"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Quignardise-1

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« Curieusement je n’avais jamais regretté un monde. Je n’ai jamais ressenti le désir de vivre dans une époque qui fût ancienne. Je ne puis me désancrer des possibilités actuelles d’inventaire, de disponibilité livresque, d’idéal fracassé, de la sédimentation de l’horreur, de cruauté érudite, de recherche, de science, de lucidité, de clarté.

Jamais le spectacle de la nature sur la terre, étant devenu si rare, n’a été si poignant.

Jamais les langues naturelles ne furent à ce point dévoilées à elles-mêmes dans leur substance involontaire.

Jamais le passé n’a été aussi grand et la lumière plus profonde, plus glaçante. Une lumière de montagne ou d’abîme. Jamais le relief ne fut plus accusé. »

(Pascal Quignard, Abîmes, Dernier royaume III, Grasset, 2002)

 

 

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13 Réponses

  1. 120

    Ecrit par : Pascal Quignard

    « (…) Il paraît qu’il n’y eut jamais, depuis des millénaires que pullulent des hommes, une époque, une société, une langue, une face, une seconde, une femme, une larme, une mort, une saison, une heure plus enviable qu’une autre. (…) »

    (Les reliques des grains, Petits traités I, Maeght, 1990)

    avril 7, 2008 à 9 h 12 min

  2. Vincent

    J’avais entendu un historien (Je ne sais plus lequel, peut-être Leroy-Madurie) qui disait que selon lui l’époque la plus enviable était assurément le Néolithique : une période de paix (peu d’humains, pas encore de guerre), de relatif confort (début de l’agriculture) et de forte créativité (beaucoup de temps libre et tout à découvrir et inventer).
    J’opterai cependant plutôt pour la position de Quignard : le seul temps où il fait bon vivre est le présent, quelle que soit l’époque dans laquelle il se trouve. Est « heureux » même, du moins je crois, celui qui ne se pose pas la question d’un « ailleurs » (passé ou futur) supposé « meilleur ».

    avril 7, 2008 à 9 h 22 min

  3. Vincent

    Je crois me souvenir que cet historien parlait surtout de « plus grande harmonie » avec le monde environnant. Une sorte de point d’inflexion – d’équinoxe – pourrait-on dire, où Nature et Humanité (à supposer qu’on puisse les distinguer) étaient miraculeusement « à égalité ». Avant, c’était la Nature qui dominait, après, et de plus en plus, l’Humanité.

    avril 7, 2008 à 9 h 47 min

  4. Ourko

    Ce serait donc l’écriture (en nous faisant entrer dans l’Histoire) qui serait la cause de tout le « bordel » qui va suivre ?
    (Tu n’as jamais trouvé ça, Vincent, « écrit » dans un de tes nombreux livres ???)

    avril 7, 2008 à 9 h 51 min

  5. Vincent

    Un livre qui dit que l’écriture est la source de tous les maux ? Ben si on en trouve.
    Dans l’anthologie des Idioties de Nasr’Eddin Hodja (le « Toto » oriental), il y a par exemple cette histoire – que je cite de mémoire :

    Un fakir arrive sur la place du marché et annonce qu’il peut apprendre à lire à quiconque par simple imposition des mains sur la tête. Nasr’Eddin essaye, rentre chez lui puis revient sur la place du marché en hurlant :
    — Trouvez-moi le fakir ! Où est ce charlatan ?
    — Pourquoi dis-tu ça, Nasr’Eddin ? Ca n’a pas marché ?
    — Si, mais regardez ce qu’il y a d’écrit dans ce livre : « Tous les fakirs sont des charlatans ! »

    Mais bon… on s’égare, je crois.

    avril 7, 2008 à 10 h 00 min

  6. Vincent

    « Jamais le passé n’a été aussi grand », dit Quignard.
    Jamais, en effet, la littérature, la musique, etc. n’ont connu une telle épaisseur; qu’aujourd’hui, juxtaposant les époques (comme les régions) les plus lointaines.
    Jamais (pour se focaliser sur un thème qui nous intéresse ici) on n’en su autant sur la préhistoire qu’en ces temps qui pourtant nous en éloignent chaque jour.

    avril 7, 2008 à 14 h 03 min

  7. 120

    Ecrit par : André Comte-Sponville

    « (…) Vivre au présent, comme disaient les stoïciens, comme disent tous les sages, ce n’est pas vivre dans l’instant. Qui peut aimer sans se souvenir de ceux qu’il aime ? Penser, sans se souvenir se ses idées ? Agir, sans se souvenir de ses désirs, de ses projets, de ses rêves ? Non qu’il y ait pour cela autre chose que la présent. Qui peut aimer, penser ou agir au passé ou au futur ? Vivre au présent, c’est simplement vivre en vérité : c’est la vie éternelle, et il n’y en a pas d’autre. Seules nos illusions nous en séparent, ou plutôt seules nos illusions (qui en font partie) nous donnent le sentiment d’en être séparés. « Tant que tu fais une différence entre le nirvâna et le samsâra, disait Nâgârjuna, tu es dans le samsâra. » Tant que tu fais une différence entre le temps et l’éternité, tu es dans le temps. Le présent, qui est leur vérité conjointe, ou leur conjonction vraie, est donc l’unique lieu de salut. Nous sommes déjà dans le Royaume : l’éternité, c’est maintenant. »

    (Dictinnaire philosophique, PUF, 2001)

    avril 7, 2008 à 14 h 21 min

  8. Amélie

    Hier soir, j’ai plongé mon regard dans le regard de Quignard… ET IL TENAIT MA MAIN !!!!! (bon, ok c’était furtif…)

    avril 9, 2008 à 14 h 04 min

  9. Barbarella

    Ouais ouais, c’est ça… comme tu te la pètes ! on parle de Quignard sur le blog et toi, comme par hasard, t’irais lui serrer la main… Et moi, j’ai vu Shirley et Dino pendant qu’on y est !
    (Vincent, fais quelque chose ! Elle déraille complètement !)

    avril 9, 2008 à 14 h 14 min

  10. Amélie

    En réponse au premier commentaire…
    « plus enviable » d’un point de vue objectif, sans doute; néanmoins, ça ne veut pas dire que pour des raisons subjectives, on n’en préfère pas une à une autre, si ?

    avril 9, 2008 à 15 h 38 min

  11. Vincent

    Et où va donc ta préférence, alors, Amélie ? Vers hier (mais lequel), aujourd’ui… ou demain ?

    avril 9, 2008 à 23 h 46 min

  12. 120

    Ecrit par : Claude Roland-Manuel

    « (…) En avançant en âge, la musique occidentale consolide et enrichit sa tradition. Elle découvre, dans un passé qui se recule sans cesse, les exemples et les éléments de réussites nouvelles qui s’engagent toujours davantage son avenir.
    (…) Nous avons quelques peines à nous convaincre qu’il fut un temps où tout concert ressortissait au festival de musique contemporaine, où la faveur qui se portait sur une cantate ou sur un opéra durait ce que dure aujourd’hui le succès d’un refrain à la mode.
    (…) Notre perspective s’est enrichie à tel point que nous en venons à découvrir des classiques hors des lieux que nos aînés tenaient pour privilégiés, au-delà des époques qu’ils croyaient primitives. (…) »

    (Sonate que me veux-tu ?, Mermoz, 1957)

    avril 10, 2008 à 8 h 23 min

  13. Amélie

    IL ne s’agit pas de ma préférence, mais si époques, sociétés, langues, faces, secondes, femmes, larmes, morts, saisons, heures se valent toutes dans l’absolu, tout ça change radicalement dès qu’elles sont incarnées.
    POur ce qui est du hier, de l’aujourd’hui et du demain, je ne fais pas la distinction. Pour moi ils sont tous présents au même moment.
    Tout au plus, j’aime croire que je saurai mieux vivre mon demain que mon hier ou même mon aujourd’hui… j’aime croire qu’on puisse améliorer sa capacité à vivre l’instant… pas si sûre, mais ne pas essayer de toutes ses forces erait indécent.

    avril 10, 2008 à 8 h 29 min

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