"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Variation sur les masques

Qu’ils aient pour fonction de séduire,…

…effrayer…

…ou simplement faire rire ;

Qu’ils servent à se dissimuler…

…ou plutôt voir ce qui est caché ;

Qu’ils permettent de survivre…

…ou carrément rajeunir (en promettant de tromper le temps) ;

Qu’ils fassent parler les héros antiques…

…ou plus récents ;

Méfions-nous !

Ils sont — tout comme les apparences — parfois plus vrais que ce qu’ils sont censés masquer.

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134 Réponses

  1. 120

    Ecrit par Oscar Wilde :

    « L’homme est moins lui-même lorsqu’il parle en son nom propre. Donnez-lui un masque et il vous dira la vérité. »

    (Essais et aphorismes, Rivages, 2001)

    juillet 18, 2008 à 11 h 24 min

  2. Amélie

    Super le musée du masque ! Je comprends moins bien en revanche la menace qui plane sur la mise en garde des deux dernières lignes… tu veux développer ? Pourquoi cette méfiance ???

    juillet 18, 2008 à 11 h 27 min

  3. Vincent

    Entend-le comme tu veux !
    J’ai fait exprès de rester énigmatique afin de ne pas trop « fermer » l’article.
    Ne sens-tu aucune menace face à un masque ?
    Reste peut-être à chacun de déterminer laquelle… en faisant bien attention au jeu des apparences : elles peuvent en effet être trompeuses, mais pas forcément comme l’on croit (elles peuvent notamment dire — l’air de rien — la vérité) !
    😉

    juillet 18, 2008 à 12 h 45 min

  4. juillet 18, 2008 à 13 h 06 min

  5. Amélie

    C’est juste que ça résonnait étrangement comme une longue tirade aux relents paranoïaques que j’ai déjà lue quelque part… 😉 et en plus, non, je ne ressens pas de menace face à un masque.A priori, je préfère (de loin !) me tromper. Du coup, j’ai une attitude plutôt ouverte face à un masque (je crois… mais si tu as des exemples qui prouvent le contraire, vas-y : là ça ne me vient pas à l’esprit !). J’ai plutôt de la pitié voire du mépris pour celui qui essaye de me duper avec de faux semblants. Mais bon, ça rejoint ma position sur le mensonge en général.
    En revanche, il y a je crois une autre forme de masque, et c’est peut-être celui là que tu essayais de souligner, Vincent : Imaginons, l’homme invisible; il est réel, mais invisible. Il vit mais ne se voit pas, n’a pas vraiment de substance. Pour évoluer parmi les « autres », il lui faut adopter une forme. il plonge alors dans un bac de plâtre pour définir son contour, et se peint le corps et le visage pour se donner des couleurs. Ce masque là, je ne le considère pas comme un mensonge puisqu’en fait, son but est de faciliter son appréhension par les autres. Il peut même être très proche de la « vérité » de celui qui le porte, selon qu’il aura su choisir les couleurs et les formes qui lui correspondent le mieux…
    c’est un peu tarabiscoté…

    juillet 18, 2008 à 13 h 56 min

  6. Vincent

    Non, ça ne me semble pas si « tarabiscoté » que cela.

    Je crois aussi qu’on n’existe pas sans masques et que notre singularité est dans le choix de celui (ou ceux) qu’on confectionne.

    Quant à la « résonnace étrange », peut-être est-ce le souvenir d’une lecture de Guillevic. Il a — je crois me souvenir — un poème qui doit ressembler à :

    Méfiez-vous !

    Les apparences
    Peuvent être vraies.

    Mais rien de « paranoïaque » là-dedans, au contraire même : c’est plutôt à mon sens une formulation jubilatoire se moquant de ceux qui ne cessent de pointer leur soit-disant « mensonge ».

    juillet 18, 2008 à 14 h 46 min

  7. Vincent

    Pour ce qui concerne la menace des masques, si tu ne la ressens plus peut-être est-ce d’avoir occulté l’enfant en toi.

    As-tu en effet remarqué combien ils sont — dans leur bas âge — effrayés dès qu’on en arbore un ?

    juillet 18, 2008 à 14 h 49 min

  8. Amélie

    Non, je n’ai pas remarqué. En tous cas pas plus que dans les proportions de ceux qui ont peur de l’orage et ceux qui n’en ont pas peur… chez nous on se situe peut-être dans ceux qui n’ont peur ni des orages ni des masques (je n’ai vu mes enfants que rire devant un masque… en même tps il faudrait peut-être que j’achète ceux de Yatsé pour parvenir à les effrayer…)

    juillet 18, 2008 à 14 h 54 min

  9. Vincent

    Deux autres réflexions sur le sujet :

    1) La pulsion imitatrice (à la source de la simulation) est extrêmement active dans l’espèce humaine, surtout dans l’enfance où elle guide une bonne partie de l’apprentissage. Plus tard, elle persiste. C’est à mon avis elle qui est grandement responsable de la volonté sourde — et parfois farouche — de copier le monde, que ce soit en art (notamment figuratif)ou en science et techniques (OGM, réalité virtuelle, etc.). Beaucoup de déchets (voire de « bombes ») dans ces tentatives maladroites de copies, mais aussi — dans les moments de grâce extrêmement rares — des créations sublimes.

    2) L’uniforme — qui déguise le corps en laissant le visage nu — n’est pas le contraire du masque mais son « institutionnalisation », sa version « raisonnable et sérieuse ». Le fonctionnaire des « sociétés à comptabilité » est dès lors, en quelque sorte, l’équivalent du chaman des « sociétés du tohu-bohu ».

    juillet 18, 2008 à 15 h 01 min

  10. Ourko

    Le « fonctionnaire » en « chaman » ! N’importe quoi !!!!
    Tu ne prendrais pas un peu tes désirs pour des réalités, Vincent ?

    juillet 18, 2008 à 15 h 03 min

  11. Amélie

    Par rapport à :
    1/ on a un avis radicalement opposé sur la question. Peux-tu nous donner des exemples de « copiages sublimes » ?

    2/ L’uniforme a été généralisé à l’école en Grande Bretagne, en Chine et dans d’autres pays, dans une tentative de dissimulation de la pauvreté comme de la richesse. Je ne peux bien sûr parler que puor les petits anglais, mais cette uniformisation de l’apparence le poussait justement à se creuser les méninges pour trouver le moyen de se démarquer à tout prix, par d’infimes détails. J’ai presque l’impression que c’est ce qui a développé la créativité sauvage et débridée des anglais en matière de look…

    juillet 18, 2008 à 15 h 07 min

  12. Amélie

    Par rapport au commentaire 7 : je suis en fait bien plus gênée par les gens qui portent des lunettes de soleil. C’est quand le regard est dissimulé que je suis mal à l’aise. Je ne ressens pas une menace, mais je n’aime pas du tout ça.

    juillet 18, 2008 à 15 h 17 min

  13. Vincent

    La menace du masque est tout bonnement celle de l’écroulement du monde : si les gens et les choses ne sont pas en réalité ce qu’ils paraissent être (et malgré eux promettent de demeurer), c’est un fulgurant sentiment de trahison qui nous traverse (et que tout un chacun, je crois, a pu au moins un jour entrevoir). Sur quoi se baser, dès lors, si les visages autour de nous nous trompent ?

    juillet 18, 2008 à 15 h 32 min

  14. Vincent

    Au fait, quelqu’un connaît-il le sketch sur « Les masques » (je ne sais pas le titre exact) du mime Marceau ?

    J’en garde un souvenir impérissable mais n’ai malheureusement pas réussi a en trouvé une version filmé sur le net

    juillet 18, 2008 à 15 h 34 min

  15. Amélie

    Peut-être que quand on a été trahi très très tôt, on a dépassé cette peur au point de l’avoir oubliée ? On sait déjà que, qu’importe les apparences, les gens nous tromperont probablement. Du coup,on s’attache plus à trouver des preuves du contraire, et on n’attache pas une importance démesurée aux masques. Non ?

    juillet 18, 2008 à 15 h 41 min

  16. 120

    Ecrit par Roger Caillois :

    Les masques sont de protection, de dissimulation, de dérision ou d’intimidadtion. L’espèce humaine tout entière y eut recours. Le masque en dépasse même les limites. La protubérance frontale du fulgore en forme de mufle de saurien est un masque,

    la collerette érectile du lézard Chlamydosaurus kingi en est un autre,

    comme la face lunaire des chouettes .
    Les ocelles

    ou les cornes

    de nombreux insectes sont des masques par l’apparence comme par la fonction. Ils sont couramment conjugués aux divers comportements qui, chez l’homme aussi, ont pour effet de faire naître chez le porteur un état second et de susciter une panique chez ceux qu’il effraie par une subite apparition. Les masques humains, chaque fois qu’ils ne sont pas employés à des fins pratiques sont grotesques ou terrifiants. Mais même derrière le rire, l’épouvante est proche.

    (Le fleuve Alphée, Gallimard, 1978)

    juillet 18, 2008 à 15 h 42 min

  17. Amélie

    Tout n’est peut-être qu’une question de « foi dans les apparence ». C’est comme les mots, comme sans doute un tas d’autres choses qui travestissent. Le poids qu’on leur donne est ce qui détermine notre angoisse, non ?

    juillet 18, 2008 à 15 h 43 min

  18. Barbarella

    … et c’est quelqu’un qui s’accroche désespérément aux mots qui écrit ça, qui se maquille, fait des masques de soit-disant beauté etc… !!! MDRRRRR !!!
    rhô l’angoissée de première !!!

    juillet 18, 2008 à 15 h 45 min

  19. Amélie

    Oui, ben je tâtonne, mais au moins je cherche un sens, Barbarella… alors ta gueule !

    juillet 18, 2008 à 15 h 47 min

  20. Amélie

    Isidore ou Did rebondiraient surement sur ce genre de propos, mais il me semble qu’au-delà des masques, justement, on perçoit une infinité de choses des gens. S’arrêter au masque, c’est avoir fait taire ces autres modes de perception. D’où le fait qu’on puisse ne pas du tout trouver les masques ni menaçants, ni angoissants, à mon avis.

    juillet 18, 2008 à 15 h 53 min

  21. 120

    Ecrit par Friedrich Nietzsche :

    Tout esprit profond a besoin d’un masque ; bien plus : un masque se forme sans cesse autour de tout esprit profond, grâce à l’interprétation continuellement fausse, c’est-à-dire plate, donnée à chacun de ses mots, de ses pas, des moindres manifestations de sa vie.

    *

    La profonde douleur rend noble ; elle sépare. Un des déguisements les plus subtils est l’épicurisme, et une certaine vaillance de goût dont on fait désormais étalage, qui prend la douleur à la légère et se défend contre toute tristesse et toute profondeur. Il est des « hommes gais » qui se servent de la gaieté pour qu’on se méprenne sur eux : — ils veulent qu’on se méprenne. Il est des « esprits scientifiques » qui se servent de la science parce qu’elle leur donne une apparence sereine, et parce qu’on déduit de leur esprit scientifique qu’ils sont superficiels : ils veulent inciter à cette fausse conclusion. Il est des esprits libres et effrontés qui voudraient cacher et nier qu’ils sont des coeurs brisés et fièrement incurables (le cynisme d’Hamlet — le cas Galiani) et parfois la bouffonnerie elle-même est la marque d’un savoir funeste et trop certain — D’où il suit que c’est une marque d’humanité un peu délicate de respecter « le masque » et de ne pas trop pratiquer à tort et à travers la psychologie et la curiosité.

    (Par delà le bien et le mal, Prélude à une philosophie de l’avenir, 1886)

    juillet 18, 2008 à 17 h 43 min

  22. Amélie

    pffff… comme dirait Bardamu : Là, dans le genre resucée…

    juillet 18, 2008 à 18 h 25 min

  23. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :

    Il y a pire que d’être démasqué, c’est de ne pas l’être.

    *

    Le sujet qui se prend pour ce qu’il est est fou. Mais s’il pressent qu’il n’est pas vraiment ce qu’il est, alors il peut jouer de cette identification comme d’un masque. C’est comme pour la vérité : si on prétend la détenir, on est fou. Mais si on sait qu’elle n’existe pas, alors on peut jouer de tous les signes de la vérité.

    *

    Contrairement aux intellectuels, obsédés par le sens, les masses ont flairé depuis longtemps que le seul empire est celui des signes.

    *

    Etre un miroir, mais un miroir sans tain : voir les autres derrière l’écran de son propre personnage.

    *

    Nostalgie d’une nature primale, d’une profondeur sans image, sans un signe à perte de vue. Très vite insupportable : c’est dans l’artificiel et dans le superficiel que nous sommes comme des poissons dans l’eau.

    (Cool Memories IV et V, Galilée, 2000-2005)

    juillet 19, 2008 à 8 h 44 min

  24. Vincent

    En réponse au commentaire 11 :

    1) Des exemples de « copiages sublimes » (qui valent donc avant tout par le décalage entre le modèle et la copie « maladroite » produite) ? Celui-ci par exemple :

    Mais il y en a bien évidemment des milliers d’autres (tout ce qui a marqué l’histoire de l’art, pour faire simple)

    2) Les uniformes auxquels je faisais allusion (ces « masques institutionnels » qui permettent de jouer un jeu « raisonnable et sérieux ») étaient plutôt ceux-là :

    juillet 19, 2008 à 11 h 03 min

  25. 120

    Ecrit par René Descartes :

    Larvatus prodeo !

    juillet 19, 2008 à 14 h 19 min

  26. Ourko

    Avec la tronche que t’as, René — si je peux me permettre — t’as raison, vaut mieux pour toi ! 😉

    juillet 19, 2008 à 14 h 22 min

  27. Vincent

    Non, Ourko, même avec un clin d’oeil, ça ne passe pas. On avait dit : pas le nom, pas la famille et… pas le physique (pour les vannes) !

    juillet 19, 2008 à 14 h 23 min

  28. Amélie

    Les exemples de copiage ne valent que si tu montres l’original…

    juillet 19, 2008 à 17 h 23 min

  29. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :

    Du voile ou du dévoilement, quel est le plus aliénant, le plus humiliant, le plus insultant ? Insondable tartufferie de tous ces dénonciateurs du voile, qui s’accomodent si bien de la pornographie universelle. De toute façon, la question dépasse de loin le voile et la condition féminine. Il s’agit d’une culture de l’obscénité, qui ne peut qu’arracher tous les voiles — transparence oblige. Il s’agit de la jalousie profonde d’une culture dépenaillée pour toutes les cultures cérémoniales — celles que leurs signes enveloppent alors que la nôtre est mise à nu par ses signes mêmes.

    Ceci n’est que l’amorce d’une désignification générale, où tous les signes distinctifs deviendront anathèmes, suspects de masquer ou même tout simplement de signifier quelque chose, donc terroristes en puissance. Ne subsisteront plus, au terme du processus, que les signes légers et inoffensifs — signes publicitaires ou du fanatisme désincarné de la mode.

    C’est là, sans doute, que finira l’histoire du voile.

    (Cool Memories V, Galilée, 2005)

    juillet 21, 2008 à 9 h 07 min

  30. 120

    Ecrit par Paul Valéry :

    Le crime c’est la chute d’un masque.
    La vie sociale maçonne un plâtre sur chacun, et n’admet que les mouvements qui conservent ce personnage artificiel. Violence des mouvements qui brisent le masque.

    *

    Qu’il s’agisse d’amour, de foi, de vertu et même de vice, rien ne peut vivre et durer sans un certain degré de comédie. Il faut soutenir ce que l’on est, continuer, se raccorder à soi, déguiser son envie de changer, son doute, son absence, sa sécheresse –, préserver artificiellement dans son être.

    *

    La réaction de l’homme à sa propre image est comédie et même une comédie assez « dramatique » car elle se complique de l’incertitude de savoir quel des deux personnages est celui dont l’autre n’est que le fantoche.
    Etre en même temps un grand homme et un homme — ou même être un homme et être Soi (ce qui est bien différent), — engendre — — l’imitation de Soi.

    *

    Mascarade — Le XVIe siècle. Grand carnaval après le long carême moyen-âge.
    On se déguise en faunes, en demi-dieux, en Grecs et Romains, finalement en « classiques »
    et du coup l’on considère comme masques et dominos tous les moines et juges et gens d’armes de l’âge précédent.

    (Cahiers, Gallimard, 1974)

    juillet 21, 2008 à 9 h 21 min

  31. 120

    Ecrit par Jacques Lacarrière :

    Avec la Grue, j’avais appris les vents, avec le Criquet tous les frissons de l’air, avec le Hibou les songes et signes de la nuit, avec la Méduse, l’Anémone les ondes sentientes de la mer. Mais, à chacun de ces apprentissages, je demeurais le même, je demeurais l’apprenti-Grue, le demi-Acridien, le co-Hibou, le commensal de le Méduse, l’hôte de l’Anémone. Avec le Poulpe, j’apprenais autre chose : non plus à être mais à paraître, non à produire mais à reproduire, non plus à m’affirmer ou à me confirmer mais à mimer les autres, tous les autres vivants, à devenir semblance de tous les êtres et des récifs environnants. Et ainsi, par ces jeux qu’Il m’apprit en changeant selon les heures du jour ou les messages de la mer, je connus le langage secret des Emois colorés.
    (…) Grâce à Toi, Poulpe espiègle, j’ai retrouvé le plaisir oublié des anciens carnavals, j’ai revêtu les plus extrêmes et les plus fous déguisements. Et tu as su m’apprendre ce que nulle école hominienne jamais n’enseignera : à reproduire — donc à connaître — les jeux de l’Illusion du monde.

    *

    Il est bon, il est merveiulleux, il est instructif aussi de devenir l’ami, le complice d’un Caméléon. On apprend ainsi bien des choses, entre autres à se montrer modeste. Car en restant à ses côtés et en tentant de prendre comme lui les changeantes couleurs de la terre et des feuilles, je compris ce que veux dire être invisible. L’homme est bien l’unique animal à n’avoir aucun mimétisme, à ne jamais pouvoir ni savoir se confondre avec le milieu naturel, à proposer et imposer partout sa ridicule et terne bipédie. Dans la mer, quand ils ne peuvent changer de forme, les animaux ont l’atout de leur transparence qui, en estompant les franges de leur corps, les rend emblables à l’infini des eaux. Sur terre, maints subterfuges permmettent aux insectes, aux reptiles, aux mammifères même de se fondre dans leur milieu, de changer de couleurs, de livrée selon les saisons, prenant des postures de guet qui les muent en objets inertes ou exhibant des leurres, appendices ou ocelles qui en font de vivants fantasmes. Mais l’homme ? Il ne peut promener partout que son opacité, son impuissance à être oiseau ou reptile ou poisson, vêtu qu’il est d’un derme indélébile qui demeure blanc ou jaune ou noir ou rouge toute sa vie durant. Et pourtant comme nos rapports, nos problèmes deviendraient différents entre individus, entre races, si nous pouvions changer à volonté de couleur de notre peau ! Oui, l’homme est bien le seul animal à vivre entièrement prisonnier de lui-même, à ne pouvoir s’évader de son anatomie, de cette carcasse obtuse qui nous confine en une pérenne et vaine fixité…
    Bien sûr, nous en tirons auss-i (dirait le Loir) des avantages. Ce que la nature, nos gènes nous refusent, nous l’inventons, nous le créons par des moyens artificiels. On s’affuble de masques ou de plumes, on se couvre de poussière ou d’argile, ou mime par la danse et par maints oripeaux ces corps, ces dermes différents de nous-mêmes. Mais ce sont là simulacres et conventions, masques et vernis sans lendemain qui jamais ne nous font dériver vers une véritable et viscérale métamorphose. Pour cela, il faut autre chose que mimer ce qui nous manque et nous attire : il faut s’enclore tout un hiver sous une écorce, affronter es syllabes ambiguës des Loirs, partager la tendresse et la douceur des Grues cendrées, devenir amoureux des Criquets, savoir consoler les Ephémères, suivre les Anguilles dans la mer, être le commensal des Méduses, l’hôte des Anémones, le partenaire des Poulpes et… l’ami des Caméléons. Alors, à chaque rencontre ainsi vécue, à chaque insertion en chane différence, on verra peut-être s’ouvrir ce monde qui nous est refusé, interdit par l’infranchissable frontière. On ne pourra plus dire : je suis homme à jamais en mon derme hominien, car on aura perdu la mémoire et l’empreinte des continents primates pour retrouver les joies reptiles de nos gènes…

    (Le pays sous l’écorce, Seul, 1980)

    juillet 21, 2008 à 10 h 12 min

  32. Amélie

    On met du bleu dans le linge pour qu’il paraisse plus blanc…

    juillet 21, 2008 à 12 h 09 min

  33. Amélie

    Il est déjà blanc. Et propre. Mais le bleu lui donne l’apparence de ce qu’il est déjà : blanc.
    C’est un peu ce que je voulais dire avec mon image d’homme invisible…
    (ça prouve que ma réflexion sur le sujet n’a pas progressé d’un poil !!! 🙂 )

    juillet 21, 2008 à 12 h 11 min

  34. Vincent

    Mais l’idée de l’homme invisible (indéfinissable) qui a besoin d’un masque pour apparaître (aux autres comme à soi-même) n’a peut-être pas besoin d’évoluer d’un poil : elle me paraît en tout cas très juste et pertinente (carrément digne du grand Rosset, c’est dire !).

    juillet 21, 2008 à 13 h 39 min

  35. Amélie

    héhéhéhéhéééé…just call me Clémence… 😉

    juillet 21, 2008 à 13 h 57 min

  36. Je rebondis sur l’histoire du voile.
    Marrante l’idée que s’en fait Baudrillard 🙂
    J’ai envie de dire qu’encore une fois, ce blog me fait vraiment plus savoir quoi penser.

    J’étais tellement dans l’idée de perte de la condition féminine avec le problème du voile …

    Pfiou, bas les masques, le blog, qu’est-ce qu’il y a derrière ??

    juillet 22, 2008 à 0 h 38 min

  37. Amélie

    Ah ben ça, Yatsé ! Souviens toi de cette conversation qu’on avait eue sur msn ! Tu étais in-tran-si-geant ce jour là ! :#

    juillet 22, 2008 à 10 h 08 min

  38. Vincent

    Aux métaphores (à mon sens explicites) de l’homme invisible et du blanc d’Amélie, j’ajouterai volontiers celle citée par Clément Rosset dans sa brillante étude sur l’identité (Loin de moi, étude sur l’identitéW, Minuit, 1999).

    C’est l’histoire de ce fils d’imprimeur qui découvre, à la mort de son père, une épaisse enveloppe cachetée portant, écrite de la main de son père, l’inscription : A ne pas ouvrir. Après six années de respect du voeu posthume de son père, rongé par la curiosité il décide d’ouvrir l’enveloppe et tombe sur…

    (je vous laisse deviner et ne donnerai la réponse que demain, hé ! hé ! hé !)

    juillet 22, 2008 à 10 h 41 min

  39. Vincent

    En attendant :

    La réponse à la question que posait Fernando Pessoa dans le livre de l’intranquillité — « Qu’est-ce donc que cet intervalle entre moi-même et moi ? » — est bien entendu : l’épaisseur du masque !

    juillet 22, 2008 à 10 h 45 min

  40. Barbarella

    petit coquinou ! ….

    juillet 22, 2008 à 10 h 45 min

  41. Amélie

    Dommage que Sobelo soit si occupée… je suis sûre qu’elle situe « moi » à un autre niveau que la surface….

    juillet 22, 2008 à 10 h 47 min

  42. Vincent

    Tout dépend… Elle est psychologue à ce que j’ai pu comprendre, et pas très portée sur le Freudisme. Si elle est plutôt Lacanienne, elle admettra peut-être que l’identité — plus que la sexualité — est le problème le plus ardu auquel est confrontée la condition humaine et que le « je » tire toute sa substance du « tu » qui la lui alloue (que toute idéntité est donc, en quelque sorte, qu’une procuration).

    juillet 22, 2008 à 10 h 53 min

  43. Amélie

    A force de parler d’elle on va peut-être la faire venir?! 😉
    Là son grand truc c’est l’ennéagramme…

    juillet 22, 2008 à 10 h 56 min

  44. Amélie sur la pointe des pieds

    Il me semble que l’ennéagramme ôte à l’individu toute la liberté qui lui est procurée par le masque justement.

    juillet 22, 2008 à 11 h 01 min

  45. 120

    Ecrit par Clément Rosset :

    Copiez, et si en copiant vous restez vous-mêmes, c’est que vous avez quelque chose à dire, tel est le conseil qu’aurait donné Ravel à ses rares élèves. La formule semble pouvoir être prise dans un sens élari et appliqué à la psychologie en général : copiez, et si en copiant vous restez vous-mêmes, c’est que vous avez réussi à vous forger une personnalité, quelque chose comme l’étoffe (au moins apparente) d’un moi. (…)

    Mais cette imitation de l’autre peut aussi — et c’est le cas le plus courant — persister jusqu’à l’âge adulte. L’autre qui m’a formé est comme le Dieu de Descartes qui doit sans cesse continuer à créer le monde, si l’on en croit la théorie cartésienne de la « création continue » : s’il cesse d’agir, le monde cesse d’exister. De même l’autre dont je m’inspire doit continuer à m’influencer à tout instant : si son influence cesse, je cesse d’être moi. A moins naturellement — et c’est encore le cas le plus fréquent — que son influence ne cesse au profit de celle d’un autre : auquel cas mon moi ne cesse pas d’être, mais se trouve plus ou moins considérabement modifié. Mais, qu’il change ou non, mon moi ou ce que je prends pour tel ne cessera pas d’être un moi d’emprunt. Incapable d’exister par moi-même, j’emprunte son identité à un autre dont j’adopte le moi et en quelque sorte me « paye la tête », encore que dans un sens très différent, et même diamétralement opposé, de celui de l’expression usuelle. On remarquera qu’il y a dans cette opération un paradoxe semblable au paradoxe du dictionnaire, dont chaque vocable est défini par un autre vocable lequel renvoie à un troisième vocable et ainsi de suite à l’infini, à moins que l’on ne soit renvoyé enfin, et le cas est aussi fréquent que plaisant, au vocable d’où on est parti (A = B = C = D = … A). De même, le moi que j’emprunte étant lui-même un moi d’emprunt, j’en suis réduit à imiter x qui lui-même imite y, lequel imite z, etc.

    (Loin de moi, Etude sur l’identité, Minuit, 1999)

    juillet 22, 2008 à 11 h 05 min

  46. Vincent

    Si je comprends bien : le « moi » serait alors un masque ou plutôt une sorte de maladie contagieuse atrapée au contact de mes semblables et auquel n’échapperait que les enfants sauvages.

    Qu’y a-t-il sous le masque, donc ? Pas forcément un autre masque, ni une grande lumière aveuglante ou je ne sais quel mélange de tout ce qu’on a ingurgité, mais peut-être simplement… Victor de l’Aveyron.
    (Faudra qu’on en cause plus en détail, d’ailleurs, un jour, car ces histoires d’enfants sauvages sont véritablement passionantes).

    Alors, Sobelo, tu en penses quoi de tout ça ? En deux mots ?

    juillet 22, 2008 à 11 h 10 min

  47. Amélie

    Sobelo est chez le notaire… elle nous rejoindra peut-être plus tard.
    Moi, tu ne me demandes pas parce que tu sais très bien que je n’adhère pas du tout (même si c’est Clément qui le dit ! 🙂 ). J’ai la preuve de l’existence d’un moi véritable, unique, et original en chacun de nous… en revanche, j’ai aussi pu observer comment on l’étouffe chez les enfants au point qu’il perde toute sa substance et doive ensuite n’évoluer que sous des masques d’emprunt, des imitations.

    juillet 22, 2008 à 11 h 16 min

  48. Amélie

    C’est d’ailleurs un des grands objectifs de « l’éducation à la française », ce cadre à l’extrême, cette adhésion précoce à un « type » connu et accepté. Ca s’observe dans le fait justement qu’on ait longtemps (toujours) privilégié l’apprentissage « par coeur », au lieu de stimuler la réflexion personnelle comme on le fait en Angleterre ou en Allemagne, en mettant notamment l’accent sur l’apprentissage de matières « non académiques »…. Tiens, d’ailleurs, 120, tu dois bien savoir ce qu’en dit Steiner ? Dans quel sens va-t-il ????

    juillet 22, 2008 à 11 h 36 min

  49. Vincent

    C’est quoi ta « preuve » de l’existence d’un moi authentique et profond, steuplé ?

    juillet 22, 2008 à 11 h 39 min

  50. 90-62-97

    En attendant 120, copié du site des écoles Waldorf-Steiner :
    « La tâche de l’enseignant devient alors de favoriser l’épanouissement de chaque enfant dont il a la charge, de l’accompagner vers la découverte de sa voie originale. »

    juillet 22, 2008 à 11 h 41 min

  51. 120

    Oui oui, Rudolf Steiner fait effectivement partie de ceux (nombreux) qui optent pour l’existence d’un Moi invisible et préalable à toute manifestation.
    Y’a-t-il vraiment besoin, ici, de citations sur sa théorie/méthode pédagogique ?
    Ne vaut-il pas mieux attendre un article (qui finira bien par surgir) plus spécifquement attaché aux questions d’éducation des petits d’hommes ?

    juillet 22, 2008 à 11 h 44 min

  52. Amélie

    Une que tu ne peux pas avoir, parce que c’est presqu’une expérience surnaturelle, et qu’elle est réservées au mamans.
    1/ J’ai vu la densité du « moi » de ma fille dans son regard au moment où elle a ouvert les yeux sur le monde pour la première fois.
    2/ J’ai des jumeaux, ils ont grandi dans le même ventre, ont été soumis aux mêmes conditions de développement, et pourtant avaient un comportement et une personnalité très distincts avant même d’être nés (ce qui s’est confirmé dès leur naissance).
    Si on a une personnalité véritable et déjà complexe dans les premières heures de sa vie, elle n’est pas construite sur la base de copiages et d’imitations . Si tu m’objectes que le foetus a pu être soumis à des influences extérieures assimilables comme autant de masques, d’où viennent les différences des jumeaux, soumis aux mêmes influences, si ce n’est d’une volonté ou d’une personnalité très marquées avant même que ces influences n’interviennent ?

    juillet 22, 2008 à 11 h 47 min

  53. 90-62-97

    Disons que c’était pour éviter que les interventions de 120 soient à sens unique… pour les pondérer un peu…mais ça peut attendre…

    juillet 22, 2008 à 11 h 49 min

  54. Amélie

    J’ai fait plein de fautes… Mon « moi » a une connaissance parfaite de l’orthographe 😉 , mais « je » fais 36 choses à la fois….

    juillet 22, 2008 à 11 h 50 min

  55. Vincent

    Certains, comme Steiner, parlent de « découverte » de la voie originale (sous-entendant qu’elle est préexistante et que l’on devient donc ce que l’on est). D’autres, tels Rosset, préfèreront parler de « construction » (sous-entendant qu’elle ne préexiste pas que l’on est que ce que l’on devient).

    Toujours le même dilemme (qui n’est qu’une histoire de choix de termes et de pari dans l’option logique retenue).

    Rien à voir, à mon sens, a priori, entre une différence France/Angleterre

    juillet 22, 2008 à 11 h 53 min

  56. Amélie

    Ben moi qui ai véritablement expérimenté les deux formes d’enseignement, je vois une énorme différence.
    J’ai trouvé qu’en France, on forçait l’élève dans un moule rigide et qui ne laisse aucune place à l’expression de soi, alors qu’en Angleterre, c’était bcp plus subtile : qu’on accompagnait plus le développement de l’élève en respectant ses particularités. Il suffit de voir la place des handicapés ou des enfants avec des difficultés d’apprentissage dans le système français : on leur fait des classes (voire des écoles) à part, non ? Ils « sortent » du système, alors qu’en Angleterre ils y ont tjs été intégrés. Pour moi, c’est incroyablement significatif.

    juillet 22, 2008 à 11 h 59 min

  57. Amélie

    Grosse différence de voie quand même. Dans le premier cas, on éclaircit u passage vers quelque chose à découvrir, dans l’autre, il s’agit plus d’un agglomérat, non ? De recouvrir, quitte à recouvrir du rien.

    juillet 22, 2008 à 12 h 03 min

  58. Vincent

    Je ne dis pas qu’il n’y a aucune différence entre l’éducation anglaise et française, je dis juste que cela ne provient pas à mon sens d’une différence de conception de l’humain et de l’enfant telle qu’elle se formule ici (car ce serait alors plutôt l’inverse qu’on devrait cosntater, l’Angleterre étant traditionnellement plus « pragmatiste » et la France plus « utopiste »… pour prendre d’autres termes que ceux qui te font à chaque fois bondir)

    juillet 22, 2008 à 12 h 24 min

  59. Vincent

    Pour tout dire, je trouve en fait « un peu rapide » les associations que tu fais entre la conception que tu défends et une éducation fine, généreuse, épanouissante, etc… et la conception que je défends et une éducation forcément grossière, étouffante, aliénante…
    Mais bon…

    juillet 22, 2008 à 12 h 30 min

  60. 120

    Y a-t-il vraiment besoin de citer des textes défendant la réalité du « moi profond » alors que c’est l’idéologie dominante, qu’il suffit d’ouvrir n’importe quel ouvrage ou magazine (chez son coiffeur ou ailleurs) pour en trouver une couche supplémentaire ?

    Et plus, je n’ai guère ce genre d’ouvrages sous la main : quelqu’un d’autre ne veut-il pas s’y coller ?

    juillet 22, 2008 à 12 h 43 min

  61. Ourko

    Allez, 120, tu ne veux pas citer un auteur britannique pour faire plaisir à Amélie ?

    juillet 22, 2008 à 13 h 01 min

  62. 120

    Bon d’accord !

    juillet 22, 2008 à 13 h 02 min

  63. 120

    Ecrit par David Hume :

    Pour ma part, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j’appelle moi, je bute toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaud ou de froid, de lumière ou d’ombre, d’amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment, sans une perception et je ne peux rien observer que la perception. (…) Si quelqu’un pense, après une réflexion sérieuse et impartiale, qu’il a, de lui-même, une connaissance différente, il me faut l’avouer, je ne peux raisonner plus longtemps avec lui. Tout ce que je peux lui accorder, c’est qu’il peut être dans le vrai aussi bien que moi et que nous différons essentiellement sur ce point. Peut-être peut-il percevoir quelque chose de simple et de certain qu’il appelle lui : et pourtant je suis sûr qu’il n’y a pas en moi de pareil principe.

    (Traité de la nature humaine
    )

    juillet 22, 2008 à 13 h 08 min

  64. Ourko

    C’est malin !!!

    juillet 22, 2008 à 13 h 09 min

  65. Amélie

    En fait, c’est parce que, comme tu l’as fait avec Isidore, tu te positionnes dans un camp, et tu découpes la discussion en noir et blanc… Moi je ne trouve pas la position de Rosset juste ou injuste. Simplement je ne te suis pas dans ton système d’adoption unilatérale de point de vue. Je trouve qu’il faut panacher et nuancer. Je trouve aussi (et je me répète) un peu arrogante cette volonté de répondre à tout prix au mystère. 🙂

    juillet 22, 2008 à 13 h 11 min

  66. Vincent

    Là où je suis d’accord avec Hume, c’est que les partisans de l’autre thèse (Steiner ou… Amélie) s’appuient toujours sur une « expérience surnaturelle » (voir commentaire 52) pour étayer leur thèse.
    😉

    juillet 22, 2008 à 13 h 11 min

  67. Amélie

    D’ailleurs, tu ne réponds pas vraiment aux questions : à quoi ressemble cet enfant sauvage antérieur à l’imprégnation de ces semblables, et à quelle époque de la vie d’homme est-ce que tu situe cette phase ?

    juillet 22, 2008 à 13 h 15 min

  68. Amélie

    tu vois, tu as encore(en mm tps que je l’écrivais), divisée la réflexion en deux camps distincts…
    je vais pas faire mon Bernard, mais tu veux que je ressorte les archives du blog à denis où tu parles du gris ??? hmmmm ??? 😉

    juillet 22, 2008 à 13 h 17 min

  69. 90-62-97

    ouh la ! j’ai pris Hume pur Anais Nin !

    juillet 22, 2008 à 13 h 25 min

  70. Vincent

    Mais toute prise de parole, Amélie — même truffée de conditionnel, de « peut-être » et de « à mon sens » — est, il me semble, une prise de position, car elle exclut par principe la formulation inverse.

    Ce sont les mots (qui sont justement tranchés, polarisés, discontinus) qui imposent ce genre de dichotomie artificielle. C’est la base même de leur fonctionnement.

    On ne peut à mon sens pas en réchapper… du moins par les mots. J’attends en tout cas encore celui ou celle qui parviendra à parler en restant « au-dessus » de ces basses confrontations. En attendant, pour éviter les conflits et malentendus que cela ne manque pas de créer (toute l’histoire des hommes et de leurs idées en est truffée) je préfère, pour ma part, prendre conscience et assumer les partis pris que je suis (en quelque sorte malgré moi) amené à choisir plutôt que de les nier ou tenter de les cacher.

    Et je dois dire qu’il m’est du coup bien difficile de discuter avec quelqu’un qui est persuadé d’être libéré et au-dessus de toute prise de parti (plus ou moins consciente).

    juillet 22, 2008 à 13 h 35 min

  71. Ourko

    Hume en Anaïs Nin, par son côté « pénétré intimement en moi » ?

    juillet 22, 2008 à 13 h 37 min

  72. 90-62-97

    Bon, puisque tu ne réponds pas, je vais donner mon point de vue, qui n’est pas une thèse, ni un parti pris, et que pour l’instant je ne partage qu’avec moi-même : je crois qu’il y a un moi, une âme, une chose vivante avant et autour de nous, qui est notre noyau; elle a sa structure propre. D’où elle vient, j’en sais rien, et ça ne me taraude pas plus que ça. Ensuite, je pense que selon la nature propre de cette chose qu’on appelle moi, l’adoption d’attitudes, de points de vue, de modes d’être et de pensée se fait plus ou moins intense. Certains de ces petits mois vont se carapaçonner sous une infinité de masques avec lesquels ils jongleront, ou bien, qu’ils accumuleront; d’autres en adopteront sans doute moins, parce que plus enclins à entretenir leur spécificité, aussi pauvre soit-elle. Je fais un parallèle avec l’éducation, parce que le rapprochement s’est fait pour moi de lui-même. Certains modes d’éducations privilégient l’accumulation des masques, l’acquisition des connaissances, qui est certainement une voie plus rapide (vers quoi ?? je ne sais pas 😉 le bac ? 🙂 ); d’autres priviligierons une voie avec des résultats moindres, mais qui collera peut-être plus à la nature de chacun. voili-voilà ce que je pense dans ma tête à MOI !

    juillet 22, 2008 à 13 h 38 min

  73. 90-62-97

    mince ! en cliquant sur valider j’ai encore vu des fautes ! tant pis, hein !

    juillet 22, 2008 à 13 h 39 min

  74. Amélie

    Ah zut ! t’avais déjà répondu !
    Oui sans doute, tu as raison… mais quand-même, est-ce qu’il ne faudrait pas au moins essayer ????
    Surtout ce qui me gêne, c’est qu’il y a toujours deux voies. Pourquoi pas 3 ????

    juillet 22, 2008 à 13 h 43 min

  75. Amélie

    Je ne me considère pas libérée de tout prise de parti, simplement, je revendique, à chaque fois, de tenter de m’en libérer. Il est même possible que mon discours change du jour au lendemain, parce que je fais l’effort le jour, et le lendemain, de le repenser avec tout ce qui me constitue, notamment, le lieu et le moment. Si j’ai un parti pris, c’est celui-là. Donc, je veux tout envisager comme possible, et pas devoir choisir un camp.
    C’est mon souhait. Je n’ai pas prétendu que j’y parvenais. Mais je préfère continuer à essayer.

    juillet 22, 2008 à 13 h 48 min

  76. Barbarella

    Bon, il ne reste plus que moi !
    Oui, par son côté « intimement pénétré en moi », et par le reste du texte aussi ! David Hume était une femme !!!!

    juillet 22, 2008 à 14 h 11 min

  77. wow !!
    trop intéressante cette discussion !!
    vous seriez pas en train d’inventer la correspondance de l’an 2000 ?

    Si ca se trouve dans 50 ans, on déterrera ces discussions en se disant : ils avaient un vrai moyen de débattre à l’époque !

    juillet 22, 2008 à 14 h 33 min

  78. Vincent

    « Pourquoi 2 et pas 3 », demandes-tu Amélie ?

    Je ne sais pas, c’est comme ça (du moins en Occident, François Jullien essaye de nous aider à en sortir en nous inspirant de la Chine mais je ne suis pas certain qu’il y parvienne) : le jour s’oppose à la nuit, le haut au bas, le bien au mal, etc. Les mots structurent artificiellement le monde en deux pôles. Peut-être est-ce à l’image des sexes qui ont vraisemblablement été là avant les mots pour les dire. Mais comment savoir ? Et qu’importe, après tout ! Ils structureraient notre regard en une logique ternaire qu’on serait en droit de se demander pourquoi trois et pas deux ou quatre ? Le tout est d’admettre qu’ils ne sont pas aussi neutres qu’ils veulent bien le faire croire et s’imposent en quelque sorte à nous.

    « Ne pas s’y résigner et tenter d’en sortir » ? Certes, mais comment ?

    En se passant des mots ? C’est au moins théoriquement possible et la voie que l’on a coutume de qualifier d’orientale. Difficile à partager, ensuite, cependant. Et facile de s’y leurrer, à bien y regarder.

    En passant par les mots, à l’inverse ? C’est en quelque sorte la voie que l’on peut qualifier d’occidentale. Pour cela, peut-être faut-il à chaque fois anihiler toute interprétation abusivement dominante par son inverse qui la relativise… et finir par « épuiser » les mots de leur sens à force de pointer leur « insignifiance ».

    Mais tout cela étant dit avec des mots — et la logique qu’ils véhiculent — c’est évidemment artificiellement caricatural et binaire.

    On peut tout autant dire l’inverse… ou autre chose, non ?

    juillet 22, 2008 à 15 h 12 min

  79. Amélié

    se taire alors, et écrire de la musique… TAIRE NAIRE ! 🙂

    juillet 22, 2008 à 15 h 20 min

  80. Amélié

    Hier soir j’ai dansé la valse argentine… j’avoue avoir une faiblesse pour les rythmes ternaires. Du coup, ma position dans cette conversation devient plus claire….

    juillet 22, 2008 à 15 h 31 min

  81. en réchauffé :
    La musique binaire me semble plus facile à faire évoluer ..

    Il y aurait une musique préhisto du ressenti avec ivresse et une musique binaire de construction ?

    juillet 22, 2008 à 15 h 33 min

  82. Amélié

    Je t’accorde que tout ce qui est binaire est assez réconfortant. J’aime bien le réconfort… mais pas tout le temps. Parfois,j’aime m’élancer aussi.
    Si je ne suis pas trop à l’ouest, les gnawis jouent sur des rythmes ternaires, non ? avec des déséquilibres, des élancées… très ennivrants.

    juillet 22, 2008 à 15 h 36 min

  83. Amélié

    assez préhistos, finalement.

    juillet 22, 2008 à 15 h 38 min

  84. nous avons besoin d’un vrai compositeur pour discuter des rythmes, non ?
    Isi ? 😛

    juillet 22, 2008 à 15 h 41 min

  85. Amélié

    écoutez-moi ça et laissez-vous emporter. Le head-banging à la marocaine…

    juillet 22, 2008 à 16 h 29 min

  86. Vincent

    C’est marrant j’avais justement l’idée de lancer un article sur la musique préhisto… mais je n’avais pas imaginé aborder ça sur la question du rythme. Pourquoi pas après tout !

    juillet 22, 2008 à 18 h 38 min

  87. Ourko

    Mais dis-moi, Amélie, en prônant ainsi la musique ternaire contre la musique binaire, ne serais-tu pas en train de succomber toi aussi dans une logique… binaire ?

    (Comme quoi, on y retombe toujours… malgré soi ! 😉 )

    juillet 22, 2008 à 18 h 41 min

  88. Amélie

    Sauf, Ourko, que cette façon de voir le monde semble te guider tellement que tu ne comprends même plus ce que tu lis!… : « Je t’accorde que tout ce qui est binaire est assez réconfortant. J’aime bien le réconfort… mais pas tout le temps. Parfois,j’aime m’élancer aussi. » Ca, tu vois, ça veut dire que je ne suis pas dans une logique de l’un contre l’autre, mais dans une logique de l’un, ET aussi l’autre…
    C’est pas grave. Vincent, qui est instit, va te faire faire des cahiers de vacances !
    🙂

    juillet 22, 2008 à 20 h 32 min

  89. sobelo

    arrrrrrrrrrrh !!
    sobelo is back !
    Passionate discussion que celle qui traite du moi et des masques…
    en ce qui me concerne, j’ai tendance à penser que le Moi s’exprime et se modèle différemment selon les situations et les environnements.

    On peut se mettre des masques, on peut s’adapter en fonctions des situations et des environnements. Suis-je plus moi lorsque je suis dans ma vie professionnelle, sociale, ou familiale?

    Mais à mon sens, nous sommes accessibles à nous mêmes et aux autres bien plus facilement qu’il n’y parait.

    A trop vouloir retrouver son « vrai moi », on risque de se retrouver à un moment à se dire « je me suis cherché tout ce temps là… et j’étais juste là ! »

    Pour la petite info, oui je suis psychologue, et non, ni freudienne, encore moins lacanienne.
    Une psy non psychanalyste de coeur sur Besac, ça existe…

    Et l’ennéagramme, c’est top pour faire la paix ac soi mm et les autres…

    juillet 22, 2008 à 21 h 47 min

  90. Ourko

    Bon, Vincent, tu m’expliqueras ce que c’est donc qu’une musique binaire ET ternaire à la fois, si t’es cap, ok ?

    juillet 22, 2008 à 22 h 06 min

  91. barbarella

    Ourko…
    t’es vraiment bouché…

    juillet 22, 2008 à 22 h 28 min

  92. Isidore

    Ben, une musique binaire et ternaire à la fois ? C’est tout simple, il suffit de jouer une série de triolets dans une mesure binaire à 4/4 par exemple; ou le contraire, des duolets dans une mesure ternaire à 6/8… Enfin, quoi Ourko, tu penses à quoi ?

    juillet 22, 2008 à 22 h 30 min

  93. Amélie

    Vincent, qui apprécie apparemment autant les valses que les tangos ou les javas, t’expliquera peut-être un jour où vous ferez ton cahier de vacances, Ourko, qu’avoir envie d’écouter un type de musique à un moment donné, n’exclue pas qu’on ait envie d’en écouter un autre le lendemain.

    juillet 22, 2008 à 22 h 43 min

  94. Isidore

    J’ai l’impression que la « modernité » a un gros problème avec le masque. En effet, en le reléguant dans la sphère du ludique, carnavalesque et pas « sérieux », elle en a perdu le sens réel. Ceci a pour conséquence que le théâtre social est joué avec un sérieux ténébreux et sans panache, chacun ignorant le rôle qu’il emprunte (ou plutôt que la société lui fait jouer) et le jouant extrêmement mal, faute de la distanciation intérieure nécessaire pour être un bon acteur.

    Inversement le théâtre, en sur-jouant le monde qu’il est sensé représenter n’est plus capable, pour une mentalité moderne, de faire surgir un véritable sentiment de réalité et s’égare dans la distanciation spectaculaire qui le rend finalement totalement inoffensif.

    Que faire ? Peut être apprendre à « jouer » de mieux en mieux dans la vie réelle en révélant les masques que chacun manie sans forcément s’en apercevoir vraiment, et surtout ne plus jouer dès qu’on est sur une scène de théâtre officielle …

    C’est à ce niveau là que se pose pour moi, la question du moi.

    juillet 22, 2008 à 22 h 57 min

  95. Ourko

    Il y a deux types de personnes : ceux qui ne peuvent pas s’empêcher de tout couper en deux, et les autres.
    😉 😉 😉

    juillet 23, 2008 à 10 h 45 min

  96. Vincent

    D’accord avec toi, Isi, sur les masques en société. Rien n’est pire à cotoyer en effet que ceux qui ne parviennent ou ne veulent pas à accepter leur existence car bien souvent ils s’identifient alors — et se réduisent — au(x) masque(s) qu’ils sont comme tous bien obligés de porter.

    D’accord aussi sur le jeu (en quelque sorte « sérieux ») qui consiste à tenter les révéler (afin de s’en détacher quelque peu). En changer souvent est — à cette fin — une méthode que j’emploie souvent(méthode un peu « terroriste », j’en conviens, mais que j’essaie de faire de façon « bouffonne » pour atténuer la violence qu’elle peut comporter).

    En revanche (à moins de ne l’avoir pas bien compris) je ne partage pas ton point de vue concernant le théâtre. Tu dis qu’il « s’égare dans la distanciation » alors que j’aurais plutôt tendance à penser que, de façon générale bien sûr (on peut trouver plein d’exceptions), le théâtre moderne aurait plutôt tendance à vouloir « copier » le réel, s’y coller au plus près (faire « le plus vrai possible ») au point d’ête constamment tenté de faire disparaître l’espace même de la scène qui lui donne symboliquement sens (descendre dans le public, le faire voter, le faire participer, etc.). Pour moi, le théâtre s’égare justement lorsqu’il cherche à « faire surgir un sentiment de réalité ». C’est, je crois, quand il crée des personnages improbables mais archétypiques — tels Faust, Don Juan ou Don Quichotte — qu’il exprime toute sa puissance et prend toute sa valeur. Bref, quand il accentue les masques plutôt que quand il s’évertue à vouloir les ôter (ce qu’il ne parvient évidemment pas à faire).

    Quant à la « question du moi », je suis curieux de savoir laquelle tu te poses.

    juillet 23, 2008 à 11 h 12 min

  97. Vincent

    Encore une question, Isidore (si tu permets) :

    Tu dis, au début de ton commentaire que le problème de la modernité semble être de reléguer les masques dans la sphère — carnavalesque et pas sérieuse — du ludique.

    A la question « Que faire ? », tu réponds cependant, à la fin de ton texte : peut-être jouer de mieux en mieux… sauf sur les scènes officielles (donc j’imagine « trop sérieuses »).

    Comment expliques-tu — résouds-tu — cette apparente contadiction, steuplé ?

    juillet 23, 2008 à 12 h 00 min

  98. ( commentaire 96) Tout à fait d’accord avec ce que tu exprimes concernant le théâtre… C’est ce que j’avais voulu exprimer en parlant de « distanciation spectaculaire », c’est à dire « distanciation non pas dans cet espace intérieur qui maintient un contact avec le sentiment de réalité mais dans l’espace abstrait, déconnecté, qui se fiche royalement du réel au point de vouloir le supplanter, et que Debord désigne par le terme « spectacle ».

    Quant à la question du « moi », j’ai l’impression qu’il soit préexistant ou pas il n’en reste pas moins aussi le fruit d’une construction volontaire et nécessaire pour échapper à la fatalité d’être « agi par le monde » et esclave d’une existence mécanique induite.

    Le « moi » que je désigne ainsi et qui seulement m’intéresse, c’est celui que je vais essayer de faire émerger comme lieu de conscience intérieure qui me permette d’identifier les différents personnages que le monde va me faire jouer nécessairement, et grâce à cette distanciation prise, de pouvoir « maitriser » le jeu des apparences ou tout au moins de mettre mon grain de sel dans le déroulement de ce jeu.

    (commentaire 97) Par ludique je désigne avant tout cette manie de l’esprit moderne, d’associer le jeu à tout ce qui « n’est pas sérieux », qui n’appartient donc pas à la « vie sérieuse », celle du « travail, de la réalité, quoi! ». Mais tu imagines bien que je ne vois pas du tout les choses de cette façon là et que quand je parle de « jouer » et de ne pas « jouer », je fais référence à tout ce que le jeu a de « sérieux », ou tout au moins essentiel et vital au même titre que le travail ou n’importe quoi d’autre de l’existence considéré comme sérieux.

    juillet 23, 2008 à 14 h 12 min

  99. Vincent

    Sous la pression de l’impatience générale, je livre — enfin ! — le dénouement de la fable débutée au commentaire 38 :

    L’enveloppe contient — évidemment — une centaine d’étiquettes identiques sur lesquelles est imprimée la mention qui figure sur l’enveloppe : A ne pas ouvrir.

    Toute l’intérêt de cette fable décevante est à mon sens dans le commentaire que lui ajoute Clément Rosset.

    juillet 23, 2008 à 16 h 00 min

  100. 120

    Ecrit par Clément Rosset :

    (…) Non seulement l’enquêteur ne trouve rien, mais il trouve quelque chose qui est si l’on peut dire encore moins que rien : la simple répétition d’une formule qu’il connaissait déjà et avait ressassée pendant six ans, formule dont les imprimés enfin décachetés figurent une cruelle et ironique réplique. Cauchemar de structure abyssale, d’éternellement différer à ouvrir quelque chose alors qu’il n’y a rien à ouvrir, sinon l’invitation à ne pas ouvrir répétée à l’infini, comme par le fait d’une machine détraquée dont on ne peut plus interrompre la production.

    Ainsi note imprimeur ne tombe pas sur un secret décevant, mais sur rien (tel quelqu’un qui ouvre une porte fausse et s’écrase contre un mur). « A ne pas ouvrir » ne cache rien et n’ouvre sur rien. On connaît le mot célèbre d’Héraclite : « Le dieux qui est à Delphes ne cèle ni ne décèle, mais il signe. » L’oracle rendu par la lettre décachetée est beaucoup plus obscur : il ne cèle ni ne décèle, mais en plus ne suggère rien. Il en va de même du sentiment de l’identité personnelle, qui est elle aussi comme une enveloppe dont le contenu est vide, ou si l’on préfère rempli d’un même message muet, répété à l’infini et sans variation significative.

    Du reste, lorsqu’on dit de quelqu’un qu’on le « connaît bien », on veut généralement dire par là qu’on a repéré le caractère répétitif de son comportement et qu’on est par conséquent à même de prévoir, presque à coup sûr, son comportement dans telle ou telle circonstance donnée. Ce qui signifie qu’on a bien compris son « rôle » (que l’espagnol rend parfiatement par le mot papel, le papier, le texte) et sa logique répétitive. Or il va de soi que ce rôle concerne son comportement social et que par conséquent la personne que l’ont dit connaître n’est pas une identité personnelle mais une identité sociale, — le « suivi » de son comportement qui se répète à l’instar des formules contenues dans l’enveloppe de l’imprimeur.

    (Loin de moi, Etude sur l’identité, Minuit, 1999)

    juillet 23, 2008 à 16 h 13 min

  101. 120

    Ecrit par Clément Rosset :

    Ainsi s’explique la puissance suggestive du masque, dont la nouvelle identité qu’elle propose est d’autant plus crédible que l’identité qu’elle dissimule est incertaine : un masque sur un masque, comme le dit Mercutio dans le Roméo et Juliette de Shakespeare. Ainsi s’explique aussi l’éternelle souffrance quant à l’identité dont témoignent au fil des jours telle revendication individuelle, régionale ou nationale : ignorant que toute identité est par définition en souffrance — en attente d’être pensée –, l’individu ou le groupe attribue son manque d’identité à une pression extérieure que Jacques Lacan attribue justement, dans un passage des Ecrits, à « la faute de l’Autre s’il existait ». Son identité étant peu considérable, au sens propre du terme considérer qui signifie regarder et percevoir, il essaie de suppléer à ce manque constitutionnel par un appel à une garantie extérieure, par une demande de prise en considération qui ne saurait pourtant jamais être plus qu’un succédané de la visibilité réelle et immédiate à laquelle il aspire.
    La recherche de sa propre identité est une entreprise vaine en son principe parce qu’il est imposible de jamais identifier ce qui est réel, le réel étant précisément ce qui, pour être sans double, demeure réfractaire à toute entreprise d’identification. A tous ceux qui s’adonnent à une telle tâche — tel le président d’Egypte Anouar el-Sadate déclarant au début de ses Mémoires : « Comme l’est, je crois, celle de tout être humain, ma vie a été un long trajet en quête de mon identité » –, on peut garantir, en parodiant une célèbre pensée de Pascal, que s’ils se cherchent ils ne se trouveront jamais.

    (L’objet singulier, Minuit, 1979)

    *

    Il est certain que Nietzsche a toujours privilégié la surface, l’apparence, la représentation : mais ce moins aux dépens de la profondeur du réel qu’à celui de la profondeur illusoire et mensongère attachée par la métaphysique traditionnelle à la notion de « monde vrai », en tant que celui-ci s’opposerait à la réalité de l’expérience immédiate, à la réalité sensible et empirique. La surface n’est pas pour Nietzsche ce qui s’oppose à la profondeur mais au contraire ce qui permet à la profondeur d’être visible, ce par quoi la profondeur se manifeste : comme en témoignent les Grecs de l’époque classique, dont Nietzsche écrit au début du Gai savoir qu’ils étaient « superficiels par profondeur ». Impossible donc de déduire du privilège nietzschéen accordé à l’apparence la pensée d’un éloge du semblant par opposition au réel ; l’éloge de l’apparence ne fait qu’un avec l’éloge du réel, car l’espace de la représentation n’est pour Nietzsche que le lieu précis où l’on trouvera les choses, son emplacement propre, l’ « endroit » précis du réel.

    (La force majeure, Minuit, 1983)

    juillet 23, 2008 à 21 h 42 min

  102. 120

    Ecrit par Michel Maffesoli :

    Dans son Anatomie d’André Gide, homme pluriel s’il en est, Roger Bastide, avec finesse et acuité, propose une « mythologie des masques » qui exprimerait « l’ensemble des reflets » dont est constituée toute chose. Le masque comme « haut-parleur » d’un discours dépassant l’individu qui le prononce. Le masque permettant l’expression d’un « ça inconnu » pour le dire en des termes psychanalytiques. C’est pour cela que, dans la tragédie grecque, les masques et leurs bouches grandes ouvertes disent la « voix du destin ». Celui des hommes et celui du monde.

    On le sait, le propre de la tragédie grecque est justement d’être « aporétique ». A l’encontre du drame, elle n’offre pas de solution. Elle est, par construction, plurielle. Et renvoie, de ce fait, au symbolisme en ce qu’elle maintient ensemble les éléments les plus divers de la réalité humaine. Nietzsche, également, s’est servi des masques : Zarathoustra, Jésus et autres figures emblématiques, pour dire, symboliquement, la force du destin en son intense chatoiement.

    C’est ainsi, en étant précis quant aux termes employés, lesquels ne sont jamais neutres, que l’individu moderne, atome insécable d’un mécanisme dont il n’est qu’un (et un seul) élément, se trouve assigné à une fonction précise qu’il devra accomplir, d’une manière univoque, tout au long de son existence. Cette fonction requiert un habit en conséquence qui, lui aussi, est purement fonctionnel. Nulle fioriture dans celui-ci. Couleur, forme, coupe, tout doit être simple, et ne laisser de place à aucune fantaisie. A l’image du temps « homogène et vide », celui de l’horloge pointeuse de l’usine, l’habit fonctionnel et l’individu qui lui sert de support (on pourrait, bien sûr, dire l’inverse) dit et redit sempiternellement la monotonie de l’existence. La frivolité est laissée au poète, au marginal ou, à la rigueur, à la femme reléguée au foyer. Toutes choses ne prêtant pas à conséquence.

    La personne, par contre, n’est qu’un masque (persona), ponctuel, jouant son rôle dans un ensemble dont elle est certes tributaire, mais dont elle pourra, demain, s’échapper pour dire et assumer une autre figure. Le présentéisme est sa temporalité. C’est en fonction de cela que l’accent est mis sur l’apparence. Le paroxysme, bien sûr, étant le déguisement des grands moments festifs ou, ce qui n’est pas très éloigné, les divers rituels de la « haute couture ». Mais la vie quotidienne n’est pas elle non plus en reste, qui valorise la mode, le soin du corps et la diététique. Le cosmétique se généralisant est un bon indice du « symbolisme » dont il a été question : la frivolité de l’apparence est un bon moyen de mettre en contact les divers éléments du cosmos. L’exacerbation du corps propre aboutit à ce qu’il se perdre dans le corps collectif, tout comme il est dans la logique de la mode de passer du particulier — ce par quoi je veux me distinguer — au général — ce qui fait que je deviens semblable aux autres.

    (L’instant éternel, Le retour du tragique dans les sociétés postmodernes, La table ronde, 2000)

    juillet 23, 2008 à 23 h 37 min

  103. Vincent

    Je me réveille avec cette étrange idée : tout ce qu’on a dit sur les masques ne pourrait-il pas se rapporter également au langage (qui peut très bien être considéré comme un masque posé sur le réel) ?

    juillet 24, 2008 à 9 h 44 min

  104. 120

    Ecrit par Boris Cyrulnik :

    Ensorcellement et théâtre quotidien

    (…) Dans notre théâtre quotidien, nous partageons ce que nous créons ensemble. Non seulement un charcutier ne peut se sentir charcutier que s’il joue au charcutier avec ses clientes, mais encore un charcutier intime peut n’avoir rien de commun avec le même homme quand il joue au charcutier social.

    Quand ce monsieur tient son rôle de charcutier, il parle comme un charcutier : « Alors, la p’tite dame, qu’est-c’que j’vous sert ? » La dame joue à la cliente en répondant : « Elles sont bonnes vos rillettes ? » Il est rare que le charcutier réponde qu’elles sont mauvaises, mais ce petit rituel théâtral a permis à chacun d’ajuster son rôle et de prendre sa place. Le décor aussi joue un rôle, puisqu’un charcutier ne tient jamais son emploi sur la scène d’un boulanger. Et même les figurants participent par leur simple présence à la structuration de émotions, parce qu’ils constituent un élément du décor, et que, sous leur regard de spectateur, le charcutier se sent charcutier. Dans cette dramaturgie du quotidien, la cliente est actrice et spectatrice, comme les autres clients qui font de la figuration, entre décor et comédie. Même celui qui se tait est important puisque c’est à lui que s’adresse la comédie sociale : « L’écouteur joue un rôle de pilotage du parleur. » Les hochements de tête témoignent du partage de la conversation et encouragent le parleur ; les sourires deviennent preuves de sympathie, et le haussement des sourcils confirme l’intérêt. Ces petits gestes du corps de l’écouteur structurent l’émotion du parleur et le gouvernent comme le ferait un chef d’orchestre.

    Quand un seul élément du théâtre du quotidien est altéré, la comédie entière est ratée. Chacun accuse l’autre de la déception qu’il ressent. Parfois un acteur est alexithymique, il ne trouve pas de mots pour donner forme à son émotion. Alors, au cours de l’échange, il ne fournit que les informations nécessaires à la fonction, comme s’il disait : « Rillettes… cent grammes… » sans mimique et sans prosodie. Le charcutier, glacé, deviendrait opératoire et se contenterait de peser et de servir cent grammes de rillettes. Pas d’événement dans une telle rencontre entre machines humaines. (…)

    Nos comédies nous ensorcellent et nous permettent d’être-ensemble. (…)

    (L’ensorcellement du monde, Odile Jacob, 1997)

    juillet 24, 2008 à 10 h 32 min

  105. Ourko

    Et les citations ? Ce ne sont pas des masques elles aussi ?

    juillet 24, 2008 à 10 h 33 min

  106. Amélie

    C’est étrange, Vincent… moi je me suis (vraiment) réveillée avec l’envie de lancer un article sur le mensonge (ça se rejoint). Véridique !!!

    juillet 24, 2008 à 10 h 36 min

  107. Vincent

    Evidemment ! Et leur rythme effréné donne parfois le vertige.

    Mais — si j’ai bien compris les propos de Caillois rapportés dans l’article précédent — ce savant mélange de mimicry et d’ilinx est-il si surprenant que cela dans un blog qui se prétend « préhisto » ?

    juillet 24, 2008 à 10 h 36 min

  108. Barbarella

    Ah non ! les citations ce ne sont pas des masques ! Enfin, de mon point de vue en tout cas. Elles ressemblent plus à de gros oreillers, mous et confortables qu’on dispose autour de soit. A moins que tu n’entendes par masque, ce qui masque la vue du sujet, plutôt que ce qui masque le sujet à la vue des autres, Ourko ?

    juillet 24, 2008 à 10 h 39 min

  109. Vincent

    Il me semble avoir entendu l’hypothèse (dans un reportage télé, je crois) que cette maladie étrange qu’est l’autisme pourrait être interprêtée comme l’incapacité à décrypter et jouer ces « codes de communication » plus ou moins verbaux tels que les décrit bien Cyrulnik au commentaire 104.

    Quelqu’un a-t-il des informations plus précises sur le sujet ?

    juillet 24, 2008 à 10 h 41 min

  110. Amélie

    Au moment où tu écrivais ça, j’avais une pensée pas du tout Rossettienne (me demande si ça va m’être pardonné ! 😉 ): Les masques, dans les deux sens : ceux qui nous masquent de la vue des autres, et ceux qui nous masquent les autres, ou les choses, servent finalement à nous épargner la candeur d’un rapport direct au monde, parce que c’est risqué, c’est plonger dans le vide, prendre le courant en pleine face et risquer le court-circuit.
    Ca rejoint ta référence à l’autisme : les autistes (ceux qui correspondent à cette définition de base – il y a beaucoup de tangentes dans cette maladie), auraient renoncé (consciemment ou non), à faire ricocher la réalité du monde sur ces artifices dont on use tous à des degrés différents. De là le court-circuit peut-être…

    juillet 24, 2008 à 10 h 47 min

  111. Ourko

    J’entendais « masque » plutôt en tant que « leurre ».

    Je ne suis en effet pas certain que 120 vive avec ces citations autour de lui (si c’était le cas, il ne s’en débarrassrait — se « livrerait » — pas si aisément, je crois).

    Il me donne plutôt l’impression de les projeter sur la toile comme autant de mouches… et d’attendre de voir quel poisson mordra.

    Faut bien dire qu’il rentre souvent bredouille : la pêche à la mouche est un art sans doute un peu trop subtil pour lui. 😉

    juillet 24, 2008 à 10 h 50 min

  112. Barbarella

    Moi j’entendais oreiller dans le sens où elles apportent un confort de pensée, voire un réconfort; elles adoucissent l’angoisse du questionnement en apportant des débuts de réponses et des pistes.

    juillet 24, 2008 à 10 h 55 min

  113. Barbarella

    Sinon, chais pas si t’as remarqué, mais les pêcheurs qui ramènent de la truite, c’est pas ceux qui ont balancé tout le seau : c’est ceux qui n’ont utilisé qu’une seule mouche !!!! MDRRRRRR

    juillet 24, 2008 à 10 h 57 min

  114. Barbarella


    les mouches, elles finissent bien toutes par être mangées, en revanche, le pêcheur ne ramène que le poisson de celle qui était accrochée à sa ligne !
    Bon, c’est pas perdu pour tout le monde…
    en plus, les mouches qui flottent à la surface, là, les poissons, ils les gobent quand ils ont envie : pas forcément au moment où le pêcheur attend sur la berge…

    juillet 24, 2008 à 11 h 01 min

  115. Amélie

    je voudrais questionner directement 120, mais peut-il répondre ?
    120 : ces citations, est-ce que tu les postes pour toi, ou pour nous ? En d’autres termes, est-ce que tu les envoies pour t’aider à structurer ta pensée sur un sujet donné, ou est-ce que tu les déposes là pour qu’on y picore.
    Autre question : tes citations sont-elles orientées ? Si oui, comment ?
    Enfin, considères-tu comme Ourko qu’elles sont un leurre et si oui, que dissimulent-elles ?
    (ouh laaa… beaucoup de questions directes !)

    juillet 24, 2008 à 11 h 17 min

  116. Ourko

    C’est exactement cela.
    Deux hypothèses donc : soit 120 est un piètre pêcheur (incapable, en plus, de changer de stratégie), soit il cherche davantage à se débarasser de ses appats (de ses oreillers ?) qu’à obtenir une « prise ».

    juillet 24, 2008 à 11 h 23 min

  117. Amélie

    Si c’est la deuxième hypothèse c’est très louable (mais là, j’émets un jugement, et il ne faudrait pas), et si c’est la première, c’est quand même rigolo…
    enfin, comme d’hab, 120 ne s’exprime pas directement… 🙂

    juillet 24, 2008 à 11 h 33 min

  118. 120

    Et l’hypothèse du jet (festif) de confettis, pourquoi vous ne la faites pas ?

    Quant à celle des oreillers, Barbarella : essaie un peu de conserver auprès de toi — en même temps — Rosset, Baudrillard, Quignard, Guillevic, de Chazal, etc… et tu verras si c’est si confortable que tu le crois ! 😉

    Enfin, les questions du commentaire 115 sont toutes pertinentes mais comment savoir laquelle est la plus juste ? Et y a-t-il forcément un mobile clair, unique et rationnel à tout comportement ? Sans doute est-ce un mélange de tout ça.

    Je dois tout de même avouer avoir une prédilection pour l’hypothèse du commentaire 107 : tout mettre (du moins ce que j’ai sous la main, là est la seule « orientation ») sur la table jusqu’à provoquer une sorte de vertige, de déroutement, de « beau bordel intellectuel », pouvant parfois déboucher (pour celui qui en aura envie et sera capable d’y parvenir) sur un nouvel horizon plus ou moins cristallisé.

    juillet 24, 2008 à 11 h 41 min

  119. 120

    Ecrit par Pascal Quignard (en écho — tardif — au commentaire 78) :

    Le langage transforma les différences en les opposant terme à terme selon sa folie systématique, agressive, duelle, binaire.

    Vitalité s’opposa à ordre, femme à homme, mère à enfant, rouge à blanc, sang à sperme, chair à os, naissance à mort, utérus à tombe.

    Scolie. La langue faite d’oppositions ne différencie plus. Opposant tout elle binairise tout. Découplant tout elle symbolise tout. Symbolisant tout elle conflictualise tout.

    Par la langue nous cessons d’être des créatures à deux temps, à deux sexes, à deux mondes, pour devenir des êtres où deux temps s’opposent, où deux sexes s’envient, où deux mondes s’affrontent.

    Nous devenons la proie de conflits eux-mêmes à deux temps, où s’opposent deux sexes dans deux fois deux parentés, conflits sans cesse anachroniques mais hostilité chronique et inapaisable.

    (Abîmes, Dernier royaume III, Grasset, 2002)

    juillet 24, 2008 à 11 h 54 min

  120. 120

    Rien !
    Juste parce que c’est le commentaire… 120 !

    juillet 24, 2008 à 11 h 56 min

  121. Vincent

    Un exemple éclairant de ce que pointe ici Quignard : la distinction humain/animal. N’existe-t-elle pas avant tout dans les mots qui la constituent ?

    « La phrase « Autrefois les hommes étaient encore des animaux » signifie « Avant les langues naturelles les bêtes n’étaient pas encore le contraire des hommes ». Les bêtes n’étaient pas des bêtes. Autrefois ni les uns ni les autres n’étaient distincts. (…) »
    (Pascal Quignard, Abîmes)

    D’où — peut-être — mon hypothèse matinale : le langage comme grand « envoûteur » !

    juillet 24, 2008 à 12 h 04 min

  122. 120

    Ecrit par Michel Maffesoli :

    Il est intéressant de noter que le jeu des apparences, ou encore, en donnant à cette expression toute sa force théorique, la mythologie des masques, s’exprime régulièrement dans les histoires humaines, lorsque la mort, sous ses diverses modulations, devient omniprésente. Omniprésente sans être pour autant redoutable. On en joue et, ainsi, on se joue d’elle. Le brillant de l’apparence n’a pas d’autres fonctions, sinon celle de rappeler la finitude, l’impermanence, tout en montrant que celle-ci peut engendrer une sorte de jubilation. C’est bien ce que fait le théâtre du XVIIIe siècle, ce que font, également, les « fêtes galantes » et le badinage mondain de la même époque. On pourra retrouver la même attitude dans les « happenings » contemporains, les diverses manifestations des « body arts », ou encore dans les transes musicales d’aujourd’hui.

    Dans chacun de ces cas, le débridement orgiastique s’emploie à dire et à ruser avec le désespoir. Et cela collectivement. Car, contrairement à ce qu’il est fréquent d’affirmer, l’apparence est rien moins qu’individualiste. Bien au contraire, elle se construit sous et pour le regard de l’autre. C’est d’ailleurs en ce sens qu’elle renvoie au symbolisme, c’est également pour cela que l’on peut parler d’une myhtologie du masque.

    Mais dire, et par là se purger de l’angoisse du temps qui passe, cela ne peut se faire qu’à plusieurs. Ainsi, avant la grisaille induite par le triomphe du bourgeoisisme et de l’esprit de sérieux, le XVIIIe siècle, dont il a été question, voit le triomphe du factice, du ludique, d’une théâtralité généralisée. (…)

    Outre le XVIIIe siècle, il serait d’ailleurs facile de repérer de nombreux exemples historiques en ce sens. Certaines périodes du Moyen Âge, où les « danses macabres » vont de pair avec une sophistication vestimentaire. La décadence romaine, bien sûr, ou encore l’accentuation du carpe diem durant la Renaissance. Dans chacun de ces cas, apparence et angoisse de la mort se conjuguent en des jeux les plus divers dont la caractéristique commune est la jouissance intense de tout ce qui se donne à vivre hic et nunc, intensité se cristallisant dans ce qui se donne à voir. (…)

    Quoi qu’il en soit, en tout temps et en tout lieu, d’une manière plus ou moins affichée, sous des formes aux variantes multiples, le travestissement, le maquillage et autres affirmations de l’apparence sont moins des equives qu’une exacerbation du tragique.

    (L’instant éternel, Le retour du tragique dans les sociétés postmodernes, La table ronde, 2000)

    juillet 24, 2008 à 13 h 04 min

  123. Pascale

    Dis, 120, tu as besoin de toutes ces citations pour dire simplement que sans les masques, nul ne tient debout ?

    juillet 24, 2008 à 18 h 05 min

  124. 120

    Ecrit par Pascale Arguedas :

    « Sans les masques, nul ne tient debout ! »

    (BlogduPartiPrehistorique, 24/07/08)

    juillet 24, 2008 à 20 h 06 min

  125. Amélie

    La vache Pascale comme t’es belle !!!!!

    juillet 24, 2008 à 21 h 37 min

  126. Pascale ((l'enfoiré de 120)

    Meuh… là c’est le masque des vacances, il me va bien n’est-ce pas ;-)? Je devrais être toujours en vacances, ça sied à mon teint (d’ailleurs je m’en vais, tiens); puis tu sais bien Amélie que j’ai des prédispositions à être vache(cf billet que tu considères comme « érotique » concernant l’allaitement in le billet sur les cabanes)!

    juillet 24, 2008 à 21 h 45 min

  127. Amélie (à pascale, la bimbo du PP)

    le masque des vacances, mon… noeil, va ! t’es canon, t’es canon ! assume !!!
    quant à ton billet éroticomammaire, tu sais, moi, dès qu’on parle de succion de nichons…
    ouh laaa… m’faut des vacances, aussi, moi… dans un glacier, tiens !
    tu pars où ? tu passes près du parc du haut languedoc ? Si t’entends des rires de hyène, c’est moi qui me moque de vincent qui essaie d’enlever la peau d’un mulot sanglant pour le manger ! 🙂

    juillet 24, 2008 à 21 h 59 min

  128. Amélie (à 120 qu'assure)

    Tu ne sais peut-être pas parler tout seul… mais t’es trop drôle !!!!!!

    juillet 24, 2008 à 22 h 04 min

  129. Pascale (à Amélie seulement)

    Tu me fais mourir de rire Amélie, t’es trop drôle comme nana! Merci d’exister!
    Mon secret: depuis que je suis née, je refuse de boire la piquette du père Mazier! Non par esprit de rébellion mais tout simplement parce que je suis une buveuse d’eau. Eh oui, tu vois que moi aussi j’ai des tares que j’assume :-).

    juillet 24, 2008 à 22 h 11 min

  130. Amélie (à Pascale, ma copine, bas les pattes les cro-magnons !)

    wow, t’es trop ma copine ! moi je peine à finir un pauvre verre de muscat depuis tout à l’heure. Hier soir,j’ai voulu faire la grande et boire un Pontarlier avec ma copine blonde (oui j’en ai pas 36 de copines blondes, chacun ses quotas : j’ai ma blonde, mon handicapé, mon Noir etc) (la vache, heureusement qu’on est pas sur le blog à Grozda : je me prendrais une de ces volée de lecteurs hargneux en travers de la tronche !!!!), et j’ai remonté la rue de la Madeleine en me faisant 4 amis au mètre…
    Je ne buvais que de l’eau, mais je tente de me soigner… (en plus ça me coute vraiment pas cher : 2,50 euros pour être raide pompette !).
    Tiens au fait puisque je te tiens : je viens juste de commencer les premières pages de « Chronique des Indiens Guayaki » de Pierre Clastres, tu connais ? Ca a l’air pas mal du tout…

    juillet 24, 2008 à 22 h 19 min

  131. Pascale

    oh, mais si tu te fais 4 amis au mètre quand tu es pompette c’est que t’es un super canon, la coquine! Envoie-moi ta binette, c’est pas juste sinon…
    Les lecteurs hargneux du père Denis, je les fuis car pas de temps à perdre, ça me gonfle et ne m’intéresse pas, ni de les lire ni de leur répondre (je les connais trop depuis six ans avec mon site, rien de nouveau à l’horizon), en plus entretenir cette polémique, je trouve ça nul. Donc je viens rire ici!
    Le bouquin dont tu parles, connais pas, mais il y en a tant que je ne connais pas 🙂

    juillet 25, 2008 à 0 h 16 min

  132. Amélie (à Pascale, ma poulette)

    Héhéééé, Pascale qui fait des rimes sur le blog du pépé…
    nonononon, pas canon pour deux ronds, mais subitement très aimable !!! Et puis j’habite un quartier comme il n’en existe pas d’autre, où tout le monde se parle et se sourit. Viens donc rigoler un peu par ici !

    juillet 25, 2008 à 9 h 30 min

  133. Pascale (une photo, une photo! en privé)

    ma foi oui, j’ai fait des vers sans en avoir l’air, mais faut pas y faire attention ça m’arrive souvent. Je trouve que c’est une drôle de coïncidence que Denis ponde un billet sur le gros rouge qui pique car je venais juste avant de mettre en ligne un billet d’humeur acide sur le même thème mais pas la même direction…

    juillet 25, 2008 à 9 h 44 min

  134. Amélie (un nu ou un portrait ? :-) )

    je cherche Pascale, je cherche… mais j’ai pas grand chose !!! chuis pas exactement le genre de fille qu’on mitraille au Reflex !! (ou alors c’est qu’on se prépare à de longues heures de photoshop !)

    juillet 25, 2008 à 10 h 20 min

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