"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Parole amérindienne (1) : Sitting Bull

« Regardez, mes frères, le printemps est venu : la terre a reçu les baisers du soleil et nous verrons bientôt les fruits de cet amour !

Chaque graine est éveillée et de même tout animal est en vie. C’est à ce pouvoir mystérieux que nous devons, nous aussi, notre existence et c’est pourquoi nous concédons à nos voisins, même à nos voisins animaux, autant de droit qu’à nous d’habiter cette terre.

Cependant écoutez-moi, mes frères, nous devons maintenant compter avec une autre race — petite et faible quand nos pères l’ont rencontrée pour la première fois, mais aujourd’hui devenue tyrannique. Fort étrangement, ils ont dans l’esprit la volonté de cultiver le sol et l’amour de posséder est chez eux une maladie. Ce peuple a fait des lois que les riches peuvent briser mais non les pauvres. Ils prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent. ils revendiquent notre mère à tous, la terre, pour eux seuls et ils se barricadent contre leurs voisins ; ils la défigurent avec leurs constructions et leurs rebuts. Cette nation est comme un terrain de neige fondue qui sort de son lit et détruit tout sur son passage. »

(Extrait de Pieds nus sur la terre sacrée, textes réunis par T.C. McLuhan, Denoël, 1974)

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29 Réponses

  1. Amélie

    J’imagine le département du Doubs, non découpé en villes et villages, mais en cellules beaucoup plus floues. J’imagine une population qui s’étirerait sur tout le territoire et se nourrirait en se servant « sur la bête »… Quelle est la densité de la population dans le Doubs, en 2008 ? Quelqu’un le sait-il ?

    mai 13, 2008 à 10 h 13 min

  2. Barbarella

    En 1999 : 95 habitants au kilomètre carré. (source insee)

    mai 13, 2008 à 10 h 18 min

  3. Amélie

    Suis pas super forte en arithmétique, mais ça ferait pas du 50 m2 par famille de 5, ça ? (j’essaie d’envisager la viabilité du mode de vie amérindien, aussi séduisant soit-il, aujourd’hui et chez nous).

    mai 13, 2008 à 10 h 32 min

  4. Vincent

    1 km2, c’est 1 km x 1 km, donc 1 000 m x 1 000 m, soit 1 000 000 m2.
    Si on arrondit à 100 personnes — au lieu de 95 (mais faut bien compter les clandestins 😉 ) — sur cette surface, chacun dispose (si mes comptes sont bons) de 1 000 000 : 100 = 10 000 m2, soit 100 m x 100 m, bref un hectare (en gros un terrain de foot). En suivant ta logique, une famille de cinq personnes aurait donc « droit » à 5 ha.
    (Il y aurait de la bagarre car tous les hectares du territoire ne sont évidemment pas aussi viables les un que les autres)

    Ca serait bien sûr intéressant de connaître ce genre de ratio au niveau planétaire (je suis sûr que le calcul a déjà été fait et qu’on peut le trouver facilement)… mais je ne vois pas ce qu’il y a d’Amérindien là-dedans, en même temps… car ils vivaient en tribus, il me semble.

    mai 13, 2008 à 16 h 37 min

  5. Amélie

    En fait, je voulais juste essayer de me rendre compte si la vie de chasseurs cueilleurs organisés en tribus, dans un habitat strictement horizontal, était viable… pas sûre, même avec tes calculs, parce que finalement, un terrain de foot, pour cueillir et chasser, c’est très très peu, non ? POur élever et cultiver, ok, mais cueillir et chasser demande plus d’espace il me semble…

    mai 13, 2008 à 16 h 44 min

  6. Vincent

    Je ne sais pas vous, mais moi ces « paroles amérindiennes » me laissent chaque fois bien perplexe :

    Certes, leur simplicité candide et leur valeur parfois prophétique sont déroutantes, voire carrément séduisantes (surtout pour nos esprits facilement enclins — au moins superficiellement — à l’autocritique).

    Mais en même temps, peut-on y souscrire vraiment au pied de la lettre ? N’y a-t-il pas, par exemple dans cet extrait…
    1) une conception « raciste » de l’humanité,
    2) une méconnaissance des principes même de la démocratie,
    3) une illusion sur leur propre fonctionnement (pas moins agressif) ?

    Qu’en pensez-vous, de votre côté ? Vers lequel de ces deux pôles inclinez-vous plutôt ?

    mai 14, 2008 à 11 h 24 min

  7. Vincent

    Pour revenir sur ton dernier commentaire, Amélie :

    N’est-ce pas la société agricole (avec sa volonté implicite de capitalisation, ses religions associés qui ont toutes prôné le « Croissez et multipliez-vous ! », etc…) qui ont amené la surpopulation qui rend la situation actuelle si délicate ?

    mai 14, 2008 à 11 h 30 min

  8. Isidore

    Je ne pense pas qu’il faille de quelque manière que ce soit, poser un regard « réaliste » sur les propos de ce Sage Indien, et je crois même que leur valeur repose entièrement sur leur puissance symbolique qui exclut donc toute tentation de les situer dans notre réalité contemporaine.

    C’est à la mémoire universelle que s’adresse Sitting Bull, sous une forme prophétique et parabolique et tout ceci appartient et construit peu à peu les nouvelles légendes qui façonneront l’histoire contemporaine pour nos descendants.

    Ce monde là est définitivement révolu et rien ne nous permettra d’y retourner, et c’est tant mieux. Par contre sa mémoire nous met au défi de renouer avec « quelque chose » qui hante notre psychisme et dont notre cœur, notre esprit et aussi notre corps ont soif. Mais de quoi s’agit-il véritablement? Oui, au fait, de quoi s’agit-il?

    mai 14, 2008 à 15 h 34 min

  9. Je partage ton avis Isidore. Je me pose même la question de savoir si les fantasmes des traducteurs n’ont pas contribué à amplifier les paroles pleines d’images de ce sage indien en leur attribuant un sens qui n’y était pas d’origine …

    mai 14, 2008 à 19 h 02 min

  10. Amélie

    Je crains que toute cette histoire de PP n’aille trop loin… depuis mon bureau où j’essaie désespérément de pondre un communiqué très terre à terre, je vois par la fenêtre, Vincent, perché dans un arbre au dessus de la rue, et qui pousse des cris de chimpanzé…
    consternation
    et si nous avions présumé de sa santé mentale ???….

    mai 14, 2008 à 19 h 35 min

  11. 120

    Ecrit par Bernard Dubant :

    LA VISION

    « (…) Un jour, Sitting Bull dénoua les tresses de ses cheveux, enleva ses plumes et les peintures rouges qui ornaient son visage, et remplit une longue pipe avec du tabac.

    Puis il se mit des ramilles argentées de sauge sauvage aromatique — une plante sacrée — dans le fourneau de sa pipe. Il prit avec lui trois de ses proches — son neveu Taureau Blanc, son frère adoptif Taureau qui Saute, et le fils de son ami intime le chef Lune Noire — et ils allèrent au sommet d’une butte. A midi, ils y arrivèrent.

    Là, Sitting Bull renouvela ses voeux devant les témoins. Il se tint face au soleil, tendant sa pipe vers le ciel, et implorant merci.

    Il fit une prière : « Grand Esprit, aidez-moi et donnez-moi tout mon gibier. Menez-le près de moi, pour que mon peuple ait à manger tout son soûl cet hiver. Faites que sur terre les hommes de bien aient plus de pouvoir, de façon que toutes les nations soient fortes et heureuses. Qu’ils aient le coeur bon, de façon que les Sioux puissent continuer heureusement leur voie. Si vous faites cela pour moi, je ferai une danse du Soleil durant deux jours, deux nuits, et vous donnerai un bison entier ».

    Tous quatre (tout ce qui se fait de sacré se fait seul ou à quatre), ils fumaient la pipe, et après que Sitting Bull eut essuyé son visage avec de la sauge, ils revinrent au camp.

    Sitting Bull alla chasser et tua trois bisons. Il choisit le plus gros, et l’offrit à Wakan Tanka : « Wakan Tanka, celui que je vous ai offert tout à l’heure est ici ».

    Quelques jours après, commença la Danse du Soleil, celle qu’on a appelée « la Danse du Soleil de Sitting Bull ». Le camp était établi près de la rivière du Bouton de Rose, près des rocs crevassés, où sont des dessins « préhistoriques ».

    Une vierge coupa l’arbre sacré, les chefs le portèrent dans le camp sur des piquets, et le décorèrent de symboles et d’offrandes. « L’arbre représente la tribu, au centre du cercle sacré de la nation — car le camp circulaire est sacré ; il est interdit d’y tuer un homme — et aide à accomplir la volonté du Grand Esprit. Pour tous les êtres, il apporte ce qui est bon. »

    Un « lit » carré fut érigé pour l’autel, un crâne de bison placé en haut, et une pipe sur un petit échaffaudage devant le crâne. Durant la danse du Soleil, le guerrier qui la dirigeait s’infligeait de terribles tortures. La poitrine et le dos de Sitting Bull, lequel avait accompli plusieurs danses, en portaient de nombreuses traces. Certains candidats, comme « Pluie sur le Visage », étaient suspendus en l’air par des courroies passées dans la chair, durant deux jours et deux nuits, s’appliquant à ne pas manifester la moindre marque de douleur.

    Torse nu, Sitting Bull alla vers le pilier sacré, et offrit sa chair au Grand Esprit, Wakan Tanka. Son frère adoptif Taureau qui Saute vint à côté de lui, tenant un poinçon d’acier très aigu, et un couteau avec une lame très étroite et pointue. Il coupait des morceaux de chair pendant que Sitting Bull demandait merci au Grand Mystérieux. Deux jours et deux nuits, Sitting Bull dansa. Il s’avanouit ; il avait eu une vision : son offrande avait été acceptée.

    Lune Noire cria aux danseurs : « Sitting Bull veut annoncer qu’il vient d’entendre une voix d’en haut disant : « Je vous les donnerai parce qu’ils n’ont pas d’oreilles ». Il a regardé en haut et il a vu des soldats et quelques indiens à cheval descendant comme des sauterelles, la tête en bas et les drapeaux tombants. Ils venaient droit à notre camp ».

    Alors le peuple se réjouit. C’était le 14 juin. Sitting Bull dit après : « Ces soldats morts qui viennent sont les cadeaux du pouvoir. Tuez-les, mais ne prenez pas leurs fusils ni leurs chevaux. Ne les dépouillez pas. Si vous fixez vos coeurs sur les biens des blancs, cela provoquera une invasion de cette nation. »

    (…)

    Les indiens dépouillèrent les corps, malgré les avertissements de Sitting Bull, qui leur dira : « Parce que vous avez pris les dépouilles, vous convoitez désormais les biens de l’homme blanc, vous serez à sa merci, il vous affamera. »; Ce qui en dit long sur son savoir « sacré » des événements et sur la nature de son combat. (…) »

    (Sitting Bull, « le dernier indien », La Maisnie, 1982)

    mai 16, 2008 à 18 h 36 min

  12. Ourko

    « Tout ce qui est sacré se fait seul ou à quatre » ? Tiens… j’me ref’rai bien une ‘tite réussite, voire carrément une belote ! Y’a de joueurs par ici ? 😉

    mai 16, 2008 à 18 h 39 min

  13. Amélie

    Une question peut-être très personnelle, Vincent : si ce n’est la sauge, quelle serait pour toi la plus sacrée d’entre les plantes sauvages ?

    mai 16, 2008 à 18 h 42 min

  14. Vincent

    Wahou ! Rien que ça ?

    Heu… Sans réfléchir je répondrais : « évidemment le Chêne » ! Mais bon… ce n’est peut-être pas ce que tu attends.

    Avec laquelle je me frotterais ? A l’époque où j’avais « fait l’indien », j’avais utilisé de la Lavande, mais peut-être utiliserais-je désormais plutôt l’Aspérule odorante — maintenant que je la connais mieux — notamment pour l’odeur de vanille qu’elle dégage une fois séchée (j’aime bien l’idée de la plante qui n’a l’air de rien au départ mais qui dégage dans l’intimité une odeur douce pendant des années).

    Sinon — ce n’est pas la question, mais bon… — mon totem végétal est le Noisetier/Coudrier. Pourquoi ? Ben tout simplement parce que c’est celui de la famille de qui je porte de nom (« Abellanet » vient de Corynus avelana, le nom latin du Noisetier/Coudrier)

    mai 16, 2008 à 19 h 55 min

  15. Amélie

    tututututut
    quelle serait ta plante « magique », pas celle dont tu porte le nom, pas celle qui sent bon, pas celle qui paraît évidente : celle qui est magique.

    mai 16, 2008 à 20 h 41 min

  16. Vincent

    Dur (vraiment) car si je me mets dans la disposition d’esprit acceptant la possibilité de « magie » des plantes, ce n’est évidemment pas alors possible de la concentrer sur une seule en priorité.

    mai 19, 2008 à 17 h 18 min

  17. Amélie

    Et la même chose ne vaut-elle pas pour les animaux ?
    (tu as fait la même réponse que Couplan 😉 )

    mai 19, 2008 à 17 h 21 min

  18. Vincent

    Ben si…

    mai 19, 2008 à 19 h 32 min

  19. « Tout ce qui est sacré se fait seul ou à quatre ». Vous êtes sûrs que Sitting Bull ne parlait pas de masturbation ou de partouze ? Z’avaient le sang chaud tous ces indiens …

    mai 23, 2008 à 6 h 48 min

  20. Amélie

    Moi j’ai été interpellée par cette phrase aussi, pourquoi un ou directement quatre ??? à quoi correspond le chiffre 4 chez les indiens ? Est-ce une référence aux 4 éléments, aux 4 saisons, aux 4 point cardinaux ? J’ai le sentiment, après avoir lu « Elan Noir parle » (dont je n’ai pas fait le résumé, pardon), qu’ils avaient coutume de faire incarner les 4 point cardinaux par des gens, lors de cérémonies rituelles. Sobelo pourrait sans doute nous en dire plus, si elle venait plus souvent…

    mai 23, 2008 à 10 h 13 min

  21. Amélie

    Quant à l’acte d’amour, Bernard, pour moi il ne prend sa dimension sacrée qu’à deux ! Mais là où je te rejoins peut-être, c’est que je trouve que c’est véritablement une extase sacrée, presque mystique. (je ne parle bien sûr pas du simple rapport sexuel, vague échange physique et mélange de fluides divers, qui s’éteint aussi vite qu’il s’allume, et sans laisser de traces, sauf éventuellement une petite blenno…)

    mai 23, 2008 à 10 h 18 min

  22. Vincent

    Je confirme pour les 4 points cardinaux (au moins pour les Sioux).

    Quant au sexe sacré (l’orgasme comme « mystique sauvage » ?), le sujet a été effleuré notamment par les liens mis en commentaires par Pierre, suite à l’article sur le mariage. Ca mériterait un article complet un de ces jours, non ?

    mai 23, 2008 à 11 h 56 min

  23. Ourko

    Sûr, vous allez faire « péter les scores » de visites si vous allez dans les sujets racoleurs !!!

    mai 23, 2008 à 11 h 57 min

  24. Barbarella

    Tu peux pas comprendre, Ourko : t’es un mâle… ce genre d’extase est rarement vraiment vécue par les mâles dont les gonades étouffent toute sensibilité autre qu’épidermique et ponctuelle…

    mai 23, 2008 à 12 h 15 min

  25. Amélie

    T’exagères, Barbarella, c’est pas parce qu’ils sont trop rares qu’ils n’existent pas du tout…

    mai 23, 2008 à 12 h 16 min

  26. Ourko

    Tiens ! J’avais raison : ça frétille déjà rien que d’évoquer l’éventualité d’en causer.

    Mais on va peut-être encore attendre un peu — faire durer les prélimiaires ! — avant de lancer le sujet, non ? 😉

    mai 23, 2008 à 12 h 24 min

  27. Barbarella

    Ah oui, Ourko ??? Tu es de ceux qui savent faire durer les préliminaires ???
    (tu m’intéresses !)

    mai 23, 2008 à 12 h 37 min

  28. Amélie

    Moi, ej vous préviens, si vous faites un article, ne comptez pas sur moi pour alimenter les ébats.

    mai 23, 2008 à 12 h 38 min

  29. Amélie

    les débats – pardon.

    mai 23, 2008 à 12 h 38 min

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