"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Chronique de Craô (2) : Rendre à Césaire…

Aimé Césaire, le politicien-poète (poéticien ?) martiniquais dont on vient d’apprendre la disparition, est le créateur du concept de « Négritude ». Derrière ce terme, qu’il forgea en employa pour la première fois en 1935, il visait, en réaction à l’oppression du système colonial, à rejeter le projet français d’assimilation culturelle et cherchait à retrouver et promouvoir une Afrique opprimée et sa culture dévalorisée.

Dans ses Chants d’ombre, Léopold Sédar Senghor reprit le concept et l’approfondit en opposant la « raison hellène » à l’« émotion noire ».

Cette volonté de « retour au pays natal » (titre d’un Cahier de Césaire, paru en 1939), de se décoloniser d’une rationalité occidentale oppressante, de se ressourcer auprès d’ancestrales racines, etc., ne rejoint-elle pas – au-delà de la cause « Noire » – les objectifs du Parti Préhistorique ?

Tout individu, quelle que soit son origine, ne ressent-il pas aujourd’hui, sous son « vernis moderne », une sorte de Négritude sourde et puissante qui ne demande qu’à ressurgir ?

Nawa !

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12 Réponses

  1. 120

    Ecrit par : Aimé Césaire

    « (…) Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies, humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l’oeil des mots en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre.
    Et vous fantômes montez bleus de chimie d’une forêt de bêtes traquées de machines tordues d’un jujubier de chairs pourries d’un panier d’huîtres d’yeux d’un lacis de lanières découpées dans le beau sisal d’une peau d’homme j’aurais des mots assez vastes pour vous contenir
    et toi terre tendue terre saoule
    terre grand sexe levé vers le soleil
    terre grand délire de la mentule de Dieu
    terre sauvage montée des resserres de la mer avec dans la bouche une touffe de cécropies
    terre dont je ne puis comparer la face houleuse qu’à la forêt vierge et folle que je souhaiterais pouvoir en guise de visage montrer aux yeux indéchiffreurs des hommes (…) »

    (Cahier d’un retour au pays natal)

    avril 20, 2008 à 14 h 52 min

  2. 120

    Ecrit par : Aimé Césaire

    Ecoutez le monde blanc
    horriblement las de son effort immense
    ses articulations rebelles craquer sous les étoiles dures
    ses raideurs d’acier bleu transperçant la chair mystique
    écoute ses victoires proditoires trompeter ses défaites
    écoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement
    Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs !

    avril 20, 2008 à 14 h 54 min

  3. Effectivement, il avait à la fois des airs de poète, des airs de politicien, à la rigueur des airs de poéticien. D’accord donc pour dire avec toi qu’il faut rendre à ses airs ce qui appartient à ses airs !

    avril 20, 2008 à 16 h 43 min

  4. Petite info que vous connaissez probablement : la petite ville de Champagney en Haute-Saône a été la première ville française à se prononcer contre l’esclavage. Un musée des droits de l’Homme et de la négritude a été créé à Champagney en 1971, parrainée dans un premier temps par Senghor. L’an passé, Aimé Césaire en est devenu le président d’honneur. Pour une fois qu’il se passe quelque chose d’intéressant en Haute-Saône, cela méritait d’être signalé je pense.

    avril 21, 2008 à 6 h 33 min

  5. Vincent

    Dans mon esprit (tordu) se fait un lien avec Nougaro qui écrivait entre autres :

    Eh oui. C’est encore moi,
    Le troubadour cathare,
    Le nègre grec, le pygmée occitan,
    Le boxeur de syllabes,
    Le petit taureau dansla noire arène du disque.

    ou

    Plus que l’original, j’aime l’originel.
    Je me revendique archaïque.

    (L’ivre d’images, Le Cherche Midi, 2002)

    avril 21, 2008 à 7 h 38 min

  6. Amélie

    Le seul Champagney que je connaisse en Haute Saône est plus un petit village qu’une ville. C’est de celui-là que tu parles ?

    avril 21, 2008 à 11 h 56 min

  7. Amélie

    la mienne d’association un peu tordue : j’ai le souvenir prégnant d’une revendication de mon père quand j’étais très petite (j’étais en CP, je venais de me faire passer à tabac par une groupe de 20 petits arabes à la sortie de l’école à cause de 2 filles jalouses). Ca a du rappeler des souvenirs à mon père qui était souvent pris dans des bagarres à la sortie du lycée, à son retour de Madagascar, et qui revendiquait avec fierté, tout en étant un blanc-blanc : « Le bougnoule, c’est moi ! »

    avril 21, 2008 à 11 h 59 min

  8. Bernard

    Champagney a 3400 habitants. Ailleurs, on appellerait ça peut-être un village mais en Haute-Saône un village de cette taille fait figure de petite ville.

    avril 21, 2008 à 12 h 31 min

  9. 120

    Ecrit par : Aimé Césaire

    à même le fleuve de sang de terre
    à même le sang de soleil brisé
    à même le sang d’un cent de clous de soleil
    à même le sang du suicide des bêtes à feu
    à même le sang de cendre le sang de sel le sang des
    sangs d’amour
    à même le sang incendié d’oiseau feu
    hérons et faucons
    montez et brûlez

    (Tam-tam I)

    avril 21, 2008 à 12 h 32 min

  10. Amélie

    Ca y est, j’ai compris d’où venait cette association de mon commentaire 7 : de la phrase de Césaire : « Je suis de la race de ceux qu’on opprime ».

    avril 21, 2008 à 13 h 03 min

  11. Amélie

    Craô, je pense qu’on pourrait faire un hommage croisé Aimé Césaire/Germaine Tillon, puisque s’il est « de la race de ceux qu’on opprime », elle est celle qui a toujours résisté contre les totalitarismes.

    avril 21, 2008 à 13 h 14 min

  12. Vincent

    Moi aussi je crois que je viens de trouver pourquoi j’ai immédiatement pensé à Nougaro. Voici un extrait de Mon seul chanteur de blues de Christian Laborde, dans lequel ce lien est clairement formulé :

    « (…) Sur la scène, quelques ombres, celles des musiciens.
    (…) Les « yéyé », les « yoyo » se font plus intenses, le train est lancé à fond sur la terre brûlée de l’Afrique, il passe entre les éléphants, il a la puissance d’un rhinocéros, et les choristes sont des antilopes. (…) Le projecteur tranchant comme une machette, ouvre un passage dans l’angle gauche de la scène. Dans l’espace ainsi dégagé, dessiné, dans la clarté tremblante et ronde : (…) Claude danse, avance, porte le micro à sa bouche, et de sa bouche (…) s’élèvent, distinctes, fortes, séparées comme cinq wagons, cinq syllabes :
    lo co mo ti veu
    (…) Cette locomotive d’or aux essieux de baobab, aux flancs de savane, aux pantographes de cou de girafe, au pare-brise de ciel, cette locomotive — locomo, locomo ! — qui m’avait espatarouflée lorsque, étudiant, je me régalais d’Hosties noires et de Cahier d’un retour aux pays natal, je la croise, place du Capitole, ce 9 septmebre 2004 où 15 000 personnes se sont rassemblées pour fêter l’anniversaire de Claude qui dort à poings fermés sous sa couette de Garonne. (…) »

    avril 21, 2008 à 19 h 19 min

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