"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

article envoyé par Bardamu :

A vous lire, une réflexion surprend ma mémoire ; si l’on admet avec Ezra Pound qu’il est dans la nature des choses que les hommes et les civilisations « montent et tombent », on ne peut qu’emboîter le pas à Maurras en refusant sa confiance au progrès infini de l’humanité. Nietzsche et Maurras croient ainsi en un « monde de l’accident ». Un scepticisme aigu à l’égard des bienfaits du progrès se révèle également chez Lucien Rebatet, mais c’est Drieu La Rochelle qui avance le premier que la seule constante de ce monde est le retour des formes anciennes de la vie, rejetant aussi bien l’illusion progressiste que la morne fatalité d’un déclin inéluctable « … il y a un rythme qui infléchit notre condition selon une ondulation si longue et si vague qu’on ne peut attacher à tel ploiement de la courbe plutôt qu’à tel autre une humeur triste et joyeuse. L’idée de décadence est aussi vaine que celle de progrès ». Drieu pense à l’instar de Nietzsche, que le déclin et la floraison existent partout et toujours, et qu’il est de la responsabilité des hommes de faire naître ou disparaître une civilisation. L’Homme Historique est selon lui immuable, et le changement de société n’a aucune influence sur le caractère éternel de l’homme « … dans ma poitrine d’Homme éternel qui était avant la terre et le ciel, qui était depuis toujours et à jamais et qui a créé les dieux et les animaux et les femmes et les nuances de l’aquarelle… »

On retrouvera ce caractère d’éternité chez l’homme célinien pour qui l’humanité ne change pas « … jamais l’espèce est en panne, enfile, procrée, tranche, écartèle, arrête jamais depuis cinq cent millions d’années… qu’il y a des hommes et qui pensent… tort et travers, vous allez voir, mais hardi, copulent, populent, et braoum, tout explose, et tout recommence ». L’absence d’espoir dans l’avenir, l’impossibilité du progrès, de l’évolution, est la condition même de l’angoisse célinienne « … depuis tant de siècles… nous aurions pourtant dû comprendre ce qui se passait. Des vagues incessantes des êtres inutiles viennent du fond des âges mourir tout le temps devant nous, et cependant on reste là, à espérer les choses…». Nous n’avons donc pas su dépasser le stade de l’instinct qui tend à reproduire sans cesse les mêmes erreurs. Or, il se trouve que certains des propos tenus sur ce blog s’inspirent (peut-être sans le vouloir) de cet antirationalisme imprégné de « Lebensphilosophie » où Nietzsche et Bergson exerçaient le plus intensément leur influence. Car il existe une antinomie évidente entre la raison et l’instinct, et s’il est commun d’admettre l’influence des forces instinctives sur le comportement de l’homme, il faut accepter en retour le principe suivant lequel l’âme humaine n’est qu’une forme sublimée de la vie animale…

Mouais.

C’est la raison pour laquelle je voudrais demander aux membres éminents de ce blog, s’ils estiment la notion même d’histoire comme digne d’être retenue dans la mesure où l’époque de l’humanité sur laquelle ils se penchent avec tant de passion n’est jamais qu’un épisode d’une colossale « resucée ».

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36 Réponses

  1. Bonjour Monsieur Bardamu ! bienvenu au PP !
    Pour aller sur votre propos, j’ai du mal à comprendre : la taille de la sinusoïde dont vous parlez se fait à quelle échelle ? celle de l’humanité ? ou celle de l’univers ?

    En tout cas, pour me faire l’avocat du diable, et avec ma grande naïveté, ne faisons-nous pas des progrès dans tous les domaines ? art, sciences (de la médecine, de la guerre …), etc ?

    mai 14, 2008 à 19 h 33 min

  2. Amélie

    Ce n’est peut-être qu’un épisode, Bardamu, mais c’est l’épisode pilote : celui qui contient tout !

    mai 14, 2008 à 19 h 56 min

  3. Je ne suis pas certain, comme le dit Yatsé, que l’on fasse des progrès dans tous les domaines. Des progrès oui, mais comme on perd beaucoup de choses par ailleurs … !
    Je me rappelle d’une discussion avec André Maisonnier, un architecte élève de Le Corbusier. Il me disait que la connaissance c’est un segment de droite qui se déplace sur une ligne. Le segment est toujours de la même taille. Il avance mais il est toujours de la même dimension. En gros, on avance beaucoup mais on perd tout autant … Le PP est intéressé par tout ce qui concerne la récolte des plantes sauvages à des fins alimentaires. Vous mesurez tout ce qu’on a perdu dans ce domaine (on ne connait peut-être que 1% de ce que nos ancêtres ont connu sur ce sujet), alors que, d’un autre côté, paradoxalement, la connaissance des plantes a sans doute augmenté …

    mai 14, 2008 à 20 h 52 min

  4. Amélie

    En fait, Bardamu,je me doute que cette palette colorée d’auteurs assimilés ( à tort ou à raison, d’ailleurs) à des fascistes, nazis et antisémites, a pour but de provoquer chez les membres du PP une réaction… Ce que je n’arrive pas à déterminer pour l’instant, c’est : laquelle au juste ?

    mai 14, 2008 à 21 h 51 min

  5. Vincent

    J’avoue que cet article me laisse perplexe, Amélie.

    Qui est donc ce Bardamu qui l’aurait donc écrit ? Le héros/double de Céline, et ce serait alors un simple extrait d’un texte que tu nous présenterais là ? Quelqu’un d’autre qui se cache sous ce pseudo ? Mais dans quel but ?

    Il y a peut-être un moment où trop de masques tue les masques, tu ne crois pas ?

    mai 14, 2008 à 22 h 41 min

  6. Vincent

    Pour répondre toutefois à la question (ou du moins tenter sans trop savoir si je l’ai bien comprise ni dans quel sens aller) :

    Je ne sens — pour ma part — pas très qualifié pour juger de la dignité d’une notion, mais bon, j’admets en tous cas sans souci la réalité de l’histoire. La référence intrinsèque de ce blog à la période qui précède (la pré-histoire) en est d’ailleurs une preuve assez explicite me semble-t-il.

    Y a-t-il cependant un quelconque « progrès » au cours de cette histoire ? Dans certains domaines (notamment scientifiques et techniques) cela me semble également évident. Sur le plan « moral » cependant — ou simplement de la « joie de vivre » — ça me paraît toutefois beaucoup plus délicat, notamment à évaluer.

    Il m’arrive donc — comme à d’autres intervenants ici — de chercher à relativiser, critiquer, voire m’opposer radicalement à la « Religion du Progrès » (qui considère sa réalité et son bien fondé comme une évidence) et de vouloir tenter de considérer les choses sous un autre angle que cette « pensée unique dominante ».

    Après, est-ce que cette attitude est discréditée parce qu’elle est en partie partagée par des auteurs prétendus ou reconnus « fachos » ? Je pense pour ma part que non (pas plus que le végétarisme est discrédité parce Hitler ne mangeait pas de viande), mais bon… je suis prêt à entendre tout argument contraire et revoir en conséquence ma position.

    M’sieur Bardamu, à vous, donc !

    mai 14, 2008 à 23 h 10 min

  7. Vincent

    Pour aller plus loin :
    Ma religion, ou du moins ma croyance (qui n’est pas celle, officielle, du PP, je tiens à préciser), le fond « irrationnel » de mes positions, il me semble que rien ne les résume mieux que ce que j’appelle le « théorème d’Hölderling » :
    « Là où croît le danger, croît aussi ce qui sauve » (« et vice versa », devrais-je préciser).

    C’est assez proche, à tout bien considérer, de la « théorie du segment de droite » de Maisonnier qu’évoquait précédemment Bernard : ce qu’on gagne d’un côte, on le perd d’un autre.

    mai 14, 2008 à 23 h 19 min

  8. Vincent

    Sinon, je n’ai pas compris cette histoire d’ « épisode resucé ».
    Si quelqu’un peut m’expliquer !

    mai 14, 2008 à 23 h 20 min

  9. Beaucoup de questions, Mr Bardamu, nous attendons quelques réponses …

    Bernard, cela veut dire que nous n’arrivons pas à capitaliser notre connaissance ? Est-ce que la perte d’une technique est-elle un mal tant que l’objectif est toujours accessible ? l’allumette existe, haro sur le silex, ma barquette de steack aussi, tanpis pour la chasse à la gazelle …

    Et Mr Bardamu, si l’angoisse célinienne provient de l’absence d’espoir, à quoi bon vivre ?

    mai 14, 2008 à 23 h 49 min

  10. Vincent

    J’ajouterai ceci :

    Pour ma part (histoire de bien indiquer qu’il n’y a pas de « ligne » commune au PP), me semblent avant tout dangereuses les idéologies révolutionnaires et leur volonté plus ou moins affichée de « table rase » (car on sait bien qu’il n’y a pas que les « tables », en fin de compte, qu’on finit alors par « raser »). Toutes, en effet, ont à mon sens en commun de mépriser le présent et de fantasmer un Age d’Or, que celui-ci soit imaginé dans des « lendemains qui chantent » ou dans une « saine tradition d’avant la décadence » et l’ambition, du coup, plus ou moins avouée, d’être « prêtes à tout » (la fin justifiant les moyens) pour le faire advenir.

    Mon approche du PP (je laisserai aux autres « membres » la liberté d’exposer la leur) ne s’inscrit pas dans ce schéma, du moins c’est ainsi que je le perçois.

    Il y a en plus — au moins pour moi — une dimension fortement ironique dans ce PP (le sourire n’est-il pas le meilleur « garde-fou » ?) : en recherchant ce qui pourrait être la source de nos maux actuels (et que l’on peut parfois rassembler sous le terme de « modernité »), on commence en effet par pointer le développement de la société de consommation des 60’s, puis on se rend compte que celle-ci est quelque part inscrite dans le projet des Lumières, qui n’est lui-même que la suite logique de ce qui a été impulsé dans l’Antiquité grecque et romaine, qui n’est elle-même que la conséquence de la sédentarisation néolithique, etc… On peut ainsi s’amuser à remonter jusqu’à la domestication du feu, voire le premier outil ou la bipédie. Enfin bref, ça « merdouille » depuis le départ ou, pour parler en termes métaphysiques, le « Mal » fait partie intrinsèque de notre condition. Plutôt que de « moraliser » et
    s’évertuer de l’éradiquer (ce qui aboutit toujours par le faire revenir violemment, comme un « retour du refoulé »), tâchons plutôt de « faire avec », de voir notamment dans notre longue histoire les moyens plus ou moins efficaces qui ont pu à l’occasioon être trouvés pour le réguler.

    Je précise enfin que l’éthologie (notamment les éclairages apportés par Konrad Lorentz sur l’agressivité) me paraît être une science ouvrant de nombreuses (et fructueuses ?) pistes. « Antirationaliste » donc, quelque part, mais pas « radical » (à supposé que cela soit possible) !

    mai 15, 2008 à 9 h 57 min

  11. Barbarellamélie

    Hé non ! C e n’est pas moi qui ai écrit cet article. Il m’a été envoyé par un lecteur du blog qui signe Bardamu. S’il est tortueux et obscur, il semble pourtant poser des questions auxquelles il pourrait être intéressant de répondre. Mais je reconnais qu’elles auraient pu être plus clairement énoncées.
    En revanche, si Bardamu ne souhaite pas participer à la discussion qu’il a lui-même initiée… je serais tentée de dire « à quoi bon essayer de démêler tout ça ? »

    mai 15, 2008 à 10 h 51 min

  12. Pour le parti pris du sourire et l’absence de radicalisme !

    mai 15, 2008 à 13 h 55 min

  13. Bardamu

    Bonjour à tous,

    Puis-je faire remarquer aux membres de ce blog qu’il n’a pas été répondu à la définition même d’histoire qui relativise vos propos et démarches au regard du temps que vous invoquez ? Vincent admet avec honnêteté qu’il ne s’agit que de référence non déterminante en l’espèce et que seule compte la progression initiée, considérant peut-être que l’aspect pédagogique de cette période soit le seul à retenir. J’aurais aimé pourtant que la notion même de temps fût évoquée, et relativisée par la mécanique des cycles à laquelle tout philosophe authentique ne peut que souscrire. C’est la raison pour laquelle le terme « époque », voire même « épisode » me semble plus adapté à la définition de ce que le mauvais esprit de Bardamu ne peut qualifier que de « Kolossale resucée » (la sempiternelle sucette éternellement renouvelée des illusions, associée à la vanité du premier être alphabétisé…)
    Je voudrais cependant attirer votre attention sur le fait que nombre de vos échanges portaient sur des éléments de technique (l’allumage du « premier » feu etc.) sans référence aucune au besoin. Socrate peut réfléchir debout une nuit entière sans aucun effort, et combattre le lendemain en sacrifiant à la discipline de sa cité, mais la réalité du « froid » et l’inconfort de sa position ne le préoccuperaient que dans la mesure où ils entraveraient une pensée.
    En définitive, son environnement n’a que la réalité qu’il lui accorde…
    C’est la réflexion que je vous soumets, car le philosophe nie fondamentalement la notion de progrès au motif exclusif qu’il s’agit d’un leurre.
    Pour finir, et afin d’irriter l’épiderme de certaine (trop) bonne conscience, je voudrais vous soumettre une réflexion de Brasillach « … J’appris à m’intéresser à tous ces mythomanes de la culture gratuite que rassemblent toutes les bibliothèques municipales (…) ils formaient bien, en effet, la province de Paris, cette province instruite par les instituteurs, illuminés par la naïve idée du progrès et qui épelle l’histoire de la civilisation humaine dans les romans de Zola et de Romain Rolland ».
    Bien plus qu’à un progrès désagréablement linéaire, ne vaut-il pas mieux songer à la renaissance de nos dons originels, et selon quelle méthode ?
    C’est-y pas une question singulièrement « préhistorique » ?

    mai 16, 2008 à 12 h 30 min

  14. Amélie

    J’ai l’intuition que je suis d’accord avec ta dernière question, Bardamu, dans la mesure où le PP (en tous cas, dans la perception que j’en ai) cherche à réactiver une sorte de mémoire archaïque anesthésiée, par le biais de petits rituels qui nous sont tout personnels, entre autres choses ; mais je reste indécise quant au terme de « dons ». Que signifie pour toi « dons originels » ?

    mai 16, 2008 à 16 h 33 min

  15. Vincent

    …et à quelle « méthode », aussi, éventuellement penses-tu ?

    mai 16, 2008 à 16 h 59 min

  16. Vincent

    (Bienvenue, au fait, Bardamu, sur ce blog)

    mai 16, 2008 à 17 h 11 min

  17. Isidore

    Bardamu, bonjour et bienvenue. Je viens de lire avec intérêt vos propos sans toutefois parvenir à identifier la préoccupation centrale.

    S’il s’agit de la notion d’histoire et donc du temps linéaire et progressiste qu’elle induit forcément dans notre culture, s’opposant au temps préhistorique de l’éternel retour des cycles naturels, comme Hannah Arendt, par exemple, parvient à nous le faire appréhender, je ne vois pas bien qui songerait à en douter .

    Lorsque vous dites: »..qu’il n’a pas été répondu à la définition même d’histoire qui relativise vos propos et démarches au regard du temps que vous invoquez. » En quoi la notion d’histoire relativise-t-elle ces propos? Nous vivons tous aujourd’hui dans ce temps linéaire que nous avons créé et quand bien même il est une fabrication de notre esprit, il n’en demeure pas moins un incontournable qui propose une lecture de l’aventure humaine, certes particulière mais néanmoins susceptible d’être comprise et partagée par nous tous qui vivons à l’intérieur de ce temps là.

    Et il me semble même, à la lecture du dernier paragraphe de votre dernier commentaire, que votre propos suggère, à l’instar des auteurs que vous avez cités, l’idée du bénéfice qu’on pourrait trouver à remettre en question le temps linéaire ainsi que la notion de progrès.

    Certes, cette tentation est forte. A mon avis cependant si le temps aussi « n’a que la réalité qu’on lui accorde » et je le concède aisément, on ne joue pas sans danger à vouloir modifier l’illusion commune. Et la tentation du retour aux origines, à un temps préhistorique cyclique et « naturel » risque d’entraîner quelques égarements collectifs que l’histoire nous a déjà malheureusement révélée. Il s’agit du même problème que celui déjà débattu ici concernant la tentation du retour aux structures de sociabilité primitives: tribus ou clans.

    Le temps linéaire et la notion de progrès ont changé l’homme de telle sorte qu’il a irrémédiablement quitté les formes antérieures et qu’ayant perdu « l’innocence des origines » il n’est plus en mesure de les mettre en œuvre sans se détruire en même temps.

    Si l’on veut sortir des incontestables limites de ce temps linéaire et de cette « naïve idée du progrès qui épelle l’histoire de la civilisation humaine dans les romans de Zola et de Romain Rolland », nous ne pourrons pas faire l’économie d’inventer un nouveau temps capable de fusionner ces temps cycliques et linéaires, d’aller au delà peut-être d’ailleurs simplement en résolvant leur paradoxe. Mais je pense que toute tentation de retour en arrière est une erreur qui prépare des catastrophes forcément.

    mai 16, 2008 à 18 h 03 min

  18. Amélie

    D’ailleurs Isidore, corrige moi si je me trompe, il me semble que nous avons clairement énoncé, au départ de ce blog, que nous ne prônions pas un retour en arrière, mais plutôt une poursuite en avant (une poursuite, pas une fuite), un temps nouveau qui sublime tous les autres, non ?

    mai 16, 2008 à 18 h 10 min

  19. Isidore

    Tout à fait, Amélie!

    mai 16, 2008 à 18 h 26 min

  20. Amélie

    C’est ce qui m’a gênée dans ce que j’entendais dans le discours des « décroissants » hier soir : l’idée que tout était toujours mieux « avant », ou « ailleurs », et une sorte de détestation du « progrès », qui, personnellement, me paraissait, au mieux, stérile.

    mai 16, 2008 à 18 h 38 min

  21. Vincent

    Et un temps spiralaire, ou plutôt comme un ressort (enfin bref qui associe ligne droite et cycle), ça vous dit ?

    mai 16, 2008 à 18 h 48 min

  22. Enorme, je pensais justement à cela en vous lisant !!
    et pourquoi se dire que l’histoire serait les boucles que l’on verrait dans l’axe de l’hélice ?

    mai 16, 2008 à 18 h 50 min

  23. Amélie

    Ah oui, je vote pour ! d’autant que c’est souple ! ça se ramasse, ça bondit, ça s’écrase, ça se détend… ouiiiiiii !

    mai 16, 2008 à 18 h 51 min

  24. Ourko

    Et un temps qui ne représente aucune forme géométrique rationnelle, ça ne vous ai pas encore venue à l’idée ?

    Un temps qui dessine bien une forme, donc, mais une forme « hasardeuse », sans structure nette, qui donne l’impression de signifier quelque chose mais qui restera toujours mystérieux.

    mai 16, 2008 à 18 h 52 min

  25. Amélie

    « les boucles dans l’axe de l’hélice » ???
    Yatsé !!! c’est la première fois que je ne comprends pas ce que tu dis !!! C’est l’ail des ours qui t’a fait cet effet ?

    mai 16, 2008 à 18 h 53 min

  26. Amélie

    Ourko,
    t’es sûr que c’est pas l’orthographe, le truc mystérieux, pour toi ?

    mai 16, 2008 à 18 h 54 min

  27. Amélie

    Très sérieusement, ça fait déjà plusieurs jours que je tente d’ébaucher dans ma tête un article sur le Mystère, qui me semble être un des piliers du PP, voire le socle.

    mai 16, 2008 à 18 h 56 min

  28. Isidore

    Génial, Vincent!
    Si on pousse un peu le bouchon on arrive à la fameuse idée de la double hélice de l’ADN qui semble faire partie désormais de notre mythologie contemporaine. Ce n’est peut-être pas pour rien. Le temps en spirale? Cré non! Et le temps en double spirale? Cré vin gueu!!!

    mai 16, 2008 à 18 h 59 min

  29. pardonne-moi de ramener ma science, Isidore, mais la double révolution provient de la renaissance avec Léonard De Vinci qui en fit une belle illustration sur l’escalier principal de Chambord … (pour une fois que je peux la ramener ..) alors pour le mythe moderne de l’ADN, c’est rapé !

    mai 16, 2008 à 19 h 13 min

  30. 120

    Ecrit par André Comte-Sponville :

    TEMPS

    Le temps, disait Chrysippe, se prend en deux acceptions. » Il est d’usage de les confondre, et c’est cette confusion, presque toujours, qu’on appelle le temps.

    Le temps, c’est d’abord la durée, mais considérée indépendamment de ce qui dure, autrement dit abstraitement. Non un être, donc, mais une pensée. C’est comme la continuation indéfinie et indéterminée d’une inexistence : ce qui continuerait encore, c’est du moins le sentiment que nous avons, si plus rien n’existait.

    Ce temps abstrait — l’aiön des stoïciens — peut se concevoir, et se conçoit ordinairement, comme la somme du passé, du présent et de l’avenir. Mais ce présent n’est alors qu’un instant sans épaisseur, sans durée, sans temps (s’il durait, il faudrait le diviser en passé et en avenir), et c’est en quoi il n’est rien, ou presque rien. En ce sens, et comme disait Chrysippe, « aucun temps, n’est rigoureusement présent ». C’est ce qui le distingue de la durée. A le considérer abtraitement, le temps est constitué essentiellement de passé et d’avenir (alors qu’on ne peut durer qu’au présent), et pour cela indéfiniment divisible (ce que le présent n’est jamais) et mesurable (ce que le présent n’est pas davantage). C’est le temps des savants et des horloges. « Pour déterminer la durée, écrit Spinoza, Nous la comparons à la durée des choses qui ont un mouvement invariable et déterminé, et cette comparaison s’appelle le temps ». Comparaison n’est pas raison : le présent, incomparable et indivisible, n’en continue pas moins.

    Quant au temps concret ou réel — le chronos des stoïciens –, ce n’est que la durée de tout, autrement dit la continuation indéfinie de l’univers, qui demeure toujours le même, comme disait à peu près Spinoza, bien qu’il ne cesse de changer en une infinité de manières. C’est la seconde acception du mot : non plus en pensée, mais l’être même de ce qui dure et passe. Non la somme d’un passé et d’un avenir, mais la perduration du présent. C’est le temps de la nature ou de l’être : le devenir en train de devenir, le changement continué des étants. Le passé ? Ce n’est rien de réel, puisque ce n’est plus. L’avenir ? Ce n’est rien de réel, puisque ce n’est pas encore. Dans la nature, il n’y a que du présent. C’est ce qu’avait vu Chrysippe (« seul le présent existe »), et c’est ce que Hegel, à sa façon, confirmera : « La nature, où le temps est le maintenant,ne parvient pas à différencier d’une façon durable ces dimensions du passé et du futur : elles ne sont nécessaires que pour la représentation subjective, le souvenir, la crainte ou l’espérance » (Précis de l’Encyclopédie, § 259). Comment mieux dire qu’elles ne sont nécessaires que pour l’esprit, point pour le monde ? Le temps de l’âme n’est qu’une distension, comme disait saint Augustin, entre le passé et l’avenir (c’est ce qu’on appelle la temporalité). Le temps de la nature, qu’une tension (tension), qu’un effort (conatus) ou un acte (energia), dans le présent. Ces deux temps, toutefois, ne sont pas sur le même plan : l’âme fait partie du monde, comme la mémoire et l’attente font partie du présent. Le temps, dans sa vérité, est donc celui de la nature : ce n’est qu’un perpétuel, quoique multiple et changeant, maintenant. C’est en quoi il ne fait qu’un avec l’éternité.

    Deux sens, donc : une abstraction ou un acte. La durée, abstraction faite de ce qui dure, ou l’être même, en tant qu’il continue. Une pensée, ou un devenir. La somme du passé et de l’avenir, qui ne sont rien, ou la continuation du présent, qui est tout. Un non-être, ou l’être-temps. Ce qui nous sépare de l’éternité, ou l’éternité même.

    (Dictionnaire philosophique, PUF, 2001)

    mai 16, 2008 à 19 h 19 min

  31. Vincent

    Tout bien considéré, moi je vote finalement pour le « deuxième temps » décrit par ACS (le présent qui dure, qui ne peut pas se représenter par une figure géométrique et qui devait être justement celui des préhistos) contre le « premier temps » (l’abstraction des savants, des horloges… et de nos esprits « modernisés »).

    mai 16, 2008 à 19 h 25 min

  32. Vincent

    Cela nous ramène donc — du moins si vous me suivez sur ce chemin-là — aux réflexions déjà engagées sur le « sentiment océanique » suite à l’article intitulé Pour une mystique sauvage :
    http://www.partiprehistorique.fr/2008/03/23/pour-une-mystique-sauvage/

    mai 16, 2008 à 19 h 30 min

  33. Isidore

    Le temps moderne, à mon avis, c’est le temps linéaire mais surtout le temps volé. C’est à dire le temps tellement réifié, objectivé grâce à l’invention et à la tyrannie de la mécanique horlogère qu’on parvient à persuader chacun de nous que le temps personnel, le temps subjectif, celui qui se distend au gré de l’humeur et de nos facultés contemplatives, celui qui parvient à nous fondre avec l’éternité et le vaste sentiment océanique, que ce temps là, n’existe pas, n’a jamais existé et qu’il faut bien se soumettre au temps mécanique de la production et de la consommation dans ce jeu pervers et diabolique du travail et du loisir.

    Ré approprions-nous donc, en tout premier lieu, ce temps personnel: celui qui refuse l’injonction, planifiée depuis la naissance jusqu’à la mort, du passage par l’école obligatoire; du travail productif et performant ou de son double, le chômage; de la retraite une fois les enfants élevés et les parents enterrés; et pour finir,de la maison de retraite ou de l’hôpital…

    Tiens, c’est drôle, je me sens vraiment d’humeur joyeuse ce soir !!!

    mai 17, 2008 à 21 h 08 min

  34. voila une explication imagée de « ma vue » du temps …
    ca vaut ce que ca vaut…
    et l’histoire serait un segment qu’on tirerait entre passé et présent.

    mai 18, 2008 à 22 h 52 min

  35. Amélie

    Arf, tu sais, moi, la géométrie…
    Il a fallu qu’on me réexplique ton dessin 4 fois de suite… j’ai fini par voir où tu voulais en venir…. 😉
    moralité : le temps est définitivement une notion subjective !

    mai 19, 2008 à 14 h 19 min

  36. Pascale

    Mieux vaut tard que jamais, me voici… si la notion de temps, de progrès et d’espace vous intéresse, plongez dans un livre fabuleux: « Eloge des voyages insensés » de Vassili Golovanov (ed. Verdier). Eloge de la fuite en avant, au pôle nord, dans des conditions extrêmes. C’est un gros pavé passionnant, magnifique.

    mai 19, 2008 à 20 h 22 min

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