"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Chronique de Craô (5) : Femme des bois

Tribu du Brésil

De mémoire d’homme, nos frères de sang vivent en forêt et profitent des bienfaits de la nature pour boire, manger, dormir.

Il y a quelques jours, certaines tribus se sont enorgueillies d’avoir extrait une femme de la forêt.  La nouvelle s’est propagée très vite sur les moyens et stratagèmes mis en oeuvre pour arracher cette femme des bois.

Pour se faire, on raconte que des hommes ont du se transformer en hommes des bois pendant de longs mois pour pouvoir s’infiltrer ! On raconte aussi que des oiseaux de fer ont été utilisés !!

On raconte bien bien des choses, mais n’oublie-t-on pas bien vite que tous les hommes des bois n’ont pas forcément envie d’être sauvés du milieu naturel ?

Nawa !

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28 Réponses

  1. Ourko

    Aaaaah Craô !
    J’préfère mille fois que tu écrives comme ça, avec ton propre style préhisto, plutôt que quand tu tentes de copier la manière lourdingo-parenthèse-et-tirétique de l’ami Vincent.
    Vraiment. J’comprends pas tout… mais ça a autrement plus d’élan !
    Vive le retour de Nawa !

    juillet 5, 2008 à 21 h 17 min

  2. Vincent

    Je reconnais bien la photo : c’est celle de ce peuple inconnu — et « préhisto — qu’on vient de « découvrir » dans je ne sais plus quelle forêt tropicale. Mais c’est quoi cette histoire de « femme enlevée » ?

    En tout cas j’aime bien la conclusion et je l’universelliserais volontiers : au-delà ou en-deça du vernis chrétien qui s’est plus ou moins posé ici ou là, qui a profondément envie d’être « sauvé » ?

    juillet 5, 2008 à 21 h 39 min

  3. Vincent

    Il y a tout de même eu de sacrés changements en un petit siècle.
    Il n’y a pas si longtemps que ça, en effet, on se serait empressé d’aller les rejoindre que ce soit pour faire avancer la science ou leur apporter la « bonne nouvelle ».
    Aujourd’hui, on cherche avant tout à s’abstenir.

    juillet 6, 2008 à 19 h 41 min

  4. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :

    Plus on exterminera les Aborigènes, plus la nostalgie en grandira dans la conscience occidentale, déjà stupéfiée par leur apparition au XVII-XVIIIe siècle (le moment le plus étonnant de notre histoire ; juste quand l’Occident s’invente une raison universelle, il découvre aux antipodes une humanité réfractaire à l’histoire et au progrès, préadamique et fabuleuse, qu’il ne peut que détruire en l’annexant à cette raison universelle — et voilà l’histoire piégée par le meurtre). C’est comme si un malin génie avait réservé à l’orgueil civilisé ce démenti cinglant de la primitivité et de la négritude (peut-être d’ailleurs est-ce, comme on l’a dit des peintures néolithiques, une invention diabolique des libertins du XVIIIe siècle ?) Quoi qu’il en soit, la conscience philosophique et morale, déjà stupéfiée par leur apparition, restera paralysée par leur extermination. Et elle le sera de plus en plus jusqu’à leur accorder un droit de veto maudit sur ses propres valeurs.
    C’est la même chose pour la science. Car qu’est-ce qu’on découvre à la fin, qu’est-ce qu’on fait surgir en le traquant sur les mers australes ou dans le champ biologique ? Toujours un objet noir, des peuplades maléfiques, qui auraient mieux fait de rester secrètes, pour le plus grand bien des Lumières. On déterre toujours le pire, et il finit par se venger.

    ***

    On les a bien eus, les Aborigènes : on les a amenés à revendiquer comme territoire, des étendues que du temps de leur tranquillité ils parcouraient en nomades, sans aucune notion de territorialité. On a fixé leur revendication sur un objet qu’ils n’ont jamais possédé et qu’ils auraient jugé méprisable et sacrilège de posséder. Ruse typiquement occidentale. En revanche, eux nous ont refilé un virus bien plus meurtrier encore, celui de l’origine.

    ***

    L’humanisme fait semblant de considérer le sauvage et les races primitives comme des êtres à part entière et même comme des êtres supérieurs (par l’authenticité). Mais les premiers humanistes, les vrais, ceux dont nous descendons tous, considéraient les Canaques comme des macaques, fondant la définition de l’humanisme sur une discrimination rigoureuse. Ce n’était pas une affaire de racisme, mais de discernement. Et les macaques le leur rendaient bien, se désignant eux-mêmes comme les seuls « hommes ». La version actuelle, qui tend à recréer une convivialité de l’espèce sur une base à la fois biologique et sentimentale, est certainement la plus pauvre.

    ***

    Nous avons « découvert » les sociétés primitives, l’Amérique, l’atome, l’inconscient, les virus. Mais les conséquences de cet élargissement du champ de la connaissance nous échappent. Nous croyons les avoir innocemment découverts à l’ombre de la science. Mais eux aussi nous ont découverts et font irruption dans notre monde — juste retour de notre irruption dans le leur.
    La revanche de l’atome est éclatante. Celle des virus non moins flagrante. Celle des sauvages nous guette en profondeur. Celle de tous les peuples du miroir que nous avons dérangés dans leur secret et leur altérité.

    ***

    Devant l’holocauste perpétré sur les sociétés sauvages par les colonisations successives, on oublie que la civilisation occidentale a expérimenté le crime sur elle-même d’abord, qu’elle a perpétré sur elle-même le même massacre au nom d’un ordre supérieur. Toutes les nations « modernes » sont nées du même crime originel, de la même colonisation des innombrables langues et cultures « naïves », de la même purification ethnique. Pourquoi n’auraient-elles pas fait payer aux autres le prix de leur sacrifice — ces cultures étant de plus un remords vivant pour elles ? Mortes, elles servent au contraire d’aliment à la nostalgie. Mais si rien ne semble devoir arrêter ce mécanisme d’extermination, une question demeure : de quelle pulsion, venue de fond de l’espèce, peut bien procéder ce meurtre, ce suicide implacable ?

    ***

    Si le monde entier devient occidental, où le soleil va-t-il se lever ?

    (Cool Memories I, II, III, IV et V, Galilée, 1987-2005)

    juillet 8, 2008 à 9 h 52 min

  5. La femme des bois qu’évoque Craô a fait le tour du monde des écrans de télé…

    juillet 8, 2008 à 23 h 40 min

  6. Vincent

    Ah, ok !

    juillet 9, 2008 à 9 h 12 min

  7. Ourko

    Y’en a qui sont bêtes « en cours », toi on dirait que c’est plutôt quand tu es « en vacances », non ?

    juillet 9, 2008 à 9 h 13 min

  8. Vincent

    Victor Hugo — qui n’avait pas la chance de te connaître, Ourko — avait pourtant bien vu que le calembour était « la fiente de l’esprit ».

    juillet 9, 2008 à 9 h 20 min

  9. Ourko

    « …qui vole », Vincent. « La fiente de l’esprit qui vole ». Ne tronque pas tes citations, s’il te plaît, tu finis par en fausser le sens.
    😉

    juillet 9, 2008 à 9 h 21 min

  10. Vincent

    Mais la photo, Yatsé, tu l’as prise où ?
    C’est bien celle de cette nouvelle tribu inconnue découverte tout récemment ?

    juillet 9, 2008 à 10 h 44 min

  11. Bernard

    Mais non, il n’y a pas eu de découverte de tribu inconnue. Cela a été démenti, non ? C’était une fausse information si j’en juge les articles rectificatifs qui sont parus dans les journaux.

    juillet 9, 2008 à 15 h 45 min

  12. Vincent

    Ah bon ? J’suis pas au courant.
    Tu as un lien sous la main qui confirme le rectificatif, stp ?

    juillet 9, 2008 à 16 h 10 min

  13. Bernard

    L’article du Monde.fr n’est plus en ligne, mis à part un résumé succinct :
    http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=1041738

    juillet 9, 2008 à 22 h 32 min

  14. Vincent

    Je n’ai pas réussi à ouvrir le deuxième lien, mais le premier est assez clair.
    Merci.
    Je ne sais pas encore quoi penser de cette info. Vous en tirez quoi, vous ?

    juillet 9, 2008 à 22 h 46 min

  15. on se fait définitivement manipulés … 😦

    juillet 9, 2008 à 23 h 26 min

  16. Vincent

    Ca y est, je suis parvenu à ouvrir le 2e lien. Je suis un peu déçu, pour tout dire, car la tribu existerait bien, c’est finalement juste le fait qu’elle soit « inconnue » qui serait faux. Le canular aurait été plus drôle si ça avait été des faux indiens, vous ne trouvez pas ?

    En tout cas, cela fait pour moi partie de ces informations « plus vraies que vraies » : elles sont en quelque sorte tellement désirées, fantasmées, que leur véracité effective, finalement, importe peu. C’est inquiétant, certes – – dangereux surtout — mais c’est comme ça, humainement, que ça fonctionne. Pour le meilleur… comme pour le pire !

    juillet 10, 2008 à 10 h 43 min

  17. Ourko

    On avait déjà les vrais-faux préhistos, pourquoi pas les vrais-faux indiens après tout ?

    juillet 10, 2008 à 10 h 45 min

  18. c’est marrant car j’avais écrit cet article un peu parce que la couverture médiatique de la libération d’Ingrid Bétancourt et sa récupération par les politiques me gonflait.

    En faisant le parrallèle avec les tribus indiennes découvertes, je n’imaginais pas qu’en plus de relayer à outrance certaines informations, ils pouvaient aussi en relayer de mauvaises …

    juillet 10, 2008 à 11 h 12 min

  19. Amélie

    Un petit parallèle : je trouve qu’il n’y a pas pire que les gens qui ont décidé de vous sauver malgré vous…
    Je n’ai pas bien compris cette histoire de femme sauvée de la forêt, mais elle ne devait pas être très contente !

    juillet 10, 2008 à 12 h 12 min

  20. Vincent

    Apparemment si, Amélie, en tout cas elle remerciait Dieu. (Il s’agit bien entendu d’Ingrid)

    juillet 10, 2008 à 12 h 59 min

  21. Amélie

    Aaaaaaaaaaah d’ac !! J’avais pas du tout compris qu’il s’agissait d’Ingrid !!! 🙂
    Je pensais à une femme « sauvage », vivant joyeusement dans sa forêt amazonienne, et qu’on aurait tiré de là de force (comme les enfants loups) pour la « sauver ». (avouez que c’était très crédible : on fait sans arrêt ce genre de choses !)

    juillet 10, 2008 à 13 h 10 min

  22. Vincent

    N’empêche : sortir (de gré ou de force) quelqu’un de la forêt, c’est toujours aussi violent qu’un accouchement !

    Là, ce qui est sûr, c’est qu’on y est allé au forceps ! L’enfant se porte apparemment bien… et on ne sait pas si la maman (qui ne voulait pas qu’il sorte) s’en remettra !

    juillet 10, 2008 à 13 h 33 min

  23. Vincent

    Petite réflexion politiquement incorrecte en passant :

    Sa co-détenue (libérée l’année dernière, je crois) était sortie des bois (où il se passe des choses vraiment bizarres) avec un bébé conçu avec un de ses geoliers.

    Quid du fameux « Syndrôme de Stockholm », chez Ingrid ?

    juillet 10, 2008 à 13 h 36 min

  24. Ben moi, j’y suis arrivé tout seul à extraire ma Yatsette des bois !!
    (dixit Barbarella)

    juillet 10, 2008 à 14 h 06 min

  25. Barbarella

    Tu rigoles, Yatsé : c’est elle qui t’a débusqué !

    juillet 10, 2008 à 14 h 22 min

  26. Amélie

    Tu parles du syndrôme de stockholm. Comment sais-tu qu’il ne s’agissait pas d’un viol ?

    juillet 10, 2008 à 14 h 22 min

  27. Vincent

    Ben je n’en sais rien, justement. Du coup, je m’interroge.

    juillet 11, 2008 à 0 h 25 min

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