"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Beltaine… et autres celtitudes

On a coutume de pointer deux sources — judéo-chrétienne et gréco-latine — à notre culture, en oubliant, plus ou moins volontairement, la base celte sur laquelles celles-ci se sont établies.

Le Parti Préhistorique, dont l’une des ambitions est de reprendre contact avec nos racines, se doit donc d’approcher autant que possible cette origine quelque peu méconnue.

A cette période précise de l’année, par exemple, rappelons-nous que ces « pas si lointains » ancêtres fêtaient Beltaine, une des quatre fêtes – placées pile entre les solstices et équinoxes – qui rythmaient leur calendrier.

On sait malheureusement peu de choses sur les détails de la symbolique et des rituels de cette fête qui signifie littéralement « feu de Bel ». On sait juste qu’elle ouvrait, la nuit du 30 avril au 1er mai,  les six mois de la saison claire et chaude tout comme Samain (Halloween) inaugurait, le 1er novembre, la saison froide et sombre. Les druides y allumaient semble-t-il deux grands feux sacrés entre lesquels les troupeaux devaient passer pour être notamment protégés toute l’année des épidémies.

Cette fête a traversé les siècles — malgré les divers déplacements et autres transformations qu’elle a pu connaître — et se retrouve dans les diverses « fêtes du feu » qui persistent dans les divers folklore européens.

Perpétuons-en, nous aussi, ne serait-ce que le souvenir !

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36 Réponses

  1. 120

    Ecrit par Jean-Marie Pelt

    L’histoire du 1er mai remonte à la nuit des temps. (…) La nuit du 30 avril au 1er mai est l’une des quatre dates auxquelles se tenaient, dans les traditions européennes, les grands sabbats de sorcières. (…)

    Il y a eu quelques tentatives plus ou moins avortées de christianisation du 1er mai. L’église célèbre ce jour-là sainte Walpurgis, une religieuse anglo-saxonne du VIIIe siècle qui contribua, avec saint Boniface, à l’évangélisation de l’Allemagne. Les traditions anciennes eurent vite raison de la sainte réputation de Walpurgis, et, déjà à l’époque de Goethe, la célèbre nuit des Walpurgis à laquelle il fait allusion dans Faust évoque le rendez-vous nocturne des démons et des sorciers sur les montagnes d’Allemagne. On défendit alors l’honneur de la sainte en l’invoquant comme protectrices des arts magiques ou pour conjurer les maléfices et les sorts jetés par les sorciers, particulièrement actifs en cette saison de l’année où « le diable était lâché ». Récemment encore, en Bretagne, on craignait que les sorciers ne vinssent jeter des sorts sur les troupeaux, le lait et le beurre en ce jour du 1er mai. Dans le Rouergue, de même qu’en Dauphiné ou en Maurienne, le curé passait ce jour-là bénir les troupeaux dans les étables ou sur leur parcours.

    (Fleurs, fêtes et saisons, Fayard, 1988)

    mai 1, 2008 à 1 h 06 min

  2. 120

    Ecrit par Nadine Cretin

    Lors de cette nuit qui jouissait d’une sombre réputation — en Alsace, encore dans la première moitié du XXe siècle, on n’en parlait qu’à mi-voix –, il fallait éviter la sortie des êtres surnaturels, particulièrement des sorcières supposées se rendre à leur sabbat, grand rassemblement annuel sous l’égide de leur maître Satan. Malgré tout, on allait se promener en forêt dès la nuit pour la « cure de mai » (Maikür), afin de profiter de la vitalité printanière. On dansait autour de grands feux, comme à la Saint-Jean, ou bien l’on promenait à bout de bras des brandons en courant dans les champs pour encourager la fertilité.

    (Inventaire des fêtes de France d’hier et d’aujourd’hui, Larousse, 2003)

    mai 1, 2008 à 1 h 15 min

  3. Barbarella

    Je suis restée éveillée une bonne partie de la nuit pour voir les choses invisibles faire la fête… et puis je me suis endormie…
    Je propose une sarabande aux flambeaux la semaine prochaine, avec saut par dessus une ligne enflammée, en chantant.
    Mais comme d’habitude, vous allez faire les tièdes ?…
    Je propose aussi qu’à cette occasion on invite les dé-croissants, histoire de les dé-rider.

    mai 1, 2008 à 10 h 07 min

  4. Isidore

    La question que me suggère ce grand thème des fêtes collectives ce serait celle justement du « collectif ». J’aime la fête mais je suis incapable aujourd’hui de la vivre à l’intérieur de grands rassemblements collectifs ritualisés et organisés. Je dirais même que ces deux notions me paraissent contradictoires. Ceci rejoint-il les thèmes déjà abordés de la disparition de l’espace public ou du mariage par exemple?

    Il me semble, en effet, que ces rituels ont avant tout un sens et un rôle communautaire et suppose donc qu’il existe une communauté réelle. Par communauté j’entends un rassemblement organique d’individus qui parviennent à faire naître et à cultiver une « identité » commune grâce à des rites fédérateurs. A l’opposé, un simple rassemblement juxtaposé d’individus ne constitue qu’un collectif et nullement une communauté organiquement structurée. Je suppose que les sociétés humaines évoluent toujours entre ces deux pôles extrêmes sans jamais s’y enfermer exclusivement.

    Je ressens donc aujourd’hui dans cette difficulté personnelle à vivre et à apprécier les fêtes collectives, le signe d’une collectivisation pure et simple du peuple que nous sommes devenus. Il est donc vain de croire, à mon avis, qu’en faisant perdurer artificiellement des fêtes collectives, on puisse parvenir à tisser de nouveaux liens capables de faire naître une nouvelle communauté.

    Pourtant je pense aussi qu’une plongée dans nos racines culturelles communes, comme le suggère le P.P., est peut-être une voie intéressante pour retrouver un sens actuel et moderne à tout ceci.

    mai 1, 2008 à 10 h 21 min

  5. Isidore

    Par contre, organiser une belle fête du 1er mai, comme vous le suggérez et comme je me régale déjà de l’imaginer en lisant les témoignages de vos petits rituels « collectifs et communautaires » ouverts, ça me branche bien…sauf que j’habite trop loin et que mes velléités à venir les partager se heurtent pour le moment à une impossibilité (temporaire bien entendu…).
    Mais ceci me conforte aussi dans l’idée que tout ceci relève de l’espace privé, là où la fête garde encore pour moi tout son sens… Mais ceci ne résout pas le problème des fêtes collectives et de leur pertinence aujourd’hui.

    mai 1, 2008 à 10 h 34 min

  6. Vincent

    Certes, ces fêtes rituelles nous relient aux autres (qu’ils constituent une communauté ou une simple collectivité, pour reprendre la distinction d’Isidore), mais aussi et peut-ête surtout — du moins dans le cas de ces fêtes « primitives » — au simple monde extérieur (la « nature » environnante) au rythme duquel elles nous permettent de nous accorder.

    Cela nous renvoie donc, à mon sens, tout autant aux réflexions développées suite à l’article sur la mystique sauvage qu’à celles sur le mariage ou la disparition de l’espace public.

    mai 1, 2008 à 21 h 40 min

  7. Vincent

    Pour revenir sur les réflexions d’Isidore :

    Il me semble qu’il faut faire le deuil, aujourd’hui, de la communauté unique. Nous sommes en effet entrés dans le temps des « tribus ». Notre époque est comparable à celle qui a fait suite à ce qu’on appelle généralement la « Chute » de l’Empire romain (et quelque part déjà « préhisto »).
    Je ne suis pas certain qu’il faille le regretter.

    mai 3, 2008 à 7 h 44 min

  8. Isidore

    Là, tu m’étonnes sacrément, Vincent. J’imagine que tu ne connais pas de l’intérieur, les lois qui régissent les sociétés tribales ou claniques pour souhaiter ainsi revenir vers ces systèmes de cohésions de groupe. C’est tout l’effort de l’humanisme des Lumières que tu balaies ainsi d’un revers de la main et, pour ma part, si je perçois aussi des limites sérieuses à la forme actuelle de notre démocratie républicaine je ne souhaite surtout pas revenir vers un état de non-droit tel que tous les systèmes basés sur des principes « naturels » (tribus et clans) fonctionnent « tout naturellement » d’ailleurs. J’ai eu la chance (et la malchance) de naître dans une véritable tribu familiale( le dernier rassemblement familial a réuni sans problème plus de 400 personnes) et je peux te décrire par le menu comment fonctionne ce type d’organisation sociale, ses vertus mais aussi ses terribles limites qui interdisent, par exemple à tout individu appartenant au groupe, de développer une quelconque singularité. La tyrannie du groupe est redoutable. Le système clanique dans sa forme la plus aboutie c’est quand même bien la Mafia, non? Et pour ma part, c’est bien justement grâce à la République française et ses institutions, aussi sclérosées et malades soient-elles, (je m’y heurte sans arrêt), que j’ai pu avoir le recul nécessaire et les moyens de m’y arracher, au prix d’un effort monstrueux que nombre de mes cousins, cousines, ou autres membres de la tribu n’ont pas pu ou su faire. Non merci, je ne tiens pas à retourner vers une société globalement régie par les lois tribales ni claniques. Ceci dit, je pense que tu a raison de pointer le fait que nos sociétés actuelles tendent à retourner presque inexorablement vers ces structures là. C’est d’ailleurs normal puisqu’elles sont les plus naturelles. Mais raison de plus pour reprendre le travail de nos Aïeux et inventer un système de cohésion sociale encore plus élaboré qui tende vers une personnalisation encore plus forte des individu qui le souhaitent, et sache protéger la grande Liberté qui souffle dans nos coeurs et notre esprit. Ceci dit, tu pointes là un sujet sérieux qui mérite d’être creusé. Va bien falloir pondre un article là-dessus, j’ai l’impression.

    mai 3, 2008 à 19 h 08 min

  9. Vincent

    Oui, tu as raison, ça mériterait un article en soi, mais c’est aussi en quelque sorte le fond implicite de chaque sujet qu’on développe ici, il me semble.

    Je pense en tout cas, pour ma part que « Nous n’avons jamais été modernes » (pour reprendre un titre célèbre de Bruno Latour) et que nous ne le serons sans doute même jamais. Pour au moins deux raisons :
    1) C’est un idéal « fatigué » auquel plus grand monde ne croit. Ses effets secondaires (notamment la destruction de la Nature, mais aussi l’angoisse et la solitude qu’il développe, etc…) prennent finalement — au moins dans l’imaginaire collectif — plus de place que ses bienfaits.
    2) C’est un idéal « illusoire » car basé sur le postulat irréaliste que l’humain pourrait être un être libre et raisonnable et que les Lumières pourraient faire disparaître en lui, d’un coup de baguette… morale et scientifique, toute part obscure ou maudite.

    Il ne s’agit cependant pas, bien entendu, de revenir à une société de type « pré-moderne » (ce serait de toutes façons, à mon avis, impossible, comme de désapprendre à lire ou à marcher) mais de construire cette « postmodernité » en gestation dont le postulat pourrait, par exemple, être cette maxime de Pascal : « Rien n’est plus raisonnable que le désaveu de la raison ».

    Ceci dit, je ne « souhaite » pas le retour des tribus, je constate juste qu’il se fait tout seul et paraît irrésistible (et à tout bien considérer pas si dangereux qu’on veut bien souvent le faire croire).

    mai 4, 2008 à 12 h 15 min

  10. Vincent

    Dans cette fameuse « postmodernité », ceux qui — comme toi — sont issus de clans étouffants peuvent trouver les structures modernes « émancipantes », et ceux qui — comme moi — au contraire, sont un pur produit abstrait de la modernité (sans famille, sans « lieu ») peuvent trouver, ou bricoler, les tribus qui leur permettent d’avoir l’impression de « s’enraciner ».

    mai 4, 2008 à 12 h 33 min

  11. Isidore

    Tout à fait d’accord avec cette façon de voir les choses. Mais je pense aussi que plutôt qu’un désaveu de la raison, il s’agirait davantage d’une remise en question d’un idéalisme qui s’est forgé peu à peu à partir de ces notions de « raison » ou de « progrès ». L’idée a pris le dessus sur la réalité et la tentation abstraite s’est finalement imposée pour aboutir à ce que tu décris si justement et ce dont nous pâtissons aujourd’hui. A mon avis c’est donc plutôt la tentation de l’idéalisme qu’il faut révéler et combattre. Mais il semble me souvenir que nous ne donnons pas le même sens à ce terme d’idéalisme. Tant pis!

    mai 4, 2008 à 15 h 47 min

  12. Vincent

    La définition (implicite) que tu en donnes là, en tout cas, ne choque pas « le sens que je donne à ce terme ». On devrait donc pouvoir trouver sur le sujet un « terrain d’entente ».

    mai 4, 2008 à 18 h 53 min

  13. Isidore

    Chouette!!!

    mai 4, 2008 à 20 h 32 min

  14. 120

    Ecrit par Michel Maffesoli

    « (…) Seuls quelques esprits chagrins, les politiques sont du nombre, au nom d’un républicanisme désuet, s’effraient des dangers que représenteraient les tribus postmodernes et, bien sûr, de leurs indéniables méfaits.
    De leur côté, les journalistes s’en sont emparés qui, maintenant, voient des tribus partout. Et, sans trop de précaution, vont plaquer le mot sur des réalités disparates et, parfois, fort éloignées de ce qu’ils désignent par là. Mais peu importe. Il s’agit là d’indices non négligeables d’une vitalité sociétale s’affirmant avec force, dans tous les domaines.
    Car, si la morosité est de mise, spécialement en France, sur le devenir de la société, s’il est convenu d’être catastrophiste et, selon le titre du sociologue Pierre Bourdieu, de voir « la Misère du monde » un peu partout, pour peu que l’on sache, au-delà des ces évidences intellectuelles, voir ce qui est évident, on ne peut qu’être frappé par le vigoureux vitalisme qui est à l’oeuvre dans le néotribalisme contemporain.
    Ainsi, sous ses aspects musical, sportif, religieux, sexuel, avant d’être politique, économique ou social, le tribalisme est un phénomène culturel. Vraie révolution spirituelle. Révolution des sentiments mettant l’accent sur l’allégresse de la vie primitive, de la vie native. Révolution exacerbant l’archaïsme en ce qu’il a de fondamental, de structurel et de primordial. Toutes choses, on en conviendra, qui sont fort éloignées des valeurs universalistes ou rationalistes, propres aux tenants des pouvoirs ou des savoirs actuels.
    Mais, ce sont ces valeurs natives qui sont, certainement, à l’origine de ces rébellions de la fantaisie, de ces effervescences multiformes, de cette bigarrure des sens dont les multiples afoulements contemporains donnent des illustrations éclatantes.
    A l’encontre de l’affirmation maintes fois répétée d’un supposé individualisme généralisé, on est confronté à une étrange pulsion animale, poussant à être en contact avec l’autre, à coller à l’autre, à l’imiter en tout et pour toutes choses. Que ce soit dans le temps contraint du travail ou dans celui, apparemment, plus convivial des loisirs, l’important est d’être ensemble. Que l’on appelle cela viscosité ou reliance, ce qui est certain, c’est que tout dans la banalité de la vie quotidienne, comme dans l’exception de la fête, favorise la grégarité animale, celle que l’on trouvait dans les tribus primitives. (…) »

    (Iconologies, Nos idol@tries postmodernes, Albin Michel, 2008)

    mai 4, 2008 à 21 h 59 min

  15. Isidore

    Propos fort intéressants qui cependant me semblent relever d’un certain idéalisme justement. Il n’y a, à mon avis, aucune contradiction entre un individualisme exacerbé et « une étrange pulsion animale poussant à être en contact avec l’autre »? Bien au contraire c’est l’isolement individualiste qui va automatiquement susciter la recherche de contact mais sous sa forme la plus « primitive »: celle qui va favoriser la création de tribus ou de clans. C’est le manque de culture de la vie collective qui génère ces formes les plus « naturelles ». Il n’est d’ailleurs pas étonnant « qu’on ne peut être que frappé par le vigoureux vitalisme qui est à l’œuvre dans le néotribalisme contemporain », selon le même auteur. La vitalité primitive reprend ses droits.

    Si je m’appuie sur mon expérience, j’observe qu’effectivement j’aspire (et j’agis dans ce sens) à vivre à l’intérieur de « communautés » vivantes qui sachent favoriser une certaine fraternité , une convivialité et une solidarité active. Mais je me rends compte au même instant que cette aspiration se heurte, dans sa réalisation, au double écueil de l’individualisme d’une part (avec ses indéniable vertus auxquelles ils est difficile de renoncer dés lors qu’on n’est plus assujetti à la loi du groupe), et de la tentation clanique d’autre part, dès lors que la sécurité apportée par le groupe, l’identité collective qui nous épargne le souci de construire sa propre identité, la chaleur du cocon grégaire et le goût d’avoir un chef (un dieu, un père ou n’importe quoi qui puisse nous protéger de nous même) deviennent prééminents.

    Je parle d’idéalisme dans les propos de Maffesoli en ce qu’il semble imaginer que le néotribalisme contemporain peut être autre chose qu’un simple tribalisme comme l’humanité en connait depuis toujours. Je pense pour ma part, à la lumière de ma propre expérience tribale et individualiste qu’un post-tribalisme ne peut naître que d’une création consciente et raisonnée, faisant appel à tout l’héritage des Lumières, capable de résoudre cette tension formidable entre ces deux pôles et faisant surgir quelque chose d’inédit mais qui implique une maturité personnelle et collective que le simple retour instinctif vers les aspirations tribales ou claniques ne saurait permettre. Si nous laissons agir notre sociabilité selon sa pente naturelle sans y ajouter notre effort raisonnable et conscient, nous auront tôt fait de recréer le système féodale (qui est déjà si présent partout dans notre bonne vieille société corporatrice) après avoir achevé un nouveau cycle des guerres inter-tribales, forcément. Il a fallu plus de 1800 ans après la chute de l’empire romain pour nous arracher à l’ère des tribus et des clans et nous voudrions aussi sec recommencer le même parcours? Ça me paraît franchement un peu stupide.

    Je pense que la nouvelle sociabilité à laquelle on aspire aujourd’hui ne peut être conçue qu’en dépassement (en les intégrant donc forcément) de ces divers héritages dont nous sommes riches: celui des Lumières et celui de toutes nos anciennes féodalités.

    mai 4, 2008 à 23 h 54 min

  16. Vincent

    Bien vu… Bien dit !

    mai 5, 2008 à 0 h 22 min

  17. Isidore

    Encore une chose à dire à ce sujet:
    Si la forme tribale et clanique génère quelque chose de relativement viable et harmonieux à l’intérieur de sociétés « primitives » ou plutôt tissant avec la nature des relations de dépendance et d’équilibre, il ne peut plus en être de même pour nos sociétés complexes, coupées de la nature, très intellectualisées et ayant perdu toute innocence. Dans ce cas le tribalisme ne peut malheureusement que secréter des formes monstrueuses dont les archétypes (ou les aboutissements) sont soit la secte soit la mafia avec en fin de compte l’affrontement des deux pour une suprématie impossible à établir et donc une guerre incessante qui ne peut être contenue en définitive que par une autorité qui procède de la raison. On voit ce que donne, dans tous les régimes corrompus, la prise du pouvoir par la pègre et les clans mafieux. On a aussi malheureusement aussi pu observer les bienfaits de la prise du pouvoir par une secte: on a appelé ça le nazisme…pas joli, joli. Et j’avoue être un peu inquiet de l’affaiblissement actuel de notre laïcité et du goût de plus en plus prononcé pour certains de nos politique à fricoter avec les valeurs religieuses.

    mai 5, 2008 à 8 h 04 min

  18. Vincent

    Là, je ne suis plus sûr de te suivre entièrement, Isidore. Ca me paraît trop caricatural.

    D’accord pour ne pas angéliser le « tribalisme » ni diaboliser la « modernité », mais pas pour retomber dans le travers contraire (la ligne de crête, je l’admets, est bien étroite).

    En tout cas, je ne vois pas en quoi le tribalisme aboutirait nécessairement à la secte, à la mafia ou au fascisme. Ni en quoi la république laïque nous en préserverait assurément.

    Aucun système ne peut, à mon sens, abolir « magiquement » nos ancestrales pulsions de domination, d’agressivité, de puissance. Seuls des garde-fous, des contrepouvoirs, des voies de détournement (c’est d’ailleurs en grande partie de rôle des « rituels » dès le règne animal)… permettent de les canalyser plus ou moins. Et il ne sont pas le seul apanage de nos systèmes modernes (en montrent-ils quotidiennement la preuve ?).

    Je pense en fait qu’un des points majeurs soulevés par ce débat est avant tout celui de la « taille » de la communauté (pas nécessairement sa « forme ») : Platon n’estimait-il pas la taille de la démocratie idéale à 4 ou 5 000 citoyens ?

    Un autre point qui me semble important (les deux nécessiteraient évidemment un plus long développement) : une société sans « rivale » (contre laquelle reporter au moins symboliquemet l’agressivité de ses membres) peut-elle éviter de s’auto-détruire ?

    mai 5, 2008 à 12 h 40 min

  19. Amélie

    A ta dernière question, je répondrais oui (ayant déjà une idée de ce à quoi tu penses ! 😉 ).
    Je crois qu’il ne faut pas non plus négliger le pouvoir de la pensée sur l’instinct; la pensée aussi est un moyen de détournement de l’agressivité. la pensée peut aussi canaliser l’instinct pour la survie de l’espèce. A trop la diaboliser, on finit par oublier qu’elle fait partie de nous au même titre que nos pulsions.

    mai 5, 2008 à 12 h 48 min

  20. Amélie

    Tribus, communautés, individus… volontairement ou non, on est de toutes façons organisés en cercles concentriques : il y a d’abord « moi » (eeeeh ! oui…), puis le premier cercle de ceux qu’on aime plus que tout et qui accèdent, du coup, à la première proximité (ça fait déjà un clan), puis celui de ceux dont on est très proches, mais pas au point d’être intimes (ça peut être la tribu, voire même la famille), puis celui de ceux avec lesquels on partage une culture, des conditions de vie, des préférences etc (la communauté), etc jusqu’à la nation… les premiers cercles se dessinent d’eux-mêmes…

    mai 5, 2008 à 13 h 01 min

  21. Isidore

    Je ne dis pas que le tribalisme aboutit forcément à ses excroissances monstrueuses mais je dis que dans nos sociétés complexes et très rationalisées la logique tribale risque de déraper vers des formes monstrueuses si elle n’est pas contrée par un contre pouvoir d’ordre rationnel et moins « naturel » comme le propose le travail des Lumières.

    Mais je reconnais aussi que lorsque ce contre-pouvoir dérive lui aussi vers ses dérives tyranniques (bureaucratie, technocratie et autres juridicraties) pour aboutir à cette léthargie de sociétés vouées à la consommation telle que nous pouvons le vivre aujourd!hui, il devient effectivement salutaire de faire appel et de retrouver la vitalité primitive des structures sociales antérieures, tribales et claniques. Il s’agit juste de trouver le bon équilibre. Mais peut-on le trouver?

    mai 5, 2008 à 14 h 19 min

  22. Amélie

    Aaaaaaaaaaah ! enfin !… ça devenait pénible tous ces articles consensuels ! Là ça en fait deux de front où on n’est pas d’accord !!! 🙂 Enfin un peu de confrontations !!!
    (à voir si au PP aussi, on arrive vite au point Godwin…) 😉

    mai 5, 2008 à 14 h 35 min

  23. Amélie

    Isidore,
    Je suis résolument optimiste.
    Oui on peut le trouver, oui une société peut vivre harmonieusement sans société rivale pour détourner son agressivité d’elle-même. Oui, TOUT est possible. La seule inconnue, c’est l’énergie et les efforts qu’on choisit d’investir dans l’atteinte d’un objectif.
    Curieusement, je sens que Vincent et toi ne serez pas d’accord avec moi… 🙂 Quant à Yatsé, il n’est pas encore redescendu de son nuage florentin… il flotte, il flotte… il dit que c’était « meeeerveilleux »…

    mai 5, 2008 à 14 h 39 min

  24. Ourko

    On l’a frôlé de peu tout de même le fameux point Godwin, non ?

    mai 5, 2008 à 16 h 27 min

  25. Vincent

    Sans aller jusqu’à la diaboliser, je ne crois pas trop au « pouvoir de la pensée sur l’instinct » que tu évoques, Amélie.

    Quant à la possibilité d’une « société harmonieuse sans société rivale pour détourner vers l’extérieur l’agressivité instinctive de ses membres », j’y crois aussi… à mais alors pas sans chimie !

    mai 5, 2008 à 16 h 35 min

  26. Vincent

    Pour rebondir sur les derniers propos d’Isidore, je ne sais pas si on peut trouver le point d’équilibre, mais on se doit peut-être de toujours le chercher, de ne jamais considérer qu’il est atteint ou qu’on a une fois pour toute trouvé la « bonne recette » qu’il suffit d’appliquer.

    mai 5, 2008 à 16 h 38 min

  27. Amélie

    Petits travaux pratiques de niveau 1 :
    quand un enfant répète inlassablement « mamaaaan ! mamaaaaaan ! mamaaaaaan ! » en vous grimpant dessus alors qu evous petes au téléphone avec… le banquier par exemple, pour négocier l’extension de votre découvert afin d’éviter l’interdiction bancaire, et que l’enfant qui vous écrase, vous grimpe dessus, vous assourdit depuis 10 minutes pourtant capitales finit par faire tomber une enclume sur votre petit orteil et sectionner le fil du téléphone par la même occasion..
    Votre instinct vous pousse à le battre sauvagement (si-si). POurtant vous ne le faites pas. Pourquoi ?

    mai 5, 2008 à 16 h 46 min

  28. Amélie

    Moi je crois que notre qualité d’humains ne nous autorise pas vraiment à soumettre la pensée à l’instinct. Qu’on revalorise notre côté primitif et instinctif, trop souvent baillonné, oui, mais pas au point d’oublier la force de la pensée qu’on a développée.

    mai 5, 2008 à 16 h 48 min

  29. Croire que tout est possible avec notre passif guerrier qui nous afflige ?
    C’est quand même vivre avec des œillères , non ?

    Les excès du tribalisme ne sont plus à démontrer (rhinocéros ?). Oui mais, pour avoir vécu (à dose modérée) et profité d’une situation de tribalisme, j’avoue n’avoir pas ressenti comme toi, Isidore, d’étouffement mais au contraire un sentiment heureux d’appartenance à un groupe. Biensûr, j’y ai perdu un peu de personnalité dans l’enceinte de ce groupe. Mais, je pense qu’il m’a aidé à me construire et me rendre plus fort hors de ce groupe.

    mai 6, 2008 à 23 h 54 min

  30. Amélie

    Etre optimiste, c’est être optimiste malgré tout. Comme être joyeux.

    mai 7, 2008 à 9 h 08 min

  31. Isidore

    Tu es résolument optimiste, Amélie? Ça tombe bien parce que je me sens aussi d’un naturel très optimiste…ceci me permet d’ailleurs de cultiver un pessimisme radical sans sombrer le moins du monde dans un quelconque désespoir. Disons plutôt qu’un peu de lucidité permet d’envisager le pire donc d’apprécier infiniment tout ce que la vie ordinaire et « banale » nous offre pour y échapper la plupart du temps et de voir comme un véritable miracle le fait d’être encore vivant à ce jour. Je ne pense donc pas qu’un véritable optimisme puisse exister sans un non moins véritable pessimisme qui sache lui donner son épaisseur. En sachant pourtant, comme le dis si justement notre philosophe Alain, que la pente naturelle de la psychologie humaine ira toujours vers le malheur et qu’il faut déjà le vouloir et agir en conséquence pour que la vie soit belle et heureuse sans doute à vivre. C’est aussi une question de tempérament; chacun trouve son bonheur là où il le peut, sans qu’une règle générale puisse vraiment être établie.

    mai 7, 2008 à 10 h 06 min

  32. Ourko

    Etre optimiste ?
    Faut vraiment être désespéré — n’avoir pas plus confiance en soi qu’en le monde — pour avoir besoin de cette grossière et illusoire béquille !!!
    😉

    mai 7, 2008 à 12 h 18 min

  33. 120

    Ecrit par Kenneth White :

    « Ni optimiste, ni pessimiste : possibiliste ! »

    mai 7, 2008 à 12 h 23 min

  34. Isidore

    Sous la lumière enchanteresse du soleil de mai et avec l’horizon qui semble s’étendre à l’infini sur la campagne illuminée de chants d’oiseaux, il y a lieu de porter un regard « optimiste » sur l’existence, en ce moment, là, dans ce petit village de Picardie qui a bien voulu m’accueillir avec ma petite famille.
    Pourtant il me vient soudain que je n’ai pas remarqué la moindre hirondelle dans le ciel depuis le début du printemps, et il me semble entendre de plus en plus souvent les paysans du coin se lamenter du manque d’abeilles pour féconder les arbres fruitiers.
    Alors quand je vois ces gros tracteurs épandre sans vergogne leurs pesticides et autres saloperies bleues, vertes, jaunes, sur ces immenses terres labourées qui m’entourent de toutes parts, un certain pessimisme m’accable également.
    Optimisme, pessimisme,ce sont les deux faces irréductibles du même regard conscient que l’on se doit de porter sur le monde et je ne pense pas qu’on puisse ni éluder la question ni la résoudre de quelque manière que ce soit. Sauf peut être à ne pas être trop dupe.

    mai 8, 2008 à 10 h 35 min

  35. Vincent

    Je préfère pour ma part raisonner en terme de « confiance » et « angoisse », ou de « joie de vivre » et de « fatigue » : l’ « optimisme » et le « pessimisme » me paraissent en comparaison des constructions trop abstraites, intellectuelles, et rationnelles pour désigner correctement ce qu’elles visent à cerner.

    mai 8, 2008 à 11 h 34 min

  36. Amélie

    Pour moi optimisme ça veut dire lucidité confiante et souriante… et surtout ça veut dire toujours essayer de tout son coeur, ce qui paraît trop difficile, en visant le plus haut, le plus beau ! Au moins, au moment de la chûte, on peut se réconforter de l’idée d’y avoir mis toute son âme et toute son énergie.

    mai 8, 2008 à 12 h 02 min

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