"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

La notion de symétrie

Dimanche dernier, après la traditionnelle visite au Leroy Merlin, je me disais :  » Quelle impressionnante palette d’outils disposons-nous ! Je ne savais même pas qu’il existait des écouvillons ou des pinces à avoyer … Et nos ancêtres, comment faisaient-ils ?  »

Tout commença avec les choppers, il y a environ 3 millions d’années. Je passe vite, car l’outil était simple, rudimentaire et ne caractérisait même pas forcément l’homo.

Il eut tout de même un mérite, celui d’introduire l’avènement de son successeur, beaucoup plus travaillé, bien plus fonctionnel, terriblement sexy dans la main de celui qui le porte, j’ai nommé :

Le Biface biensûr !

Certes, nous sommes encore loin de la perçeuse, vous en conviendrez.

Mais voyons les caractéristiques :

  • Construit de – 1,6million d’année à – 40 000 ans -> question longévité, même en achetant une perçeuse Metabo, pourtant le top du top, on ne s’y retrouve pas 🙂
  • Réalisé avec toutes sortes de matériaux : silex, quartzite, quartz, roches volcaniques… tout y passe !
  • Et surtout retrouvé sur en Afrique, en Europe, au proche-orient ou au sous-continent indien.

Ca commence à faire beaucoup pour un p’tit caillou, vous ne trouvez pas ?

Et pourtant…

Nous avons en plus des qualités fonctionnelles, des qualités esthétiques recherchées. Le Biface est réalisé par façonnage progressif d’un bloc (ou d’un gros éclat) de matière première, en détachant des éclats sur ses deux faces. Affiner le Biface revient à utiliser des percuteurs de plus en plus tendres pour arriver à un résultat intéressant.

Le travail artisanal de production de Biface n’est surement pas le fruit d’une pensée artistique mais plutôt d’un mimétisme de groupe. Cependant que penser de la capacité à produire ces objets possédant au moins deux symétries et avec un soucis de proportions ? et quel était le besoin de reproduire à l’identique cette ligne que l’on retrouve, invariablement sur chaque Biface ? Surtout, pourquoi ne pas faire l’économie de tout cela sans impact (sans jeu de mot) sur l’usage de l’outil ?

Tout à mes pensées, je me demandais dans un million d’années, quelles impressions auront nos descendants si l’un deux tombait sur le petit mandrin métallique de ma perçeuse ?

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18 Réponses

  1. Nos ancêtres ? Ils avaient pas Leroy Merlin l’enchanteur ?

    avril 22, 2008 à 7 h 30 min

  2. Quel était le besoin de réaliser un outil identique? Peut être tout simplement le besoin d’avoir un outil pratique. Nos ancêtres ne se sont certainement pas posé autour d’une planche a dessin pour réaliser leur biface mais on fait evolué leur outil avec l’expérience qu’ils ont eut des 1ers. D’où un biface identique durant de nombreuses années car c’était ce qu’il leur convenait… Un peu comme nos vélos qui n’ont toujours qu’un guidon et deux roues 😀
    Bon c’est mon 1er commentaire « sérieux » alors soyez indulgent, hein 😉

    avril 22, 2008 à 9 h 24 min

  3. Nos ancêtres ne manquaient d’aucun outil. Leurs outils (probablement beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit) étaient strictement adaptés à leurs besoins. Le besoin créé l’outil.

    avril 22, 2008 à 10 h 05 min

  4. Barbarella

    Ah bon ??? le chopper n’est pas caractéristique de l’homo ?? pourtant, j’aurais juré voir les mecs de Village People sur des chopper….

    avril 22, 2008 à 10 h 08 min

  5. Effectivement le besoin crée l’outil mais l’expérience et la pratique de cet outil le fait évoluer et une fois que l’évolution est satisfaisante pour le besoin, l’outil n’évolue plus. Si le besoin change, l’outil est soit encore en évolution soit abandonné pour un autre outil et ainsi de suite. Ce qui nous amène aujourd’hui à utiliser des perceuses et non des bifaces. J’essaye juste de répondre à la question de Yatsé-Coolun-Florian : « quel était le besoin de reproduire à l’identique cette ligne que l’on retrouve, invariablement sur chaque Biface ? » 😀

    avril 22, 2008 à 10 h 30 min

  6. Amélie

    Dans « Les enfants de la terre », il y a de longs passage sur la transmission de ce savoir spécifique, justement, et la confrontation entre les techniques de Néanderthal et de Sapiens Sapiens.
    Outre l’aspect purement utilitaire, il faut je crois prendre en compte un aspect presque mystique tant la technique est délicate. La transmission de ce savoir prend du coup une tout autre dimension.
    J’aurais aimé développer, mais là tout de suite je peux pas, j’ai trop de travail. Si Bernard peut prendre le relais (lui qui a lu tous les tomes de Jean Auel !!!)…

    avril 22, 2008 à 10 h 38 min

  7. Amélie

    NB : la mémoire est une notion prédominante chez Néanderthal (d’après la théorie d’Auel dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle est très rigoureusement documentée). Donc, reproduire la même ligne peut se comprendre comme une fidélité de al répétition.

    avril 22, 2008 à 10 h 39 min

  8. Si l’article de Yatsé ne parle que du biface autrement nommé L’Acheuléen et pas d’autres outils existants avant ou après (L’Oldowayen, Le Moustérien ou autres). Le mimétisme de réalisation entre les différents lieux où on a pu retrouver des bifaces vient aussi certainement du fait des migrations des peuples, en effet je viens de lire ça : « Il y a 500 000 ans la culture acheuléenne (« inventeur » de L’Acheuléen ) s’étend en Europe, puis au Proche Orient et en Inde. »
    Ceci expliquerait donc cela, non?

    Source : http://www.hominides.com/html/dossiers/premier-outil-prehistoire.htm

    avril 22, 2008 à 10 h 57 min

  9. L’esthétique de l’objet amené par cette arrête façonnée, par cette forme de symétrie et par ce respect des proportions me faisaient facilement conclure vers le plaisir intellectuel du travail bien fait.

    L’arrête viendrait du mimétisme, la symétrie d’une évolution de l’outil répondant de mieux en mieux à son besoin.
    Reste le respect des proportions qui converge quelque soit les peuples. Une étude avait été faite montrant une convergence de la moyenne autour de 1,4 . Un nombre d’or de la préhistoire ( le notre étant à 1,62 et des bananes) ?
    Bah là, Bimps’ arrive à point au cours de notre discussion de ce matin sur msn : On a tous des mains identiques en proportion, pourquoi aller cherchez midi à 14h …

    adieu veau, vache, cochon, biface et village people 🙄

    avril 22, 2008 à 12 h 11 min

  10. Désolé… 🙂
    Mais est-ce la vérité? on se saurait jamais.
    Je dois avouer que j’aime quand meme bien cette explication et pas que parce qu’elle vient de moi 😉

    avril 22, 2008 à 12 h 17 min

  11. Vincent

    Il n’y a donc pas que la cueillette sauvage que le PP se doit de « raviver » : la fabrication (et l’utilisation) de bifaces aussi.

    D’autant plus que si on a un peu gardé de la relation intime que nos ancêtres tissaient avec les animaux et les végétaux, on n’a désormais pratiquement plus le moindre lien avec les minéraux.

    On ne sait plus les reconnaître, les choisir, les tailler, allumer le feu avec, etc…

    avril 22, 2008 à 16 h 34 min

  12. Amélie

    Je t’informe quand-même qu’il y a des compagnons tailleurs de pierre. Et que eux, ils connaissent vraiment très bien tout ce qui est minéral.

    avril 22, 2008 à 16 h 44 min

  13. Vincent

    Et les poètes (du moins ceux qui, tels Rimbaud, n’ont « guère de goût que pour la terre et les pierres »),

    avril 23, 2008 à 8 h 07 min

  14. 120

    Ecrit par : Francis Ponge

    « (…) Depuis l’explosion de leur énorme aïeul, les rochers se sont tus.
    (…) Les roses s’assoient sur leurs genoux gris, et elles font contre eux leur naïve diatribe. Eux les admettent. Eux, dont jadis la grêle désastreuse éclaircit les forêts, et dont la durée est éternelle dans la stupeur et la résignation.
    Ils rient de voir autour d’eux suscitées et condamnées tant de générations de fleurs, d’une carnation d’ailleurs quoi qu’on dise à peine plus vivante que la leur, et d’un rose aussi pâle et aussi fané que leur gris. Ils pensent (comme des statues sans se donner la peine de le dire) que ces teintes sont empruntées aux lueurs des cieux au soleil couchant, lueurs elles-mêmes par les cieux essayées tous les soirs en souvenir d’un incendie bien plus éclatant, lors de ce fameux cataclysme à l’occasion duquel projetées violemment dans les airs, ils connurent une heure de liberté magnifique terminée par ce formidable atterrement. (…)

    (Le parti pris des choses, Gallimard, 1942)

    avril 23, 2008 à 8 h 23 min

  15. 120

    Ecrit par : Roger Caillois

    « (…) Je parle des pierres plus âgées que la vie et qui demeurent après elle sur les planètes refroidies, quand elle eut la fortune d’y éclore. Je parle des pierres qui n’ont même pas à attendre la mort et qui n’ont rien à faire que laisser glisser sur leur surface le sable, l’averse ou le ressac, la tempête, le temps.

    L’homme leur envie la durée, la dureté, l’intransigeance et l’éclat, d’être lisses et impénétrables, et entières même brisées. Elles sont le feu et l’eau dans la même transparence immortelle, visitée parfois de l’iris et parfois d’une buée. Elles lui apportent, qui tiennent dans sa paume, la pureté, le froid et la distance des astres, plusieurs sérénités.

    Comme qui, parlant des fleurs, laisserait de côté aussi bien la botanique que l’art des jardins et celui des bouquets — et il lui resterait encore beaucoup à dire –, ainsi, à mon tour, négligeant la minéralogie, écartant les arts qui des pierres font usage, je parle des pierres nues, fascination et gloire, où se dissimule et en même temps se livre un mystère plus lent, plus vaste et plus grave que le destin d’une espèce passagère. (…) »

    (Pierres, Gallimard, 1966)

    avril 23, 2008 à 8 h 49 min

  16. 120

    Ecrit par : Francis Ponge

    « (…) A l’esprit en mal de notions qui s’est d’abord nourri de telles apparences, à propos de la pierre la nature apparaîtra enfin, sous un jour peut-être trop simple, comme une montre dont le principe est fait de roues qui tournent à de très inégales vitesses, quoiqu’elles soient agies par un unique moteur.
    Les végétaux, les animaux, les vapeurs et les liquides, à mourir et à renaître tournent d’une façon plus ou moins rapide. La grande roue de la pierre nous paraît pratiquement immobile, et, même théoriquement, nous ne pouvons concevoir qu’une partie de la phase de sa lente désagrégation.
    Si bien que contrairement à l’opinion commune qui fait d’elle aux yeux des hommes un symbole de la durée et de l’impassibilité, l’on peut dire qu’en fait la pierre ne se reformant pas dans la nature, elle est en réalité la seule chose qui y meure constamment.
    En sorte que lorsque la vie, par la bouche des êtres qui en reçoivent successivement et pour une assez courte période le dépôt, laisse croire qu’elle envie la solidité indestructible du décor qu’elle habite, en réalité elle assiste à la désagrégation continue de ce décor. Et voici l’unité d’action qui lui paraît dramatique : elle pense confusément que son support peut un jour lui faillir, alors qu’elle-même se sent éternellement ressuscitable. Dans un décor qui a renoncé à s’émouvoir, et songe seulement à tomber en ruines, la vie s’inquiète et s’agite de ne savoir que ressusciter. (…) »

    (Le parti pris des choses, Gallimard, 1942)

    avril 23, 2008 à 9 h 00 min

  17. Ourko

    Dis-moi, Yatsé, toi qui a l’air d’être spécialiste de la question, le brevet du biface il est (depuis le temps) tombé dans le domaine public, ou pas encore ?

    avril 24, 2008 à 12 h 17 min

  18. Eheh, admet quand même que c’est souvent une contrainte qui amène une nouveauté … Si par exemple le premier homme avait posé un brevet sur son biface, ils n’auraient peut-être pas mis 1 million d’année à ensuite inventer la roue 🙂

    avril 25, 2008 à 23 h 37 min

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