"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

L’été

Que ce soit sous forme de journal extime ou de façon plus intime, poétique ou raisonné, explorons ensemble cette saison.

Bref, l’été pour vous — ou d’autres — c’est quoi ?

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46 Réponses

  1. Vincent

    Il y a trop de lumière
    La chaleur est trop forte
    La terre ne tient plus
    Elle va se relâcher

    Elle s’est tue six mois durant
    Elle s’était maintenue
    Mais elle est à bout de forces
    Ne peut plus rien retenir

    La soleil fait craquer
    Toutes ses tensions
    Elle va bientôt libérer
    Son trop plein d’émotions

    Et c’est l’explosion
    L’absence de raison
    Le sourire du printemps
    Devient rire dément

    Ô la belle jaune ! Ô la belle bleue !
    En fleurs éclatent des feux
    Qui semblent d’artifices
    Et les bêtes lâchent leurs vices

    Rumeurs, batailles, fornications
    Tout grouille, crépite, se touche
    C’est le sabbat dans le gazon
    Qu’avec pudeur les feuilles camouflent

    L’été s’embrasse à pleine bouche.

    La mienne a mille lèvres
    Mon ouïe ouvre sa corolle
    Mon nez tremble et s’affole
    Mes yeux sont plein de sève

    Toutes ces sensations
    éveillent mes émotions
    Je suis submergé
    Je ne parviens plus à penser

    Je suis pris dans le jeu
    Je suis pris dans le feu
    Le tourbillon
    Incandescent

    Je me perds
    Je n’ai plus de limites
    Par tous mes pores
    Je m’évapore

    Midi
    Le soleil
    Me suit partout
    Ecrase mon ombre

    Laisse-moi tranquille !

    Et ce cliquetis
    De sauterelles
    Compte à rebours
    Ma fin prochaine

    Toute la machine est emballée

    Je ne tiens plus
    Je suis vaincu

    Je cherche de l’ombre
    Un peu d’automne
    Une oasis

    Je m’affale sous un arbre
    Une bulle d’air respirable
    Perdue
    Dans un océan de lave

    Elle me remonte à la surface
    Je flotte
    Je rêve

    Un gnome moqueur m’agace
    Avec une paille
    Non
    C’est une fourmi qui trotte
    Dans mon cou
    Non
    C’est ma peau qui se lézarde
    Qui se craquèle

    Non
    J’ai chaud !
    Vivement la nuit !
    Vivement l’hiver !

    Vivement l’hiver !
    Assez !…

    juillet 14, 2008 à 14 h 03 min

  2. Vincent

    A tue-tête
    Le soleil

    Charbon ardent
    Chardon piquant

    Lance ses clous au hasard
    Assommant les lézards

    La lame sèche de ses rayons
    Creuse des fissures, des sillons
    La terre se ride sur le front

    La terre s’assoiffe
    La terre poudre

    Ses boulets de feu
    Ses ailes de poix
    Son cri de lumière
    Sauvage et carnassière
    Sabrent le paysage
    Ecoeurent les rivières
    Accablent les ruisseaux
    Et mord mon visage
    Ma pulpe et mes os

    L’affreux
    Profite du fait
    Que je ne puisse le regarder
    Sans me rayer les yeux
    Pour me cogner
    Dans le dos

    Sur ma peau qui brille
    Ses rayons sont rugueux
    Des dards, des aiguilles
    Qui me tatouent leurs feux

    Médecin acupuncteur
    Il me perfuse jusqu’au coeur
    Savant dompteur
    Il lance ses fouets avec fureur

    C’est pourtant lui
    Je le sais
    Qui projette l’eau de feu
    Le verre fondu
    La colle de miel
    Qui maintient l’organisation
    Le marionnettiste
    Qui tend les fils
    De tout mouvement

    Je devrais me faire une raison
    Mais ce n’est pas de saison !

    juillet 14, 2008 à 14 h 10 min

  3. Isidore

    Et bien dis-donc, ça commence fort !!!
    Allez, encore, encore !!!

    juillet 14, 2008 à 17 h 09 min

  4. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :

    L’été on entend les chiens hurler le soir, on voit les insomniaques soigner leurs plantes vertes en pleine nuit, on lit dans les yeux ternes et brûlants cette euphorie angoissée caractéristique des journées plus longues, du soleil implacable, de cette extraversion de la chaleur qui force à une jouissance physique pure et sans objet, et qui correspond pour beaucoup à une situation proche du suicide. Ceux qui restent dans la ville ont des airs de funambule. Il savent qu’en l’absence des autres, ils assurent l’intérim de la socialité, à peu près comme ils arrosent les géraniums de leur voisin en son absence — mais tous assument cependant un rôle historique et théâtral : les uns celui d’abandonner la cité vers on ne sait quel exode de plaisir, les autres celui de veiller sur le décor. En fait, c’est un jeu de catastrophe. La ville joue son exode, elle se vide sans avoir été bombardée, elle se livre à ses esclaves (les immigrés) dans une saturnale éphémère.

    *

    Le degré de chaleur, le prix de l’essence, le cours du dollar : triangle d’or de notre été. Données incontrôlables, dont nous n’espérons plus que de les voir monter indéfiniment. Quelquefois, les chiffres se mêlent dans une confusion prophétique, ainsi en été 1980 dans les déserts américains, le prix du gallon, 1.18, 1.20, 1.25, varie d’un lieu à l’autre comme le reflet exact des courbes de température, 100, 110, 120 degrés Fahrenheit. Avec toujours en filigrane la question de confiance : jusqu’où accepteriez-vous de voir monter le prix de l’essence ? Jusqu’où pensez-vous que le dollar puisse grimper (sous-entendu avant de provoquer l’effondrement mondial des économies) ? Quel record peut atteindre la chaleur (sous-entendu : avant de provoquer une volatilisation des énergies et le début d’une insomnie mondiale) ? Notre destin artificiel s’inscrit dans ces courbes asymptotiques.

    *

    L’année sociale s’arrête avec l’été. Pendant huit mois de l’année règne le froid, le social, la démocratie, les impératifs politiques. Venu l’été, une autre ambiance prend le relais : la chaleur, le terrorisme, les accidents, les records olympiques, les chiens crevés, la culture folklorique, le silence des intellectuels. Tous les ans, c’est la même chose. Même la rentrée sociale n’est plus ce qu’elle était. Plus de grandes marées sociales au moment des équinoxes. Seulement un mouvement pendulaire d’un solstice à l’autre.

    *

    La chaleur est comme un sommeil objectif. Il n’est pas besoin de dormir, car elle vous enveloppe déjà comme un rêve, comme une forme voilée de l’inconscient. Rien n’y est refoulé, tout passe dans l’agitation insensée des molécules. C’est ainsi sous les Tropiques : la violence même est paresseuse, et le subconscient prend la forme de la danse. D’où l’absurdité de la psychanalyse sous ces latitudes. C’est une parodie tout juste liée au privilège européen, et partie de l’héritage colonial. mais au fait, qu’en est il pour nous, en Europe même, de l’inconscient ?

    (Cool Memories I et II, Galilée, 1987-1990)

    juillet 14, 2008 à 17 h 38 min

  5. Isidore

    L’été,
    C’est l’été;
    Mais quel été était-il,
    Lorsqu’il n’était
    Que le thé que tu tétais,
    Que nous tétions, solitaires
    Moi, amoureux de tes tétons,
    Et toi si têtue dans ton refus?
    L’orage vint alors,
    Foudre et tonnerre
    Résonnant dans la vallée,
    Et le thé que nous buvions
    Cet été là,
    Tremblants et solitaires
    Malgré le la de tes tétons
    Malgré le si de ton refus,
    Prit soudain le teint patent
    D’un patin épatant
    Qu’il me prit, sauvage,
    De t’assaillir
    Sans dire ouf
    Ni même prononcer
    Un petit Pater noster,
    Pour finir dans un délire
    De tétons tâtés
    Et de tournebouchages haletés.
    Ah, quel bel été !!!

    juillet 14, 2008 à 18 h 53 min

  6. Vincent

    Ah ! les « tournebouchages haletés » et le « teint patent des patins épatants » !!!
    On te comprend : quel bel été ça a… été !

    juillet 15, 2008 à 0 h 16 min

  7. 120

    Ecrit par François Jacqmin :

    L’ETE

    On ne sait pas ce que l’été
    veut dire

    La logique du feu écrase le
    penseur le plus rigoureux.

    A lui seul, le foin constitue
    des myriades de signes
    objectifs, mais impénétrables.

    Il suffit de lire tête nue
    à midi
    pour que le mental se
    couvre d’énigmes et de vapeurs.

    *

    Quel contemplateur serait assez
    intrépide pour sonder l’âme
    noire du soleil ?

    Indicible et obscène, sa brûlure
    est un refus de tout.

    Une immense obscurité est en son
    centre torride.

    *

    Les câbles de la fraîcheur sont
    rompus.

    Il va falloir supporter l’intarissable
    ennui d’être sans ombre.

    Il n’est pas de mélancolie plus
    infamante que ce néant qui tombe
    en juillet.

    *

    Rien n’est vrai lorsqu’on
    regarde le soleil.

    La vie du moi expire comme
    si le feu imaginait une
    pensée plus réelle.

    Même le ciel tremble sur
    la corniche.

    Il est impossible d’être
    ébloui sans broncher.

    *

    La lumière entre dans la forêt
    comme une révélation.

    Elle emprunte des sentiers que
    le feuillage ignore.

    Tout devient visible et
    inexplicable.

    L’esprit est confondu à l’idée
    d’une fatalité qui éclaire.

    *

    Dès les premières clartés du
    jour, on perçoit une image
    qui ne doit presque rien à
    la pensée.

    C’est un symbole qui tente
    la traversée du feu.

    L’été aussi est à la recherche
    de la métaphore totale.

    *

    Il fait beau.

    Même l’horreur est en liesse.

    L’univers prête l’instrument
    de sa permanence.

    Le sol est ivre et propose
    ses dilatations ambiguës.

    L’air allège superbement les
    scrupules de la pesanteur.

    *

    Le ciel s’échauffe comme une
    hérésie.

    L’esprit de la braise gagne
    le coeur des pierres.

    Puis, c’est le tombeau de
    midi.

    La poussière y repose dans la
    paix terrifiante du feu.

    *

    Une pyramide de pollen se
    dresse au milieu du jour.

    Autour d’elle, à perte de
    vue, l’été s’étend, morne
    et silencieux.

    La vibration de l’air rend
    la pensée méconnaissable.

    On sait désormais que
    l’intelligence a besoin d’eau.

    *

    Le foyer est partout. Il
    aveugle l’ombre où l’on
    voulait vivre.

    Son ardeur offusque les lois
    de l’optique.

    La matière se découvre une
    nouvelle faille.

    Derrière les portes, on
    entend la respiration des
    flammes.

    *

    etc…

    (Les saisons, LAbor, 1988)

    juillet 15, 2008 à 6 h 27 min

  8. Vincent

    Journal extime estival (1) :

    Sorti du nid, le petit mésangeau fait le grand mais est encore tout pataud et tremble même du bout des ailes. Comme un gros bébé, il quémande sans arrêt la becquée que lui procurent encore ses parents dévoués.

    *

    A l’autre bout du jardin, la même scène se joue avec une famille de rouge-queue noire.

    *

    Chez les oiseaux, l’organisation est par rapport à nous inversée : c’est l’été que les enfants vont à l’école.

    *

    Quelle que soit l’espèce d’oiseau, les parents sont toujours soulagés quand ils découvrent que leur progéniture n’a pas attrapé cette terrible maladie génétique qui s’abat paraît-il au hasard et accable certains : la transformation subite (et irréparable) en coucou.

    *

    Les guêpes dans l’assiette, les moustiques sous la tables, les moucherons autour de la lumière, les fourmis dans le cou, etc… Par ses émissaires zêlés, l’été s’infiltre vraiment sans répit dans tous les interstices.

    *

    Nourris aux croquettes pour chat humectées (et introduites de force dans le gosier qu’ils ne savent apparemment pas ouvrir à l’arrêt), un des deux Martinets tombés du nid que l’on a tenté d’élever est malheureusement décédé, l’autre magnifiquement (bien que maladroitement) parti accomplir sa tache de feu follet aérien nettoyant l’azur de ses moustiques.

    *

    A défaut de pouvoir se plaindre de la chaleur accablante des étés torrides, on le fait de son absence.

    *

    La ville participe à la folie festive de la saison en lançant elle aussi ses feux d’artifice. Le bouquet final ressemble à celui que l’on peut composer dans certains prairies.

    *

    Les lampions et flonflons de l’accordéon et leur pouvoir d’attraction. Les pétards réjouissent certains, exaspèrent les autres. Tout est porté à l’exagération.

    *

    etc…

    juillet 15, 2008 à 6 h 51 min

  9. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    L’ETE

    L’été se veut
    Un point fixe.

    *

    L’été n’est pas
    Le fils du printemps,
    Ni le père de l’automne.

    Il est sans famille.

    *

    L’été,
    C’est l’orgueil.

    Il n’accepte pas
    De discuter
    De ses pouvoirs.

    *

    Nous ne prions pas
    Pour que l’été
    Soit comme ci
    Ou comme ça.

    Nous sommes l’été,
    Sa créature,
    Sa création.

    *

    Compagnons de l’été
    Par force
    Et par amour.

    *

    Tout un envol

    Donné par un doigt mouillé
    Offert au vent d’été.

    *

    L’été s’attarde
    Sur les rondeurs :

    Celles des femmes,
    Celles de rochers,
    Celles des arbres.

    *

    L’été cherche
    A s’insinuer partout

    Pour à chaque chose
    Donner un destin.

    *

    L’été prend la forme
    Du soleil

    Pour fouiller
    Le sable des plages.

    *

    Jamais l’été ne saura
    Ce que c’est
    Que la chaleur.

    *

    L’été
    Caresse les buissons,
    Palpe les forêts.

    Il se plaît
    Aux chemins dans les sous-bois.

    *

    L’été se laisse choyer
    Par les surfaces,
    Par les sommets,

    Pour leur plaisir.

    *

    L’été s’incurve
    Peut-être à cause
    Des forêts qui le creusent.

    *

    Les aiguilles des sapins
    Doivent quand même
    Faire la différence

    Entre l’hiver et l’été.

    *

    L’été se baignerait volontiers
    Dans plus que lui.

    N’empêche qu’il rêve
    De plonger tout entier
    Dans un ruisseau.

    *

    etc…

    (Relier, Gallimard, 2007)

    juillet 15, 2008 à 7 h 08 min

  10. Isidore

    Le chat: pourquoi ne viens-tu plus te prélasser près du poêle, et demeures-tu ainsi d’interminables heures couché à l’ombre du figuier ?

    Le lézard: il a déserté le muret de la maison: sans doute a-t’il trouvé meilleure pitance chez la voisine ? A moins que le chat l’ait croqué ?

    Les choses sont trop compliquées aujourd’hui; il vaut mieux aller faire la sieste… l’après-midi entière peut-être…

    La source se fait entendre incessante et obstinée. Dans un tel silence elle en devient insupportable. Ne pourrais-tu pas te taire et me laisser goûter au chuchotement de cette brise si chaude et si légère qui vient me caresser le visage ?

    J’aurais bien bu un thé à la menthe en écoutant un conte oriental plein de chameaux, de déserts, de princes arabes et… peut-être même d’autres choses encore… Il est toujours bon de rêver.

    Il fait quand même un peu trop chaud et sans chapeau sur la tête je ne sais pas si je vais pouvoir tenir longtemps ?… Mais j’ai vraiment la flegme d’aller le chercher… HÉLOÏÏÏÏSE !!!!!!

    C’est incroyable combien les mouches sont agaçantes. Il s’agit d’ailleurs souvent d’une seule mouche qui vous tourne autour de la tête, vous chatouille les lèvres ou vient se poser impudemment sur le nez ou la paupière. Pas moyen de la chasser ni même de l’écraser surtout en étant à moitié endormi… On en viendrait même à penser que Dieu est un franc sadique. Heureusement qu’on a inventé la moustiquaire… et le hamac aussi… Mais il fait trop chaud pour se lever les chercher… HELOÏÏÏÏSE !!!!!

    Il va falloir faire encore la vaisselle… et ranger la maison… A quoi bon tout ce fatras ? Il fait si beau, il fait si bon, au diable ce bazar !

    juillet 15, 2008 à 7 h 52 min

  11. Amélie

    Une petite goutte de chaleur dégouline de mon aisselle en contournant mon sein droit.

    juillet 15, 2008 à 11 h 08 min

  12. Amélie

    Tu pourrais guider sa course du bout du doigt… 🙂

    juillet 15, 2008 à 11 h 10 min

  13. Isidore

    Dis, c’est à moi que tu parles?… J’arriiiive !!!

    juillet 15, 2008 à 11 h 14 min

  14. Amélie

    Hahahahaha ! Je ne sais pas si je dois attribuer un tel succès aux chaleurs de l’été, ou au bénéfice de l’anonymat aveugle !
    Héloiiiiiiiiiiiiiiiiise ! Occupe-toi d’Isidore !!!!

    juillet 15, 2008 à 11 h 19 min

  15. Isidore

    Ohhhh, quand même !!! Je te signales qu’HéloïïïÏse est ma fille…

    juillet 15, 2008 à 11 h 22 min

  16. Amélie

    Ah oui ? Décidément, l’esclavage précoce doit être une caractéristique des membres du PP. Chez nous c’est : « Bettylouuuuuuuuuu ! Tu m’étends le linge ? »

    juillet 15, 2008 à 11 h 31 min

  17. Isidore

    Ben, maintenant je crois qu’il doit être trop tard pour la goutte de chaleur, non ? Elle a dû s’évaporer ?… Ahhh les filles… l’art de la diversion…

    juillet 15, 2008 à 11 h 45 min

  18. Amélie

    nan, elle fait le tour de mon nombril…
    je vais la garder au chaud, là où elle finira. Mais pas pour toi ! 😉

    juillet 15, 2008 à 11 h 50 min

  19. Amélie

    J’attends de celui qui la trouvera que son souffle soit si incandescent, qu’en approchant ses lèvres il la transforme en buée d’été. Et puis… oups pardon.
    Quelle saison !

    juillet 15, 2008 à 11 h 56 min

  20. Ourko

    Dites, les aminches, si on vous dérange, vous nous le dites, hein ?

    juillet 15, 2008 à 12 h 04 min

  21. barbarella

    C’est vrai qu’ils marchent un peu sur tes plate-bandes, là, Ourko !

    juillet 15, 2008 à 12 h 08 min

  22. Ourko

    Ah bon, je n’pensais pas qu’elle était si plate… Warf, warf, warf !

    juillet 15, 2008 à 12 h 17 min

  23. Isidore

    Non, non, les amis !!! On a parlé de journal extime et non de journal intime… et encore moins de journal sextime… Allons ressaisissez-vous !!!

    juillet 15, 2008 à 12 h 32 min

  24. barbarella

    Qu’est-ce qu’il disait, Pierre, sur les effets du soleil ????

    juillet 15, 2008 à 12 h 36 min

  25. 120

    Ecrit par Raymond Queneau :

    L’ETE

    Je ne saisissais pas le sens de ces journées
    cuites au bord de l’eau comme un oeuf à la coque
    le soleil engageait de vagues matinées
    qui duraient endormies sur la pente des rocs

    la chemise était verte ocre ou bien orangée
    le pantalon carmin avec plusieurs accrocs
    dans la maison déserte humide et abritée
    on entend en plein jour tousser la voix d’un coq

    vers le soir on revient vers la mer adulée
    retremper sa paresse en la nage exaltée
    en attendant l’alcool pour arroser des phrases

    tout cela s’est forgé dans l’immobilité
    d’une errance incertaine au coeur d’un seul été
    je ne retrouve plus le sens de cette phase

    (Fendre les flots, Gallimard, 1969)

    juillet 15, 2008 à 22 h 07 min

  26. 120

    Ecrit par Charles-Marie Leconte de Lisle :

    Midi, roi des étés, épandu sur la plaine
    Tombe en nappes d’argent des hauteurs du ciel bleu
    Tout se tait. L’air flamboie et brûle sans haleine,
    La terre est assoupie en sa robe de feu.

    L’étendue est immense et les champs n’ont point d’ombre
    Et la source est tarie où buvaient les troupeaux
    La lointaine forêt dont al lisière est sombre
    Dort là-bas, immobile, en pesant son repos.

    Seuls les grands blés muris tels qu’une mer dorée
    Se déroulent au loin, dédaigneux du sommeil
    Pacifiques enfants de la terre sacrée,
    Ils épuisent sans peur la coupe du soleil.

    Parfois, comme un soupir, de leur âme brûlante,
    Du sein des épis lourds qui murmurent entre eux,
    Une ondulation majestueuse et lente
    S’éveille et va mourir à l’horizon poudreux

    Non loin quelques boeufs blancs
    Couchés parmi les herbes bavent avec lenteur sous leurs fanons épais
    Et suivent de leurs yeux languissants
    Et superbes le songe intérieur qu’ils n’achèvent jamais.

    Homme, si le coeur plein de joie uo d’amertume,
    Tu passais vers midi dans le champ radieux
    Fuis, la nature est vide et le soleil consume
    Rien n’est vivant ici, rien n’est triste ou joyeux

    Mais si désabusé des larmes ou du rire,
    Altéré de l’oubli de ce monde agité,
    Tu veux, ne sachant plu spardonner ou maudire
    Goûter une suprême et morne volupté

    Viens, le soleil te parle en paroles sublimes
    Dans sa flamme implacable, absorbe-toi sans fin
    Et retourne à pas lents vers les cités infimes
    Le coeur trempé sept fois dans le néant divin.

    juillet 15, 2008 à 22 h 26 min

  27. Vincent

    « La nature est vide » à midi ? « Rien n’est vivant » dans le champs ?

    Faudrait peut-être qu’il mette vraiment le nez dans l’herbe l’Charles-Marie… ou qu’il lise (et s’inspire) d’un poète plus réaliste (ou simplement moins myope) que lui : Guillevic.

    Sous les herbes, ça se cajole,
    ça s’ébouriffe et se tripote,
    ça s’étripe et se désélytre,
    ça s’entregrouille et s’entrefouille,
    ça s’acrabouille et se barbouille,
    ça se chatouille et se dépouille,
    ça se mouille et se éverrouille,
    ça se dérouille et se farfouille,
    ça s’épouille et se tripatouille —

    Et du calme pré
    est la classique image.

    juillet 16, 2008 à 7 h 42 min

  28. 120

    Ecrit par François Jacqmin (suite) :

    L’air est au supplice.

    Il attend en vain le frisson
    qui vient des grottes.

    Le parfum agonise.

    Il faut fuir ces dunes
    accablantes ou mourir
    assoupi.

    *

    L’incandescence est une autre
    nuit.

    Affolées, les fleurs cherchent
    asile dans les fissures des
    minéraux.

    La pensée craint de s’égarer :
    elle bivouaque dans la somnolence.

    *

    De torpeur en torpeur, le
    vallon abandonne ses échos.

    Les ramiers fatigués
    encombrent la vacuité de
    l’air.

    Le moi s’endort dans une
    ascèse de plomb.

    *

    Aujourd’hui, le temps ne
    vient pas du passé.

    Le coeur est trop fin
    pour ne pas sentir que
    cet instant nul et
    prodigieux n’est pas
    associé à la durée.

    Chaque matin d’été a cette
    minute cruelle et jaillissante.

    *

    Sous le règne de la pivone,
    le mystère du feu suffit
    pour alimenter l’esprit.

    La léthargie peut tenir lieu
    de verbe lorsque rien n’est
    à prouver.

    *

    Le matin est si pur qu’il
    semble falloir mourir pour
    le dire.

    Exprimer un sentiment clair
    à ce propos est presque une
    médisance.

    Serait-il des douleurs qui
    affranchissent du désir
    d’être précis ?

    *

    Midi est atteint. Le silence
    agite ses abeilles.

    Une pureté monstrueuse est
    au sommet de l’air ; elle
    menace tout ce qui incline
    vers une signification.

    L’aiguille du feu renonce à
    montrer l’immédiat, le plus
    ancien temps de tout.

    *

    Le refus de tout est une
    condition de survie
    lorsqu’il fait doux.

    Seule la pensée qui n’aspire
    à rien risque de rester
    intacte.

    Le ciel frôle cette perfection.

    *

    L’oeil s’émiette dans le
    bouleau.

    L’espace frise la folie lorsqu’il
    traverse son feuillage.

    Je m’arrête à temps.

    Je pressentais une application
    personnelle et désastreuse de
    ce frémissement.

    *

    A la tombée de la nuit, la
    pensée est prise au piège
    du chèvrefeuille.

    Il suffit de respirer pour
    tomber sous le coup de sa
    sentence.

    Ses effluves inspirent un
    chagrin dont la subtilité
    peut orner une vie.

    *

    etc…

    (opus cité)

    juillet 16, 2008 à 9 h 28 min

  29. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic (suite) :

    Je vous bénirai,
    Nous glisse l’été,

    Si vous m’honorez
    Dans les étangs.

    *

    Par l’été
    Comme par l’hiver
    Les eaux sont menacées.

    La terre a donc parfois mal
    A ses nappes phréatiques.

    *

    Je suis de celles
    Que l’été ne séduit pas
    Se répète la source.

    *

    L’été
    Aime asécher la terre
    Pour l’inonder,
    L’assécher encore

    Et recommencer le cycle.

    *

    La pitié n’est pas
    Dans les attributs de l’été.

    A son apogée
    Il se prend pour le Roi-Soleil.

    *

    Quand l’été
    Est sûr de lui,

    Il nous fixe
    Droit dans les yeux.

    *

    Cette façon qu’a l’été
    De déloger la nuit,
    Cette étrangère.

    *

    C’est l’été
    Le temps s’évase

    Jouisseuse la limace
    Rentera tard.

    Il y aura
    Des l’herbe des prés

    Des choeurs organisés
    De chanteurs anonymes.

    *

    Le comble de l’été
    C’est sur les prés
    L’ombre de l’épervier.

    *

    L’été croit toujours
    Agir pour le mieux.

    La preuve :
    Tout ce qui dit merci.

    *

    L’été
    Voudrait accorder
    L’ombre et le soleil.

    *

    L’été trouve que le blanc
    Des murs

    Crie trop fort,
    Plus fort que lui.

    *

    En été,
    Le lézard se sent
    Propriétaire du mur.

    *

    Tu ne m’auras pas encore,
    Dit la tomate à l’été.

    J’attendrai.
    Je veux jouir de tes reliefs.

    *

    Même l’armoire ouverte
    Est plus sereine
    En été.

    *

    etc…

    (Relier, Gallimard, 2007)

    juillet 16, 2008 à 15 h 13 min

  30. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    L’ETE (suite)

    L’été
    A plaisir à se confier
    A l’odeur de la lavande.

    *

    En plein été
    Les routes s’offrent
    A la lumière,

    La boue des chemins creux
    S’en garde —
    N’abandonne jamais la partie.

    *

    Pendant l’été, les limaces
    Ne perdent rien
    De leur viscosité.

    *

    L’été s’intéresse
    Aux scarabées qui s’essaient
    A devenir brillants.

    *

    Il arrive que l’été
    S’étonne

    Du chant des oiseaux
    Qu’il inspire.

    *

    Ne niez pas
    Que vous aussi

    L’été
    Vous pourchasse.

    *

    Quand l’été
    S’enivre trop de lui
    Il finit dans la tempête.

    *

    Il arrive à l’été
    De ne plus savoir
    Où il est.

    Il commet alors
    Des erreurs sur son voltage.

    *

    Les orages sont
    Des crises de jalousie
    De l’été.

    *

    Bien sûr
    Que l’été provoque la terre

    Et que la terre
    Lui répond par des brumes !

    *

    Les stries
    Que font sur l’été
    Les cris des corbeaux.

    *

    Au nom de la groseille
    Qui va bientôt tomber,

    Je remercie l’été.

    *

    De l’été,

    L’automne
    st le voleur,

    L’hiver
    Le receleur,

    Le printemps son dénicheur.

    *

    L’été se perpétuerait —
    Nous avec lui ?

    *

    etc…

    (Relier, Gallimard, 2007)

    juillet 17, 2008 à 17 h 56 min

  31. 120

    Ecrit par François Jacqmin :

    L’ETE (suite)

    Dans le bois, c’était comme
    une galerie taillée dans
    l’ombre.

    Les épices de la fraîcheur
    tombaient comme une eau qui
    n’a pas encore choisi d’être
    fraise.

    Au-dessus, je voyais le clapotis
    du soleil heurter et
    aviver la grève des feuilles.

    Dehors, et plus loin, midi
    torride sonnait le tocsin de
    l’air.

    *

    La fin du jour est suave et
    digne d’abîmer un être.

    Le parfum des choses qui
    cessent sans désespérer flotte
    comme une épave d’absolu.

    Une clarté brune meurt au
    pied des mélèzes.

    Demain, le jour viendra parfaire
    cette déchirure.

    *

    Les buissons sont bus.

    Immobile, le ciel est indifférent
    au plus vieux délice
    du monde : l’eau.

    Les insectes grignotent
    l’aridité.

    On reconnaît maintenant
    l’extrême indigence de
    l’éblouissement.

    *

    L’eau est une supposition.

    La torpeur de la raison et
    la mollesse du corps ne permettent
    plus au verbe de
    désaltérer un concept.

    La preuve a cessé d’être
    limpide.

    *

    On renonce à tirer un eleçon
    de ce qui est clair.

    Le soleil déforme l’aplomb
    du jour.

    Il invite à la cécité plutôt
    qu’à la certitude.

    *

    L’été fomente des saveurs que
    l’éternité n’épuiserait pas.

    Le verger est conçu pour
    aboutir à l’impossible.

    Je ne puis cueillir une pomme
    sans m’abîmer dans un vertige.

    Le goût que l’on a pour un visage
    est porteur des mêmes tares.

    *

    etc…

    (opus cité)

    juillet 17, 2008 à 23 h 29 min

  32. 120

    Ecrit par Anna de Noailles sur l’été :

    (…)

    C’est déjà, sourdement, sous l’herbe et dans les bois
    L’impétueux réveil des dieux chauds et vivaces
    Qui ramènent, noués ensemble, les trois mois
    D’impatient plaisir, de tumulte et d’audace.

    (…)

    Tout luit, tout bleuit, tout bruit,
    Le jour est brûlant comme un fruit
    Que le soleil fendille et cuit.

    Chaque petite feuille est chaude
    Et miroite dans l’air où rôde
    Comme un parfum de reine-claude.

    Du soleil comme de l’eau pleut
    Sur tout le pays jaune et bleu
    Qui grésille et oscille un peu.

    Un infini plaisir de vivre
    S’élance de la forêt ivre,
    Des blés roses comme du cuivre.

    (…)

    C’est l’été, je peurs, c’est l’été…
    Un désir indéfinissable
    Est sur l’univers arrêté.
    Ah ! Dans les plis légers du sable
    Le tendre groupe projeté
    D’un rosier blanc et d’un érable !
    Le coeur languit de volupté ;
    On croit qu’on sourit, mais on pleure
    Le désir est illimité…
    (…)
    Que dois-je faire de l’ivresse
    Qui m’exalte au-delà de moi ?
    O belle heure qui nous caresse
    Par les fleurs du plus chaud des mois
    Entraîne mon corps qui défaille
    Vers quelque douce véranda
    Que protège un store de paille
    Vert comme un nouveau réséda…

    (Oeuvres complètes)

    juillet 23, 2008 à 11 h 48 min

  33. 120

    Ecrit par Rudolf Steiner :

    Comme ensorcelé à la beauté des mondes
    Le verbe universel que je suis parvenu
    A faire pénétrer par la porte des sens
    Jusqu’au fond de mon âme apporte des présents
    Qu’en ses limites notre moi
    N’aurait pas le pouvoir de se donner lui-même.
    Il me faudra trouver la force
    De donner à ces germes une forme assez noble
    Pour être de l’esprit le digne vêtement.

    (Le calendrier de l’âme)

    juillet 23, 2008 à 11 h 53 min

  34. 120

    Ecrit par Emile Verhaeren :

    Juillet
    L’HEURE TORRIDE

    L’été s’est épandu, malade et malfaisant,
    avec du plomb dans son sang blanc,
    avec sa rage et sa colère ;
    l’été ! et ses lumières carnassières
    et ses silences fermentants.

    — Vous, les jardiniers de la mort,
    en vos plaines torrides,
    voici des fleurs qui ont des rides
    et qui penchent, ainsi que des remords,
    leurs ors, sur les chemins arides.

    — Vous, les charpentiers de la mort,
    voici les géantes cuirasses
    des grands hêtres dont l’écorce se casse
    dans les forêts comme engourdies
    sous les flammes du ciel brandies.

    — Vous, les fossoyeurs de la mort,
    voici la stérile agonie
    des verdures trop tôt finies ;
    voici le lin par l’insecte mangé ;
    voici la souple avoine et le froment flexible
    et les rameaux des vieux vergers,
    flétris sous des brûlures invisibles.
    Depuis des jours, depuis des temps,
    minutieux et persistant,
    le soleil perce, à coups d’aiguilles,

    la vie éparse aux champs tranquilles ;
    le soleil mord, le soleil vrille
    le sol brûlant et haletant
    et ploie et broie en sa torture
    la large espoir de la moisson future.

    La terre entière en est paralysée.

    — Dites à quand les émeutes, les rages
    et l’entrechoquement des blocs d’orage
    et les pâles éclairs dans la nue ardoisée ?

    En attendant, là-bas, au loin,
    une tuile de verre étincelle en un coin
    et sa lueur, comme un glaive de haine,
    de part en part, traverse au coeur de la plaine.

    (Les douze mois)

    juillet 23, 2008 à 13 h 44 min

  35. 120

    Ecrit pas Anna de Noailles :

    TORPEUR D’ETE

    Eté ! sommeil, silence et doux bourdonnement !
    Dans la chambre aux murs clairs, par le store charmant
    Le soleil, abondant et large, entre et dévie.
    Instants où la vie est plus douce que la vie !

    Où me coeur ne sait plus ce qu’il veut, ce qu’il doit,
    Où l’on ne peut tenir son âme entre ses doigts,
    Pas plus que l’ombre étroite, en sa faible fumée,
    Ne peut garder l’Aurore amoureuse enfermée…

    — Les ailes de Juillet palpitent au plafond,
    Des danses de soleil se font et se défont
    Sur les murs, sur les gais rideaux verts en cretonne,
    Toute la chambre luit, et le parquet rayonne.

    Près du divan, où l’air est tiède et replié,
    La fleur que l’on a prise au beau magnolier,
    Avec un fort parfum de pomme et de verveines
    Epuise lentement le sucre de ses veines.

    Hélas ! pourrez-vous bien durer pour nous toujours,
    Parfaits enchantements des étés doux et lourds,
    Supplice du bonheur et des extases lentes,
    Supplice d’être inerte et chaud comme des lantes,

    Supplice de trop d’âme et de trop de clarté,
    Eté, luxurieux et langoureux été,
    Qui cachez votre plus alanguissante flèche
    Dans cette odeur des nuits, soudain calmes et fraîches…

    (Oeuvres complètes)

    juillet 23, 2008 à 15 h 48 min

  36. 120

    Ecrit par Maurice Carême :

    Soir d’été

    Si vous tendez un peu l’oreille
    Quand le soleil
    A fait flamboyer le jardin
    Et que son dernier rayon dore
    Encore
    Au seuil du soir,
    Votre arrosoir,
    Ecoutez bien :
    Vous entendrez tout doux, tout doux,
    Dans tous les coins
    Ivres d’odeurs,
    Vous entendrez, à petits coups,
    Dans tous les coins, boire les fleurs.

    (Pigeon vole, 1958)

    juillet 25, 2008 à 10 h 02 min

  37. 120

    Ecrit par Norge :

    JUILLET

    La patience habite le balancement
    d’un épi. Les fontaines, les cailloux,
    les bêtes, veulent croire à la joie pour
    toujours.
    Même on voit respirer le sein d’une
    statue, elle embellit secrètement.
    La plaine, douce comme une joue,
    mûrit dans l’heureuse durée.

    (Calendrier, 1933)

    juillet 25, 2008 à 10 h 08 min

  38. Amélie donne son avis

    J’aime beaucoup Anna de Noailles, Vincent, tu as raison. Son esprit un peu fou. Et j’aime bien Norge aussi.

    juillet 25, 2008 à 10 h 17 min

  39. 120

    Ecrit par Emile Verhaeren :

    Août
    LES MOUCHES

    La table est grasse et la desserte est chaude encor.
    Les gars repus s’en sont allés couper les ors
    Des grands épis pareils à des pointes de lances ;
    L’été gerce le sol et brûle le silence.

    Et dans le chaud fournil que le soleil étreint,
    Parmi des brocs de grès, parmi des plats d’étain,
    Sur les rudes cuillers, sur les couteaux farouches,
    Rôde le peuple noir et vrombissant des mouches.

    Et la guêpe rayée et le bourdon velu
    S’en vont mêlant ou démêlant leurs jeux goulus,
    Autour des ronds poisseux que laissèrent les verres
    Aux vieux bahuts mouillés de laitage et de bière.

    Contre la vitre, un vol se cogne et choit soudain ;
    Quand un essaim nouveau rentre par le jardin ;
    Et le ronron reprend plus sonore et plus souple
    Et les mouches partout en se frôlant s’accouplent.

    C’est la fête des insectes houleux et fous.
    Pattes vives, ailes prestes, corselets roux,
    Tourbillonnent aux champs, aux clos et aux chaumières,
    Dans la kermesse en feu des fleurs et des lumières.

    Et juin d’efface et voici l’août, quand juillet meurt,
    Et sans cesse grandit l’affolante rumeur,
    Jusques aux jours rugueux d’octobre et de novembre
    Et de la mort sans feu, dans un coin de la chambre.

    (Les douze mois)

    juillet 25, 2008 à 10 h 19 min

  40. Vincent

    Pour les poésies du printemps, tu avais surtout flashé sur François Jacqmin si je me souviens bien. Là, il te « parle » moins ?

    juillet 25, 2008 à 10 h 56 min

  41. Amélie (honnète)

    Ben je t’avoue que je ne me suis pas amusée à tout lire.
    Pour lire toutes les citations contenues dans chaque article, il faudrait être salariée du PP à mi-temps… ou en vacances avec rien d’autre à faire !
    Et puis je m’étais déjà fait une opinion au printemps…

    juillet 25, 2008 à 11 h 30 min

  42. Vincent

    Ma rencontre avec Anna de Noailles est une drôle d’histoire.

    J’n’avais pas encore vingt ans et n’avais pas lu la moindre ligne de poésie. Sans trop savoir comment je suis tombé dessus, dans la bibliothèque universitaire de Nanterre où je cherchais un peu de fraîcheur et de quoi m’occuper, j’ai ouvert ses oeuvres complètes.
    J’ai été littéralement fasciné par cette espèce de romantisme plein de lyrisme candide.

    J’ai alors dévoré puis photocopié tout l’ouvrage (à 10 centimes la copie, j’y ai mis à peu près tout mon argent de poche).

    J’ai depuis lors rencontré des poètes qui me convenaient mieux (notamment Guillevic qui comble à lui seul tout mon « besoin de poésie »), mais ne replonge jamais dans les photocopies de la comtesse, vieilles désormais de vingt ans, sans éprouver un brin de nostalgie en souvenir de ces premiers et déroutants émois poétiques.

    Pour tout dire, le même jour, je rencontrais également (et photocopiais) tout Emile Verhaeren et voue depuis lors à ces deux poètes quelque peu ignorés — voire méprisés — un culte secret.

    juillet 25, 2008 à 14 h 25 min

  43. Amélie

    Et comment t’as deviné qu’elle me plairait ? parce qu’elle aime les orages et le vent qui décoiffe ?

    juillet 25, 2008 à 14 h 31 min

  44. Amélie

    J’aime sa façon de décider de parler des choses à vrai dire; je n’ai pas l’impression quelle « essaye » de faire de la poésie. J’ai l’impression qu’elle vit des trucs intenses ou languides et qu’elle ne fait que transcrire. Qu’elle respire poétiquement plutôt qu’elle ne tente d’écrire.
    heu… tu vois ce que je veux dire ?

    juillet 25, 2008 à 14 h 33 min

  45. 120

    Ecrit par François Jacqmin (sur la fin de l’été) :

    L’été referme le livre de
    l’humus et s’en va.

    Son enthousiasme pour
    l’incarnat et les parfums
    était une étude sur la mort.

    La fibre s’était faite fruit dans
    une même intention inavouée.

    *

    Les foins sont faits.

    Vide, le pré est devenu un
    sentier inextricable.

    Je renonce à résoudre une
    énigme qui vient à la faveur
    de l’herbe fauchée.

    *

    Lorsqu’il approche de sa fin,
    l’été s’adonne à un quiétisme
    élémentaire.

    Il ne provoque plus le paysage
    en de joutes tranchantes.

    Il cultive l’introspection
    sans méthode ni espoir.

    Puis, le temps l’abandonne,
    comme un érudit rétrograde.

    *

    Il est des matins où le
    soleil brille avec tristesse.

    La passion de convaincre
    les bouquets est altérée
    par une fatigue inhabituelle.

    Un péril diffus commence
    à marquer le monde.

    *

    etc.

    (Les saisons, Labor, 1988)

    août 26, 2008 à 13 h 29 min

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