"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Chronique de Craô (1) : toucher la flamme

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Depuis l’aube des temps, tous les groupements d’individus — de la tribu à la Nation — ne peuvent se constituer, et surtout durer, qu’en instituant divers rituels de détournement de l’agressivité. Du temps où l’on savait contenir celle-ci par des systèmes d’inhibitions du meurtre, un jeu guerrier tout à fait inoffensif était fort couru : s’approcher au plus près de l’ennemi jusqu’à simplement… le toucher (ce qui revenait à le « tuer », au niveau symbolique). Les enfants (post)modernes — qui jouent naturellement à « chat » dans les cours de récréation — en ont d’ailleurs semble-t-il un excellent souvenir instinctif.

Je suis ravi de constater que des adultes réactivent aujourd’hui cette pratique ancestrale. Regardez bien ce qui se passe autour de la flamme olympique. Ne percevez-vous pas, comme moi, ce petit sourire de contentement qui, même sous les masques les plus graves et sérieux, dit : « Vous avez peut-être gagné la flamme, et le droit de la brandir triomphalement chez nous, mais nous — tralalère ! — on est parvenu à vous l’éteindre deux fois ! »

Nawa !

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11 Réponses

  1. Vincent

    Pour ceux qui ont vu le film Little Big One avec Dustin Hoffman, peut-être vous souvenez-vous de la scène où les Peaux-Rouges ne comprennent rien à ces Blancs qui continuent de se battre (et pire que tout : tuent vraiment) après pourtant avoir été « touchés » par le bâton qui tue symboliquement.

    avril 12, 2008 à 11 h 29 min

  2. Barbarella

    En fait, c’est un peu comme un chat-bite, non ?

    avril 12, 2008 à 13 h 11 min

  3. Pas Little big One, little big Man !

    avril 12, 2008 à 19 h 13 min

  4. Vincent

    Exact (merci de la correction, Bernard).
    Un super film, soit dit en passant. En tout cas, qui m’a fortement marqué lorsque je l’ai vu. J’imagine ne pas être le seul dans ce cas.

    avril 13, 2008 à 0 h 24 min

  5. Ourko

    Oui un chat-bite… mais « version qui brûle » comme je l’ai entendu dire ce matin.

    avril 13, 2008 à 0 h 25 min

  6. c’est quoi un chat-bite Barbarella ?

    avril 13, 2008 à 19 h 20 min

  7. Vincent

    « « Du temps où l’on savait contenir l’agressivité par des systèmes d’inhibition du meurtre », c’est un petit peu abusif comme allusion, non ? Vous y croyez, vous, à un hypothétique âge d’or ?
    Les Amérindiens, par exemple, ça demande à être vérifié mais je parierai volontiers qu’ils n’étaient pas les doux pacifistes que le film Little Big Man laisse croire, tout de même.

    avril 13, 2008 à 21 h 00 min

  8. Amélie

    « Contenir l’agressivité par des systèmes d’inhibition du meurtre », dans une société qui chasse au quotidien, tue et dépèce des animaux… c’est pas contenir, c’est canaliser, plutôt. J’imagine que les chasseurs avaient suffisamment l’occasion de libérer la bêêêêêêête lors de la chasse, pour ensuite ne pas sentir leur agressivité les déborder dans les rapports humains, non ?

    avril 14, 2008 à 10 h 40 min

  9. Barbarella

    Aaaaaaaaah Yatsé, mais c’est Vincent le grand spécialiste du chat-bite ! Moi j’aime pas trop tripoter les zizis des garçons…

    avril 14, 2008 à 10 h 41 min

  10. 120

    Ecrit par : Bernard Dubant

    « (…) Dans les temps anciens, les guerriers sioux avaient combattu corps à corps, parce qu’ils n’avaient pas d’armes à longue portée. Mais même quand plus tard ils en eurent, ils considérèrent encore le corps à corps comme la seule forme virile et glorieuse de combat. Il resta donc que le brave devait être en contact avec son ennemi. Et c’est sur cette conviction qu’il érigea son système élaboré d’honneurs militaires, de citations et d’insignes de rang. Aussi, sauf pour défendre son camp, le guerrier sioux ne se souciait aucunement de l’issue générale d’un combat. Seuls ses propres « coups » comptaient pour lui.
    Pour accomplir cet exploit, le « coup », il prenait touts sortes de risques : le meurtre de l’ennemi n’était pas spécialement visé ; c’était même une bien mince affaire ; sauvetages, prises de chevaux ou d’armes comptaient aussi pour l’honneur, mais rien ne valait le « coup ».
    Toute cette société chevaleresque était fondée sur l’honneur et l’honneur était le « coup », son intime substance. (…) Quand le guerrier frappait son ennemi, il criait très fort son propre nom : « Moi, Untel, j’ai vaincu celui-ci », afin que nul n’en ignore. Les témoins ainsi suscités certifiaient l’exploit. Nul n’était glorifié qui était sans témoins.
    Alors le guerrier réclamait les honneurs qui lui étaient dûs. il contait son exploit à tous les gens rassemblés. Le système tribal l’y obligeait s’il voulait y avoir quelque crédit, car telle histoire de guerre était la lettre de créance nécessaire à un homme accomplissant quelque action publique. S’il n’avait pas le droit de conter quelque haut fait, il était écarté de la participation à l’action tribale et aux affaires du cérémonial ; il était disqualifié ; il ne pouvait pas même donner son nom à un enfant.
    (…) Cela faisait de la guerre un jeu. Un jeu d’étiquette dont l’honneur public, le privilège social, la richesse et l’amour des femmes était le prix. Un autre prix était la mort.
    Quand un guerrier partait chercher la gloire avec un petit groupe d’amis et de parents, comme dans le cas qui nous occupe, il n’attendait pas de quartier et n’en faisait guère. Celui qui tuait un guerrier, s’il n’était pas le premier à l’avoir frappé, n’en retirait que peu de gloire. Mais tuer un homme était une affaire sans importance.
    (…) Après un combat contre les Blancs où aucun corps à corps n’eut lieu, mais où il y eut des morts, un guerrier dit : « Il ne s’est rien passé. » Le sens utilitaire du combat était très faible. La gratuité ornait encore la vie profonde, libre et enjouée de ces hommes : guerriers incomparables, enfants au rire facile, sorciers aux pouvoirs merveilleux, hommes habitués dès le début à accepter leur sort. (…) »

    (Sitting-Bull, le dernier Indien, La Maisnie, 1982)

    avril 14, 2008 à 11 h 06 min

  11. Amélie

    J’avais lu dans « Elan Noir parle » (c’est bien ça le titre ?), que lorsque les indiens avaient tué un autre homme d’une coup de fusil ou d’une flèche, ils se précipitaient pOur « porter le coup », OU alors, dans un acte de générosité, ils offraient le premier coup à une personne qu’ils souhaitaient honorer.

    avril 14, 2008 à 11 h 14 min

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