"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Journal extime (1)

On doit l’expression à Michel Tournier, qui en a fait le titre d’un de ses ouvrages (à la Musardine, en 2002). Le principe est tout simple : il s’agit de noter, jour après jour, les petits détails marquants du monde extérieur. En soi, chaque petite « touche » peut paraître insignifiante, mais associée aux autres — à la manière d’un tableau impressionniste — elle peut toutefois dessiner tout un paysage sensible, sans doute même plus « réaliste » que toute grande oeuvre conceptuelle, scientifique ou poétique.

Nul doute aussi qu’en s’habituant ainsi à noter toutes ces observations/impressions fugitives, on aiguisera notre écriture (rien n’est plus dur parfois que de cerner l’infime) mais — surtout — on exercera et affinera nos sens.

Prenons l’exemple de ce printemps naissant, pour commencer. Qu’observez-vous, donc, autour de vous ?

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38 Réponses

  1. 120

    Ecrit par : Michel Tournier

    « (…) On peut parler de « journal » sans doute, mais il s’agit du contraire d’un « journal intime ». J’ai forgé pour le définir le mot « extime ». Habitant la campagne depuis près d’un demi-siècle, je vis dans une société d’artisans et de petits paysans peu attentifs à leurs états d’âme. Ce « journal extime » s’apparente au « livre de raison » où les modestes hobereaux de jadis notaient les récoltes, les naissances, les mariages, les décès et les sautes de la météorologie. Je salue au passage Michel Butor qui a, je crois, fait mieux que mon « extime » en opposant l’exploration et l’imploration. La première correspond à un mouvement centrifuge de découvertes et de conquêtes. L’imploration au contraire à un repliment pleurnichard sur nos « petits tas de misérables secrets », comme disait André Malraux.
    Tout cela ne mériterait sans doute pas d’être publié si ces pérégrinations, examens du ciel et visites données ou reçues ne s’accompagnaient pas de traces écrites, notules, gloses et autres incidences. C’est que les choses, les animaux et les gens du dehors m’ont toujours paru plus intéressants que mon propre miroir. Le fameux « Connais-toi toi-même » de Socrate a toujours été pour moi une injonction vide de sens. C’est en ouvrant ma fenêtre ou en passant ma porte que je trouve l’inspiration. La réalité dépasse infiniment les ressources de mon imagination et ne cesse de me combler d’étonnement et d’admiration. (…) »

    (Journal extime, La Musardine, 2002)

    avril 15, 2008 à 14 h 10 min

  2. Vincent

    La marée verte qui monte inexorablement semble précédée d’une écume qui s’épanche, blanche et rose, à l’extrémité des arbres fruitiers.

    *

    Un pigeon mâle gonfle ses plumes, roucoule, fait le beau, au milieu d’une vingtaine de femelles qui paraissent toutes indifférentes.

    *

    La tige des cardamines est si fine, presque invisible, que la mousseline de pétales qu’elles portent haut semble comme en apesanteur.

    *

    L’apparition des fleurs et feuilles aux bout des rameaux modifie aussi l’ombre que font ces arbres sur le mur au fond du jardin.

    *

    etc…

    avril 15, 2008 à 14 h 22 min

  3. Ourko

    Un merle dans le gazon s’est immobilisé quand il m’a vu arriver. Je parie qu’il croyait que j’allais alors le confondre avec une pâquerette.

    *

    Les bourgeons floraux de l’arbuste devant la fenêtre rougissent. Il a dû s’apercevoir que je l’observais.

    *

    Vous pouvez vérifier (il suffit de trouver quelqu’un prêt à tenter l’expérience) : quand on murmure un mot près de la corolle d’une fleur des champs, il peut s’entendre au même moment dans toutes les fleurs de la même espèce qui sont autour. Il paraît même (là, je n’ai pas encore vérifié) que dans les espèces différentes mais de la même famille, on entend le mot dans une autre langue !

    *

    etc…

    avril 16, 2008 à 13 h 25 min

  4. Amélie

    Un optimisme aussi attendrissant que forcené poussait certains ce matin à sortir en tenue printanière, alors qu’il faisait 4°…

    avril 17, 2008 à 10 h 26 min

  5. Amélie

    Ce n’est pas très « extime », mais on sent bien là, que chacun cherche désespérément son printemps intérieur !

    avril 17, 2008 à 10 h 48 min

  6. Amélie

    Ce matin, par exemple, malgré les volets clos, je me suis réveillée dans un rayon de soleil qui inondait ma chambre.

    avril 17, 2008 à 10 h 50 min

  7. Ourko

    Dans le pré, les plantes exposent au soleil leurs attributs sexuels, plus communément nommés « fleurs ». Dans la rue, les humains en font, à leur façon, tout autant.

    avril 17, 2008 à 10 h 57 min

  8. Barbarella

    Dans la rue, les mâles papillons vaquent, la trompe déroulée, trop pressés de butiner…

    avril 17, 2008 à 12 h 08 min

  9. barbarella

    Aïe ! Y en a un qui vient de se la faire écraser !

    avril 17, 2008 à 12 h 12 min

  10. Vincent

    Si un jour, tu vois une pâquerette
    Qui te fait un clin d’oeil
    Iras-tu le dire ?

    avril 17, 2008 à 19 h 57 min

  11. Ourko

    Bouh ! Plagiat !!!

    avril 17, 2008 à 19 h 58 min

  12. Vincent

    Ben quoi ?
    J’ai pas dit « une pierre qui sourit !
    Ce n’est donc pas un plagiat, Môsieur, mais plutôt… heu… une inspiration, une admiration, un hommage. Une allusion se voulant discrète, réservée aux initiés donc qui n’est pas destinée à être « révélée » par un gros lourdaud (si je peux me permettre).
    Non mais !

    avril 17, 2008 à 20 h 03 min

  13. Vincent

    Les fleurs après la puie
    Tête baissée, goutte au nez,
    Semblent bien tristes.

    avril 18, 2008 à 8 h 07 min

  14. Amélie

    Le soleil frotte les pierres d’en face, qui ronronnent. Et moi ! et moi !
    Je fais le gros dos…

    avril 18, 2008 à 10 h 07 min

  15. Amélie

    Sentant le printemps, toute la journée, mes grandes chaussettes se rapprochent de la terre en dégoulinades inégales. C’est pour que mes cuisses puissent elles aussi profiter de la douceur de l’air…

    avril 18, 2008 à 10 h 18 min

  16. Lara

    Beaux mots. Excusez les miens.

    Je vois le printemps dans les os tremblants des arbres, qui étaient complètement nus et qui se renversent maintenant plus d’avec les fleurs blanches. Pour moi, qui vient de quelque pays où les fleurs poussent de la terre et où les arbres porte seulement des feuilles, cette image est d’un rêve.

    avril 18, 2008 à 16 h 08 min

  17. Amélie

    wow !! Laaawaaaaaa !!!

    avril 18, 2008 à 16 h 43 min

  18. Vincent

    Il n’y a pas de printemps, en Australie Lara ?

    avril 19, 2008 à 10 h 16 min

  19. Vincent

    Les feuilles, comme les humains, viennent au monde fraîches et tendres. Très vite, elles aussi deviennent plus épaisses, coriaces et finissent fragiles, desséchées.

    *

    Une mésange bleue près d’une fleur rose de pommier : le printemps fait de l’aquarelle ce matin.

    *

    etc.

    avril 19, 2008 à 11 h 04 min

  20. Ourko

    Petite question d’ordre lexical :
    Lorsqu’un bourgeon s’ouvre et dévoile la fleur qui s’y logeait, on dit que celle-ci « affleure » ou qu’elle est « déflorée » ?

    avril 19, 2008 à 11 h 48 min

  21. Vincent

    Le vrai terme, je crois, c’est… « débourrer » (mais faut admettre que c’est moins joli)

    avril 20, 2008 à 23 h 33 min

  22. Vincent

    Un cordon de brume est resté accroché toute la matinée sur la forêt de la colline d’en face, donnant l’impression qu’elle était enrhumée.

    *

    Par tous les pores de la terre (et des arbres), s’épanche la même susbtance, comme une moëlle verte et fraîche.

    *

    Est-ce la terre qui pousse ou le ciel qui aspire ?

    *

    etc.

    avril 21, 2008 à 12 h 14 min

  23. Ourko

    Moi je dirais plutôt :

    Chaque plante mâchonne le même chewing-gum à la chlorophylle et tente d’en tirer les plus belles bulles.

    avril 21, 2008 à 12 h 17 min

  24. Vincent

    L’érection d’une tige ou d’un tronc, la ramification des branches et des rameaux, l’échancrure des feuilles puis leurs multiples stomates, sans nul doute la volonté sourde de la végétation est de s’échapper de la pesanteur terrestre et d’être au mieux criblé d’air et de lumière.

    avril 24, 2008 à 12 h 01 min

  25. Ourko

    A propos d’ « érection des troncs », Barbarella peut insinuer ailleurs ce qu’elle veut, moi, en tout cas, quand je croise un bel arbre, j’ai toujours envie de lui dire : « Copieur ! »

    avril 24, 2008 à 12 h 06 min

  26. Vincent

    Ca y est, LES MARTINETS SONT ARRIVEEEEEEEEES !
    C’est sûr maintenant, le printemps est là et bien là : Youkaïdi youkaïda !

    avril 24, 2008 à 20 h 51 min

  27. Amélie

    Ce matin, j’ai pris une bouffée de printemps en plein visage en débouchant dans la rue battant.Il faisait doux, et il y avait un sourire radieux dans l’air. A la terrasse du café d’en face, un handicapé sur une chaise roulante dansait sur ses roues en chantant à tue-tête.

    avril 25, 2008 à 9 h 42 min

  28. Barbarella

    Les puces aussi sont arrivééééeeeees ! Cette fois-ci, c’est bien le printemps !!!!

    avril 25, 2008 à 9 h 43 min

  29. Amélie

    Tout est sourires aujourd’hui, même les paupières fatiguées.

    avril 25, 2008 à 10 h 45 min

  30. Vincent

    Ca paraît clair, si les hirondelles ne font pas le pritemps, les martinets, si !

    avril 25, 2008 à 13 h 22 min

  31. Amélie

    Brusquement, à midi, tout s’est assombri d’une sourde menace.

    avril 25, 2008 à 13 h 44 min

  32. Amélie

    Le printemps qui avait fait une apparition chantante ce matin, semble s’être éteint soudain.

    avril 25, 2008 à 15 h 03 min

  33. Vincent

    Appelle les martinets en sifflant un grand coup, tu verras : SRIIIIIIIIII !!!!

    avril 25, 2008 à 16 h 24 min

  34. Amélie

    Bon, j’ai essayé : assise à mon bureau… sont arrivées en courant, affolées, plus comme des poules que comme des martinets : Sophie, Emilie, et Céline….

    avril 25, 2008 à 16 h 32 min

  35. Vincent

    De cet arbre noir
    Tout en bois
    Comment peut-il sortir
    Autant de fleurs
    Et de feuilles ?

    avril 29, 2008 à 10 h 33 min

  36. Vincent

    Chaque année, c’était le même rituel : des Moineaux s’installaient sur une poutre de l’avant-toit pour nicher et, à leur arrivée, des Martinets les délogeaient sans scrupules et prenaient leur place. Ils s’y mettaient à plusieurs, passaient toutes les dix secondes environ tout près du nid et sifflaient de façon stridente. Les pauvres Moineaux résistaient quelques jours mais finissaient toujours par abandonner, j’imagine assourdis.
    Cette année — coup de théâtre ! — les Martinets, magnanimes, se sont installés sur la poutre voisine.
    Comme quoi…

    mai 16, 2008 à 11 h 08 min

  37. barbarella

    J’ai manqué à midi, prendre un canard de plein fouet.
    Je marchais au bord de La Savoureuse, quand soudain, j’ai vu foncer sur moi, en formation serrée, tels Luke Skywalker et le Capitaine Solo poursuivant la princesse Leya, deux canards qui volaient en loopings derrière une canette. A la vue de ces becs menaçants lancés à vive allure devant leurs pattes palmées, je me suis accroupie tout d’un coup, m’épargnant la douleur d’un bec en plein nez. Ils m’ont évitée de justesse…

    mai 19, 2008 à 13 h 59 min

  38. Maitre YODA

    Des canards excités toujours il faut se méfier

    mai 19, 2008 à 14 h 07 min

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