"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Archives de mai, 2008

Ecrire pour mieux se taire ?

Les archéologues s’accordent à penser que l’écriture est née à Sumer, en Mésopotamie en – 3500, environ. Elle aurait accompagné l’organisation des cités et le développement de l’agriculture irriguée et des échanges commerciaux qu’elle aurait eu pour vocation de faciliter. Etrangement, l’écriture n’est apparue que 55 000 ans après le langage… L’articulation d’une pensée plus complexe, une organisation plus codifiée des rapports humains, auraient-t-elle fait naître le besoin de se taire ?

D’aucuns prétendent que l’écriture emprisonne la parole, vive et volatile, dans une forme figée, froide, morte. Au contraire, selon la façon dont on l’incarne, elle enrichit le sens, donne forme aux silences, aux respirations, crée une magie… Qui plus est, elle a pour vocation d’être lue. C’est finalement le destinataire d’une lettre qui donne à l’écriture son souffle. En ce sens elle est intime et crée un lien privilégié et unique entre deux individus. Une histoire se tisse, qui ne vit qu’au moment fugace de la lecture. Elle est fragile. Se ternit dès qu’on en trahit l’intention.

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Mais quel joli minois, mon minou!

Le corps exalté, le corps méprisé

Le corps piercé, tatoué, siliconé, relifté,

Le corps instrumentalisé et même dégnacqué,

Le corps vénéré, détesté, désiré, soigné, martyrisé;

Mais que faire de cet encombrant reliquat d’une nature indomptable?


Défouloir (ou le retour à l’âge de la pierre pas polie)

C’est Isidore qui m’a donné l’idée de cet article (de cette rubrique, plutôt, qui pourrait revenir régulièrement) avec son besoin exprimé de « cure de désintoxication de Juge de Tutelle ».

On est tous — comme lui — trop polis, trop bien élevés, trop civilisés.  On prend sur soi, on avale des couleuvres, on fait bonne figure (au lieu de faire parler instinctivement le gourdin) et on accumule sans  s’en rendre compte tout un tas de fiel non évacué, de rancoeur refoulée, d’agressivité rentrée.

Chacun se bricole, comme il peut, ses propres « défouloirs », que ce soit dans le sport, l’art, le jardinage, etc. mais ce n’est pas toujours facile ni pleinement efficace. Il reste toujours, ici ou là, un peu de venin qui nous empêche d’être tout à fait serein.

D’où l’idée de ce défouloir : un espace d’expression qui vise davantage à recevoir des coups de gueule  — sans souci de rationalité, de mesure, de décence — qu’à ouvrir et favoriser les débats (les autres articles sont là pour ça).

Alors, Isidore, vas-y, lache tout sur ce …censuré…  Juge des tutelles. Et Bernard, ces …censuré… limaces ? Bardamu, ces « gens du Nord » ? Yatsé… Amélie… Barbarella… Ourko….

Promis, on ne caftera pas !


Vivons-nous des temps cathares ?

Extrait d’un texte de Joseph Delteil (proposé par Bardamu) :

« Vivons-nous des temps cathares, c’est-à-dire des temps à double pôle, à double Dieu ? L’essentiel du Catharisme, à mes yeux, est là ; la dialectique, la religion de la dialectique ; le Bien et le Mal, le chiffre 2.

On a donné pas mal de définitions, plus ou moins érudites, du Catharisme. Pour moi qui dès l’enfance l’ai flairé et respiré partout dans mon pays, aux environs de Montségur, vu à l’œil nu à mille détails, dans mille vestiges, dans l’étroite coiffe noire des femmes deux à deux par les vallons, dans tel cri de hulotte le soir entre deux cyprès, dans la place des hommes à l’église, dans le signe de croix carré, dans ces mots familiers : « endura », etc. et jusque dans l’antique façon dont j’ai vu un jour ma mère, s’étant arrêtée dans ce chemin des champs avec quelque voisin, et ayant « besoin », se mettre tranquillement à pisser à long trait toute droite de haut en bas comme vache qui pisse, non sans majesté, et elle me tenait par la main, tout en continuant à bavarder avec le quidam… à toutes ces images j’ai cru reconnaître, pour en nourrir ma sensibilité, le signe cathare…

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Mai 68, une révolution réussie !

En cette période de commémoration, un article proposé par Isidore :

Et si, contrairement à ce qu’on nous ressasse depuis tant d’années, mai 68 était une des rares révolutions qui a su ne pas trahir l’espérance dont elle était porteuse. En tentant le difficile mariage entre la fête et la politique, l’individuel et le collectif, la fidélité absolue à l’élan de « vivre ici et maintenant » et le refus du pouvoir et de tout enfermement dans de nouvelles structures et de nouveaux dogmatismes, la vraie révolution de mai 68 (pas celle que tant d’imposteurs se sont accaparée et ont trahie en fabriquant cette légende neurasthénique, amère et désenchantée qui occupe l’espace de représentation collective depuis lors), mais celle qui, pour rester fidèle aux idéaux qui l’ont fait naître, a su disparaître et s’évanouir lorsque la tentation des chefs et du pouvoir, celle des structures et de la normalisation sont apparues, afin que restent intacts dans le coeur et la mémoire des héritiers, lorsqu’ils pourront le comprendre, une immense joie de vivre et un rêve de liberté infini, ferment d’autres mai 68 à venir.

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Retour sur la rencontre P.P./B.D. du 15/05/08

Pour ceux qui étaient là (et veulent conserver des traces écrites), comme pour ceux qui n’y étaient pas (et veulent avoir un aperçu de ce qui s’y est dit), voici la trame détaillée de mon « blabla » de jeudi dernier :

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Des visages, des figures.

Des visages, des figures
Dévisagent, défigurent
Des figurants à effacer
des faces A, des faces B

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l’entomophagie… une pratique à se réapproprier.

L’entomophagie, ou la consommation d’insectes à des fins alimentaires existe depuis la nuit des temps et perdure dans de nombreux pays encore : Pérou, Afrique du Sud, Thaïlande, Indonésie, Chine, Australie, Japon ou encore Mexique… Pourtant, en France, et – avouons-le – même au sein du PP, la seule idée d’une bouchée de larves provoque des hauts le coeur. Cette répulsion , qui nous paraît instinctive, est bel et bien acquise dans l’enfance des petits européens, dans la charmante tête desquels on fait rentrer l’idée saugrenue que les insectes seraient « sales ». (suite…)


article envoyé par Bardamu :

A vous lire, une réflexion surprend ma mémoire ; si l’on admet avec Ezra Pound qu’il est dans la nature des choses que les hommes et les civilisations « montent et tombent », on ne peut qu’emboîter le pas à Maurras en refusant sa confiance au progrès infini de l’humanité. Nietzsche et Maurras croient ainsi en un « monde de l’accident ». Un scepticisme aigu à l’égard des bienfaits du progrès se révèle également chez Lucien Rebatet, mais c’est Drieu La Rochelle qui avance le premier que la seule constante de ce monde est le retour des formes anciennes de la vie, rejetant aussi bien l’illusion progressiste que la morne fatalité d’un déclin inéluctable « … il y a un rythme qui infléchit notre condition selon une ondulation si longue et si vague qu’on ne peut attacher à tel ploiement de la courbe plutôt qu’à tel autre une humeur triste et joyeuse. L’idée de décadence est aussi vaine que celle de progrès ». Drieu pense à l’instar de Nietzsche, que le déclin et la floraison existent partout et toujours, et qu’il est de la responsabilité des hommes de faire naître ou disparaître une civilisation. L’Homme Historique est selon lui immuable, et le changement de société n’a aucune influence sur le caractère éternel de l’homme « … dans ma poitrine d’Homme éternel qui était avant la terre et le ciel, qui était depuis toujours et à jamais et qui a créé les dieux et les animaux et les femmes et les nuances de l’aquarelle… »

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Parole amérindienne (1) : Sitting Bull

« Regardez, mes frères, le printemps est venu : la terre a reçu les baisers du soleil et nous verrons bientôt les fruits de cet amour !

Chaque graine est éveillée et de même tout animal est en vie. C’est à ce pouvoir mystérieux que nous devons, nous aussi, notre existence et c’est pourquoi nous concédons à nos voisins, même à nos voisins animaux, autant de droit qu’à nous d’habiter cette terre.

Cependant écoutez-moi, mes frères, nous devons maintenant compter avec une autre race — petite et faible quand nos pères l’ont rencontrée pour la première fois, mais aujourd’hui devenue tyrannique. Fort étrangement, ils ont dans l’esprit la volonté de cultiver le sol et l’amour de posséder est chez eux une maladie. Ce peuple a fait des lois que les riches peuvent briser mais non les pauvres. Ils prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent. ils revendiquent notre mère à tous, la terre, pour eux seuls et ils se barricadent contre leurs voisins ; ils la défigurent avec leurs constructions et leurs rebuts. Cette nation est comme un terrain de neige fondue qui sort de son lit et détruit tout sur son passage. »

(Extrait de Pieds nus sur la terre sacrée, textes réunis par T.C. McLuhan, Denoël, 1974)


Rendez-vous, jeudi 15 mai…

…à 19h45, devant les Grandes Baraques de la forêt de Chailluz (Besançon).

Le Parti Préhistorique y rencontrera la Bisontine de décroissance.

Au programme :

20h : cueillette sauvage

20h30/45 : « Pow wow » dans les bois

– cuisson, dégustation, discussion sur l’art et la manière de se nourrir de plantes sauvages comestibles.

– présentation du P.P. : son origine, ses objectifs, ses autres pratiques, etc.

Prévoir un équipement adapté : bonnes chaussures, pantalon, veste chaude, sacs ou paniers (pour transporter les récoltes), gant ou ciseaux (pour cueillir des orties), gobelet (pour goûter soupes, tisanes, etc.), éventuellement un couteau (pour couper, éplucher…) et une lampe (pour le retour au parking)


Technique de feu primitive

Attention, le choc risque d’être dur (et de produire peut-être une étincelle) : nos ancêtres — aussi loin que l’on remonte dans le passé — n’ont jamais allumé le moindre feu en frottant deux silex ! C’est tout simplement physiquement impossible.

« Mais alors, me direz-vous, ce qu’on nous a dit à l’école, ce qu’on voit dans les films, ce qu’on lit encore un peu partout ?

— Ce ne sont là qu’âneries, répétées à l’envi, comme tout lieu commun.

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Quignardise (2) : devenir-bête

« (…) L’art de la restauration du passé est une hardiesse vaine qui expose inévitablement au ridicule. Dans le même temps la question de son origine a toujours serré la gorge du petit d’homme, et même elle consiste peut-être en la pensée réflexe qui engendre la réflexion. La scène invisible hante. Les conjectures sont des délires, mais leurs censures des démences. Nous n’avons jamais conu le « détachement du règne animal et du monde naturel que nous nous supposons. Au contraire, nous avons accru l’attachement.

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LA FESSEE PALEOLITHIQUE

Aiguillonné par les récents commentaires sur l’article « Frère Martinet », un sympathisant du PP a récemment décidé de « trouver » son totem. S’inspirant de divers rituels et cérémonies, il a opté pour la fessée paléolithique, administrée, selon toute vraisemblance, par une main féminine. On notera la présence de poudre d’ocre, utilisée aussi bien par les sorciers du paléolithiques, que, selon un documentaire diffusé hier soir sur Canal Family, par certains animaux dans les rites funéraires. IL semblerait que le sujet ne soit pas encore parvenu à identifier son totem de façon très précise. La seule chose qu’il ait pu distinguer jusqu’à présent, à travers son regard myope et quelques gouttes de larmes, est une silhouette d’environ 1,72 mètres, auréolée d’une longue chevelure blonde et qui scandait : « ah ! mais on a été un vilain garçon, hein ?! ».

Il pense qu’il serait peut-être bon de renouveler le rituel jusqu’à s’être fait une opinion plus précise de son animal totem. Bien entendu, comme dans tout rituel chamanique, la cérémonie a débuté par l’absorption d’une fiole de Lagavulin.

Ce sympathisant dont je tairai l’identité, mérite décidément sa carte au PP, non ?


Préhis-Toto


Frère Martinet

Chacun son totem. Le mien — j’admets qu’il n’est pas très original — est le Martinet noir. Ne me demandez pas pourquoi, c’est comme ça. Parce que c’est lui, parce que c’est moi. Une autre forme de mariage symbolique, en quelque sorte.

Permettez-moi de vous le présenter (excusez-moi d’avance si je suis pour le coup un peu plus long que d’habitude) : (suite…)