles amoncelés.

    août 27, 2008 à 20 h 36 min

  53. Amélie

    Deux arbres petits, trapus, noueux encadrent la scène et offrent une protection à la fois contre la pluie et contre le vent. Nous décidons de nous installer là pour finir notre séjour.
    Avant de déménager à nouveau, nous préférons festoyer avec les carottes sauvages. Je les nettoie une à une alors que Vincent part chercher toutes nos affaires au bord de la crique. J’ai une mauvaise nouvelle quand il revient : les racines sont plus dures que la pierre. Vérification faite dans la « Bible de Maître François » : la carotte sauvage doit se cueillir AVANT que la tige monte et fleurisse, et en plus entre l’automne de la première année et le printemps de la seconde… On était mal barrés.
    Les feuilles en revanche sont comestibles.
    Et hop ! Encore de l’eau chaude avec des feuilles vertes toutes molles dedans… bon, celles-là, elles on tun eptit goût poivré.

    août 27, 2008 à 20 h 43 min

  54. Amélie

    heureusement, il y a toujours la tisane de pousses d’épicéa au miel, et ça c’est vraiment super bon !! 🙂

    août 27, 2008 à 20 h 45 min

  55. Amélie

    Alors qu’on boit notre tisane, deux très jolies jeunes filles à cheval arrivent et s’installent au bord du chemin pour passer la nuit.
    Vincent décide de partir en cueillette pendant que je transfère et monte le campement sur la petite scène bucolique.

    août 27, 2008 à 20 h 48 min

  56. Amélie

    Les filles sont sympa. Je profite de l’absence de Vincent pour papoter, échanger un peu d’eau potable, discuter du meilleur endroit du ruisseau pour se laver, avec une pierre pour poser son savon, une branche pour accrocher ses habits etc… discussion de filles, quoi.

    août 27, 2008 à 20 h 50 min

  57. Amélie

    A chacune de mes allées et venue dans la forêt avec les sacs et les affaires, j’observe la technique hygiénique des filles (ça ne les dérange pas). La mienne c’est de me mettre complètement nue accroupie dans l’eau gelée, et les genoux de chaque côtés de la tête de me laver à grande eau et à grand savon. On a froid un bon coup mais c’est divin. Elles font petit bout par petit bout, en gardant le reste habillé. Ca paraît un peu fastidieux… Dommage que Vincent rate ça…

    août 27, 2008 à 20 h 52 min

  58. Amélie

    la petite scène herbue est parfaite. On a la place pour le lit, les sacs de couchage sont derrière nos têtes, la « cuisine » sur notre gauche et la « salle de bain » à nos pieds.
    Vincent ne revient toujours pas alors je descends à mon tour au ruisseau faire mes ablutions et j’en profite pour la ver le linge. Laver le linge à l’eau glacée, dans un ruisseau dont l’eau devient marron si on la remue trop, est une activité assez longue, délicate, et ardue. Mais une fois que j’ai pendu le linge sur les branches, je trouve que notre campement a un air très… cocooning !
    Il y a un petit rayon de soleil, le vent est bloqué par la forêt… en attendant Vincent je m’installe avec mon bouquin pour une demie heure de pause. Elles se sont finalement faites rares. (nous qui pensions lire du matin au soir, en non stop…)

    août 27, 2008 à 20 h 58 min

  59. Amélie

    Ah oui ! Juste avant j’avais refait un levain bien humide comme celui que j’envisageais au départ, avec de l’huile et beaucoup de miel.

    Vincent revient finalement, les jambes en sang… pour m’avoir cueilli un plein bol de framboises au péril de sa peau ! Il a aussi des orties (cool…).
    On refait donc une soupe d’ortie qu’on déguste sur ce qui devient un canapé d’herbe, puis pour le dessert on fait cuire les framboises avec du miel et de l’eau et finalement je fais frire 4 petites galettes de miel. Au final, ça fait un premier repas plutôt réussi !
    On ne peut pas vraiment lire au lit, ça attire les insectes, alors on dort..

    août 27, 2008 à 21 h 03 min

  60. Amélie

    On est réveillés en pleine nuit par une gros bruit dans le champ de hautes herbes au-dessus de nos têtes : BRRR BRRR BRRR BRRR ! Ca vient de la gauche et c’est très bruyant et décidé. On ouvre les yeux, nez à nez, sans bouger : « un sanglier ? » « sûrement ». Dans le doute je me colle un peu plus. « T’as peur ? » « Un p’tit peu »… Et puis le sanglier fait un truc très drôle. IL a du nous entendre ou nous sentir, mais arrivé à notre niveau, plusieurs mètres au-dessus de nos têtes, il semble trotter doucement sur la pointe des pieds, dans un petit tip tap discret. Puis, passé à la droite de notre « chambre », il reprend son gros BRRRR BRRRR BRRRR….

    août 27, 2008 à 21 h 07 min

  61. Amélie

    J’ai beaucoup de mal à me rendormir : Et si ce n’était pas un sanglier ? Et si c’était un homme en grosses bottes ? Un serial killer ? Un tueur de campeurs sauvages ??? Et s’il décidait de se jeter sur nous, là, avec un gros couteau pour nous tuer ???? ET je me rends compte en m’endormant à nouveau fondue dans la poitrine enveloppante qui me fait face, que le monde sauvage, finalement, celui qui fait peur, c’est celui des humains.

    août 27, 2008 à 21 h 10 min

  62. Interlude animalier

    Ecrit par Jacques A. Bertrand (sur les petites bêtes) :

    Les jardins regorgent de trésors et de curiosités. Mais l’homme et la femme, qui se vantent d’avoir la « main verte », ne s’inquiètent que de leur parterre de tulipes, qu’ils arrosent d’insecticide. Ils ignorent le vol insouciant du tipule dégingandé, le toupet de la guêpe philante ou du sphex aux yeux verts, le saut en longueur multicolore du criquet désorienté, le prix Nobel de géométrie de l’épeire tigrée, le steeple-chase de l’araignée-loup ou la charge du scrabée rhinocéros. A peine remarquent-ils, de loin, les soirs d’été, le fanal vert pâle de la luciole.

    *

    Situé, selon un certain Blaise Pascal, entre l’infiniment grand et l’infiniment petit, l’homme se montre davantage intéressé par le premier. Il scrute le ciel et s’ébahit tous les soirs, de mai à octobre, devant « cette obscure clarté qui tombe des étoiles ». La folie des grandeurs le guette, il rêve intergalactique, il se projette de nébuleuses en trous noirs et s’invente des destinées façon « 2001, l’Odyssé de l’espace ». Naturellement, ses vertèbres cervicales en souffrent et, avec l’âge, il commence à se pencher vers la terre. Dès lors, il a une bonne chance de découvrir qu’il y a un autre univers. A ses pieds.

    Un univers impitoyable. Toutes sortes de comédies de moeurs, de drames et de tragédies en tout genre s’y déroulent. Le moindre mètre carré de jardin ou de sous-bois est un véritable champ de bataille, quand il ne s’agit pas d’un remake de « L’Auberge rouge ». Des bijoux fantaisie sur pattes — émeraudes, rubis, onyx — y croisent des diplodocus et des dragons miniatures. Des demoiselles aériennes en robe de tulle bleu, qu’on croirait sorties d’un conte de fées, chassent férocement le moucheron en vol. Ce magnifique papillon est l’apogée du numéro de transformiste d’une chenille urticante à ne frôler sous aucun prétexte. Le frelon se donne des airs de tigre à moteur. Un ronflement d’hélicoptère annonce le passage rare d’un lucane cerf-volant.

    *

    L’ARAIGNEE

    L’araignée est un être exquis qui fait de petits pas, d’innombrables petits pas dus à sa vivacité et à son grand nombre de pattes. (A l’arrêt, on en compte au moins huit.) L’araignée est une danseuse de première qui ne se marche jamais sur les pieds.
    (…)
    L’araignée contient une machine à tisser miniature avec laquelle elle produit de merveilleuses pièces en soie naturelle qu’elle expose dans des angles de murs. (…) Par ailleurs, elle fabrique aussi du venin, comme tout le monde, mais elle n’en abuse pas comme certains…
    (…)
    A l’automne, l’araignée, qui n’est pas plus bête qu’une autre, abandonne la vie au grand air pour s’installer en appartement. Elle est alors lamalheureuse victimee d’un véritable génocide en chambre que les hommes pratiquent pour plaire aux femmes. C’est un spectacle désolant que celui d’un homme poursuivant une araignée, armé d’un balai (ou d’un aspirateur). Quelquefois l’araignée réussit à disparaître (généralement sous le lit) et la femme préfère demander à l’homme de lui appeler un taxi. Certains hommes — et en particulier les naturalistes — essayent d’expliquer aux femmes que la phobie des araignées est un truc idiot, comme la plupart des phobies, mais ça prend du temps et ça n’arrange pas leurs affaires.
    (…)
    Dieu merci, l’araignée est appelée à régner encore un certain temps sur notre monde. Il en existe près de quarante mille espèces, toutes plus exquises les unes que les autres, expertes en toiles, qui portent des noms charmants : lycose, tarentule, argyronète, épeire, mygale… Dieu merci encore, il existe également toutes sortes de femmes, toutes plus exquises les unes que les autres, expertes en voiles, qui portent des noms charmants et sont appelées à régner encore un certain temps sur les chasseurs d’araignées.

    (Les sales bêtes, Julliard, 2008)

    août 29, 2008 à 8 h 35 min

  63. Interlude animalier

    Ecrit par Francis Ponge :

    L’ARAIGNEE

    Sans doute le sais_je bien… (pour l’avoir quelque jour dévidé de moi-même ? ou me l’a-t-on jadis avec les linéaments de toute science appris ?) que l’araignée sécrète son fil, bave le fil de sa toile… et n’a les pattes si distantes, si distinctes — la démarche si délicate — qu’afin de pouvoir ensuite arpenter cette toile — parcourir en tout sens son ouvrage de bave sans le rompre ni s’y emmêler — tandis que toutes autres bestioles non prévenues s’y emprisonnent de plus belle par chacun de leurs gestes ou cabrioles éperdues de fuite…

    Mais d’abord, comment agit-elle ?

    Est-ce d’un bond hardi ? ou se laissant tomber sans lâcher le fil de son discours, pour revenir plusieurs fois par divers chemins ensuite à son point de départ, sans avoir tracé, tendu une ligne que son corps n’y soit passé — n’y ait tout entier participé — à la fois filature et tissage ?

    D’où la définition par elle-même de sa toile aussitôt conçue :

    DE RIEN D’AUTRE QUE DE SALIVE PROPOS EN L’AIR MAIS AUTHENTIQUEMENT TISSUS — OU J’HABITE AVEC PATIENCE — SANS PRETEXTE QUE MON APPETIT DE LECTEUR.

    A son propos ainsi — à son image –, me faut-il lancer des phrases à la fois assez hardies et sortant uniquement de moi, mais assez solides — et faire ma démarche assez légère, pour que mon corps sans les rompre sur elles prenne appui pour en imaginer — en lancer d’autres en sens divers — et même en sens contraire par quoi soit si parfaitement tramé mon ouvrage, que ma panse dès lors puisse s’y reposer, s’y tapir, et que je puisse y convoquer mes proies — vous, lecteurs, vous, attention de mes lecteurs — afin de vous dévorer ensuite en silence (ce qu’on appelle la gloire)…

    Oui, soudain, d’un angle de la pièce me voici à grands pas me précipitant sur vous, attention de mes lecteurs prise au piège de mon ouvrage de bave, et ce n’est pas le moment le moins réjouissant du jeu : c’est ici que je vous pique et vous endors !

    (Pièces, Gallimard, 1962)

    septembre 1, 2008 à 0 h 16 min

  64. Amélie

    je reprends le compte rendu à midi si je peux…

    septembre 1, 2008 à 10 h 04 min

  65. Amélie

    Aïe ! voilà que j’ai la mémoire qui flanche !
    Nous nous sommes bien sûr réveillés très tard encore une fois (aux alentours d’11 heures); on avait dormi bien à l’abri du vent et de la pluie, mais le sol était plein de bosses et on avait tous les deux très mal au dos !
    POur une fois, on a pris le temps de bouquiner au lit. J’ai même lu pendant encore presqu’une heure, pendant que Vincent s’occupait du petit déjeuner. IL faut dire qu’à ce stade, on était arrivés à un certain degré de confort…J’ai donc bu ma tisane au lit, et puis je suis venue l’aider pour les crêpes. On a fait un gros petit déjeuner, on s’est débarbouillés, habillés, on a fait la vaisselle à la rivière, et comme on n’avait plus d’huile,on est partis au ravitaillement. Les quelques coups de fil qu’on a reçus et donnés lors de notre passage dans la civilisation ont quelque peu modifié notre programme et nous avons décidé d’écourter un peu notre « semaine sauvage ».

    septembre 1, 2008 à 13 h 00 min

  66. Amélie

    En revenant au campement, Vincent a fait des chaussons d’orties; très bien réussis cette fois et carrément plutôt bons ! (sans doute parce que je n’étais pas intervenue dans leur fabrication !). Un petit dessert de sirop aux fruits (hmmmmm) et puis on s’est mis en slip au soleil, entre les carcasses de buffles, chacun avec son bouquin. Je crois qu’il avait commencé Paasilina (il en était à la crise cardiaque du patriarche)et moi j’étais en train de finir Castres. Il a donc brulé pendant que je bronzais 🙂 et puis on a décidé de faire le tour du lac en faisant de la cueillette (il fallait compter 3h30 de marche pour le tour complet). On a commencé par retourner au sommet, voir notre premier campement. La forêt qu’on traversait pour y accéder était incroyablement verte et aérée, avec un épais tapis d’herbes longues.Il y avait des toiles d’araignées partout et, à moins de brandir un bâton devant soi, on finissait par avoir le visage tapissé de leurs toiles.
    On a ensuite fait tout le tour du lac, gouté presque chaque framboise sur le chemin, testé chaque crique, son exposition au vent, la température de son eau…quand on est finalement arrivés, on avait les jambes un tout petit peu douloureuses !

    septembre 1, 2008 à 13 h 09 min

  67. Amélie

    On avait cueilli en chemin de toutes jeunes feuilles de tussilage (rien à voir avec les premières qu’on avait faites en beignets). Vincent a préparé des quenelles (malgré ma mine dégoutée – j’ai un mauvais souvenir des quenelles de la cantine), et puis il est parti en quête d’oxalis. Une fois les quenelles bouillies, on les a fait revenir dans un peu d’huile et du sel. Elles étaient toutes petites et avaient un drôle d’aspect, mais c’était finalement très très bon ! Dommage qu’il ait voulu ensuite nous faire manger la soupe d’oxalis. Comme l’oseille, le gout est assez acide et prononcé… mais Vincent aimait bien (comme le reste d’ailleurs !).
    On a lu dans le soleil couchant, sur notre petit canapé, et on s’est couchés nous aussi. C’était notre dernière nuit…

    septembre 1, 2008 à 13 h 14 min

  68. Amélie

    De nouveau, on a été réveillés par le BRRRR-BRRRRR-BRRRRR, mais cette fois-ci, il semblait être venu en famille… ils sont passé de l’autre côté et on s’est rendormis.
    De mon côté j’ai entendu à un moment le tap-tap des pattes d’un lièvre, sans doute. Rien d’autre.
    A notre réveil le lendemain, nous avons fait un gros festin : chapatis + beignets !!!! On n’avait jamais autant mangé !
    On a replié toutes nos affaires, et puis on est allés lire au soleil, adossés à une grosse pierre au milieu d’un champ d’herbes jaunes. J’avais une jolie libellule bleue sur le genou.
    Enfin, nous nous sommes décidés à repartir.

    septembre 1, 2008 à 13 h 19 min

  69. Amélie

    En passant à Pezenas, on a voulu se promener dans les rues du centre ville… et comme première nourriture non sauvage on a mangé chacun un mini sandwich au jambon cru, et… une glace !!!
    (tous les deux me sont restés sur l’estomac !)

    septembre 1, 2008 à 13 h 21 min

  70. Amélie

    Même si on a repris rapidement nos excès, il reste des traces très fortes de cette semaine sauvage. D’une part dans la perception que j’ai de Vincent (on en voit des choses quand on se débarrasse du superflu !), et d’autre part dans la nostalgie que j’ai de cette semaine. Comme on dit en anglais, there is more to it que de juste « manger peu « .

    septembre 1, 2008 à 13 h 24 min

  71. Et Vincent, il est comment quand on se débarasse du superflu ? 😀
    en tout cas, chapeau pour le récit et pour ces aventures, ca avait l’air palpitant !

    septembre 2, 2008 à 9 h 09 min

  72. ca me fait penser que ca fait longtemps que j’ai pas sauvegardé le blog 🙂

    septembre 2, 2008 à 9 h 10 min

  73. Amélie (en chuchotant à Yatsé)

    … plus beau tu meurs…inoubliable.

    septembre 2, 2008 à 11 h 25 min

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