"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Joyeux printemps !

Une durée du jour qui rattrape – et s’apprête à dépasser – celle de la nuit, une lumière qui s’installe, une montée de sève frémissante, la foule animale qui s’apprête à participer/assister au spectacle, etc… ça se fête, non ?

La « Nature » en cette nouvelle saison est… Cybèle !

Publicités

102 Réponses

  1. Amélie

    Et si, aujourd’hui, ce soir, on trouvait une façon de célébrer l’arrivée du printemps ? (si au moins il faisait moins froid… d’ailleurs ma fille me demande pourquoi on appelle « giboulées de mars », les trombes de grêles, neige et pluie qu’on s’est prises sur la figure, hier ?)

    mars 20, 2008 à 9 h 42 min

  2. Amélie

    Je propose qu’on improvise des petites danses et qu’on échange des fleurs !

    mars 20, 2008 à 11 h 14 min

  3. Vincent

    Hola
    Debout là d’dans
    Voilà ti pas
    Que v’là l’printemps !

    Le printemps
    Faut qu’on s’l’agrippe
    Avec les dents
    Avec les tripes
    S’enrouler d’dans

    Dès qu’il est temps
    Faut qu’les méninges
    Etende leur linge,
    Froissé, glacé,
    Qu’il sèche au vent

    Comme un enfant
    Faut s’balader
    La sève aux lèvres
    La fleur au coeur
    Que notre eau bouille
    Et qu’ça gazouille
    A tout bout d’champs

    Il faut surtout
    (Mon p’tit boutchou)
    Qu’le spleen
    S’débine
    Car au printemps
    On n’a plus le droit
    De vivre dans l’froid !

    Hola !
    Debout là d’dans
    Voilà ti pas
    Que v’là l’printemps !

    mars 20, 2008 à 12 h 07 min

  4. Amélie

    Ben dis donc, c’est vraiment toi le poète ?

    mars 20, 2008 à 12 h 11 min

  5. 120

    Ecrit par : Maurice Carême

    Printemps de mars

    Pritemps de mars, printemps léger,
    Viens-tu réveiller les vergers
    Que tu portes une fauvette
    Sur ton épaule ensoleillée ?

    Et la haie encore enneigée,
    Veux-tu l’étoiler en cachette
    D’un clair parfum de violette,
    Printemps de mars, printemps léger ?

    Nous voulons voir dans la rosée
    Tes yeux briller à la sauvette
    Et tes cornes de chèvre-pied,
    Printemps de mars, pritemps léger.

    (Pigeon vole, 1958)

    mars 20, 2008 à 12 h 14 min

  6. Amélie

    Difficile d’avoir des inspirations printanières avec cette bise qui nous glace le nez et ces grêlons qui nous assomment….et cette couleur terne qui recouvre tout…

    mars 20, 2008 à 12 h 16 min

  7. Vincent

    Heu… Disons que c’est un « moi » qui m’a traversé, il y a quinze ans de cela et que j’ai juste retrouvé ce matin (J’avais à l’époque commis une sorte de journal dont un des numéros s’intitulait La ronde des saisons).

    Si tu veux, j’en ai un autre sur l eprintemps du même accabit (mais je passerai vite ensuite à de « vrais » poètes, si tu permets).

    Sinon, l’idée d’un rituel « préhisto-post-modernique » pour marquer le changemet de saison me plaît bien : des danses, donc, des fleurs… Et puis quoi ?

    Une porte symbolique à franchir ?
    Une énergie à faire venir ?
    Une douce folie à cueillir ?

    mars 20, 2008 à 12 h 23 min

  8. Vincent

    Des poésies (même naïves, même en vers de mirliton) à écrire ?

    mars 20, 2008 à 12 h 24 min

  9. Vincent

    Le printemps, pour moi, ce n’est pas une chaleur (qui caractériserait davantage l’été), mais avant tout une qualité de lumière (qui me semble, malgré tous les nuages, bien présente aujourd’hui).
    …Et un « frémissement » surtout (qui n’est donc pas très loin du « frisson »).

    mars 20, 2008 à 12 h 28 min

  10. 120

    Ecrit par : Eugène Guillevic

    Il y a un temps pour tout,
    Paraît dire la terre pendant l’hiver.

    Ce n’est pas encore
    Le moment de s’embrasser.

    Cela viendra quand l’eau
    Sera en état de se marier.

    Tout le monde alors
    Doit participer.

    ***

    Craque
    Alors, l’épure.
    S’insinue
    Le printemps.

    Il casse
    L’espèce de vitre
    Qui dans l’espace
    Dominait.

    L’immobilité
    Ne tiendra pas.
    L’espace ne feindra plus
    D’être figé.

    Le mouvement prendra
    Des mouvements de formes.
    Le grouillement.

    Fermentation
    Comme si,
    Milliards, milliards,
    Des vermisseaux
    Remuaient les croûtes.

    L’épure de verre
    Va pourrir.
    Même vers le haut :
    Dégouliner.
    Ce sera
    Pour que recommence
    L’engendrement.

    mars 20, 2008 à 12 h 37 min

  11. Amélie

    Il n’y a aucune qualité printanière à la lumière de Belfort aujourd’hui malheureusement… J’ai plus intensément ressenti le printemps certains jours d’hiver, qu’aujourd’hui. Et je me souviens avec nostalgie du printemps délicieux qu’on a eu l’année dernière. Chaud, lumineux, doux et délicieux… aaaaaahhhh….

    mars 20, 2008 à 12 h 41 min

  12. Amélie

    Peut-être qu’on le convoque avec trop peu de conviction !? Réveillez-vous tous !

    mars 20, 2008 à 12 h 42 min

  13. Amélie

    Rectificatif : au vu des parades des mâles, c’est bien le printemps ! 🙂 Ils s’ébrouent, se manifestent bruyamment et lissent leur plumes ostensiblement… C’est bien le printemps ! 😉
    Et nous, on se déplace avec un sourire indulgent…

    mars 20, 2008 à 12 h 46 min

  14. Vincent

    Le monde est grand
    Le monde est fou
    Joyeux printemps
    Mon p’tit Boutchou

    Sois prêt(e) à temps
    Mets-toi debout
    Suis le mouvement
    De la grande roue
    Qui passe un cran
    Casse un verrou

    Le monde est grand
    Le monde est fou
    Joyeux printemps
    Mon p’tit boutchou

    En pétillant
    La sève bout
    Tout est ardent
    Le vert est doux
    Brille en diamant
    Et a bon goût

    La glace se fend
    C’est le redoux
    Et ronronnant
    Comme un matou
    Un souffle de vent
    Caresse ton cou

    Le monde est grand
    Le monde est fou
    Joyeux printemps
    Mon p’tit boutchou

    Et tu entends
    Un peu partout
    Une sorte de chant
    Comme un frou-frou
    Une voix d’enfant
    Au timbre doux

    C’est le printemps
    Qui se dénoue
    Sa main se tend
    Comme un bisou
    Et vient chaudement
    Contre ta joue

    Joyeux printemps
    Mon p’tit boutchou !

    mars 20, 2008 à 12 h 47 min

  15. Ourko

    Co-co-riiii-coooooooooooooo !!!!!!

    mars 20, 2008 à 12 h 54 min

  16. Amélie

    Arf… désillusion ! Moi qui croyais que tu venais d’écrire un poème inspiré par cette première journée de printemps…

    mars 20, 2008 à 13 h 07 min

  17. Amélie

    Célébrer le printemps ce ne serait pas justement être créatif et spontané ? C’est pas ça, l’esprit printanier ?

    mars 20, 2008 à 13 h 11 min

  18. Amélie

    Viiiiinceeeent ! Montre nous ton petit génie du printemps !

    mars 20, 2008 à 14 h 09 min

  19. Isidore

    Là, le jardin, et le ciel plein d’étoiles; il fait froid, le givre se dépose doucement et miroite faiblement sous l’éclat de la lune. La nuit est encore bien noire. A travers le carreau de la fenêtre on devine la vaste prairie qui s’étend jusqu’à la haie de lilas, tout au fond, là-bas… Je savais que tu viendrais ce soir. J’ai entendu ton appel tout à l’heure, comme le murmure du vent qui porte les lointains, comme un chuchotement à l’oreille du souvenir… Je me lève, sans faire de bruit, la maisonnée est endormie… Je sais que tu perçois mon regard qui s’émeut de te savoir si près de moi… C’est drôle, tout à l’heure avant de m’endormir, tout me pesait: les tracas du quotidien, le poids des ans et tout ce qui appesantit l’âme au fil de l’existence… Tu ne dis rien, et pourtant ta présence silencieuse, là au cœur de la nuit sous le ciel sans nuage, suffit pour faire renaître l’espérance, celle de l’orée du jour, où tout s’éveille, où la journée à venir semble encore d’une durée infinie, où tous les possibles rejoignent ce rêve d’une vie ardente, lumineuse, en harmonie avec l’univers dans son exubérante fécondité, où l’échec cuisant de toutes les lassitudes du soir semble se dissoudre dans une éventualité si lointaine, qu’elle en paraît fictive, quasi illusoire… J’ai envie de voyager, voir l’océan, sentir la caresse du vent sur ma peau, la fraicheur de la vague, le miroitement de l’eau sous le soleil d’été…Ô Printemps, Ami!

    mars 20, 2008 à 14 h 46 min

  20. Amélie

    Pfiouuu !….

    mars 20, 2008 à 15 h 30 min

  21. Amélie

    ma contribution (pas très inspirée !) :

    Au printemps, moi j’ai envie
    D’élever des poulets – en batterie !
    Comme ça quand la crise frappera
    On mangera des om’lettes et voilà

    🙂

    mars 20, 2008 à 16 h 00 min

  22. Amélie

    C’est ça des vers de Mirliton ?

    mars 20, 2008 à 16 h 01 min

  23. Isidore

    Chanson de printemps

    Parfum d’avril, l’hiver s’en va,
    Chant de la terre, la vie s’éveille;
    Au cœur du monde souffle le vent,
    Coule la sève du nouveau printemps qui vient.

    Refrain:
    Chante le merle aux rayons d’aurore
    Et danse l’abeille sous la rosée du ciel,
    Veille le grain au parfum de terre
    Et vive la fête du printemps!

    La nuit respire, l’ombre frémit,
    D’un doux sommeil, la fleur se tait;
    Ivre de l’aube, quand jaillira
    De ses doux pétales la splendeur du firmament.

    Refrain.

    Pluie du matin, ondée si douce
    L’herbe ruisselle, le ciel flamboie;
    La terre transpire, lourdes senteurs
    Qui s’enfuient au ciel en milliers d’éclats dorés.

    Refrain

    mars 20, 2008 à 16 h 28 min

  24. Vincent

    Pas d’inspiration poétique pour moi aujourd’hui (j’ai dû tout épuiser il y a quinze ans), mais une réflexion symbolique toutefois : l’association du printemps à l’élément EAU… et du même coup été/AIR, automne/FEU, hiver/TERRE (sans savoir pour autant ce que cela peut vouloir signifier)

    mars 20, 2008 à 16 h 29 min

  25. Amélie

    Une hirondelle ne fait pas le printemps
    Quoi que son vol soit des plus charmants
    Lorsqu’elle s’étire à tire d’ailes
    Je la rejoins, m’envole avec elle
    Pleine d’espoirs je prends mon élan
    Ferme les yeux et serre les dents
    Je m’élance, débordant de foi
    Ca y est! Je flotte dans un nuage de joie…

    (c’est une tite chanson, mais là vous n’entendez pas la musique, hein…)

    mars 20, 2008 à 16 h 33 min

  26. Amélie

    impossible de rivaliser avec Isidore !…
    Vincent, fais un effort !!!! Nom de nom !

    mars 20, 2008 à 16 h 35 min

  27. Isidore

    L’hirondelle,n’ayant pu faire le printemps,
    Se dit en voyant le nuage insolite:
    « Grand dieu, il me semble deviner quelque chose,
    Quelque chose de, ma foi, fort singulier?
    Ne serait-ce donc point un étrange Volatile que voilà,
    Volant d’une façon fort peu catholique, Parole d’oiseau ? »
    Se rapprochant donc pour mieux cerner la chose,
    L’hirondelle,(vexée soit dit en passant
    De n’avoir pu faire le printemps
    Et songeant déjà au moyen de prendre sa revanche),
    Découvrit, toute esbaudie,
    Et flottant dans un nuage de joie,
    Un vrai nuage de joie comme il est donné d’en trouver parfois
    Sur les meilleurs marchés d’Orient,
    Une dame, mi-ange mi-raisin,
    Ayant oublié dans sa jubilation phénoménale
    Et quasi aphrodisiaque, osons le dire carrément,
    Toute retenue
    Pour exulter quasi-nue,
    Telle la Cybèle des temps anciens
    Du haut de cette hauteur invraisemblable,
    Le bonheur effrayant de la promesse
    D’une fertilité nouvelle
    Jaillissante et dévorante,
    Trompettante et esbrignoulante,
    Jusqu’à plus soif, bien entendu,
    Et chanter à pleins poumons
    La bonne nouvelle de l’arrivée prochaine d’un printemps tout neuf.
    L’hirondelle (ayant définitivement renoncé à faire le printemps)
    Se dit alors, en langue des oiseaux bien entendu:
    « Quel drôle d’animal préhistorique que voilà,
    Le printemps n’est ma foi plus ce qu’il était! »

    mars 20, 2008 à 21 h 16 min

  28. Amélie

    A demi folle et à demie nue
    (ou bien à demi vêtue)
    Dans mon nuage suspendue
    Je crois voir, éperdue
    Une hirondelle éberluée (se dit de quelqu’un qui a la berlue)

    Je l’exhorte à pleins poumons
    Rejoins moi, mon compagnon !
    Le printemps peut encore arriver
    Il te suffit de chanter

    L’hirondelle s’arrête net
    (il ne savait pas qu’il était un garçon)
    (il se tourne, et se retourne en l’air, bougon)
    « J’peux pas : j’ai oublié ma trompette ! »

    « Prend ma main, écoute ma voix
    Et quand tu voudras, chante avec moi. »
    Rougissant et fébrile
    L’orgueilleux volatile
    S’oublie alors dans son chant
    Et fait naître enfin le printemps.

    mars 20, 2008 à 23 h 29 min

  29. Vincent

    L’hiver pendant ce temps-là
    Cède sa place avec regret
    Et s’éloigne à petits pas
    Des champs, des villes et des forêts.

    Un peu vexé qu’on lui préfère
    Celle qu’on nomme « la belle saison »
    Il laisse exprès traîner derrière
    Ce qu’il lui reste de pluie glacée et de flocons.

    mars 21, 2008 à 12 h 36 min

  30. 120

    Ecrit par : François Jacqmin

    Vers la fin, l’hiver est
    une blessure écoeurante.

    Souillée, la neige est devenue
    un magma de menaces
    impuissantes.

    La folie du devenir l’emporte.

    La pensée ne songe plus
    qu’à son corps.

    ***

    Une idée sublime et monstrueuse
    remue indubitablement.

    Une nouvelle tyrannie se prépare
    à reprendre l’épopée de
    la boue.

    Le vide se pare déjà d’une
    frange d’oiseaux.

    ***

    Ce qu’il y a à dire du printemps,
    le printemps le dit.

    Il n’est pas de signes pour rendre
    le vide mystérieusement touché.

    La croissance s’accorde à son
    propre lyrisme.

    Pour entendre vraiment, il faut au coeur
    plus d’amnésie que d’enthousiasmes.

    ***

    etc…

    (Les saisons, Labor, 1988)

    mars 21, 2008 à 12 h 45 min

  31. Vincent

    L’hiver, comme un vieux professeur,
    Fait un travail ingrat :
    Il range chaque soir les crayons de couleur
    Qui traînent ici ou là.

    Il accomplit avec ferveur
    Une mission qui ne se voit pas :
    Apporter un peu de rigueur
    Remettre chaque fois les choses à plat.

    Sans lui, le printemps et ses fleurs
    Ne s’épanouirait pas
    Il en a parfois gros sur le coeur
    Qu’on ne le remercie pas.

    mars 21, 2008 à 13 h 06 min

  32. Vincent

    Dis, Isidore, la chanson de printemps, elle est de toi ? (J’ai le vague souvenir de l’avoir entendue dans un de tes spectacles)
    Tu peux nous mettre en lien la musique ?

    mars 21, 2008 à 13 h 19 min

  33. Amélie

    Eh ben Vincent, tu vois bien que tu peux encore reverdir ! Youpiiiii ! Youpiiii ! C’est le printemps !

    mars 21, 2008 à 14 h 35 min

  34. Amélie

    La dame un peu dévêtue et son hirondelle
    évaporées sur leur nuage de félicité
    Par moments jettent un regard un peu gêné
    Au vieillard ignoré qui tristement range ses aquarelles.

    Les estampes, ont terni, perdu la blancheur éclatante qui tous éblouissait.
    Des traînées grises, des traces mouillées les ont piteusement délavées.
    Comme il paraît abattu ce vieillard, chétif, soudain
    Comme elles aimeraient pouvoir lui tendre la main
    Qu’il les rejoigne dans leur divin éther…
    Mais impossible : il est l’Hiver !
    Celui qu’il faut laisser effacer
    pour que le printemps puisse ressusciter…
    Monde cruel où les saisons, comme les hommes, finissent par s’entretuer.

    mars 21, 2008 à 14 h 57 min

  35. Vincent

    En aparté :
    (car en rapport avec la tempête du jour plus qu’avec le printemps)

    Les oiseaux
    Par grand vent
    Semblent marcher
    Sur un tapis roulant
    A contre-courant
    Ou
    Etre balottés
    Secoués
    Sur les vagues de l’océan
    Aux quarantièmes rugissants
    Enfin bref…
    Changer d’élément.

    mars 21, 2008 à 15 h 22 min

  36. Amélie

    Et nous, Vincent, les humains ?
    Dans cette tempête qu’est-ce qu’on devient ?

    mars 21, 2008 à 21 h 46 min

  37. Vincent

    Heu… Aucune idée.
    Mais j’ai surtout envie de te retourner la question, Amélie, car si tu la poses, c’est que tu as sans doute – quelque part – une réponse (déjà construite… ou à dénicher). 😉

    mars 22, 2008 à 8 h 37 min

  38. qui du chiffon, qui de l’aspirateur,
    agitent de nos vies la poussière,
    qui fait trembler nos murs et vibrer nos ardeurs
    Allegresso, en volutes de lumières

    ouvrons les fenetres, on remue ménage
    on frotte les moquettes, on tape les tapis,
    tintamarre de diurne tapage,
    le printemp surgit : on revit !

    mars 22, 2008 à 18 h 15 min

  39. L’hiver est parti
    Pas vrai mon titi ?

    « Fini temps pourri »
    Disent les chauves-souris.

    Blaireau qui s’éveille
    Sans mettre le réveil

    Printemps qui arrive
    Soleil qui s’avive

    Herbe qui repousse
    Recouvre la mousse

    Mars a sonné l’heure
    Des lilas en fleurs

    Arbres qui bourgeonnent
    L’hiver qui bougonne

    Sur le chêne rouvre
    Les feuilles s’ouvrent

    Fleurs qui s’étalent
    Ouvrant leurs pétales

    Mésanges en nichoir
    Chenilles vont déchoir

    Chouette qui hulule
    Et Lili bellule

    Pigeons qui roucoulent
    Le coq saute les poules

    Amants qui s’enlacent
    Grand bien leur fasse !

    Et buvons pour Pâques !
    Une bière, non un pack !

    mars 23, 2008 à 15 h 56 min

  40. 120

    Ecrit par : Paul Claudel

    « (…) Toute la nature met son habit fleuri. L’habit est là, préparé, mais elle est nue à moitié. Le chêne n’en finit pas d’endosser son falbalas. C’est drôle, sur le peuplier, ces petites feuilles mouillées… Il fait chaud, il fait froid, il fait tous les temps à la fois.
    (…) C’est fini de ce froid qui mord, de cette bise qui pince, de cet emmitouflement. Quelqu’un s’est mis tout doucement à l’aise, tout se desserre… Quelque chose de rougissant aux rameaux a remplacé le grésil… Les alignements de peupliers se donnent le mot, à l’infini des flambeaux s’interrogent sur la flamme comme un peuple qui se communique une bonne nouvelle, à l’infini des anges dorés se communiquent l’âme et l’aile… Les morts de tousd côtés se préparent à mettre leur chemise. Ce vert entre les feuilles mortes… Pâquerettes étonnées comme des petites filles… Primevères comme du beurre frais… Petits soleils d’or insolents dans l’herbe gentille et tout à coup, comme une chose qu’on n’avait jamais vue, une explosion de jonquilles… Ce pêle-mêle d’oiseaux dans les branches qui en ont de toutes sortes à raconter. Il y a un magasin entrouvert qui en a de toutes sortes à déballer. (…) »

    mars 23, 2008 à 16 h 03 min

  41. Vincent

    Oui, bonne idée, Bernard :
    Tchiiiiiiiin !

    mars 23, 2008 à 16 h 07 min

  42. 120

    Ecrit par : Victor Hugo

    Tout est pris d’un frisson subit
    L’hiver s’enfuit et se dérobe
    L’année ôte son vieil habit
    La terre met sa belle robe.

    Tout est nouveau, tout est debout ;
    L’adolescence est dans les plaines ;
    La beauté du diable, partout
    Rayonne et se mire aux fontaines.

    L’arbre est coquet ; parmi les fleurs
    C’est à qui sera la plus belle ;
    Toutes étalent leurs couleurs,
    Et les plus laides ont du zêle !

    (…)

    On voit rôder l’abeille à jeûn,
    La guêpe court, le frelon guette ;
    A tous ces buveurs de parfum
    Le printemps ouvre sa guinguette.

    Le bourdon, aux excès enclin,
    Entre en chiffonnant sa chemise ;
    Un oeillet est un verre plein
    Un lys est une nappe mise.

    La mouche boit le vermillon
    Et l’or dans les fleurs demi-closes
    Et l’ivrogne est le papillon
    Et les cabarets sont les roses

    (…)

    mars 23, 2008 à 16 h 12 min

  43. 120

    Ecrit par : Emile Verhaeren

    « Printemps, par tes premiers beaux jours,
    Où l’on s’en va avec la simple joie
    D’aller, droit devant soi
    Toujours,
    Les champs semblent si doucement frémir à l’air
    Qu’on les dirait vierges et clairs
    Comme aux saisons les plus jeunes du monde.
    Les fleurs bonnes, les eaux profondes
    Et les mousses d’argent et d’or,
    Brins, flots et pétales tremblent d’accord,
    Sous les baisers luisants du vent qui glisse.
    Le sol est franc, le ciel est lisse,
    Les moucherons
    Dans les taillis, autour des troncs,
    Tourbillonnent en légères nuées
    Pour secouer, de leurs ailes fines, l’hiver.
    Tous les fossés sont déjà verts,
    Et s’estompent, le soir, de mobiles buées (…) »

    mars 23, 2008 à 16 h 20 min

  44. Ourko

    On a tous déjà entendu que les fourmis crohondaient, mais on ne savait pas encore que les Lilis bellulaient.
    Merci donc, Bernard.
    A propos, toi, tu lhermittes, parfois ?

    mars 23, 2008 à 16 h 25 min

  45. Isidore

    Non, Vincent, je ne pense pas que tu aies entendu cette chanson quelque part et je n’ai pas de lien à offrir pour l’écouter puisque je ne l’ai jamais enregistrée. Il faudra attendre que je vous la chante en chair et en os… et en notes.

    mars 23, 2008 à 19 h 22 min

  46. Amélie

    Une promesse de représentation spéciale PP, Isidore ? On peut faire théâtre chez moi, tu sais …

    mars 23, 2008 à 19 h 34 min

  47. Isidore

    Oh mais quelle bonne idée!!! Il va falloir que je songe à la chose et que je parvienne à me programmer une petite virée par chez vous. Quand? Je ne le sais pas encore mais je vais y réfléchir. De toute façon, merci Amélie pour la proposition.

    mars 23, 2008 à 19 h 43 min

  48. Vincent

    C’est le mot « firmament » qui m’a trompé alors. Je me souviens très bien qu’il était dans une des chansons du dernier de tes spectacles auquel j’ai assisté (tu y jouais une sorte d’ingénu chantant) : je m’étais fait la remarque que plus grand monde ne l’employait.
    (Une autre forme de « préhistoriquerie » ?)

    Sinon, pour ta venue, on organise – en plus d’un spectacle « maison » – un grand banquet (ouvert à tout lecteur du blog), ça te dit ?

    mars 23, 2008 à 19 h 56 min

  49. 120

    Ecrit par : Eugène Guillevic

    LA SEVE

    Les rochers, les toits,
    Les fleurs, les palourdes,
    Les arbres

    Son traversés,
    Nourris par la sève.

    *
    Plus ou moins liquide,
    Plus ou moins visqueuse,
    Plus ou moins lourde,

    Echappant à tous les filets
    La sève circule.

    *
    Brillante parfois
    Dans certains faces.

    *
    Inapaisée,
    Inapaisante,

    Toujours à la recherche
    De l’inatteignable.

    *
    Se chauffant elle-même
    A son propre mouvement,

    Bouillonnant
    De son impatience,

    Eclaboussant
    Les prés, les déserts.

    *
    Agitant
    Les surfaces, les volumes,

    Les remerciant.

    *
    Apportée, combattue
    Par le soleil,

    *
    Amoureuse des doigts,
    Surtout de ceux
    Des enfants.

    *
    Grosse des orages
    Riche des accalmies,

    Essayant de défaire
    Les centres

    Qu’elle cherche à faire
    Dans tout ce qu’elle nourrit.

    *
    Soupesant cet univers
    Qu’elle pousse en avant.

    *
    Jouant à la couleur,
    S’amusant aux nuances.

    Se provoquant
    Dans les couchants
    Et les aurores,

    Mais pas de temps
    Pour s’arrêter

    A la contemplation
    De ce qu’elle remue.

    *
    Mère d’elle-même,
    Fille de ce qu’elle donne
    Pour boucher l’espace,
    Tout remplir.

    *

    Quand on ne la sent plus,
    Vivre est difficile.

    Elle vous cherche,
    Tâtonne en vous,
    Vers vous.

    Elle vous donne
    A vous-même.

    *
    Etc…

    (Motifs, Gallimard, 1987)

    mars 24, 2008 à 0 h 53 min

  50. 120

    Ecrit par : Francis Ponge

    LE CYCLE DES SAISONS

    Las de s’être contractés tout l’hiver les arbres tout à coup se flattent d’être dupes. Ils ne peuvent plus y tenir : ils lâchent leurs paroles, un flot, un vomissement de vert. Ils tâchent d’aboutir à une feuillaison complète de paroles. Tans pis ! Cela s’ordonnera comme cela pourra ! Mais, en réalité, cela s’ordonne ! Aucune liberté dans la feuillaison… Ils lancent, du moins le croient-ils, n’importe quelles paroles, lancent des tiges pour y suspendre encore des paroles : nos troncs, pensent-ils, sont là pour tout assumer. Ils s’efforcent à se cacher, à se confondre les uns dans les autres. Ils croient pouvoir dire tout, recouvrir entièrement le monde de paroles variées : ils ne disent que « les arbres ». Incapables même de retenir les oiseaux qui repartent d’eux, alors qu’ils se réjouissaient d’avoir produit de si étranges fleurs. Toujours la même feuille, toujours le même mode de dépliement, et la même limite, toujours des feuilles symétriques à elles-mêmes, symétriquement suspendues ! Tente encore une feuille ! – La même ! Encore une autre ! La même ! Rien en somme ne saurait les arrêter que soudain cette remarque : « L’on ne sort pas des arbres par des moyens d’arbres. » Une nouvelle lassitude, et un nouveau retournement moral. « Laissons tout ça jaunir, et tomber. Vienne le taciturne état, le dépouillement, l’AUTOMNE. »

    (Le parti pris des choses, Gallimard, 1942)

    mars 24, 2008 à 1 h 09 min

  51. 120

    Ecrit par : Francis Ponge

    « (…) Au printemps, une bouche de sous la terre tire sur les cigares à braise verte sous bois. (…) »

    (Lyres, Gallimard, 1961)

    mars 24, 2008 à 1 h 12 min

  52. Isidore

    Les mots?
    Très étranges au printemps.
    Ils se lèvent et s’habillent
    Comme de grandes personnes,
    En costumes de vers,
    En habits de prose;
    Ils se veulent élégants,
    Ils se croient raffinés.
    Dérisoires comédiens,
    Ils se cachent cependant
    Tout au fond de la scène.
    Le rideau est fermé
    Et la salle encore vide.
    Mais là-bas dans la nuit
    Le silence les appelle,
    Tendrement, insistant,
    Avec tant de douceur
    Qu’ils n’osent se montrer
    Tous ces mots, au printemps.

    Car les mots, au printemps,
    Ça devient si timide;
    Ils rougissent pour un oui,
    Ils rougissent pour un non.
    C’est normal, ils ont vu
    Le silence dévêtu
    Avec tant de pudeur,
    Avec tant d’élégance
    Qu’ils ont bien entendu,
    Oui, vraiment entendu
    La chanson amoureuse
    De l’oiseau printanier,
    Le réveil du bourgeon,
    De la goutte de rosée,
    Le murmure de la sève
    Et la danse de l’abeille.

    Et les mots, au printemps,
    Ils n’osent plus nous parler
    Car ils aiment écouter
    Le silence qui chuchote,
    Le silence qui, tout doux,
    Leur retire tendrement,
    Une à une chaque couche
    De la croûte si épaisse,
    Si glacée et si dure
    Qui enserre dans la nuit
    Tous leurs cœurs isolés,
    Pauvres cœurs prisonniers
    Condamnés à se taire,
    Et soudain libérés
    Pour chanter le réveil
    Du printemps retrouvé.

    mars 24, 2008 à 14 h 36 min

  53. Isidore

    Ça me dit tout à fait, Vincent, sauf que je n’ai pas la moindre idée pour l’instant, du moment où je pourrai me rendre disponible. D’autre part il me plairait de pouvoir présenter mon nouveau spectacle…sauf qu’il est encore bien en chantier… Alors sans doute pas avant l’été. A suivre…

    mars 24, 2008 à 14 h 54 min

  54. 120

    Ecrit par : Mario Mercier

    Impressions de printemps

    La forêt au printemps est comme l’éclatement d’une émotion irrépressible. Emotion verte et fleurie qui monte en houle, fulgure en chants d’oiseaux. Partout il y a ce feu d’artifice de vie. Le silence noir et froid de l’hiver est rompu pour des mois. La vie va tenir ses multiples promesses. Et la forêt devient une cathédrale aux vitraux de feuillages à laquelle la lumière du soleil donne des teintes caressantes. Les bourgeons gonflent, craquent, s’allument, s’illuminent. Les sèves bouillonnent silencieusement et fusent en formes de beauté.
    Toute la forêt pavoise de couleurs… Les esprits de la nature s’affairent, dirigent et orchestrent toute cette montée de sang multicolore. Les pollens strient l’air. Je reçois des bouffées de poudre blonde.
    La lumière du ciel, cette lumière bleutée, envahit tout, remplit ma vision d’homme. Elle est si jeune, si fraîche, si étincelante qu’elle me désaltère jusqu’au fond de moi-même.
    Je marche dans les frissons accumulés de l’air. Je déplace des ambiances. Je progresse au coeur d’une émeraude qui palpite. Et les oiseaux tissent sans répis une douce et mouvante tapisserie musicale…
    Des jets d’abeilles, lourdes de charges, traquent sans répit les âmes des fleurs. Les hamadryades sortent des arbres et dansent autour d’eux.
    Et j’avance, j’avance toujours, j’avance dans la poésie pure. Les mousses respirent.
    Des joies s’élancent, des luttes implacables se préparent. Sous d’anciens lits de feuilles mortes des larves engourdies vont sortir de leurs sarcophages pour éclore en papillons. Déjà sont tendus les pièges d’ouate gluante des araignées.
    Et je marche, je marche dans ce coeur d’intensité qu’est la forêt. un écureuil bondit d’une branche à une autre. J’avance toujours dans le coeur de l’émeraude. Des parfums allongent leur invisible clarté.
    Quelle profusion !…

    (Soleil d’arbre, Albin Michel, 1991)

    mars 27, 2008 à 18 h 30 min

  55. 120

    Ecrit par : Rudolf Steiner

    « Quand s’adressant à nous du fond de l’univers
    Le soleil à nouveau parle aux sens de l’homme
    Et lorsque s’élevant des profondeurs de l’âme
    La joie en nos regards s’unit à la lumière
    Le moi de l’être humain poursuivant sa croissance
    Parle alors ainsi à l’univers immense :
    Je me libère de moi-même et je jette
    La chaîne où me retient ma personnalité
    En toi j’approfondis mon véritable être
    A mes regards tu révèles qu’en vérité
    Je suis du monde le reflet.
    Un fort pressentiment m’apporte ce message :
    Il faut que je me perde afin de me trouver
    Et si l’essence d’un dieu
    Veut s’unir à mon âme
    Il faut que ma pensée en sa forme humaine
    Sans bruit accepte de devenir un rêve.

    (Le calendrier de l’âme, Editions Anthroposophiques Romandes, 1969)

    mars 27, 2008 à 18 h 41 min

  56. 120

    Ecrit par : Robert Sabatier

    Bonjour printemps

    Bonjour printemps. Le monde vient de naître.
    Nul n’ose plus chanter le vieux printemps,
    lui toujours neuf – il faut dire des mots
    bien trop usés. Je répète : printemps,
    primavera si vous le préférez.

    Le jour éclate. On entend la musique
    qui se sépare un instant de l’oreille
    et qui revient pleine de ces parfums
    et que l’on voit, inscrits comme des notes
    sur les livrets d’un tout jeune opéra.

    On cueille un rêve. Il offre un goût de prune.
    Nul n’est plus homme, il est l’arbre, l’oiseau.
    Chacun se fond dans le bel anonyme
    de notre mort. Il est comme un enfant,
    la bouche en fruit dans l’aube des jardins.

    (Les masques et le miroir, Albin Michel, 1998)

    mars 27, 2008 à 18 h 52 min

  57. 120

    Ecrit par : Paul Valéry

    Un printemps si léger que je crois me survivre.

    (Cahiers, Tome 2, Gallimard, 1974)

    mars 27, 2008 à 19 h 19 min

  58. Amélie

    120 est revenu !!! ouaiiiiiiis !
    (Valéry mon préféré…) (dans la dernière sélection)

    mars 27, 2008 à 20 h 19 min

  59. 120

    Ecrit par : Victor Hugo

    APRES L’HIVER

    Tout revit, ma bien-aimée !
    Le ciel gris perd sa pâleur ;
    Quand la terre est embaumée,
    Le coeur de l’homme est meilleur.

    En haut, d’où l’amour ruisselle,
    En bas, où meurt la douleur,
    La même immense étincelle
    Allume l’astre et la fleur.

    (…)

    La branche au soleil se dore
    Et penche, pour l’abriter,
    Ses boutons qui vont éclore
    Sur l’oiseau qui va chanter.

    (…)

    On entend rire, on voit luire
    Tous les êtres tour à tour,
    La nuit, les astres bruire,
    Et les abeilles, le jour.

    (…)

    La nature, soeur jumelle
    D’Eve et d’Adam et du jour,
    Nous aime, nous berce et mêle
    Son mystère à notre amour.

    (…)

    Et sans qu’un souci t’oppresse,
    Sans que ce soit mon tourment,
    J’ai l’étoile pour maîtresse ;
    Le soleil est ton amant ;

    Et nous donnons notre fièvre
    Aux fleurs où nous nous appuyons
    Nos bouches, et notre lèvre
    Sent le baiser des rayons.

    (Les contemplations)

    mars 27, 2008 à 21 h 11 min

  60. Ourko

    Héééé La Tordue !
    Prends un peu modèle sur 120. Reviens souvent si tu veux, mais – par pitié ! – change un peu de chanson car au bout de la trentième fois, ça finit par lasser, je trouve (Yatsé, tu leur transmets stp ?)

    mars 27, 2008 à 21 h 18 min

  61. 120

    Ecrit par : Victor Hugo (encore !)

    Le firmament est plein de la vaste clarté ;
    Tout est joie, innocence, espoir, bonheur, bonté.
    Le beau lac brille au fond du vallon qui le mure ;
    Le champ sera fécond, la vigne sera mûre ;
    Tout regorge de sève et de vie et de bruit,
    De rameaux verts, d’azur frissonnant, d’eau qui luit,
    Et de petits oiseaux qui se cherchent querelle.
    Qu’a donc le papillon ? qu’a donc la sauterelle ?
    La sauterelle a l’herbe, et le papillon l’air ;
    Et tous deux ont avril, qui rit dans l’air clair.
    Un refrain joyeux sort de la nature entière ;
    Chanson qui doucement monte et devient prière.
    Le poussin court, l’enfant joue et danse, l’agneau
    Saute, et, laissant tomber goutte à goutte son eau,
    Le vieux antre, attendri, pleure comme un visage ;
    Le vent lit à quelqu’un d’invisible un passage
    Du poëme inouï de la création ;
    L’oiseau parle au parfum ; la fleur parle au rayon ;
    Les pins sur les étangs dressent leur verte ombelle ;
    Les nids ont chaud ; l’azur trouve la terre belle,
    Onde et sphère, à la fois tous les climats flottants ;
    Ici l’automne, ici l’été ; là le printemps.
    Ô coteaux ! ô sillons ! souffles, soupirs, haleines !
    L’hosanna des forêts, des fleuves et des plaines,
    S’élève gravement vers Dieu, père du jour ;
    Et toutes les blancheurs sont des strophes d’amour ;
    Le cygne dit : Lumière ! et le lys dit : Clémence !
    Le ciel s’ouvre à ce chant comme une oreille immense.
    Le soir vient ; et le globe à son tour s’éblouit,
    Devient un oeil énorme et regarde la nuit ;
    Il savoure, éperdu, l’immensité sacrée,
    La contemplation du slendide empyrée,
    Les nuages de crêpe et d’argent, le zénith,
    Qui, formidable, brille et flamboie et bénit,
    Les constellations, ces hydres étoilées,
    Les effluves du sombre et du profond, mêlées
    A vos effusions, astres de diamant,
    Et toute l’ombre avec tout le rayonnement !
    L’infini tout entier d’extase se soulève.
    Et, pendant ce temps-là, Satan, l’envieux, rêve.

    (Les contemplations)

    mars 27, 2008 à 21 h 31 min

  62. voila voila, mais quand on aime, on compte pas 🙂

    mars 27, 2008 à 21 h 44 min

  63. Ourko

    Wahou ! Quelle promptitude !
    Merci Yatsé !!!

    Tant qu’on y est : si jamais, en passant, tu trouves dans le même genre Le printemps de Léo Ferré, Le printemps est arrivé de Michel Fugain ou C’est l’printemps de Pierre Perret, tu peux nous les mettre en lien quelques jours, stp ?
    (Sur U-Tubes et Dailymotion, je ne les ai pas trouvés)

    mars 27, 2008 à 22 h 19 min

  64. 120

    Ecrit par : Michel Tournier

    Le printemps me fait découvrir une nouvelle occupation qui pourrait bien tourner à la manie : astiquer les carreaux des fenêtres. J’y trouve une grande satisfaction morale. Les vitres sont bien évidemment la conscience de la maison. Vitres limpides, conscience pure…

    (Journal extime, La Musardine, 2002)

    mars 27, 2008 à 22 h 22 min

  65. 120

    Ecrit par : Rainer Maria Rilke

    PRINTEMPS

    I

    Ô mélodie de la sève
    qui dans les instuments
    de tous ces arbres s’élève -,
    accompagne le chant
    de notre voix trop brève.

    C’est pendant quelques mesures
    seulement que nous suivons
    les multiples figures
    de ton long abandon,
    ô abondante nature.

    Quand il faudra nous taire,
    d’autres continueront…
    Mais à présent commet faire
    pour te rendre mon
    grand coeur complémentaire ?

    II

    Tout se prépare et va
    vers la joie manifeste ;
    la terre et tout le reste
    bientôt nous charmera.

    Nous serons bien placés
    pour tout voir, tout entendre ;
    on devra même se défendre
    et pafois dire : assez !

    Encor si on était dedans ;
    mais l’excellente place
    est un peu trop en face
    de ce jeu émouvant.

    III

    Montée des sèves dans les capillaires
    qui tout à coup démontre aux vieillards
    l’année trop raide qu’ils ne monteront guère
    et qui en eux prépare le départ.

    Leur corps (tout offensé par cet élan
    de la nature brute qui ignore
    que ces artères où elle bout encore
    supportent mal un ordre impatient)

    refuse la trop brusque aventure ;
    et pendant qu’il se raidit, méfiant,
    pour subsister à sa façon, il rend
    le jeu facile à la terre dure.

    IV

    C’est la sève qui tue
    les vieux et ceux qui hésitent,
    lorsque cet air insolite
    flotte soudain dans les rues.

    Tous ceux qui n’ont plus la force
    de se sentir des ailes,
    sont invités au divorce
    qui a la terre les mêle.

    C’est la douceur qui les perce
    de sa pointe suprême,
    et la caresse renverse
    ceux qui résistent quand même.

    V

    Que vaudrait la douceur
    si elle n’était capable,
    tendre et ineffable,
    de nous faire peur ?

    Elle surpasse tellement
    toute la violence
    que, lorsqu’elle s’élance,
    nul ne se défend.

    VI

    En hiver, la mort meurtrière
    entre dans les maisons ;
    elle cherche la soeur, le père,
    leur joue du violon.

    Mais quand la terre remue
    sous la bêche du printemps,
    la mort court dans les rues
    et salue les passants.

    (Vergers, Gallimad, 1926)

    mars 28, 2008 à 12 h 48 min

  66. 120

    Ecrit par : François Jacqmin

    PRINTEMPS

    Ce qu’il y a à dire du printemps,
    le printemps le dit.

    Il n’est pas de signes pour rendre
    le vide mystérieusement touché.

    La croissance s’accorde à son
    propre lyrisme.

    Pour entendre vraiment, il faut au coeur
    plus d’amnésie que d’enthousiasme.

    ***

    La brise annonce des noces
    impitoyables.

    Il y a une lueur d’apocalypse
    dans tout ce qui naît.

    L’herbe fait trembler le
    néant.

    Il est périlleux de ne pas
    être jeune.

    ***

    Au début de chaque printemps,
    j’oublie le nom du cornouiller.

    Son inflorescence me surprend
    comme un cantique composé à la hâte.

    Autefois, j’avais juré d’en
    être l’épigone inlassable.

    Depuis, il ne cesse de proclamer
    mon hérésie.

    ***

    Le babillage des violettes
    couvre le redoutable discours
    de l’avenir.

    Il s’agit de désigner le fruit
    qui sera l’étendard de l’espèce.

    Toutes les obscurités seront
    ouvertes et passées au crible
    du désir.

    L’eau va forcer les serrures
    du sol.

    ***

    L’origine est là, assemblée
    comme pour une charge.

    Chacun attend le profond
    ennemi auquel il apsire.

    ***

    etc…

    (Les saisons, Labor, 1988)

    mars 29, 2008 à 7 h 28 min

  67. 120

    Ecrit par : Victor Hugo
    http://cache.eb.com/eb/image?id=1340&rendTypeId=4

    Puisque le gai printemps revient danser et rire,
    Puisque le doux Horace et que le doux Zéphyre
    M’attendent au milieu des prés et des buissons,
    L’un avec des parfums, l’autre avec des chansons,
    Puisque la terre en fleurs semble un tapis de Perse,
    Puisque le vent murmure et dans l’air disperse
    La brume et la nuée en flottants archipels,
    Il me plaît de répondre à ces profonds appels,
    Il me plaît de rôder dans les molles prairies,
    Entraînant avec moi l’essaim des rêveries
    Et la strophe qui vole au-dessus de mon front ;
    Tant que sous le ciel bleu les âmes aimeront,
    Tant qu’avril, ce brodeur, avec l’herbe et les roses
    Et les feuilles, créera toutes sortes de choses
    Charmantes, et que Dieu, des monts, des airs, des eaux,
    Fera de grands palais pour les petits oiseaux,
    Tant que l’aube éclora dans cette ombre où nous sommes,
    Les songes tourneront sur la tête des hommes,
    Et les penseurs seront attendris dans les bois.
    Les frais halliers sont pleins de pudeurs aux abois,
    Femmes, oiseaux, tout cède et les baisers se mêlent,
    Les adorations vaguement se querellent,
    L’eau soupire, le lys s’ouvre, le firmament
    Rayonne, et, si tu veux, je serai ton amant.

    (L’art d’être grand-père)

    mars 29, 2008 à 7 h 41 min

  68. 120

    http://fr.youtube.com/watch?v=9mTLr4lMbPs

    mars 29, 2008 à 13 h 44 min

  69. Ourko

    Incroyables…
    …la tête de Rainer Maria Rilke, sur la photo mise en lien par 120 (on dirait un Africain !!!)
    …le nombre de chansons françaises que trouve le site de Yatsé (Deezer.com) quand on tape simplement « Printemps » dans son moteur de recherche !

    mars 29, 2008 à 16 h 22 min

  70. Ourko

    Dis, Yatsé, tu connais la version japonaise (et carrément drôle) de « Y a le printemps qui chante » ?
    http://fr.youtube.com/watch?v=ZbNlQkVWGiI
    Vive la saison qui rend marteau sur tous les continents !!!

    mars 29, 2008 à 16 h 54 min

  71. Ourko

    Allez, une ‘tite dernière !

    Dans le style y’a aussi la première chanson de la saison 3 sur
    http://www.lachansondudimanche.com/

    Ca s’appelle « mmm ui ui m » mais le refrain (obsédant) est :
    « Hou ! C’est le printemps ! »

    mars 29, 2008 à 17 h 06 min

  72. 120

    Ecrit par : Rainer Maria Rilke

    Entre le masque de brume
    et celui de verdure,
    voici le moment sublime où la nature
    se montre davantage que de coutume.

    Ah, la belle ! Regardez son épaule
    et cette claire franchise qui ose…
    Bientôt de nouveau elle jouera un rôle
    dans la pièce touffue que l’été compose.

    mars 31, 2008 à 18 h 37 min

  73. 120

    Ecrit par : François Jacqmin

    LE PRINTEMPS (suite)

    Le génie est de rassembler
    toutes les ivresses.

    Paradoxalement, la mort participe
    à ce soulèvement.

    L’existence va s’élever
    concrètement dans l’inexprimable.

    ***

    On se prépare à un
    bonheur acharné.

    On va fêter l’instant qui prétend
    ne pas mourir.

    La tristesse est devenue riche
    et la torture digne des plus
    fins éloges.

    Le coucou se réjouit jusqu’à
    l’idiotie.

    ***

    La légèreté avance lourdement,
    comme un convoi armé.

    Chacun est la sentinelle de
    son propre corps.

    On entend les ordres terrifiés de
    la nature.

    ***

    L’âme des jours devient tendre
    et bestiale.

    Une sorte de désappointement
    heureux perfore la rêverie.

    On s’initie à un rite que chuchote
    une voix veule et déterminée.

    On se souviendra de ce moment
    comme d’une horrible faveur.

    ***

    Il est une zone de souriante
    mollesse, un phénomène sans
    corps ni pensée que l’on
    affirme être le printemps.

    Un tel ensemble d’imprécisions
    est apte à former une
    rose et une interrogation.

    ***

    etc…

    (ibidem)

    mars 31, 2008 à 18 h 46 min

  74. 120

    Ecrit par : Victor Hugo

    Je ne laisserai pas se faner les pervenches
    Sans aller écouter ce qu’on dit sous les branches.
    Et sans guetter, parmi les rameaux infinis,
    La conversation des feuilles et des nids ;
    Il n’est qu’un dieu, l’amour ; avril est son prophète ;
    Je me supposerai convive de la fête
    Que le pinson chanteur donne au pluvier doré ;
    Je fuirai de la ville et je m’envolerai,
    Car l’âme du poète est une vagabonde,
    Dans les ravins où mai plein de roses abonde,
    Là les papillons blancs et les papillons bleus,
    Ainsi que le divin se mêle au fabuleux,
    Vont et viennent, croisant leurs essorts, joyeux, lestes,
    Si bien qu’on les prendrait pour des lueurs célestes ;
    Là jasent les oiseaux, se cherchant, s’évitant ;
    Là Margot vient quand c’est Glycère qu’on attend ;
    L’idéal démasqué montre ses pieds d’argile ;
    On trouve Rabelais où l’on cherchait Virgile.
    O jeunesse ! ô seins nus des femmes dans les bois !
    Oh ! que le vaste idylle et que de sombres voix !
    Comme tout le hallier, plein d’invisibles mondes,
    Rit dans le clair-obscur des églogues profondes !
    J’aime la vision de ces réalités ;
    La vie aux yeux sereins luit de tous les côtés ;
    La chanson des forêts est d’une douceur telle
    Que, si Phébus l’entend, quand, rêveur, il dételle
    Ses chevaux las souvent au point de haleter,
    Il s’arrête, et fait signe aux Muses d’écouter.

    (L’art d’être grand-père)

    mars 31, 2008 à 19 h 03 min

  75. 120

    Ecrit par Maurice Béjart et Jacques Brel

    http://fr.youtube.com/watch?v=DFvpmBiyvnQ

    mars 31, 2008 à 19 h 07 min

  76. 120

    Ecrit par : Christian Bobin

    L’arbre devant la fenêtre prépare le printemps. Il médite dans le froid sur ce qu’il donnera bientôt.

    *

    Dans quelques semaines il proposera au monde plus de lumière que tous le slivres jamais écrits. Cette lumière passera et l’an prochain il en donnera une autre, encore. C’est le nom de son travail et c’est le nom du travail des vivants tant qu’il leur reste une saison, un jour, une heure : donner, encore.

    *

    Le bleu a lancé son offensive en début d’après-midi. En moins d’une heure il était partout dans le ciel et les yeux des passants.

    *

    Moineaux, écureuils et corneilles : l’arbre reçoit un courrier chaque jour plus abondant.

    *

    Les premiers bourgeons surgissent, denses, resserrés autour d’une vérité encore trop fragile pour être dite.

    *

    Une main invisible a déchiré les bourgeons d’un seul coup, comme on ouvre une lettre dont notre sort dépend. Un flot de lumière verte en est sorti.

    *

    L’arbre s’entretient avec le vent des choses éternelles et ses jeunes feuilles en frémissent de plaisir.

    *

    Des oiseaux se posent sur lui comme des notes en bas de page, dans un livre savant.

    *

    Les moineaux envahissent l’arbre devant la fenêtre sans lui enlever une paix dont leurs bavardages sont une part substantiele.

    *

    Les fleurs des acacias, blanches et grêles, ont l’éclat d’un baiser d’enfant.

    *

    De nombreuses religions prétendent qu’il suffit d’un petit nombre de justes pour sauver le monde. Il est possible que nous soyons descendus en dessous de ce chiffre – à moins que l’on considère cet arbre et ses semblables comme des justes.

    *

    etc…

    (La présence pure, Le temps qu’il fait, 1999)

    mars 31, 2008 à 19 h 38 min

  77. complètement cinglés ces japonais !

    mars 31, 2008 à 20 h 48 min

  78. 120

    Ecrit par : Eugène Guillevic

    LA LIGNE DU PRINTEMPS

    Nous voyons tous les jours
    Des arabesques sur le sol et dans le ciel.

    D’autres arabesques,
    Nous les devinons.

    Ce sont les arabesques
    De la beauté qui va venir

    Quand le printemps s’annonce.

    ***

    Nous allons vouloir être dehors
    Comme les heures du jour.

    Nous allons vouloir
    Etre dehors pour sentir,

    Pour être avec le poids
    Qui réussit à s’élever.

    ***

    L’étendue par les fleurs,
    Par les herbes va dire :
    Encore et plus,
    C’est pour chacun.

    L’étendue par le ciel,
    Où que soit le soleil à partir du matin,
    Va dire : allons plus fort, plus haut.

    On sait : toutes les promesses,
    C’est à nous de les tenir.

    Et nous le pousserons plus loin
    Le printemps cette année.

    ***

    Ce qu’il y a
    De si gluant dans le printemps,
    Qui peut déplaire.

    Mais quoi n’accepte pas la beauté,
    Au printemps ?

    Arbres qui travaillez à la faire éclater,
    Vous occupez l’espace du bonheur

    Où chacun va pouvoir
    Vous suivre dans vos fleurs.

    ***

    Le bonheur
    Au goût de pervenche et de reinette,

    Le bonheur que l’on peut dans un corps
    Tenir comme on fait
    Avec un galet ou avec un sein,

    Le bonheur à la corolle de pervenche
    Sous le défi de la rosée,

    Le bonheur,
    Nous le préférons

    Ainsi que vous feriez
    Squelettes, si vous pouviez.

    ***

    C’est comme si nous puisions
    La bonté à grands seaux
    Dans des puits de lumière.

    La lumière aujourd’hui
    Est la seule faux qui soit.

    Ceux pour qui la bonté n’est rien
    Sont très gênés.

    Ils ne vont pas savoir mourir
    Quand il faudra.

    Ils maudiront couchés
    Les héros et les rues.

    ***

    Un printemps à ne pas vouloir
    Que l’été tombe et se revanche

    En donnant à l’automne
    Des couleurs de folie.

    (Terre à bonheur, Seghers, 1951)

    avril 2, 2008 à 10 h 22 min

  79. 120

    Ecrit par : François Jacqmin

    LE PRINTEMPS (suite)

    Pour la première fois dans
    l’histoire du monde, il fait
    plus beau qu’ailleurs.

    Les enfants défient toutes
    les lois de la gravité.

    Ils sentent que l’absolu a
    des vibrations de toupie.

    ***

    Peut-on désigner par un mot
    ce qui ne porte pas de robe ?

    Je parle de la jeune pluie
    qui stimule l’argile et bleuit
    l’épaule des cardamines.

    L’eau devine les formes les
    plus indécises du printemps.

    ***

    La vie reprend haleine dans
    le lilas.

    L’illusion est délectable.

    On se protège du destin en
    mangeant une fraise.

    Dans sa douce duplicité, le
    coucou tente un timide
    avertissement.

    ***

    Dans toutes les langues du monde,
    l’oeuf est un mot en formation.

    C’est un gousset d’aspirations
    molles retenues par une frontière
    de silence chaulé.

    Le temps le tient dans sa mire.

    Sa première tentative d’être sera
    une cassure ; son expression,
    une astuce au visage de poussin.

    ***

    Chaque printemps qui revient
    exhale l’odeur de promesses
    pourries.

    Il a le goût d’anciens
    destins.

    C’est le surprenant miasme des
    vieux puits subitement mis au
    jour.

    Qui oserait défier le sourire des
    caveaux ?

    ***

    etc…

    (ibidem)

    avril 2, 2008 à 16 h 13 min

  80. 120

    Ecrit par : Christian Bobin

    Le soleil parlait si clairement ce matin que, si j’avais pu prendre en note ce qu’il disait, j’aurais écrit le plus beau livre de tous les siècles.

    ***

    Le paradis, ce serait de vivre une journée entière comme une seule de ces primevères.

    ***

    Les bourgeons du tilleul se sont ouverts et les premières feuilles en sortent, petites et chiffonnées comme des mouchoirs d’enfant tirés du fond d’une poche.

    ***

    L’exubérante floraison du magnolia dans les derniers jours de mars est ce qui ressemble le plus au coeur des saintes.

    ***

    etc…

    (Ressusciter, Gallimard, 2001)

    avril 2, 2008 à 19 h 39 min

  81. 120

    Ecrit par : François Jacqmin

    LE PRINTEMPS (suite)

    Le pré connaît la rébellion
    douceâtre des cardamines.

    Leur tumulte a raison de
    l’humidité pédante des pâturages.

    La brise anime le bleu
    triste de leur victoire.

    ***

    Les soins du corps ont un goût
    de tourment.

    Le plaisir de plaire aspire à
    une aliance avec l’illimité.

    La beauté s’élève contre tout
    ce qui n’adopte pas la démesure.

    Il en coûte d’écouter la chair
    lorque le soir descend.

    ***

    La pâquerette se joue de la
    pesanteur du verger.

    Elle traverse la trivialité
    des saisons sur les reins
    lisses de l’herbe.

    On se perd dans l’engrenage
    de ses pétales.

    ***

    Il règne une félicité évasive
    dont le dessein est de dissimuler.

    dans les airs, il y a un triomphe
    étrange que la grâce
    d’être neuf rend peu perceptible.

    En scrutant l’ombre des bois
    la pervenche sent confusément
    qu’un secret est à l’oeuvre.

    ***

    Le beau temps parfume la
    postérité.

    Les jeunes femmes flottent
    dans cette essence perpétuellement
    distillée.

    Elles savent dicrètement.
    Et en sourient.

    ***

    etc…

    (ibidem)

    avril 2, 2008 à 19 h 58 min

  82. 120

    Ecrit par : Charles Baudelaire

    LE SOLEIL

    Le long du vieux faubourg, où pendant aux masures
    Les persiennes, abri des secrètes luxures,
    Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés
    Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,
    Je vais m’exercer seul à ma fantasque escrime,
    Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,
    Trébuchant sur les mots comme sur les pavés,
    Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.

    Ce père nourricier, ennemi des chloroses,
    Eveille dans les champs les vers comme les roses ;
    Il fait s’évaporer les soucis vers le ciel,
    Et remplit les cerveaux et les ruches de miel.
    C’ets lui qui rajeunit les porteurs de béquilles
    Et les rend gais et doux comme des jeunes filles,
    Et commande aux moissons de croître et de mûrir
    Dans le coeur immortel qui toujours veut fleurir !

    Quand, ainsi qu’un poëte, il descend dans les villes,
    Il ennoblit le sort des choses les plus viles,
    Et s’introduit en roi, sans bruit et sans valets,
    Dans tous les hôpitaux et dans tous les palais.

    (Les fleurs du mal, 1861)

    avril 4, 2008 à 20 h 36 min

  83. 120

    Ecrit par : Anna de Noailles

    LE CHANT DU PRINTEMPS

    Le silence et les bruits, soudain, dans l’air humide
    Ont ce soir un accent plus vaste et plus ardent ;
    Sur le vent aminci Février fuit, rapide,
    Quelqu’un revient, je sens qu’il vient, c’est le Printemps !

    Hôte mystérieux, il est là sous la terre,
    Il est près du branchage éploré des forêts,
    Il monte, il s’est risqué, il ne peut pas se taire,
    Et son premier frisson répand tous ses secrets !

    Il passe, mais personne encore sur la route
    Ne peut le soupçonner, je regarde, j’écoute :

    – Oui, je t’ai reconnu, sublime Dépouillé !
    Solide vagabond sans fleurs et sans feuillage,
    Qui rampes, et répands sur les chemins mouillés
    Cette clarté pensive et ces poignants présages !

    Oui, je t’ai reconnu, ton souffle est devant toi
    Comme un tiède horizon où flotteront les graines ;
    Le silence attentif et fourmillant des bois
    S’emplit furtivement de ta languide haleine.

    Oui, je t’ai reconnu à ce trouble du coeur
    Qui arrête ma vie et la rend palpitante,
    Je suis la chasseresse ayant surpris l’odeur
    De la jeune antilope étourdie et courante !

    – Ah ! qui me tromperait, Printemps terrible et doux,
    Sur ton subtil arome et sur ta ressemblance,
    Je sais ton nom secret que les lis et les loups
    Proclameront la nuit dans le puissant silence !

    Je sais ton nom profond, chuchoté, recouvert,
    Mystérieux, sournois, débordant, formidable,
    Qui fait tressaillir l’eau, les écorces, les airs,
    Et germer jusqu’aux cieux la cendre impérissable !

    C’est toi l’Eros des Grecs, au rire frémissant,
    Le jeune homme à qui Pan, sonore et frénétique,
    Enseigne un chant par qui le flot phosphorescent
    Répond au long appel des astres pathétiques !

    C’est toi le renouveau, toi par qui l’aujourd’hui
    Est différent d’hier comme le jour de l’ombre ;
    Toi qui d’un autre bord où ton royaume luit,
    Fais retentir vers nous des fanrares sans nombre.

    Un ordre plus formel que la soif, que la faim,
    Commande par ta voix rapide, active, urgente,
    Et du fond des taillis et des gouffres marins
    Monte le chaud soupir des bêtes émergeantes !

    – Je te suivrai, Printemps, malgré les maux constants,
    Je te suivrai, j’irai sans défense et sans armes
    Vers ce vague bonheur qui brille au fond du temps
    Comme un fixe regard irrité par les larmes !

    (…)

    avril 4, 2008 à 21 h 20 min

  84. 120

    Ecrit par : François Jacqmin

    PRINTEMPS (suite)

    Le coeur s’acharne à consulter
    le feuillage.

    Mais la frondaison s’obstine
    à demeurer superficielle et
    frémissante.

    Je ne pourrai jamais prouver
    que j’ai traversé la forêt.

    ***

    Le verger est étourdi.

    Tout y est charme et entrave.

    Un vain et sublime embarras
    de fleur pèse sur les
    branches.

    Une fatalité ordinaire est
    sous la feuille.

    ***

    On pénètre le secret de
    l’espèce.

    Puis, on est ce secret.

    On devient enfin sa propre origine.

    ***

    D’interminables colonnes de
    champs marchent sous les
    fourches de la virginité.

    Il est impossible de regarder
    le sillon sans y voir
    une conspiration de l’amour.

    ***

    ferment du vide, l’absolu
    déborde sur l’herbe.

    Le pré dispose de cette
    faculté aiguë de rapprocher
    les sentiments extrêmes.

    Une fois de plus, le bon
    sens est écarté en faveur
    des graminées.

    ***

    etc…

    avril 4, 2008 à 21 h 39 min

  85. 120

    Ecrit par : Anna de Noailles

    LA NAISSANCE DU PRINTEMPS

    Un oiseau chante, l’air humide
    Tressaille d’un fécond bonheur,
    Un secret puissant et languide
    Traîne sa vapeur, sa moiteur.

    Ah ! sur toute la douce Europe
    Voici que s’éveille et s’étend
    – Parfum d’ambre et d’héliotrope, –
    Le romanesque du printemps !

    Dans le dur branchage circule
    La sève tendre aux tons d’azur ;
    L’eau semble en fleur ; la renoncule
    Scintille comme un ruisseau pur.

    Les oiseaux jettent l’étincelle
    De leur acide, frêle voix,
    Partout monte, gonfle, ruisselle
    Le parfum ingénu des bois.

    La terre noire se déchire
    Et la primevère apparaît ;
    Ainsi dans mon âme s’étire
    Une fine et neuve forêt.

    Printemps qui luttes et qui rêves,
    Dieu favori de l’Univers
    Tu prends mon coeur et le soulèves
    Jusqu’au faîte des arbres verts !

    Tu portes mon coeur sur les branches,
    Tu le joins aux gluants bourgeons,
    Tu le mets sous les ailes blanches
    Des bruyants, des flottants pigeons.

    Tu m’emplis d’une extase sainte
    Plus fraîche et vive que l’amour,
    Et je suis la jeune jacinthe
    Eblouie au lever du jour !

    avril 6, 2008 à 11 h 56 min

  86. 120

    Ecrit par : Victor Hugo

    1820

    Printemps. Mai le décrète, et c’est officiel.
    L’amour, cet enfer bleu très ressemblant au ciel,
    Emplit l’azur, les champs, les prés, les fleurs, les herbes ;
    Dans les hautes forêts lascives et superbes
    L’innocente nature épanouit son coeur
    Simple, immense, insulté par le merle moqueur.
    La volonté d’aimer règne, surnaturelle,
    Partout. -Comme on s’adore et comme on se querelle !
    Les papillons, lâchés dans le bois ingénu,
    Font avec le premier bouton de fleur venu
    Des infidélités aux roses, leurs amantes ;
    On entend murmurer les colères charmantes,
    Et tous les grands courroux des belles s’apaiser
    Dans le chuchotement auguste du baiser.
    Ô but profond des cieux, la vie universelle !
    Comme, afin que tout soit solide, tout chancelle !
    Comme tout cède afin que tout dure ! ô rayons !
    L’idylle en souriant dit au gouffre : Essayons !
    Et le gouffre obéit, et la mer sombre adore.
    Le germe éclôt, le nid chante, l’azur se dore ;
    L’éternelle indulgence au fond du firmament
    Rêve ; et les doux fichus s’envolent vaguement.

    (L’art d’être grand-père)

    avril 6, 2008 à 13 h 11 min

  87. 120

    Ecrit par : François Jacqmin

    LE PRINTEMPS (suite)

    Il faut revivre !

    Ce cri racle les murs jusqu’à
    la pierre.

    Tout est irrésistiblement
    cru.

    La vérité dégénère en délire
    oxalique.

    ***

    L’étendue se refait avec le
    sourire de ceux qui désespéraient.

    L’herbe reverdit autour des
    tombes.

    L’excès bondit hors de tout.

    ***

    La matière a approuvé
    le mystère.

    Les possibilités du temps
    sont digérées.

    Il est déjà trop tard pour
    s’initier à l’avenir.

    ***

    L’appétit est partout, discret
    comme une chose essentielle.

    La raison est immolée à un
    état quelconque, mais superbe.

    ***

    L’arbre refait son arc.

    Il tend le bourgeon jusqu’à
    la limite de la glu et
    frappe l’espèce d’étonnement.

    Ce qui est blessé suinte
    d’un désir propice.

    ***

    etc…

    (opus cité)

    avril 6, 2008 à 18 h 56 min

  88. 120

    Haikus du XXe siècle :

    Entouré de branches mortes
    il se redresse —
    le printemps !
    (Ishikawa Keirô

    *

    Bras croisés
    le printemps médite
    sur la vitesse des racines amères
    (Fuyuno Niji)

    *

    Après-midi fleuri —
    le désir abandonne
    les cadavres
    (Wada Gorô)

    *

    Derrière moi
    le printemps de la vie —
    je croque une fraise
    (Mizuhara Shûôshi)

    *

    Dans le secret du coeur
    le printemps me manque —
    j’ai vieilli
    (Awano Seiho)

    *

    Dans le vieux marais aussi
    le printemps friselise —
    la glace fond
    (Ozaki Meidô)

    *

    La marée de printemps —
    ici elle s’emporte
    là elle sourit
    (Matsumoto Takashi)

    *

    Dans la fente intime
    de la forêt en fleurs
    un souffle de branchies
    (Yagi Mikajo)

    *

    Si grandes
    sous le ciel voilé —
    les fleurs de pissenlit !
    (Matsumoto Takashi)

    *

    etc…

    avril 6, 2008 à 19 h 15 min

  89. 120

    Ecrit par : Emile Verhaeren

    RUMEURS

    La nuit est froide et l’aube âpre, givreuse et dure.
    Mais déjà la surelle emplit le talus vert
    Et sur le grand bois gris qu’abandonne l’hiver
    Flotte comme une écume immense de verdure.

    L’ossature géante et compacte des hêtres
    Se crispe, nue encore, et se raidit là-haut,
    Tandis que le feuillage aminci du bouleau
    Chante au long de l’orée où les troupeaux vont paître.

    Tous les oiseaux sont revenus : les hochequeues,
    Les mésanges, les loriots, les rossignols
    Glissent dans les taillis et frôlent de leur vol
    La jaune parisette et la jacinthe bleue.

    Sur les linges, les draps, les taies,
    Qu’on sèche à l’air vierge et vermeil,
    Pleuvent, partout, le long des haies,
    Les ors mobiles du soleil.

    Là-bas, au fond des cours, s’allument
    Faux et râteaux, coutres et socs ;
    Comme de hauts bouquets et plumes
    Sur les fumiers luisent les coqs.

    Pâques descend sur le village :
    Tout est lavé, même l’égout ;
    Et l’on suspend l’oiseau en cage,
    Près de la porte à l’ancien clou.

    (Les plaines)

    avril 7, 2008 à 10 h 55 min

  90. 120

    Ecrit par : Anna de Noailles

    UN JARDIN AU PRINTEMPS

    La pensée écartant son aile
    Montre le pollen de son coeur ;
    Un frelon, trop pesant pour elle,
    Fait osciller la douce fleur.

    (…)
    La framboise et la bergamote
    Parfument le gosier divin
    De fleurs dont la guirlande flotte
    Sur l’azur ailé du matin.

    Un sapin gonfle son armure,
    Son dôme immense et soucieux ;
    Cher orgueilleux de la nature,
    Comme vous rêvez dans les cieux.

    Ah ! que l’étendue est féconde !
    Que tout est mol et cotonneux !
    Chaque bourgeon est comme un monde
    De duvets, de gommes, de noeuds.

    (…)
    Tout est miroitant, tout est moite,
    Les cocons des bosquets futurs
    Sont pleins de suc, de franges, d’ouate.
    Flocons de garance et d’azur !

    Ô sève rose ! ô sève bleue !
    Perles d’amour, miel infini,
    Sucre qui fait de lieue en lieue
    Luire le globe rajeuni,

    Lait bouillonnant au bord des branches,
    Sang de cristal, mauve liqueur,
    L’urne immense qui vous épanche
    N’est pas plus vaste que mon coeur.

    Comme la feuille naît sur l’arbre
    L’arbre croît sur mon coeur profond :
    Je suis l’onde, le sol, le marbre
    Qui porte l’azur et le mont !

    Et j’accepte qu’un jour mon être
    Au sein de l’ombre soit jeté,
    Si ma tendresse doit renaître
    Dans le Printemps illimité…

    avril 7, 2008 à 11 h 06 min

  91. Vincent

    Anna de Noailles est souvent considérée comme un poète mineur, mièvre et limite ridicule. Je ne sais pas vous, mais moi – dans le style – j’aime plutôt bien.

    Mais mon « préféré » – du moins sur le sujet – reste peut-être Jacqmin. Allez, encore un petit extrait (le dernier) pour la route !

    avril 7, 2008 à 11 h 09 min

  92. 120

    Ecrit par : François Jacqmin

    PRINTEMPS (suite)

    Une grande tristesse s’empare
    du corps à la pensée de refaire
    une oeuvre inutile et infinie.

    Il craint le beau temps qui
    s’assied sans scrupule sur les
    blessures de l’hiver.

    Il ne partage pas
    le monstrueux préjugé de la
    sève.

    ***

    Rien n’est plus désolant que
    de connaître les ressorts du
    plaisir.

    Une joie reconnue est une joie
    dépravée.

    Celui qui sait ne voit qu’un
    horizon jaune dans la gorge
    des jonquilles.

    ***

    Qui se souviendra que la cerise
    fut une fleur ?

    Qui dira que l’arbre fut un
    bouquet qui dépassa
    l’entendement du monde ?

    N’est-il pas de tocsin pour
    nous avertir de cette mort qui
    vient par la beauté ?

    ***

    Tôt ou tard, chacun connaît
    un printemps qui fait passer
    sur l’autre rive du temps.

    Là-bas, tout souvenir heureux
    a les traits d’un malheur irréparable.

    Les oiseaux les plus ingénieux
    y sont les outils
    de la peur et du silence.

    ***

    Qu’adviendrait-il du monde si
    le printemps était fidèle à sa
    promesse ?

    Le vacarme des sources
    serait décrié comme un règne
    confus.

    L’exaspération de respirer serait
    alourdie de l’écume de la
    flore.

    Le déséquilibre de la naissance
    serait sur tous les visages.

    (Les saisons, Labor, 1988)

    avril 7, 2008 à 11 h 18 min

  93. 120

    Ecrit par Pierre Desproges

    PRINTEMPS

    Au printemps, la nature change de peau. Les verdoissiers marronnent, les marronniers verdoient, le chat-huant hue, le paon puant pue,le matou mutant mue, Bernard-Henry Lévy refait sa mise en plis. Dans la rue, les femmes vont le buste haut, claquant le bitume d’un talon conquérant. Les manteaux qui cachaient les formes ont fait place aux jupettes qui montrent les candeurs de l’arrière-genou. (…) Le temps est à l’amour, les effluves érotiques sont dans l’air qui sent le mur chaud et la sève des sous-bois. Dans les allées cavalières de la forêt de Chambord, les amants au crépuscule sont en feu. Sous l’oeil allumé de l’écureuil astiquant ses noisettes, le merle et la merlette vont au plume et le cerf joue la biche.

    (Fonds de tiroir, Seuil, 1990)

    avril 10, 2008 à 8 h 44 min

  94. 120

    Ecrit par : Pierre Perret

    C’EST L’PRINTEMPS

    C’est l’printemps
    Tout le monde baise à perdre haleine
    Les reins des chattes et des hyènes
    Vont endurer du mauvais temps
    C’est l’printemps
    Deux clébards marchent sur six pattes
    Les macchabées soulèvent les boîtes
    Les taureaux montent sur leur maman
    C’est l’printemps
    Le lièvre dit à la tortue
    Je t’en supplie dégage la rue
    Pour moi c’est fini d’puis longtemps
    C’est l’printemps
    La chèvre de M’sieur Seguin demande
    Au loup qui a la lippe friande
    S’il veut pas la sauter avant

    C’est l’printemps
    L’chap’ron rouge en moins d’un quart d’heure
    Découvre les vertus du beurre
    Dont elle usait tout autrement
    C’est l’printemps
    L’renard dit au corbeau t’es bête
    Si seulement t’enlève ta jaquette
    J’te laisse ton calendo coulant
    C’est l’printemps
    Pinocchio qui voit que sa bébête
    S’allonge autant que son pifomètre
    Renverse les chaises en pleurant
    C’est l’printemps
    L’ogre qui a passé l’hiver sage
    Qui a un faible pour les pucelages
    Réveille le prince charmant

    C’est l’printemps
    Y a la tour Eiffel qui s’emballe
    Qui se penche sur le trou des halles
    Pour lui faire un jardin d’enfants
    C’est l’printemps
    Deux escargots sur l’herbe tendre
    Qui copulaient depuis septembre
    Viennent de prendre le pied brutal’ment
    C’est l’printemps
    La jeune veuve avant qu’elle se fane
    Se fait l’meunier son fils et l’âne
    Et le laboureur et ses enfants
    C’est l’printemps
    Blanche-Neige est fatiguée pauvrette
    De recoudre les boutons d’braguette
    Des nains qui bandent comme des pur-sang

    C’est l’printemps
    Le p’tit poucet sème la pilule
    Inutilement car ça pullule
    De gros bûch’rons tout frémissants
    C’est l’printemps
    Cendrillon rêve d’avoir un jules
    Qui puisse comme cette foutue pendule
    Tirer ses douze coups en suivant
    C’est l’printemps
    Je vous quitte là mes bien chers frères
    Ma femme m’a dit j’vais m’faire la paire
    J’sais pas laquelle exactement
    C’est l’printemps

    avril 10, 2008 à 8 h 54 min

  95. 120

    Ecrit par : Paul Eluard

    CHRONIQUE

    Le ventre gros de printemps
    C’est une femme qui naît

    Sous le poids du soleil vert
    Les nuages disparaissent

    Dans leur eau pure les bêtes
    Fendent les herbes du ciel

    La femme a levé la tête
    Et ses songes la dévoilent

    Le chemin de son sourire
    Passe par ses seins d’oiseau

    Que guettent les bêtes tendres.

    (Le livre ouvert, Gallimard, 1947)

    avril 10, 2008 à 16 h 17 min

  96. Amélie

    Moi aussi je suis une femme qui naît, ce printemps.

    avril 10, 2008 à 16 h 26 min

  97. 120

    Ecrit par : Léo Ferré

    C’EST L’PRINTEMPS

    Y a la nature qu’est tout en sueur
    Dans les hectares y a du bonheur

    C’est l’printemps

    Y a des lilas qu’ont même plus l’temps
    De s’faire tout mauves ou bien tout blancs

    C’est l’printemps

    Y a du blé qui s’fait du mouron
    Les oiseaux eux ils disent pas non

    C’est l’printemps

    y a nos chagrins qu’ont des couleurs
    Y a même du printemps chez l’malheur

    Y a la mer qui s’prend pour Monet
    Ou pour Gauguin ou pour Manet

    C’est l’printemps

    Y a des nuages qui n’ont plus d’quoi
    On dirait d’la barbe à papa

    C’est l’printemps

    Y a l’vent du nord qu’a pris l’accent
    Avec Mistral il passe son temps

    C’est l’printemps

    Y a la pluie qu’est passée chez Dior
    Pour s’payer l’modèle Soleil d’Or

    Y a la route qui s’fait nationale
    Et des fourmis qui s’font la malle

    C’est l’printemps

    Y a d’la luzerne au fond des lits
    Et puis l’faucheur qui lui sourit

    C’est l’printemps

    Y a des souris qui s’font les dents
    Sur les matous par conséquent

    C’est l’printemps

    Y a des voix d’or dans un seul cri
    C’est la Sixtine qui sort la nuit

    Y a la nature qui s’tape un bol
    A la santé du rossignol

    C’est l’printemps

    Y a l’beaujolais qui la ramène
    Et Mimi qui s’prend pour Carmen

    C’est l’printemps

    Y a l’île Saint-Louis qui rentre en Seine
    Et puis Paris qui s’y promène

    C’est l’printemps

    Y a l’été qui s’pointe dans la rue
    Et des ballots qui n’ont pas vu

    Qu’c’était l’printemps

    avril 10, 2008 à 18 h 07 min

  98. 120

    Ecrit par : Arthur Rimbaud (appelant, lui aussi, le retour de Cybèle)

    SOLEIL ET CHAIR

    Le Soleil, le foyer de tendresse et de vue,
    Verse l’amour brûlant à la terre ravie,
    Et, quand on est couché sur la vallée, on sent
    Que la terre est nubile et déborde de sang ;
    Que son immense sein, soulevé par une âme,
    Est d’amour comme dieu, de chair comme la femme,
    Et qu’il renferme, gros de sève et de rayons,
    Le grand fourmillement de tous les embryons !

    Et tout croît, et tout monte ! — O Vénus, ô Déesse !
    Je regrette le temps de l’antique jeunesse,
    Des satyres lascifs, des faunes animaux,
    Dieux qui mordaient d’amour l’écorce des rameaux
    Et dans les nénufars baisaient la Nymphe blonde !
    Je regrette les temps où la sève du monde,
    L’eau du fleuve, le sang rose des arbres verts
    Dans les veines de Pan mettaient un univers !
    Où le sol palpitait, vert, sous ses pieds de chèvre ;
    Où baisant mollement la clair syrinx, sa lèvre
    Modulait sous le ciel le grand hymne d’amour ;
    Où, debout sur la plaine, il entendait autour
    Répondre à son appel la nature vivante ;
    Où les arbres muets, berçant l’oiseau qui chante,
    La terre berçant l’homme, et tout l’Océan bleu
    Et tous les animaux aimaient, aimaient en Dieu !
    Je regrette les temps de la grande Cybèle
    Qu’on disiat parcourir, gigantesquement belle,
    Sur un grand char d’airain, les splendides cités ;
    Son double sein versait dans les immensités
    Le pur ruissellement de la vie infinie.
    L’Homme suçait, heureux, sa mamelle bénie,
    Comme un petit enfant, jouant sur ses genoux.
    — Parce qu’il était fort, l’Homme était chaste et doux.

    Misère ! Maintenant il dit : Je sais les choses,
    Et va, les yeux fermés et les oreilles closes.
    — Et pourtant, plus de dieux ! plus de dieux ! l’Homme est Roi,
    L’Homme est Dieu ! Mais l’Amour, voilà la grande Foi !
    Oh ! si l’homme puisait encore à ta mamelle,
    Grande mère des dieux et des hommes, Cybèle ;
    S’il n’avait pas laissé l’immortelle Astarté
    Qui jadis, émergeant dans l’immense clarté
    Des flots bleus, fleur de chair que la vague parfume,
    Montra son nombril rose où vint neiger l’écume,
    Et fit chanter, Déesse aux grands yeux noirs vainqueurs,
    Le rossignol aux bois et l’amour dans les coeurs !

    (Poésies, mai 1870)

    avril 11, 2008 à 8 h 12 min

  99. 120

    Ecrit par : Anna de Noailles

    LA BEAUTE DU PRINTEMPS

    Ainsi, quand j’aurai dit combien je vous adore,
    Combien je vous désire, et combien je t’attends,
    Ivresse de l’année, ineffable Printemps,
    Tu seras plus limpide et plus luisant encore
    Que mon rêve volant, éclatant et chantant !

    (…)

    La juvénile odeur, aiguë, acide, frêle
    Des feuillages naissants, tout en verts taffetas,
    Sera plus évidente à mon vif odorat,
    Que n’est aux dents le goût de la fraise nouvelle,
    Que n’est le poids charmant des bouquets dans les bras.

    Devant un si fécond et si profond spectacle,
    Je resterai les doigts disjoints, le coeur épars,
    Sentant que le bonheur me vient de toute part,
    Que chaque grain de terre a fait le doux miracle
    D’être un peu de pistil, de corolle et de nard.

    (…)

    Et je le vois, un clair, un frais, un chaud vertige
    Fait plier le branchage et ses bourgeons naïfs ;
    Une vapeur d’extase émane des massifs,
    On sent irradier de la plus humble tige
    Quelque parfum hardi, insistant, incisif…

    Puisque mes mots chargés de pollens et d’aromes,
    Puisque mes chants toujours troublés jusques aux pleurs
    Ô mon Printemps divin, n’auront pas le bonheur
    De pouvoir égaler la saveur de tes baumes,
    Je m’arrête et soupire au milieu de tes fleurs.

    (…)

    avril 13, 2008 à 10 h 04 min

  100. 120

    Ecrit par : Emile Verhaeren

    LES FLEURS

    En ces heures de jeune de bel avril dardé,
    L’hiver, à tout jamais, semble barricadé
    Là-bas, au nord, derrière un mur de glace.
    Des souffles doux à de longs vols d’oiseaux s’enlacent
    Et visitent les champs, les bois et les vergers.
    Les abricotiers clairs et les pêchers légers
    Se décorent de fleurs blanches, roses, vermeilles
    Pour leurs noces avec le peuple des abeilles.
    Voici le bugle et le narcisse et le genêt
    Et la surelle et la bourse-à-pasteur, qui naît
    Aux premières clartés et vit jusqu’en décembre.
    Pistils couleur de sang, pétales couleur d’ambre,
    Toutes les fleurs, miettes de pluie ou de soleil,
    Avec joie et candeur sortent de leur sommeil
    Et regardent, avec leurs millions d’yeux chastes,
    Le printemps fourmillant ramper sous le ciel vaste.

    (Les plaines)

    avril 19, 2008 à 16 h 29 min

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s