"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

LA FESSEE PALEOLITHIQUE

Aiguillonné par les récents commentaires sur l’article « Frère Martinet », un sympathisant du PP a récemment décidé de « trouver » son totem. S’inspirant de divers rituels et cérémonies, il a opté pour la fessée paléolithique, administrée, selon toute vraisemblance, par une main féminine. On notera la présence de poudre d’ocre, utilisée aussi bien par les sorciers du paléolithiques, que, selon un documentaire diffusé hier soir sur Canal Family, par certains animaux dans les rites funéraires. IL semblerait que le sujet ne soit pas encore parvenu à identifier son totem de façon très précise. La seule chose qu’il ait pu distinguer jusqu’à présent, à travers son regard myope et quelques gouttes de larmes, est une silhouette d’environ 1,72 mètres, auréolée d’une longue chevelure blonde et qui scandait : « ah ! mais on a été un vilain garçon, hein ?! ».

Il pense qu’il serait peut-être bon de renouveler le rituel jusqu’à s’être fait une opinion plus précise de son animal totem. Bien entendu, comme dans tout rituel chamanique, la cérémonie a débuté par l’absorption d’une fiole de Lagavulin.

Ce sympathisant dont je tairai l’identité, mérite décidément sa carte au PP, non ?

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29 Réponses

  1. Pascale

    Joli petit cul, Vincent…

    mai 5, 2008 à 22 h 05 min

  2. Vincent

    Raté ! C’est pas le mien !!!

    mai 5, 2008 à 22 h 28 min

  3. Ourko

    C’est pas sur les parois « à l’intérieur » des cavités qu’on trouve plus généralement ce genre de peintures chez les vrais préhisto ?
    (Les « faux », on le sait, on l’a dit, restent toujours en surface des choses)

    mai 5, 2008 à 22 h 37 min

  4. 120

    Ecrit par Pascal Quignard

    Les préhistoriens appellent main positive le vestige d’une main peinte apposée sur la paroi puis retirée, abandonnant derrière elle ce vestige peint. Il sont accoutumé d’appeler main négative l’empreinte vide que laisse derrière elle la main nue appliquée de l’homme après qu’il a soufflé la peinture sur ses doigts tandis qu’il la scellait à la paroi de la grotte pour entrer en contact avec la force invisible et nocturne qui s’y dissimule. Les mains entraient dans la paroi. Ce que nous voyons en elles, des dizaines de milliers d’années plus tard, ne sont pas des signes mais des vestiges d’actions. C’est la main elle-même, une fois recouverte de la couleur sanglante qui la fondait à la paroi, qui pénétrait dans l’autre monde.

    ***

    Mettre la main dans la paroi. L’ours qui griffe tendit à l’homme le miel dans la paroi qui l’abrite. L’homme qui écrit de nos jours met toujours la main dans la paroi. La page blanche est le reste de la paroi qui blanchit la calcite. La toile blanche est le reste de la paroi couverte de calcite. La partition est le reste de la paroi. Le visage humain est le reste de la paroi autant qu’il est atteint par la denudatio qui s’y invente. La tombe est le reste de la paroi. Le linceul est le reste de la paroi. L’écran, le miroir, etc. sont les restes de la paroi. Le sein sur le corps maternel est l’origine de la paroi. La lune ronde et blanche dans la nuit est l’éponyme de la paroi. A Rome on appelait le reste de la paroi l’album.
    Partout il y eut des visages (des surfaces à deux mondes) qui se tendirent vers l’homme.

    (Vie secrète, Gallimard, 1998)

    mai 5, 2008 à 22 h 48 min

  5. Ourko

    Ceci explique cela : si la peinture se fait sur des « surfaces à deux mondes », pas étonnant qu’elle finisse un jour comme sur la photo.

    (Quant au visage de certains, c’est vrai aussi qu’ils donnent parfois envie d’y coller aussi quelques mains positives)

    mai 5, 2008 à 22 h 53 min

  6. 120

    Ecrit par Jean-Marie Laclavetine

    « (…) Le calcaire lisse et pâle d’une paroi de sa grotte pourra convenir. L’excitation du projet le fait trembler. Il lui faut trouver l’instrument parfait, l’instrument juste. Il va représenter l’univers ! La tâche est immense, démesurée, peut-être blasphématoire envers les obscures divinités qui règnent sur le monde en ces temps reculés. Il saisit des morceaux de charbon, des pierres oxydées, les examine, les rejette, insatisfait.
    Il commence à piler, à l’aide d’un gros silex, des pierres qu’il a récoltées sans but précis au cours des mois précédents : blocs de terre ocre, hématites, limonites, anthracites, minerais de teintes diverses, formant bientôt une multitude de tas de poudres colorées qu’il humecte avec de l’urine.
    Au-dehors, les premiers bruits de la journée se propagent, les premiers cris des premières disputes ; mais il ne les entend pas.
    Le temps passe, Noah contemple la paroi blanche avec effroi.
    Il doit faire vite. Bientôt, la horde quittera ce site pour suivre le gibier dans sa transhumance. Il faudra de nouveau affronter l’inconnu, la précarité, la faim, la marche sans retour. Mais ici, dans l’obscurité d’une grotte, demeurera la marque d’un passage, d’une vie, d’une vision du monde !
    Il faut être simple et vrai, à la mesure de ce sentiment furieux qui le submerge.
    Il pose une main dans l’ocre mouillée, et l’applique sur un recoin de la paroi. La forme de sa main apparaît lorsqu’il la retire, splendide, irréfutable. Puis il pose son autre main juste à côté, et en dessine le contour en passant et repassant un morceau d’anthracite entre ses doigts. Il épaissit ensuite le trait avec de la couleur bleue.
    Il se recule, contemple ses deux mains qui, détachées de lui, resteront figées à jamais dans un geste de bienvenue ou d’invite.
    Un immense bonheur l’envahit, hors de proportion avec le résultat obtenu. Il doit continuer, aller plus loin. Exagérer, voilà l’arme, marmonne Noah dans sa langue inconnue des hommes, en s’agitant devant la pierre claire — une pierre fine, crémeuse comme du lait de bufflesse, sur laquelle les couleurs se détachent joyeusement.
    Les heures passent. Noah ne sent pas la faim, ni la soif, ni la fatigue.
    Il songe un instant à faire un portrait de Sans-Quartier sous la forme d’un hanneton aux pattes en forme de gourdin, mais il ne se sent pas mûr pour le dessin satirique.
    Il dessine alors une scène de chasse : des aurochs au cou puissant, aux cornes en forme de lyre, fuient sous une pluie oblique de flèches et de sagaies, poursuivis par des chasseurs minuscules et filiformes. Le passage des couleurs est long et délicat.
    Harassé, enthousiaste, il voit s’élever le nuage de poussière autour des bêtes blessées, il entend le galop sourd des fuyards, les cris sauvages des hommes, il sent l’odeur du sang, des herbes écrasées. Il a créé cela ! Il a donné vie aux formes qui s’agitaient dans son esprit !
    Car ces images ne proviennent pas simplement de sa mémoire. Elles résultent d’une incompréhensible chimie dont ni le cours ni le résultat ne dépendent de son vouloir ou de son expérience, mais plutôt d’une force souterraine semblable aux rivières qui, sous le sol, fédèrent l’eau des sources avoisinantes : comme si Noah, brusquement, se trouvait au confluent de toutes les mémoires, de tous les rêves, de toutes les douleurs de l’humanité, comme s’il lui revenait maintenant de porter au jour le fruit d’une expréience collective, d’un désir enfoui de paix et d’éternité
    En voyant cela, les hommes prendront conscience de la beauté du monde, ils deviendront meilleurs…
    Noah s’effondre dans un sommeil instantané.
    Quand il se réveille, le soleil, au-dehors, semble à son zénith. Son premier souci est de s’assurer qu’il n’a pas rêvé : mais les aurochs sont toujours là, ils galopent sur la paroi, poursuivis par les cris et les flèches.
    Il se remet au travail. Il faut aller plus loin. (…) »

    (Demain, la veille, Gallimard, 1995)

    mai 5, 2008 à 23 h 20 min

  7. Ourko

    C’est marrant, on trouve souvent dans les grottes des mains peintes avec des doigts dits « mutilés » qui posent de sérieux problèmes d’interprétation aux paléontologues. On suppose généralement qu’elles se réalisaient avec un doigt replié. On se demande du coup pourquoi le totem blond n’a pas choisi cette option pour cette oeuvre là.

    mai 5, 2008 à 23 h 34 min

  8. Vincent

    Barbarella, tu as bien dit « poudre ocre utilisée par des animaux dans des… rites funéraires » ???

    mai 5, 2008 à 23 h 36 min

  9. Barbarella

    Ben oui, mais ils ne l’ont dit qu’en passant, et en plus, il y avait dans la pièce quelqu’un qui, n’écoutant que d’une oreille, me demandait constamment de répéter ce qui venait d’être dit, de sorte que j’ai peut-être manqué la suite des explications…

    mai 6, 2008 à 10 h 22 min

  10. Min

    I am estonished…. truly amazing sight, what a beautiful buttock!

    mai 6, 2008 à 11 h 41 min

  11. Barbarella

    trouvé sur le site civilization.ca :
    « quoique que l’ocre ait été utilisée comme produit de préservation du bois et pour peinturer les canots et les contenants d’usage courant, les morts – dans le monde entier – sont oints d’ocre rouge et ensevelis avec cette ocre depuis des temps immémoriaux. »

    mai 6, 2008 à 11 h 42 min

  12. Amélie

    Voilà par exemple ce que j’entendais par le fait d’extraire de tous les rites connus, des éléments communs : cet ocre rouge utilisé partout et depuis des temps immémoriaux … pourquoi ?

    mai 6, 2008 à 11 h 44 min

  13. Vincent

    C’est quoi l’ocre quand ce n’est pas qu’une couleur : une plante, une roche,… ?

    mai 6, 2008 à 12 h 12 min

  14. Vincent

    Sinon, pour les « rites funéraires animaux », ce n’est pas si étonnant que cela, finalement, quand on suit un peu (entre autres grâce aux excellents films animaliers télévisés) les avancées de l’éthologie qui régulièrement démontre que ce qu’on longtemps cru être des spécificités humaines (le langage, la conscience, l’amour, le rire, etc.) existent déjà dans le monde animal.

    La seule spécificité humaine, en fin de compte, pourrait simplement être d’être la seule espèce animale qui se persuade qu’elle est différente des autres au point de constituer un règne « à part ».

    mai 6, 2008 à 12 h 20 min

  15. Amélie

    J’en profite pour faire amende honorable : c’est vrai que tu ressembles au martinet, Vincent ! Ca se vérifie surtout au niveau du sommeil, je crois ! J’ai entendu dire que tu étais presque toujours « en veille »…;-)
    allez zou ! je file à une séance photo (non, pas une séance de fessée paléolithique…).

    mai 6, 2008 à 12 h 22 min

  16. Ourko

    Et encore… Je suis certain que les autres espèces animales font pareil (sont persuadés d’être uniques, singulière et bien entendu « hiérarchiquement au-dessus des autres »).

    Ce serait en fait l’inverse : l’espèce humaine est bien unique en son genre car la seule capable de reconnaître justement (et « humblement ») son lien de parenté avec toutes les autres.

    mai 6, 2008 à 12 h 25 min

  17. Amélie

    Ne soyez pas de mauvaise foi : l’espèce humaine EST unique en son genre et se détache des autres animaux par le simple fait qu’elle est capable de tuer sans que sa survie ne soit menacée, de mentir, etc.

    mai 6, 2008 à 12 h 27 min

  18. Vincent

    On parie (une fessée préhistorique) que je te trouve des espèces animales qui — dans certaines conditions — mentent ou tuent sans être menacées ?

    mai 6, 2008 à 13 h 04 min

  19. Amélie

    chiche !

    mai 6, 2008 à 14 h 12 min

  20. Amélie

    lu sur : http://www.systerofnight.net

    « Sans qu’on puisse séparer esthétique et religion, l’ocre rouge constitue un très bon témoin de préoccupations extra matérielles. C’est le principal colorant utilisé, sa couleur sang le rapproche d’un symbole de vie (substitut rituel du sang), laissant supposer une croyance dans la survie post-mortem. On le retrouve dans les sépultures, mais aussi dans les habitations. L’ocre avait donc une utilisation domestique, religieuse ou profane. »

    mai 6, 2008 à 17 h 33 min

  21. Il n’y a pas que l’Homme qui puisse tuer sans être menacé, Vincent a raison sur ce point, il existe quelques rares exemples sur lesquels nous pourrions revenir ultérieurement.
    Par contre, et c’est là le point le plus important, l’Homme est la seule espèce capable d’éradiquer d’autres espèces de la planète.

    mai 6, 2008 à 17 h 54 min

  22. Vincent

    Premier exemple : dans La colombe assassinée d’Henri Laborit, je trouve page 107 l’évocation d’une « souche de rats qui, lorsqu’ils sont mis en présence d’une souris, je jettent sur elle et la tuent ». Cette souche est notamment utilisée en laboratoire pour tenter de déceler si ce comportement est inné ou acquis (il semble à première lecture rapide que ce soit la deuxième option qui l’emporte).

    Reste à trouver des espèce qui « mentent ».

    mai 6, 2008 à 18 h 52 min

  23. Amélie

    … et t’auras gagné ta fessée…

    mai 6, 2008 à 19 h 01 min

  24. Vincent

    Avec l’aide de Bernard, en plus (en bon brassenssophile cette promesse de fessée* l’a réveillé), je suis sûr de gagner !

    Un animal qui ment ?
    Le papillon qui a des « faux yeux » sur ses ailes pour faire croire que c’est une « grosse bête », ça te va ?

    *on lui précise « après » stp que c’est celui qui gagne qui reçoit la fessée, ok ? (à moins que…)

    mai 6, 2008 à 19 h 25 min

  25. Avec deux amis, nous étions partis en pays étranger (europe de l’est) camper pendant plusieurs semaines.

    Nous avions eu la chance de pouvoir dormir dans une pension de famille en campagne pendant plusieurs jours pour nous reposer. Nous avions biensur sympathisé avec toutes les âmes vivantes de cette pension. Maitres de la maison, animaux domestiques, etc…

    Tout naturellement, les chiens nous firent la fête sur le départ et nous accompagnèrent sur plusieurs kilomètres de notre chemin.

    Nous marchions sur un chemin qui longeait un champs de blé et nous entendimes un couinement. nous allâmes dans le champs dans lequel se trouvait une corbeille avec un chaton abandonné.

    Surpris et naifs, nous essayâmes de le récupérer mais celui-ci s’enfuit…
    Prévenants, nous encourageâmes les chiens à le récupérer (nous avions l’image en tête d’un quelconque héros canin de Walt disney).
    La suite, je n’ose pas vous la raconter…

    mai 6, 2008 à 19 h 58 min

  26. mai 6, 2008 à 23 h 12 min

  27. Vincent

    Véritablement hallucinant !
    Je ne sais pas vous, mais moi, devant mon écran je suis resté bouche bée !

    mai 7, 2008 à 14 h 57 min

  28. 120

    Ecrit par Konrad Lorenz (sur la soi-disant « humanité » de l’horreur) :

    « (…) Ce que font les rats lorsqu’un membre d’une autre famille de rats s’égare dans leur domaine — ou y est mis par l’expérimentateur — dépasse en horreur tout ce que l’on peut imaginer ; c’est l’une des choses les plus répugnantes qu’on puisse observer chez les animaux. Parfois le rat étranger se promène pendant plusieurs minutes ou même plus longtemps sans se douter de l’horrible destin qui se prépare pour lui. Les résidents continuent de vaquer à leurs besognes habituelles, jusqu’au moment où l’étranger s’approche suffisamment de l’un d’eux pour qu’il puisse avoir vent de lui. Alors une secousse électrique parcourt cet animal. En moins de rien, toute la colonie est alarmée par un processus de transmission d’humeur, qui se fait chez le surmulot uniquement au moyen de mouvements expressifs, mais chez le rat de ville aussi par un cri perçant d’une tonalité satanique, repris en choeur par les membres de la tribu qui l’entendent. Alors, les yeux exorbités d’excitation au point de presque sortir de la tête, les poils hérissés, les rats se rendent à la chasse au rats. Ils sont tellement furieux que, lorsque deux d’entre eux se rencontrent, ils se mordent, à toutes fins utiles, violemment. Ils combattent ainsi pendant trois à cinq secondes, se flairent ensuite à fond, le cou fortement allongé, et se séparent paisiblement. Le jour de chasse aux rats étrangers, tous les rats de la troupe sont visiblement très excités et méfiants l’un vis-à-vis de l’autre.
    (…)Ce qui peut arriver de mieux au rat étranger est encore de mourir sous le choc de la peur, comme S.A. Barnett l’a pu observer dans certains cas. Autrement, ses congénères le déchirent lentement. Rarement on peut lire si nettement dans l’expression d’un animal le désespoir, la peur panique et, en même temps, la certitude d’une mort affreuse et inéluctable que dans le cas d’un rat promis à l’exécution par d’autres rats. Il ne se défend même plus. (…) »

    (L’agression, une histoire naturelle du mal, Flammarion, 1969)

    mai 7, 2008 à 15 h 16 min

  29. Vincent

    « Rat des villes », « mis par l’expérimentateur »,… faut admettre que ça fait quand même beaucoup d’ « humanitude » !

    Une chose en tout cas me semble sûre : jamais un Rat — même savant — ne s’amusait à placer un supporter marseillais dans la tribune du PSG rien que pour voir ce que ça peut provoquer !

    mai 7, 2008 à 15 h 21 min

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