"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Une singularité bien singulière

Citation de Vinge :

«Je défends l’idée que nous sommes tout proche d’un changement comparable à l’apparition de la vie humaine sur terre. La cause précise de ce changement est la création imminente par notre technologie d’entités possédant une intelligence plus grande que celle des humains».

Citation d’Irvin John Good :

« Mettons qu’une machine supra-intelligente soit une machine capable dans tous les domaines d’activités intellectuelles de grandement surpasser un humain, aussi brillant soit-il. Comme la conception de telles machines est l’une de ces activités intellectuelles, une machine supra-intelligente pourrait concevoir des machines encore meilleures ; il y aurait alors sans conteste une “explosion d’intelligence”, et l’intelligence humaine serait très vite dépassée. Ainsi, l’invention de la première machine supra-intelligente est la dernière invention que l’Homme ait besoin de réaliser. »

Tout part d’une grosse question existentielle : est-il possible de comparer notre mémoire et notre intelligence à celle d’une machine ?

D’après les écrits de Jean-Paul Delahaye du laboratoire d’informatique fondamentale de Lille, il est possible d’utiliser des moyens de comparaisons. Mais ces comparaisons peuvent être faites à condition d’être conscient des difficultés et des limites.

En effet, celles qu’ils proposent entre homme et machine se bornent à la mesure de calcul et au stockage d’informations.

Pourtant les résultats me semblent tout à fait intéressants, en voici le coeur de la meule :

Si l’on associe l’ensemble des 10 milliard de mémoires d’hommes, nous en avons moins que celle procurée par les outils que nous avons créé, et cela depuis le XIXe siècle et l’ère du papier. Je ne vous parle donc pas depuis qu’on a inventé le disque dur et le dvd.

Il en est de même pour les puissances de calcul purs. Dans la mesure de l’imaginable, si l’on associe tous les hommes pour faire une super puissance de calcul, nous n’arrivons pas à la cheville des ordinateurs…

Tout cela pour en venir où ?

Le PP prône la préhistoire et le post-modernisme. Amélie nous a présenté un article sur l’écriture et finalement ce qui a conclu cette période de pré-histoire.

Est-ce que le nouvel outil qu’est l’ordinateur (ou un truc post-ordinateur) à l’image de l’écriture serait une des bases à une nouvelle ère avec de nouvelles entités ?

Et à quoi ressembleraient les « après nous » ?

3 millions d’années, c’est quand même pas mal pour une espèce vivante …

Vinge qualifie notre moment de singularité technologique.

Publicités

52 Réponses

  1. Isidore

    L’intelligence dont on parle ici n’est que l’intelligence de calcul (celle des ordinateurs qui ne sont rien d’autre que de puissantes machines à calculer si je n’m’abuse). Tenter d’extrapoler cette intelligence là à toute l’intelligence qui nous anime me paraît un peu douteux, surtout s’il s’agit d’imaginer un monde asservit à cette intelligence là. C’est quand même faire fi de beaucoup d’autres facteurs déterminant l’intelligence humaine et qu’on a encore bien du mal à modéliser (l’intelligence instinctive du corps – celle qu’on peut observer à l’œuvre chez les animaux et qui leur permettent de s’adapter d’une manière étonnante aux situations qu’ils rencontrent -, l’intelligence du cœur, celle qui ouvre à la pensée, à l’art, à la compréhension, à l’empathie etc…). Il faut bien plus qu’une bonne calculatrice pour la mettre en œuvre et je ne pense pas que l’intelligence mécanique telle que les machines sont de plus en plus capables de la maîtriser – et peut-être d’une façon de plus en plus autonome – puisse faire peser une menace vraiment sérieuse ni supplanter définitivement toute l’intelligence humaine… mais ça fait de bons scénarios de science fiction et…je suis peut être trop bête pour prendre ainsi au premier degré la teneur de ton propos…

    juin 5, 2008 à 9 h 46 min

  2. Amélie

    Isidore,
    C’est drôle ce que tu dis, car comme souvent ça fait écho à ce qui m’occupait l’esprit au même moment. Ces jours ci justement, je m’interrogeais sur cette intelligence instinctive dont tu parles. J’ai l’impression qu’elle se développe de façon exponentielle avec l’âge, et qu’elle a une puissance qu’on ne soupçonne pas. Jeune, on a parfois des bons ou mauvais « feelings » pour les gens, du genre « çui là j’le sens pas ». On est souvent surpris de constater qu’on ne se trompait pas, bien que ça n’ait reposé sur rien de rationnel ni de calculable. Il me semble qu’avec le temps, cette forme d’intelligence (et j’entends par intelligence, la seule façon d’appréhender le monde) prenne une place de plus en plus importante, jusqu’à être à égalité avec l’intelligence rationnelle (voire plus ?). On sent une infinité de choses, qui ne correspondent pas toujours à l’interprétation rationnelle qu’on ferait des événements. Je ne suis pas encore assez vieille pour savoir comment cette intelligence instinctive se développe, si elle finit par étayer les mesures établies par l’intelligence rationnelle, si au contraire elle les combat. En revanche, je la trouve très prégnante et à vrai dire, assez perturbante. Et ça me rappelle quelque chose que j’avais lu chez Jean Auel (eh oui ! j’en suis au tome 4…) : l’héroïne, sapiens, a grandi chez les néanderthals, incapables de paroles articulées. Ils communiquent par une infinité de signes subtils. Elle « lit » donc naturellement chaque mouvement du corps, chaque inflexion, comme elle écouterait une parole. A plusieurs reprise au cours du tome 3, alors qu’elle est adoptée par une tribu sapiens, elle marque son étonnement et sa perplexité, devant ce que les corps et les expressions des gens disent, et qui est trop souvent en contradiction avec les discours qu’ils tiennent. Elle qui ne connaît pas le mensonge, en est profondément ébranlée. Son malaise est tel qu’il la plonge presque dans une dépression. Et je la comprends trop bien.
    Je me demande si notre intelligence instinctive, notre intelligence du coeur, pourrait se laisser supplanter par une intelligence du type rationnel. Je la crois, pour ma part, bien trop puissante pour que ce soit envisageable. Je crois même qu’elle prend le pas sur l’intelligence rationnelle, à l’échelle d’une seule vie humaine.

    juin 5, 2008 à 12 h 14 min

  3. Vincent

    Moi aussi je prends le sujet au premier degré. Je le trouve passionnant.

    D’accord avec Isidore pour prendre en compte le fait que l’intelligence (concept bien flou) ne peut pas être réduite à la simple puissance de calcul.

    Toutefois…

    Un seuil (au moins symbolique) a bien été franchi, il y a quelques années, lorsque la dernière génération de Deep Blue a enfin battu Gary Kasparov, le champion du monde d’échecs de l’époque. Jusque-là, en effet, l’humain — qui ne peut pas gérer autant de calculs que la machine — s’en sortait dans ce genre de duels grâce à sa capacité d’intuition et de création. Il semblerait que ce temps soit désormais révolu.

    Les nouvelles générations de machines ne se contentent plus de stocker des informations : elles sont en effet capables d’apprendre, c’est-à-dire modifier leur structure en fonction des données intégrées. Je ne connais pas plus Vinge que Good, mais j’ai lu des romans d’anticipation de Maurice G Dantec assez convaincants sur ce que ça pourra donner dans quelques années.

    Derrière la réaction d’orgueil — « humain, trop humain » — que cela ne manque pas d’éveiller (Comment ? Un objet plus intelligent que nous ? C’est impossible, voyons, c’est nous qu’on est les plus intelligents ! Ne nous retirez pas ça, car c’est peut-être notre dernier titre de gloire !), il me semble que se cache tout de même une forme presque de soulagement, car faut bien dire qu’elle nous pèse cette fichue intelligence (tout autant que la liberté chèrement acquise ou le pouvoir, la responsabilité, etc.) et qu’on rêve tous plus ou moins sourdement de s’en débarrasser, de la déléguer à d’autres. Vous ne trouvez pas ?

    juin 5, 2008 à 12 h 33 min

  4. Ourko

    Mouais, j’ai comme à l’idée qu’elle ne doit quand même pas trop te peser, Vincent, l’intelligence. Je me trompe ?

    juin 5, 2008 à 12 h 34 min

  5. Amélie

    Je crois que yatsé parle d’intelligence comme capacité d’analyse. L’intuition n’est pas différente : elle est plutôt plus large et englobe l’intelligence analytique. Je ne comprends pas pourquoi on voudrait s’en débarrasser. Tu peux être un peu plus explicite ?

    juin 5, 2008 à 12 h 37 min

  6. Vincent

    Pour rebondir sur les propos d’Amélie et les connecter davantage au mien :

    j’aime bien l’idée des machines comme outils d’exorcisme. On leur refilerait ce véritable « monstre » qu’est la pensée rationnelle (qui s’est développé en nous, comme un Alien avec la Modernité)… pour pouvoir nous complaire dans ce qui est peut-être finalement notre mode d’appréhension « naturel » du monde : la pensée magique, intuitive, symbolique, etc.

    juin 5, 2008 à 12 h 44 min

  7. Amélie

    Je trouve l’idée très séduisante, mais tu fais bien de dire « complaire ». Je trouve le mode d’appréhension intuitif, magique, symbolique dangereux. je trouve qu’il nous entraîne parfois beaucoup trop loin. Je crains qu’il ne faille trouver le moyen de préserver en chacun de nous cette part rationnelle comme garde fou. Donc, prendre garde à ne pas s’en débarrasser sur des machines complaisantes….

    juin 5, 2008 à 12 h 52 min

  8. Isidore

    Je ressens bien ce que tu dis, Amélie, et j’ai même l’impression qu’il ne s’agit pas de types d’intelligences différentes mais plutôt diverses composantes d’une même intelligence, la part mécanique et rationnelle qui sert à faire fonctionner les ordinateurs n’en étant qu’une toute petite partie qui ne peut prétendre ni à représenter ni à gouverner l’ensemble.

    juin 5, 2008 à 13 h 08 min

  9. Isidore

    J’ai même l’impression que dès qu’on essaie d’hypertrophier n’importe quelle partie indépendamment des autres, c’est forcément au détriment de l’ensemble et ça devient dangereux. Ceci concerne autant l’hypertrophie de l’intellect et du rationnel que celle de l’appréhension intuitive, magique ou que sais-je encore?

    juin 5, 2008 à 13 h 16 min

  10. Ourko

    Et la pire de toutes les hypertrophies, n’est-elle pas celle de la mesure, de l’équilibre et de la sagesse ?

    juin 5, 2008 à 13 h 18 min

  11. Vincent

    Nan, nan, la pire, c’est sans conteste celle du nombre de tes commentaires à deux balles, Ourko !

    juin 5, 2008 à 13 h 21 min

  12. Isidore

    Certes, c’est un peu pénible et prétentieux, Ourko… mais à chacun sa folie… j’assume, j’assume… (si, si, j’veux bien faire un effort quand même, promis… peut-être). Ce qui me console toutefois c’est de constater que je ne suis pas le seul à avoir un sacré grain, il me semble…

    juin 5, 2008 à 13 h 32 min

  13. Coucou !

    Oui! pas d’ironie dans mes propos cette fois-ci. c’est bien du 1er degré.

    Je voudrais vous faire part aussi de l’existence du test de Turing.

    cf wikipedia :
    Le test de Turing est une proposition de test d’intelligence artificielle ayant la faculté d’imiter la conversation humaine. Décrit par Alan Turing en 1950 dans sa publication « Computing machinery and intelligence », ce test consiste à mettre en confrontation verbale un humain avec un ordinateur et un autre humain à l’aveugle. Si l’homme qui engage les conversations n’est pas capable de dire qui est l’ordinateur et qui est l’autre homme, on peut considérer que le logiciel de l’ordinateur a passé avec succès le test. Cela sous-entend que l’ordinateur et l’homme essaieront d’avoir une apparence sémantique humaine. Pour conserver la simplicité et l’universalité du test, la conversation est limitée à un échange textuel entre les protagonistes.

    Pour l’instant, on y arrive pas encore mais on est tout proche de le faire…

    juin 5, 2008 à 13 h 36 min

  14. Et tout ceci va prouver quoi, au fait? Comme pour le jeu d’échec, où au final, l’ordinateur parvient à rassembler et à utiliser toutes les stratégies inventées par tous les joueurs du monde (c’est ainsi, à mon avis, que sont perfectionnés les différents logiciels), on peut créer un logiciel qui intègre et sache exploiter la maximum de conversations types entre humains, qui sache « réagir » avec pertinence aux sollicitations de l’interlocuteur sans pour autant que la moindre conversation se mette à exister puisque je ne vois pas en quoi elle aurait un sens quelconque entre un homme et une machine. L’homme dirige la machine, point barre. Je n’ai encore jamais vu une machine capable d’avoir une intention propre (même si elle était programmée pour en avoir une, ce ne serait de toute façon jamais que celle de son concepteur). Moralité : tout ceci ne servira toujours en définitive qu’à épater la galerie et à faire prendre des vessies pour des lanternes au profit du pouvoir scientiste.

    juin 5, 2008 à 14 h 01 min

  15. Amélie

    Mais nous-mêmes, qui nous dit que nous ne sommes la machine de personne ?

    juin 5, 2008 à 14 h 20 min

  16. Amélie

    Combien de discours préformatés, de paroles, pas vraiment pensées, de choses dites mécaniquement ?

    juin 5, 2008 à 14 h 30 min

  17. 120

    Ecrit par André Comte-Sponville :

    INTELLIGENCE
    La capacité, plus ou moins grande, de résoudre un problème, autrement dit de comprendre le complexe ou le nouveau.

    (Dictionnaire philosophique, PUF, 2001)

    juin 5, 2008 à 20 h 14 min

  18. 120

    Ecrit par Maurice Maeterlinck :

    « L’intelligence est la faculté à l’aide de laquelle nous comprenons finalement que tout est incompréhensible. »

    juin 5, 2008 à 20 h 20 min

  19. Isidore

    Effectivement, Amélie, je suis bien persuadé que nous sommes les machines des idéologies en place… tant qu’on n’y résiste pas grâce à la pensée ou grâce à notre instinct animal lorsqu’on parvient à l’écouter suffisamment. Tu comprends mon soucis de cultiver une pratique de la pensée, grâce en particulier à l’art de la conversation qui aide certainement à l’expression d’un point de vue singulier, avec l’aide de l’écoute empathique (et non pas complaisante) de son ou ses interlocuteurs.

    juin 5, 2008 à 21 h 32 min

  20. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :

    La confrontation de Kasparov et de Deep Blue (puis Deeper Blue), d’un humain et d’un artefact « intelligent » est un bel exemple des balbutiements de l’humain aux prises avec ses machines immatérielles, aux prises avec la maîtrise de sa propre intelligence, et rêvant d’être ce joueur qui serait plus grand que le jeu lui-même.

    L’homme rêve de toutes ses forces d’inventer une machine plus puissante que lui, en même temps il ne peut pas envisager de ne pas rester maître de ses créatures. Pas plus que Dieu. Dieu pourrait-il créer un être qui le dépasse ? C’est pourtant ce que nous faisons avec nos créatures cybernétiques, à qui nous offrons la chance de nous battre — mieux : dont nous rêvons qu’elles nous surpassent. L’homme est ainsi pris dans l’utopie d’un artefact supérieur à lui-même, et qu’il lui faut pourtant vaincre pour sauver la face.

    Si Kasparov a vaincu Deep Blue dans un premier temps, c’est qu’il disposait encore d’une arme sercète — celle de l’intuition, de l’affect, du stratagème, du jeu et du double-jeu, alors que Deep Blue ne dispose que des puissances de calcul. En fait, seul Kasparov est un joueur, l’autre n’est qu’un opérateur. L’automate ne joue jamais (sauf s’il y a un homme caché à l’intérieur, comme chez le joueur d’échecs de Van Klemperen). De plus, Kasparov a pour lui la passion humaine du défi, il a un autre en face de lui, une partie adverse. Deep Blue n’a pas d’adversaire à proprement parler, il évolue à l’intérieur de sa propre programmation. C’est là pour l’homme un avantage décisif, celui de l’altérité, qui est le présupposé subtil du jeu, avec ses possibilités de leurre, de surenchère, de sacrifice, de faiblesse, alors que l’ordinateur est condamné à jouer au maximum de ses possibilités. Bref, chez l’homme le calcul se double d’une puissance ironique, celle même de la pensée qui dépasse l’ « intelligence ». C’est par la pensée que l’homme peut subtilement se déprogrammer et devenir « technologiquement incorrect » pour rester maître du jeu. Mais cette situation est instable : le jour où prévaudra la langue de l’ordinateur et la puissance de calcul, le jour où l’homme prétendra se mesurer à la machine sur son propre terrain, en devenant « technologiquement correct », alors il sera irrémédiablement vaincu. Et on a vu Kasparov, après la première rencontre, pencher en ce sens : rivaliser par le calcul, et perdre en quelque sorte l’essence du jeu.

    Inversement, ses adversaires (les techniciens programmateurs de Deeper Blue) ont flairé le secret et soigné l’interface, en inculquant à l’ordinateur la pensée réelle du jeu, et en le faisant jouer conte sa propre nature calculatrice, en intégrant dans la machine les réflexes humains, et en prenant Kasparov à son propre piège. « Quelque chose d’incroyable s’est produit; Deeper Blue, avant la fin, a rejeté un coup que tous les ordinateurs aurait joué pour en préférer un plus profond qui ne lui apportait pas un gros avantage. C’était un choix subtil. Et voilà que plus tard, dans une position gagnante, il fait une grosse erreur en permettant l’échec perpétuel. Comment à quelques coups de distance, jouer comme un champion et commettre cette bourde ? C’est étrange… »

    Ainsi les techniciens d’IBM ont su inculquer à Deep Blue une photocopie mentale de l’humain pour mieux battre l’homme sur son propre terrain. A l’inverse, les joueurs professionnels rêvent de battre la machine en tant que telle, en se faisant plus machine que la machine. Dans ce challenge, c’est l’homme qui risque de se désunir le premier.

    Mais que l’ordinateur réussisse à opérer la synthèse artificielle de certaines qualités humaines ne signifie pas qu’il se soit mis à penser. Il ne fait que souscrire au projet technocratique de réinscription de toutes les données dans une réalité virtuelle à trois dimensions. Ceci n’a rien de nouveau : on avait déjà réussi, avec Taylor, à réhumaniser le travail industriel sans rien changer à la nature de l’exploitation. L’inhumain peut mimer l’humain à la perfection sans cesser pour autant de l’être.

    (L’échange impossible, Galilée, 1999)

    juin 5, 2008 à 23 h 10 min

  21. 120

    Ecrit par Stephen Jay Gould :

    « La mesure de l’intelligence est le signe même de l’inintelligence. »

    juin 6, 2008 à 6 h 08 min

  22. Isidore

    Il peut être amusant d’envisager ce genre de « dialogue » avec une machine comme moyen de d’observer finalement tout ce qui est mécanique dans notre conversation… ce qui d’ailleurs n’est pas vraiment difficile à déterminer lors de n’importe quelle discussion… quoique certains de nos propos apparemment très prévisibles mécaniquement parlant puissent avoir toutefois une action très efficace pour établir un contact avec un étranger, par exemple, ou alors mettre un peu d’air dans une situation tendue, du genre « la pluie et le beau temps ».

    Les modalités et les intentions de la conversation paraissent tellement infinies et complexes que j’imagine assez bien quel fil à retordre elles doivent donner aux concepteurs de machines à converser. Y a d’ces masos sur terre !!!

    Mais en réalité ce n’est pas tant cette recherche sans nul doute passionnante pour concevoir ce type de machines qui me chagrine, mais plutôt la tentation bête et irrépressible qu’elle va automatiquement susciter chez les bipèdes que nous sommes, à savoir: les imiter et installer la mode du « parler mécanique » pour faire « tendance », quelque soient les conséquences débiles et parfaitement prévisibles de cette nouvelle extravagance. Remarque, pourquoi pas après tout? Le goût du jeu reste une des meilleure preuve d’intelligence, non?

    juin 6, 2008 à 10 h 34 min

  23. Isidore

    Ceci dit le sujet m’intéresse et j’aimerais bien en savoir davantage, Yatsé … comme tu as l’air de t’y passionner et d’en connaître un rayon.

    juin 6, 2008 à 12 h 41 min

  24. Amélie

    Je dois avoir un train de retard : je croyais qu’on en était déjà à la mode du parler mécanique ! Tout ces choses qu’on s’entend dire, et qui pourraient aussi bien être dites à nous qu’à d’autres. Cette façon de « communiquer » qui plonge chacun d’entre nous dans un étrange anonymat… exemple : à la seconde où je tapais ça, un collègue qui me débite sa chanson du midi en dévalant l’escalier : « Bon appétit à toi ! à tout à l’heure jolie dame ! » Je sais très bien que si n’importe qui d’autre avait été assis à mon bureau, il aurait entonné sa chanson sans sourciller…

    juin 6, 2008 à 12 h 57 min

  25. Amélie

    Coller, dans le langage, à la chose qu’on souhaite exprimer, au plus près, demande un effort et une attention, une sincérité très intenses. Les phrases qui sortent alors paraissent parfois déroutante, ou peu crédible à ceux qui les reçoivent. On passe très souvent pour un(e) barjot(e). C’est attristant, un peu blessant, et à moins d’avoir la volonté consciente de « parler pour exprimer quelque chose de vrai », on adopte vite des « habitudes de langage » éprouvée et consensuelles, du parler automatique.

    juin 6, 2008 à 13 h 00 min

  26. Amélie

    C’est vraiment dommage. Hier, j’ai regardé une vidéo de BAUDRILLARD dans laquelle il parlait justement de la valeur des mots dans le langage. Je voulais le mémoriser pour alimenter mon propos mais je n’ai pas suffisamment de mémoire (et j’avais très sommeil)…
    Vincent, si tu vois de quoi je veux parler ?

    juin 6, 2008 à 13 h 02 min

  27. Isidore

    Ouais… Comment faire pour introduire un peu de présence là où elle semble de plus en plus incongrue et non-avenue ? Le jeu? L’humour? On n’en a pas toujours la force ni le courage, malheureusement… Oh là!!! Je sens que la pluie commence sacrément à me taper sur le système… J’vais manger un bout d’gâteau pour la peine…

    juin 6, 2008 à 13 h 12 min

  28. Amélie

    bon, tu m’as donné envie. Je vais moi aussi affronter la pluie, me faufiler chez François, Place d’Armes, et en ramener un éclair tout chocolat pour ma collègue, et une tartelette aux fraises pour moi – je crois.
    Avoue, c’est décourageant cette dépersonnification du langage, non ? J’en suis à espérer qu’on ne me souhaitera plus ni mon anniversaire, ni une bonne année, à cause de toutes ces formules affreusement galvaudées qui accompagnent de plus en plus de voeux.

    juin 6, 2008 à 13 h 21 min

  29. Isidore

    Bon, puisque c’est comme ça, ce sera un bon p’tit verre de cognac!!! Tchin tchin!

    juin 6, 2008 à 13 h 24 min

  30. Isidore

    Et puis s’ils continuent à trop nous faire ch…, avec ce langage mécanique à la noix, on va t’leur péter au nez à t’leur fracasser l’dentier, ah mais!!!

    juin 6, 2008 à 13 h 28 min

  31. un rayon, un rayon… c’est plus la taille du rayon de l’italien près de chez moi que celle du Leclerc… 🙂

    Une des premières objections au test de turing, c’est effectivement de faire une comparaison entre un mimétisme mécanique et une forme d’intelligence humaine.

    C’est aussi un peu le sens de mon article avec le principe des comparaisons mémoire/calcul.

    Vous ne me demandez pas pourquoi j’ai choisi l’homme de Vitruve comme illustration ? 😛

    juin 6, 2008 à 13 h 37 min

  32. Si

    juin 6, 2008 à 13 h 41 min

  33. Amélie

    POurquoi t’as choisi l’homme de vitruve ?

    juin 6, 2008 à 13 h 53 min

  34. En fait ce dessin (super connu) et je pense pas vous apprendre grand chose, est l’observation d’un homme faite par un homme (Leonard de Vinci).

    Il n’y a rien de mystique ou d’irréel dans ce dessin (pas de lien avec le nombre d’or, etc). Ce n’est pas non plus l’homme idéal, juste un homme normal.

    Ce qui est marrant, c’est que les mesures faites pour le dessiner le sont avec des unités de mesure « humaines » type « doigt », « paume », « pied », « coudée », etc. et que l’ensemble de ces mesures humaines amènent sur une des conclusions que le centre de nos membres est le nombril de l’homme 🙂

    juin 6, 2008 à 14 h 00 min

  35. Vincent

    L’homme moderne se voit — très intellectuellement — comme un « être de raison ». Du coup, il survalorise le cerveau. A d’autres époques (ou dans d’autres cultures), le rapport au monde semble en effet passer plutôt par le corps entier, dans le cycle de ses métamorphoses, et en intelligence avec le monde.

    N’est-ce pas du coup justement notre intelligence moderne — rationelle — qui fait de nous des êtres de plus en plus techniques, de plus en plus semblables (réduits ?) à nos outils ?

    juin 6, 2008 à 22 h 58 min

  36. Vincent

    A bien y réfléchir, l’intelligence (tout comme son prétendu contraire, déjà évoquée par Isidore, la bêtise) n’a pas vraiment de réalité pour moi.

    Autant, en effet, je vois bien ce que sont la bonté et la méchanceté (qui n’est qu’une agressivité mal gérée), l’égocentrisme et l’altruisme, la singularité et la fadeur (ou la prévisibilité), etc… autant je ne parviens pas à percevoir ce que pourraient être une intelligence et une bêtise qui soient isolées de ces caractéristiques.

    Et si, donc, l’intelligence en soi (qu’elle soit artificielle ou naturelle) n’existait tout simplement pas, n’était qu’une construction (donc un objet forcément mécanique et quelque peu… inhumain) ?

    juin 7, 2008 à 13 h 45 min

  37. 120

    Ecrit par Christian Bobin sur l’intelligence :

    Deux types d’intelligence. La première trouve sa nourriture suffisante dans le raisonnement. Elle va des causes aux effets, d’une chose à sa conséquence, d’un début à une fin. La conséquence, l’effet, la fin, sont pour elle des lieux de repos. Voici de quoi je suis partie et voici où je vais passer ma nuit. Je pose 2+2 et je m’endors dans 4. Je cherche, puis je trouve et dans ce que je trouve il n’y a rien de plus ni de moins que dans ce que je cherchais. La seconde intelligence a besoin de l’amour et ne découvre de repos nulle part. Elle ne va pas d’une chose ancienne (la cause, le début, 2+2) à une chose qui fane dès qu’on l’atteint (l’effet, le terme, 4). Elle va de l’éternellement neuf à l’éternellement neuf, de l’inconnu qui est en nous à l’inconnu qui est dans l’autre. Il n’y a pour cette intelligence aucun arrêt possible, aucun résultat dont elle pourrait s’enorgueillir et dans quoi elle gagnerait un sommeil mérité. Il n’y a jamais de résultat — qu’un mouvement toujours à poursuivre. L’amour nourrit et relance ce mouvement : plus on aime et plus ce qu’on aime est à découvrir, c’est-à-dire à aimer encore, encore, encore.

    (Autoportrait au radiateur, Gallimard, 1997)

    ***

    Une intelligence sans bonté est comme un costume de soie porté par un cadavre.

    (Ressusciter, Gallimard, 2001)

    juin 7, 2008 à 20 h 30 min

  38. 90-65-97

    «La bestialité est l’intelligence artificielle qui ne sait rien de son ancrage, pour qui il n’est d’autre moyen d’accéder au savoir que par réflexivité.»
    Thierry Galibert

    juin 9, 2008 à 15 h 28 min

  39. 90-65-97

    «La bestialité est l’attraction terrestre, la perte de contact affectif avec la réalité : le manque intellectuel de recul.»
    Thierry Galibert

    juin 9, 2008 à 15 h 30 min

  40. 90-65-97

    «Dès l’école se fabriquent les conditions de la bestialité dont la propension naturelle est de bâtir la cohésion sociale sur la dépouille de l’intelligence.»
    Thierry Galibert

    juin 9, 2008 à 15 h 31 min

  41. Vincent

    C’est pas gentil — et surtout pas juste — pour les bêtes, ce qu’il dit ce Galibert. Vous ne trouvez pas ?

    juin 9, 2008 à 16 h 36 min

  42. Isidore

    Je ne vois pas tout à fait le lien entre la bestialité et l’intelligence dont il s’agit ici…si je peux me permettre… A moins que bêtise et bestialité soient considérées comme synonymes? Précisez, précisez 90-65-97 !!!

    juin 9, 2008 à 18 h 36 min

  43. Vincent

    Peut-être avez-vous remarqué, on parle généralement d’un vernis d’intelligence (qui a tendance à « briller » un peu artificiellement) et d’une couche de bêtise.
    C’est un peu le même schéma que la pellicule de Modernité placée sur le fond archaïque, finalement.
    Arrêtons juste un peu de dénigrer (trop facilement) cette bêtise qui nous est consubstantielle. Ne peut-on pas voir en elle une forme humble et efficace… d’intelligence ? (Elle a en tout cas fait les preuves de son adaptation en permettant à l’espèce de durer au moins 3 millions d’années).
    Le plus gros danger pour l’humain, n’est-il pas plutôt tout « excès » d’intelligence ?

    juin 10, 2008 à 7 h 17 min

  44. wow ca a bien navigué par ici 🙂

    juin 10, 2008 à 17 h 08 min

  45. Vincent

    Pour revenir à ton article initial, Yasté. Le problème, à mon sens, dans ton « coeur de la meule », est l’assimilation de l’intelligence à la mémoire. Que les ordinateurs dépassent nos capacités de mémoire est un fait, certes, mais l’intelligence pouvant être considérée non pas comme un simple stockage mais avant tout comme le choix judicieux parmi ce stock, ils ne semblent pas encore prêts à nous dépasser.

    juin 11, 2008 à 12 h 01 min

  46. Amelie

    Bah alors là, je ne vois pas comment is ne pourraient pas choisir parmi ce stock. Ce n’est pas compliqué : quelques mots clés, un moteur de recherche et hop, le tour est joué.
    Une réflexion originale, en revanche, quelque chose avec une étincelle d’irrationnalité, là, c’est plus inaccessible. Donc à mon avis plus intéressant.

    juin 11, 2008 à 12 h 12 min

  47. Vincent

    Exactement ce qui permettait jusque-là à Kasparov de gagner contre Deep Blue. Il faisait moins de calculs à la seconde que l’ordinateur, il avait en mémoire moins de parties, mais il était capable d’imprévisibles fulgurances (dans les deux sens du terme d’ailleurs, il paraît qu’il a perdu une partie cruciale sur un coup que le premier débutant venu pouvait prévoir)

    juin 11, 2008 à 18 h 06 min

  48. Vincent

    A l’échelle plus globalement animale, à votre avis, l’intelligence spécifiquement humaine est-elle perçue comme une grâce divine, un prétentieux, bruyant et inutile bavardage, un outil de domination ou une arme de destruction massive ?

    juin 11, 2008 à 18 h 09 min

  49. Amélie

    Je ne comprends pas la question…

    juin 11, 2008 à 18 h 33 min

  50. Vincent

    En imaginant que les autres espèces animales perçoivent ce qu’on appelle l’intelligence de l’espèce humaine, à votre avis sont-ils envieux, effrayés, admiratifs, indifférents… ?

    juin 11, 2008 à 19 h 00 min

  51. Amélie

    Je n’imagine pas qu’ils perçoivent ce genre de caractéristique de façon individuelle. je pense qu’ils nous appréhendent comme un tout.

    juin 11, 2008 à 19 h 48 min

  52. ce que je voulais dire par cet article, et par les quelques exemples que j’ai donné, c’est que nous mesurons notre intelligence, nos capacités de raisonner, nos façons d’analyser avec nos unités de mesure et que nous testons les capacités des ordinateurs par mimétisme (jeu d’échec, test de turing, etc).

    Je ne sais pas trop comment tout cela peut évoluer, mais il me semble qu’il existe d’autres formes d’intelligence ( les intelligences collectives des fourmis ou des abeilles).

    Nos machines sont puissantes, elles sont bourrées de mémoire, et sont interconnectées.

    Je doute comme vous de leur capacité à prendre conscience du soi, à avoir de la créativité mais en ont-elles vraiment besoin pour représenter l’entité de demain ? est-ce qu’une autre forme de vie ne peut pas émerger différente de l’homme et qui pourrait nous utiliser ?

    il y a eu le monde végétal, le monde animal, un autre monde ?

    3 millions c’est pas mal d’années pour notre espèce ?

    juin 14, 2008 à 20 h 15 min

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s