"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Mangez préhisto !

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« L’homme est vieux de quelques millions d’années, disons quatre. Les plantes vasculaires sont beaucoup plus anciennes. Par contre la culture d’un tout petit nombre d’entre elles (quelques centaines sur un total de quelque 500 000) est un phénomène récent puisque ses premières traces ne semblent guère remonter à plus de 12 000 ans – et encore l’agriculture ne s’est-elle développée que progressivement et ponctuellement. Il n’y a que quelques décennies qu’elle a conquis la totalité de la planète ; jusqu’alors la cueillette tenait une part non négligeable dans l’économie de diverses populations, y compris en Europe. En tout cas, l’homme s’est exclusivement nourri pendant 3 988 000 ans des végétaux qui poussaient spontanément autour de lui (et qui y sont toujours…) ! Il ne se nourrit de plantes cultivées que depuis 332 fois moins de temps au maximum, mais il a presque totalement oublié à l’heure actuelle ces plantes qui donnaient la vie à ses ancêtres (en faisant une moyenne des différentes populations de cueilleurs-chasseurs, la part de la nourriture végétale s’élève environ à 80%, dépassant largement en quantité l’apport de la chasse).

Il semblait donc important de recueillir ce patrimoine qui se perd au fil des années et même des jours, car les anciens disparaissent, sans que leurs enfants ni leurs petits-enfants en se soient intéressés à leurs connaissance jugées rétrogrades… Et il fallait le compléter par une vision nouvelle, par des expériences aussi nombreuses que possible… C’est ce que j’essaie de faire (…) »

Ainsi s’exprime François Couplan, dans l’introduction du deuxième des trois tomes de son indispensable Encyclopédie des plantes sauvages d’Europe (éditions Equilibres) : une oeuvre qui mérite d’être honorée par le Parti Préhistorique… en attendant d’être reconnue d’utilité publique, voire même inscrite au patrimoine de l’humanité.

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57 Réponses

  1. Ourko

    Aaaah, si les parents de Christopher McCandless lui avaient offert cette Encyclopédie plutôt qu’une nouvelle voiture !!!

    mars 16, 2008 à 22 h 00 min

  2. Vincent

    … voire carrément un stage de survie douce http://www.couplan.com/pc/francais/services/survieprovence.htm

    …ou même de technique de vie primitive
    http://www.couplan.com/pc/francais/services/techniqueprimitive.htm

    mars 16, 2008 à 22 h 03 min

  3. 120

    Ecrit par François Couplan

    « (…) Il y a plusieurs millions d’années que l’homme consomme les herbes sauvages.

    Le dédain actuel de l’homme civilisé pour les plantes n’est qu’une attitude toute récente – qui correspond d’ailleurs à son éloignement général de la Nature. Pourtant il y a cinquante ans environ, les paysans grecs mangeaient encore comme leurs ancêtres du temps de Périclès : ils cultivaient des céréales, l’olivier et d’autres arbres fruitiers, mais ils n’avaient pas de potagers et ne consommaient commelégumes que les plantes sauvages qui les entouraient.

    Les meilleurs végétaux sauvages comestibles sont certainement nos « mauvaises herbes ». Celles-ci vivent depuis des millénaires avec l’agriculteur et envahissent le terrain dès qu’il le retourne. C’est pourquoi on les rencontre autour des habitations, des champs, au bord des chemins, dans les terrains vagues, etc… Elles ont d’ailleurs colonisé les divers continents à la suite des invasions européennes.

    Nombre de ces plantes robustes, à la vitalité étonnante et douées de moyens de dispersion très efficaces, ont été cultivées dans nos potagers, surtout aus XVIe et XVIIe siècles, pour leurs qualités alimentaires ou leurs vertus médicinales. Depuis, on les a oubliées au profit de plantes exotiques de culture beaucoup plus délicates, ou parfois importées, souvent inférieures quant à leurs propriétés bénéfiques pour l’organisme humain, mais dont l’aura de nouveauté a éclispé jusqu’à nos jours nos anciennes compagnes. Ces « mauvaises herbes » sont simplement des plantes dont nous ne connaissons pas, ou plus, les qualités.

    Les habitudes acquises à la ville et les monocultures ont favorisé ce processus. Mais il ne tient qu’à nous de le changer et de retrouver les myriades de goûts et les effets favorables à la santé que les plantes sauvages proposaient déjà à nos ancêtres. »

    (Introduction au Tome 1 de l’Encyclopédie des plantes comestibles d’Europes, Equilibres, 1989)

    mars 16, 2008 à 22 h 15 min

  4. Vincent

    Que ce que la Modernité juge – du haut de sa morale implacable – « mauvais » (en l’occurence des plantes), soit en fin de compte plutôt bénéfique, n’est pas si surprenant que cela (pour un membre du PP, tout au moins).

    mars 16, 2008 à 22 h 19 min

  5. Je ne pense pas que les choses puissent se faire comme ça, d’un coup de baguette magique. On ne peut pas passer directement d’une nourriture industrielle à la cueillette de plantes sauvages. Il existe un stade intermédiaire qui me semble incontournable, c’est celui de la production de ses propres plantes : ne consommer que les fruits et légumes que l’on produit soi-même. C’est ce que j’essaie de faire, c’est faisable mais assez difficile. Mis à part les céréales pour faire mon pain, je crois que je n’ai acheté aucun fruit et légume depuis une dizaine d’années (sauf quelques oranges achetées dans le cadre d’un circuit parallèle). Mais à quel prix ? C’est un véritable choix de vie (que j’assume par ailleurs pleinement).
    Il serait possible, comme le dit Couplan, de vivre de cueillette de plantes sauvages. Oui, en théorie. Sauf que dans la réalité, je ne connais aucun exemple de personnes pratiquant exclusivement ce type d’alimentation. Les rares personnes que je connais qui essaient de tirer parti des plantes sauvages sont des personnes qui cultivent déjà leurs propres légumes. L’évolution vers de nouveaux modes d’alimentation ne peut donc se faire que de manière progressive. Chaque chose en son temps !
    Dans son histoire, l’Homme a été chasseur-cueilleur, s’est ensuite transformé en paysan-jardinier avant de confier sa production à des industriels. S’il fallait refaire le chemin en sens inverse, nul doute qu’il faudrait refaire les autres étapes, une par une, en sens inverse. Mais si des gens comme Couplan, se mettent à dénigrer même le fait d’être paysan, à ne jurer que par la cueillette et donc à ôter la possibilité aux gens de passer par cette voie intermédiaire qu’est la production de ses propres légumes, il s’agit là d’une très grossière erreur, voire d’un énorme contre-sens. Je me méfie beaucoup des ayatollahs de ce genre. En tous les cas, le type d’ouvrage écrit par Couplan n’est pas à ranger au patrimoine de l’humanité comme le dit Vincent. Beaucoup trop sectaire et caricatural ! Et beaucoup trop loin de la réalité. On essaie de faire croire qu’on peut essayer de fonctionner comme aux temps immémoriaux. Quand j’ai envie de manger un lapin ou un poulet, je prends mon couteau et j’égorge. Mais je suis persuadé que ceux qui parlent de prélever directement leur nourriture dans la nature préfèrent aller chercher leur poulet chez le boucher (au mieux) ou en grande surface (au pire).

    mars 16, 2008 à 22 h 49 min

  6. Vincent

    Il y a malentendu, il me semble, sur le contenu de ses ouvrages et la motivation du bonhomme, Bernard : Couplan (du moins tel que je le lis) cherche juste à récupérer un savoir ancestral avant qu’il ne disparaisse totalement. Et un des moyens de le conserver est de l’expérimenter.

    Il n’a jamais (du moins dans ce que j’ai lu) prétendu qu’il fallait faire disparaître toute autre forme d’alimentation. D’ailleurs, une bonne partie de ses ouvrages rassemblent des recettes mélangeant des plantes sauvages aux aliments « modernes » (notamment ceux écrit en collaboration avec Marc Veyrat)

    mars 16, 2008 à 23 h 00 min

  7. Vincent

    Le seul reproche qu’on puisse éventuellement (et « gentiment » !) faire aux jardiniers « modernes » à partir des textes de Couplan est peut-être juste le peu de considération qu’ils portent aux herbes qu’ils jugent « mauvaises » et qui ont pourtant accompagné et soutenu l’humanité pendant des millénaires (et sont parfois aussi « intéressantes », d’un point de vue gastronomique, que celles – plus spectaculaires, certes – qu’ils valorisent à leur détriment)..
    Rien de bien « sectaire, caricatural » et « éloigné de la réalité », à mon sens.

    mars 17, 2008 à 7 h 48 min

  8. Vincent

    Sinon – bien entendu ! – celui qui cultive lui-même ses fruits et légumes (façon néolithique) est quelque part plus « préhisto », ou du moins proche des plantes et de la terre, que celui qui se contente de les achèter au Monoprix de l’autre côté du Pont et se gargarise parce qu’une fois tous les dix ans il ajoute trois feuilles de platain dans sa salade (façon paléolithique).

    Si c’est ça que tu avais envie/besoin d’entendre, Bernard, c’est dit ! 😉

    mars 17, 2008 à 7 h 54 min

  9. Vincent

    Y’a pas que Couplan qui s’intéresse au sujet, il semblerait :
    http://www.lanutrition.fr/Le-repas-pr%C3%A9historique-a-683-182.html

    mars 17, 2008 à 11 h 02 min

  10. Amélie

    Si j’ai bien retenu la leçon déculpabilisante du post-modernisme : on peut acheter du jambon sous-vide à monop et le manger avec une soupe aux orties cueillies au bord d’un champ ! On peut « vivre » avec son temps sans oublier des « savoir-faires » issus d’autres temps. C’est plutôt génial, je trouve. On cumule des années de vie sur terre et on en absorbe la somme.

    mars 17, 2008 à 11 h 19 min

  11. Amélie

    Je n’ai pas eu l’impression que Couplan était un ayatollah. Ca s’est confirmé à la lecture recettes de Veyrat son ami, qui propose des trucs vraiment pas très préhistos, du genre des recettes de quiches vraiment toutes bêtes, dans lesquelles il commence par DEROULER LE ROULEAU DE PATE BRISEE QU IL A ACHETEE AU PREALABLE !!!! Qui poursuit en ajoutant de l’écume de ci ou de ça à quasiment chaque plat, « écume » confectionnée dans un siphon, avec des cartouches de gaz…
    du coup, c’est moi qui suis sectaire ! j’aime pas cette idée de cuisine !

    mars 17, 2008 à 11 h 23 min

  12. Amélie

    J’aime pas la cuisine que propose Veyrat, mais j’aime bien l’idée de Couplan d’apprendre à utiliser au mieux les plantes sauvages. Et pour ce qui est de mes achats, je n’achète rien dans les filières bio : je prends le moins cher sur l’étal d’Intermarché – si c’est bio, tant mieux, sinon, j’en fais pas un cas de conscience. POur le reste, je préfère fabriquer avec mes petites mimines, et du coup, je me préserve de toutes les pâtes pré-roulées, bouillons cubes aux glutamates et autres trucs dont je n’aime de toutes façons pas le goût.Je fais donc dans de l’archi simple, en limitant l’usage abusif des épices, plantes séchées et autres exhausteurs de goût, mais j’aime l’idée de mélanger à ces choses finalement assez brutes, le produit d’une cueillette sauvage.
    Là où j’ai grandi petite fille, on ramassait le pourpier au bord de la vigne pour le manger en vinaigrette, on mangeait de la soupe d’orties (c’était pas délicieux mais ça allait), et on ramassait amandes, mures et abricots sur des arbres en voie de redevenir sauvages, dans la garrigue. Le romarin et le thym qui parfumaient les pommes de terres sautées venait aussi de la garrigue.
    Ce n’est pas une attitude totalitaire. C’est juste très très plaisant et simple.

    mars 17, 2008 à 11 h 32 min

  13. Vincent

    Marc Veyrat n’a évidemment pas obtenu ses trois étoiles au Michelin et son 20/20 au G&M avec des pâtes à tarte de Monoprix, mais bien par une approche – comme tu dis si bien, Amélie – « post-moderne » de la cuisine : en tâchant d’associer le plus harmonieusement les techniques de pointes (il s’intéresse notamment à la chimie moléculaire des aliments) aux savoirs les plus traditionnels (en collaborant notamment avec François Couplan).

    mars 17, 2008 à 12 h 17 min

  14. Amélie

    Personnellement, j’aime l’idée d’être matériellement autonome. C’est pour cette raison aussi que je suis contente de constater qu’on dort sans problème à la belle étoile, avec un minimum d’équipement. De la même façon, j’aime l’idée d’être capable de me nourrir de ce que je peux trouver. Pour autant, ça ne veut pas dire que je renonce à tout le reste. Mais savoir qu’on est capable de trouver où qu’on soit, des plantes susceptibles de nous nourrir est presque du luxe, je trouve. En tous cas un luxe auquel il est difficile de renoncer….

    mars 17, 2008 à 15 h 58 min

  15. Vincent

    Le luxe de pouvoir quitter du jour au lendemain la civilisation pour s’isoler « into the wild » quand bon nous semble (et sans risquer pour autant sa vie), par exemple.

    mars 17, 2008 à 16 h 27 min

  16. Amélie

    Voilà. Il me suffit de savoir que c’est un luxe dont il m’est permis de disposer. C’est peut-être insignifiant pour certains, mais pour moi c’est essentiel.

    mars 17, 2008 à 16 h 41 min

  17. Vincent

    Ouvrir une nouvelle porte mais ne pas forcément la franchir, s’offrir une nouvelle potentialité sans chercher à l’épuiser, etc… il y a quelque chose comme cela dans le sentiment du « luxe », il me semble.

    (Le summum que j’ai pu éprouver en la matière a été lors d’une semaine de skier à Val d’Isère : non pas le simple fait de pouvoir y aller, mais, un matin, la décision prise au dernier moment (et sur un coup de tête) de ne finalement pas aller skier, alors que mon forfait était déjà (chèrement) payé.
    Mais bon… ce n’est pas trop le sujet… 😉 )

    mars 17, 2008 à 17 h 07 min

  18. Amélie

    Heuu… pour moi, là ça fait plutôt enfant gâté…

    mars 17, 2008 à 17 h 11 min

  19. 120

    Ecrit par : François Couplan et Marc Veyrat

    L’ORTIE (Urtica dioica)

    En Russie, on saute par-dessus les orties – du latin urere, brûler – comme on le fait ailleurs par-dessus les feux de la Saint-Jean, pour célébrer l’entrée du soleil dans l’été. Que l’ortie pique n’est un secret pour personne, mais cette particularité n’a rien fait pour améliorer sa réputation. C’est dommage, car il s’agit d’une des plantes les plus intéressantes du point de vue nutritinnel.
    L’ortie contient des protéines complètes, de même valeur que celles de la viande. Protéines qui renferment en proportion équilibrée les huit acides aminés essentiels que notre organisme ne peut synthétiser, ce qui, au demeurant, est le cas des parties vertes de tous les végétaux. Mais l’ortie en est particulièrement riche puisque sa teneur en protéines est, en poids sec, proche de celle du soja. De plus, elle contient beaucoup de fer, de provitamine A et de vitamine C. Et, comparée aux pilules multivitaminées des pharmacies, elle a l’avantage d’être beaucoup moins chère et nettement plus savoureuse…
    Pour en tirer le plus de plaisir gustatif possible, on ne cueille de l’ortie que les quelques feuilles qui terminent chaque tige en touffe. On peut alors la manger crue. Sans risque : une fois hachée, elle ne pique plus, et ce n’est que de cette manière que l’on peut découvrir son goût étonnant de haricot vert. Il est cependant plus courant de la faire cuire, de nombreuses manières. Si l’ortie est régulièrement coupée, on pourra récolter de nouvelles pousses du printemps à l’automne.

    Soupe d’ortie (30 min, 4 personnes)
    Pelez, lavez et coupez 400 g de pommes de terre en petits dés. Lavez les feuilles d’ortie (150 g). Faites fondre 50 g de beurre dans un faitout, ajoutez les pommes de terre, 100 g de feuilles d’ortie, le vert d’un poireau émincé, une pincée de gros sel et faites suer 8 min à couvert.
    Ajoutez 1,5 l d’eau et faites cuire à grosses ébullition pendant 25 min.
    Mixez et passez au chinois. Reversez la soupe dans une casserole au bain-marie, ajoutez la crème liquide et le beurre en pommade mélangée avec 40 g d’ortie ciselée. Mixez à nouveau pendant 20 s et gardez au bain-marie, puis mixez encore 30 s, pendant que vous faites blanchir le reste des feuilles d’ortie.
    Servez la soupe accompagnée des feuilles d’ortie blanchies. Vous pouvez aussi servir la soupe juste mixée, sans cette garniture.

    (Herbier gourmand, Hachette, 1997)

    mars 17, 2008 à 19 h 13 min

  20. 120

    Ecrit par : François Couplan (…tout seul)

    Soupe d’ortie
    – Lavez à grande eau les jeunes pousses (avec les quatre premières feuilles) puis laissez-les égoutter.
    – Faites fondre au fond d’une grande casserole des oignons et de l’ail dans un peu d’huile. Ajoutez les pousses d’Orties et laissez réduire.
    – Mettez alors dans la casserole les pommes de terre coupées en morceaux ou une céréale à cuisson rapide (boulgour, flocons, etc…). Ajoutez juste assez d’eau pour couvrir (dans le cas des pommes de terre) ou pour arriver à quelques centimètres au-dessus des légumes (si vous avez mis des céréales). Salez.
    – Faites cuire jusqu’à ce que les pommes de terre ou les céréales soient bien cuites et passez à la moulinette ou au mixer.

    (La cuisine sauvage, Encyclopédie des plantes comestibles de l’Europe, Volume 2, Equilibres, 1989)

    mars 17, 2008 à 19 h 23 min

  21. Vincent

    Les orties sont toutes fraîches en ce moment : précipitez-vous, testez (si vous ne connaissiez déjà) et dîtes-nous-en des nouvelles !!!

    mars 18, 2008 à 12 h 53 min

  22. Vincent

    mars 18, 2008 à 21 h 26 min

  23. Vincent

    Testé, hier soir, la première soupe, en y ajoutant juste un peu de Lamier pourpre (« Ortie rouge » ou « Pain-de-poulet » : http://isaisons.free.fr/lamier%20pourpre.jpg ) qui poussait à côté des orties.

    Honnêtement, les « Veyratismes » qui la distinguent de la seconde soupe (plus simple) ne sont peut-être pas indispensables : ils rajoutent beaucoup de gras (beurre, crème…) et surtout de manipulations (chinois, bain-marie, beurre en pommade, etc…) en fin de compte bien inutiles.

    mars 19, 2008 à 7 h 54 min

  24. Amelie

    C’est très bon quand-même : on dirait une soupe de haricots verts… mais en toute petite quantité pour ceux qui ne sont pas habitués à la cuisine au beurre et à la crème…

    mars 19, 2008 à 8 h 20 min

  25. 120

    Ecrit par François Couplan
    http://www.couplan.com/pc/francais/albums/cuisine_sauvage/canape_ortie.html

    « (…) Comme hors-d’oeuvre, nous alons préparer des canapés d’ortie (voir photo). Ces amuse-bouches, faciles et rapides à confectionner, sont toujours sûrs d’étonner et de plaire, même aux sceptiques. Les orties sont finement hachées puis ajoutées à un mélange de beurre rendu crémeux en le laissant quelque temps à température ambiante, d’huile d’olive, de sel, d’une pointe d’ail et d’un jus de citron. Il n’y a plus qu’à tartiner cette pâte verte et onctueuse sur des carrés d’un savoureux pain decampagne, que l’on peut décorer de la fleur d’ézur d’une bourrache ou de jaunes pétales de souci. Manger avec les yeux double le plaisir des papilles.(…) »

    (Ce sont les plantes qui sauvent les hommes, récit, Plon, 2005)

    mars 19, 2008 à 8 h 46 min

  26. 120

    Ecrit par François Couplan

    Si l’on place des rhizomes d’Ortie dans un pot rempli de terre et gardé à l’intérieur, il sera possible d’avoir des jeunes pousses en hiver, ce qui est appréciable dans les régions où le sol se couvre de neige.

    *
    Les fibres de la tige ont été employées depuis des temps reculés pour fabriquer cordes, filets de pêcheurs et tissus, principalement dans le Nord de l’Europe.

    *
    L’Ortie teint la laine en jaune-verdâtre avec de l’alun.

    *
    Les piqures d’Ortie soulagent l’arthrite et les rhumatismes. Les feuilles de Plantain ou de Rumex, écrasées et frottées sur la peau, suppriment d’ailleurs rapidement la sensation douloureuse due à l’Ortie.

    *
    etc…

    (Le régal végétal, Encyclopédie des plantes comestibles de l’Europe, volume 1, Equilibres, 1989)

    mars 19, 2008 à 8 h 56 min

  27. 120

    Ecrit par Pierre Lieutaghi

    « (…) Comme il est impossible de raconter toute la flore utile du proche voisinage des hommes, on sollicitera la grande ambassatrice des mauvaises herbes, la proverbiale soeur Ortie. Depuis la sédentarisation des sociétés, cette gourmande de nitrates et de phosphates a vu la multiplication prodigieuse de ses terres d’élection. Auparavant, elle se contentait des sols les plus riches des fonds de vallées, aux lisières des bois frais, sur les rives fumées par les hordes d’animaux qui vont boire. En lui offrant déchets organiques et cendres, les hommes la faisaient suzeraine du pied des murs, des rigoles d’eaux usées, des fossés, des décombres. On trouve ses graines dans beaucoup de stations néolithiques (cf. C. Jacquat, 1988)et sans doute y a-t-elle été favorisée, sinon introduite volontairement, parfois.

    Car la détestée fut longtemps bienvenue. D’abord comme aliment. Au printemps, ses pousses gaillardes précèdent la plupart des herbes vivaces, et plus d’un les a vu reverdir avec joie. Urticantes à l’état cru – mais de moins en moins à mesure qu’elles se flétrissent – elles perdent toute agressivité à la cuisson, se révélant du nombre des meilleures herbes à cuire (au stade adulte, elles prennent un goût désagréable et ne peuvent être consommées sans risques, au niveau rénal en particulier). En beaucoup de région d’Europe et d’Asie tempérée, l’ortie conserve un statut de plante alimentaire, chez nous occasionnel (sinon passé au plus paradoxal des modes : on la voit à la carte de quelques restaurants célèbres) mais parfois non négligeable ailleurs, ainsi dans l’Himalaya. (…) »

    (La plante compagne, pratique et imaginaire de la flore sauvage en Europe occidentale, Genève, 1991)

    mars 19, 2008 à 9 h 26 min

  28. 120

    Ecrit par : Thomas Campbell (1777-1844)
    http://cache.eb.com/eb/image?id=43966&rendTypeId=4

    « En Angleterre, j’ai mangé des orties, j’ai dormi dans des draps d’ortie et dîné sur une nappe d’ortie (…). Les tiges des vieilles orties sont aussi bonnes que le lin pour faire des étoffes. J’ai entendu ma mère dire qu’elle trouvait le tissu d’ortie plus durable qu’aucune autre sorte de toile. »

    (cité par Pierre Lieutaghi, ouvrage cité)

    mars 19, 2008 à 9 h 32 min

  29. Amelie

    Bon, on a mangé la soupe, et c’était bien bon… mais je m’sens pas l’énergie de carder et tisser de la tige d’ortie, là…

    mars 19, 2008 à 9 h 39 min

  30. Amelie

    En plus, moi je ne me serais pas infligé les piqures d’orties que tu as subies pour préparer la soupe… il doit y avoir une méthode pour ne pas se faire mal. Des gants d’ortie peut-être ??? 🙂

    mars 19, 2008 à 9 h 41 min

  31. 120

    Ecrit par : Ralph Waldo Emerson
    http://www.poetseers.org/early_american_poets/ralph_waldo_emerson/emersonpic/

    « Il n’y a pas de mauvaises herbes, il n’y a que des plantes dont nous ne connaissons pas les vertus ! »

    (cité par François Couplan dans Ce sont les plantes qui sauvent ls hommes, Plon, 2005)

    mars 19, 2008 à 12 h 09 min

  32. Vincent

    Pour ceux qui ont 26 minutes à perdre (ou à gagner !), voici un petit reportage sur le comportement alimentaire de nos ancêtres :

    Les 7 premières minutes (les plus intéressantes, à mon sens) sont consacrées au travail de François Couplan.

    mars 19, 2008 à 12 h 11 min

  33. 120

    Ecrit par : Eugène Guillevic

    Les massifs d’orties
    Servent de cicatrices.

    (Du domaine, Gallimard, 1977)

    mars 19, 2008 à 17 h 45 min

  34. Vincent

    Vu ce qui semble nous attendre (pas une petite crise, une belle, une vraie, comme en 29), il est peut-être temps de se serrer les coudes, et de réconcilier – entre autres – « paléo » et « néo » (cueilleurs d’orties et cultivateurs de poireaux), non ?

    mars 21, 2008 à 12 h 18 min

  35. Vincent

    Puisqu’il était question, plus haut, de Lamier pourpre (ou « Ortie rouge »), voilà quelques utilisations possibles de cette plante (transposables aux autres Lamiers : blanc, tâcheté, etc.) :

    Boulettes de Lamier (extrait de La cuisine sauvage)
    – Mélangez bien : 250 g de millet cuit précédemment, 200 g de feuilles de Lamier coupées finement, un oignon et 3-4 gousses d’ail hachées, une carotte râpée, une cuillère à soupe d’huile de tournesol, du thym et du sel.
    – Formez-en des boulettes que vous roulerez dans des grains de sésame légèrement grillés et pulvérisés dans un moulin à café. Disposez dans un plat huilé que vous mettrez à four moyen (350°F) pendant 20 minutes.
    – Servez avec une sauce préparée en broyant dans un mixer 100 g de graines de tournesol avec 1/4 de litre d’eau, 100 g de levure alimentaire (que vous ajouterez graduellement) et 2 cuillerées à soupe de tamari. Dégustez chaud.

    Soupe d’autrefois au lamier tacheté (extrait de Herbier gourmand)
    – Lavez, effeuillez et émincez environ 40 feuilles de lamier (en réservant 4 petits bouquets avec fleurs et 1 poignée de feuilles hachées pour la finition). Piquez 1 demi-oignon de clous de girofle. Epluchez, lavez et émincez 1 poireau et 3 pommes de terre moyennes (Pour un potage plus épais, prévoyez 2 pommes de terre de plus). Parez et émincez 1 chou-rave.
    – Faites chauffer 50 g de beurre dans une grande casserole sur feu doux, ajoutez le poireau et le lamier, faites suer, ajoutez les pommes de terre, le chou-rave, l’oignon et 1 bouquet garni. Versez 1,5 l de bouillon de légumes, puis laissez cuire doucement 40 min, en ajoutant 0,5 l le bouillon au fur et à mesure. Au bout de 30 min, salez à la fleur de sel. A la fin de la cuisson, retirez le bouquet garni et l’oignon. Passez la soupe au moulin à légumes, puis au chinois. Gardez-la au chaud.
    – Au moment de servir, ajoutez la poignée de lamier réservée, mixez, incoporez 10 cl de crème fleurette et 20 g de beurre. Rectifiez l’assaisonnement. Servez dans des assiettes décorées avec les bouquets de lamier.

    Soufflé aux fleurs de lamier cristallisées (extrait de Herbier gourmand)
    – La veille, détachez 40 fleurs de lamier du bouquet. Cassez 6 oeufs en versant les jaunes dans un bol et 5 blancs dans un autre. Trempez les fleurs de lamier dans 1 blanc légèrement blanchi dans une assiette, puis passez-les dans 50 g de sucre cristallisé. Déposez-les sur une plaque. Préchauffez le four à 100°C (th.3), glissez la plaque à mi-hauteur pendant 1 h. Déposez ensuite sur les fleurs une autre plaque et laissez encore 1 h.
    – Portez à ébullition 25 cl de lait avec 1 gousse de vanille fendue. Fouettez 3 jaunes et 50 g de sucre semoule jusqu’à ce que le mélange blanchisse. Incorporez 40 g de farine puis versez le lait bouillant filtré en remuant. Reversez dans la casserole, faites épaissir 2 min à feu doux en remuant vivement. Versez dans une jatte, passez à la surface 15 g de beurre et laissez refroidir cette crème pâtissière.
    – Préparez une crème anglaise avec 3 jaunes, 50 g de sucre et 25 cl de lait. Faites-la épaissir sans bouillir jusqu’à ce qu’elle nappe la cuillère. Ajoutez 2 cuillerées de feuilles de lamier hachées, laissez refroidir, passez au chinois.
    – Beurrez quatre moules à soufflé, mettez-les au frais, renouvelez l’opération et poudrez-les avec 25 g de sucre semoule. Montez 5 blancs d’oeufs en neige pas trop ferme avec une pincée de sel, incorporez 25 g de sucre. Mélangez délicatement les blancs et la crème pâtissière. Versez dans les moules en plusieurs couches, en intercalant des fleurs de lamier (gardez-en pour le décor). Faites cuire 8 min au four à 180° C (th. 6). Servez avec la crème anglaise, décorez avec des fleurs de lamier cristallisées.

    mars 22, 2008 à 11 h 52 min

  36. 120

    Ecrit par : Pierre Pelot (sur la tourte aux orties : ça vient de sortir !)

    « (…) Certes… ça brûle. Quand on y met la patte. On s’y frotte et on s’y pique, c’est même un vieil adage. Alors qu’il suffit de les caresser dans le sens du poil…
    Ca n’a pas l’air méchant, pourtant, ça ne porte pas de griffes, de piquants ni d’épines, ce n’est même pas une ronce, une rose, et ça n’a pas de dents, rien d’apparence mauvaise.
    Elles sont même plutôt jolies, sur leurs hautes tiges lancées, avec leurs feuilles frangées de dentelle, leurs mignonnes fleurs timides, discrètes, aux fragrances délicates qui ne vous soûlent pas les narines au détour de quelque imprudente reniflade.
    Les orties.
    Les orties de mauvaise vie, au sens où on le dit des dames qui font et vont pour nous a rendre belle.
    Et qui vont, les farouches, en hordes chevelues jusqu’au diable vauvert, en toutes terres, en tertres, creux et sommets, tous les terrains, qu’ils soient vagues ou points, les bords des sentiers, les chemins de traverse, les dépotoirs et les ravins, et les endroits généralement mal fréquentés.
    En meutes, ou solitaires, dans la moindre faille d’asphalte, vous en pouvez voir une au moins pointer quenotte.
    Ce qu’aux canins sauvages sont mes amis les renards de bon aloi, telles les orties se dressent parmi les herbes dites folles.
    Courbant la tête au moindre vent sous cette mauvaise réputation urticante qui vous est faite à la traîne de nos cuisants souvenirs enfantins, quand sur nos jambes nues maigrelettes nous traversions sans méfiance vos cohortes silencieuses, mesdames… Sans doute avons-nous tendance à ne nous souvenir plus crûment que du pire. Mais plus tard, pourtant, il s’est toujours trouvé une mère, une grand-mère, une parente quelqconque, pour nous proposer le meilleur sur un coin de nappe ou de toile cirée en nous offrant par presque surprise la première assiettée de soupe aux orties-mais-non-qui-ne-piquent-pas-gros-nigaud…
    Quand c’est cuit, c’est cuit. Un sanglier vous chargera-t-il encore en gigot ?
    Bien au chaud sous la pâte brisée, plus de danger. Ca vous ronronnera au palais, avec un petit goût sauvage de gibier, à la première salive. Mon père était chasseur et j’ai mangé du renard avant qu’il soit mon totem ; toute honte bue, j’en garde avec l’ortie cette souvenance aux papilles.
    Après que soient blondis des oignons émincés dans un rien d’huile d’olive, ajoutez les orties lavées et grossièrement hachées, puis de l’ail écrasé. Laissez faire, jusqu’à ce que ça fristolle un brin, comme on dit chez moi – jusqu’à ce que ça chantonne gentiment. Une fois touchée de tendresse de presque cuisson, ajoutez les oeufs battus, la crème fraîche, le sel et le poivre, et versez ce mélange sur le lit de pâte dans le moule à tarte, chapeautez le tout du reste de pâte en couvercle, bords soudés, un petit trou, une cheminée, un badigeonnage au jaune d’oeuf et zou ! Trente-cinq minutes à four moyen.
    Moins d’une heure après la cueillette, vous dégustez une magnifique tourte aux orties. Vous n’en revenez pas !
    Passé la pluie, quand les brumes se peignent aux sapins, on dit ici que les renards fument. Et les orties hochent la tête dans leurs pensées de feu couvant. (…) »

    (La croque buissonnière, Nil, 2008)

    mars 22, 2008 à 15 h 25 min

  37. 120

    Ecrit par : Victor Hugo (encore ?… oui mais sur l’ortie cette fois-ci)

    J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,
    Parce qu’on les hait ;
    Et que rien n’exauce et que tout châtie
    Leur morne souhait ;

    Parce qu’elles sont maudites, chétives,
    Noirs êtres rampants ;
    Parce qu’elles sont les tristes captives
    De leur guet-apens ;

    Parce qu’elles sont prises dans leur oeuvre ;
    Ô sort ! fatals noeuds !
    Parce que l’ortie est une couleuvre,
    L’araignée un gueux;

    Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes,
    Parce qu’on les fuit,
    Parce qu’elles sont toutes deux victimes
    De la sombre nuit…

    Passants, faites grâce à la plante obscure,
    Au pauvre animal.
    Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
    Oh ! plaignez le mal !

    Il n’est rien qui n’ait sa mélancolie ;
    Tout veut un baiser.
    Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie
    De les écraser,

    Pour peu qu’on leur jette un oeil moins superbe,
    Tout bas, loin du jour,
    La vilaine bête et la mauvaise herbe
    Murmurent : Amour !

    (Les contemplations)

    mars 27, 2008 à 22 h 00 min

  38. 120

    Ecrit par : Pierre Pelot

    « (…) Je ne doute pas que la soupe date de loin dans le temps. De très loin. Bien avant qu’on en inscrive jamais la première recette sur quelque tablette d’argile. Bien avant qu’on pense à le faire, mais aussi bien avant qu’on le sache.
    Il y a quelques centaines de milliers d’années, voire davantage, un jour, sans aucun doute, un homme ou une femme a inventé la soupe de plantes. Je crois que c’était l’ortie. J’en suis sûr. J’y étais.
    C’était ainsi :
    Avant que l’ombre devienne la plus courte, sous le soleil haut, Am-o-à avait attrapé deux poissons sous les pierres de la berge, dans l’eau claire qui lui montait aux genoux. Il leur avait planté le doigt dans la bouche et tordu la tête de côté, les avait déposés sur la rive, près du bois sec que les flammes courtes grignotaient depuis les premières clartés du jour. Puis il était allé cueillir les herbes aux feuilles brûlantes qu’il avait ramenées dans la peau du lièvre blanc aux grandes oreilles abattu à la fin de la neige.
    Il creusa, près du feu, avec un morceau de bâton, retira la terre qu’il tassa en bourrelet, rehaussant la profondeur du trou dans lequel il plaqua la peau.
    Il savait que l’eau emporte tout : la pluie sur les feuilles de l’herbe brûlante en atténuait la piqûre, et les tremper longtemps dans la rivière permettait de les manger ensuite sans que les lèvres et la langue gonflent. Il prit de l’eau dans ses mains réunies et la transvasa dans la petite excavation ; il fit beaucoup d’allers-retours, de la rivière au trou qu’il remplit ainsi jusqu’au bord de la peau, et, cela fait, il y plongea les feuilles d’herbes cueillies. Ensuite, il écarta les braises, en extirpa la pierre ronde qu’il y avait mise ; la saisissant entre deux fortes baguettes il la jeta sur les herbes, dans l’eau qui bouillonna et s’enfuma avec un violent chuintement. Il ajouta les deux poissons.
    L’haleine du feu sorti du galet qui s’élevait sur l’eau apaisée avait une odeur agréable. Il aimait cette odeur, attendue depuis l’instant où il avait frotté les morceaux de bois pour le feu : il la respira longuement. L’eau dans le trou était au point qu’il n’y pouvait tenir le doigt, mais pas encore assez chaude, elle ne frissonnait plus et le feu la quittait. Il en sortit la pierre douce, fumante, qu’il remplaça par une autre tirée de la braise, et cela fit un nouveau bouillonnement, crachant plus longtemps que la première fois. Puis il ajouta un troisième galet – le dernier.
    Les yeux des poissons de la rivière étaient devenus blancs, leur peau luisante s’était ternie et se détachait facilement, la chair amollie avait le goût des feuilles éteintes.
    Am-o-à mâchait sans hâte chaque bouchée d’herbes et de viande, avalant. Buvant l’eau encore tiède dans une feuille pliée en creux, suçant les dernières gouttes à même la peau retirée du trou. Son ventre plein gargouillait. Il se coucha sur le dos, les yeux fermés, dans le soleil qui se posait sur le coteau. L’ombre allongée d’un buissons proche le toucherait bientôt.
    Un des premières soupes aux orties, sans nul doute. Avec du poisson, pas encore une bouillabaisse, une bisque, mais sur le chemin.
    J’ai tenté l’aventure. Et ce n’est pas mauvais… »

    (La Croque buissonnière, NiL, 2008)

    avril 6, 2008 à 10 h 18 min

  39. Vincent

    Dites, les jardiniers (Bernard, ou les autres), pour info (parce qu’en la matière je n’y connais pas grand chose et n’ai surtout aucune expérience) quelles sont « mauvaises herbes » qui reviennent le plus souvent dans vos plate-bandes et qui vous posent le plus de problème ?

    avril 6, 2008 à 9 h 54 min

  40. Amélie

    Je suis allée me promener, hier dans le bois de Montfaucon, déterminée à trouver d’instinct des plantes comestibles…
    J’ai fait évaluer les fruits de ma cueillette au retour… j’aurais pu me purger » violemment !…

    avril 6, 2008 à 11 h 23 min

  41. Il est extrêmement facile de reconnaître une bonne herbe ou une mauvaise herbe. Pour le savoir, il suffit de l’arracher. Si elle repousse, c’est que c’est une mauvaise herbe !

    avril 6, 2008 à 11 h 32 min

  42. Plus sérieusement … il y a plein d’herbes que les jardiniers qualifient de mauvaises. Il n’y en a que deux qui me posent problème :
    – la renoncule (je crois que c’est la renoncule rampante), elle commence à me faire ch… cette plante ! J’ai consacré cinq ou six heures ce week-end à tenter d’éliminer cette plante de mes fraisiers.
    – le liseron. Je n’en ai aucun dans mon jardin, une véritable chance. Par contre, je fais aussi du jardin dans le champ de mon frère et là c’est la cata…
    Pour les autres plantes dites « mauvaises », je les supporte. Et, confidence pour confidence, je crois qu’elles me supportent aussi, c’est vous dire la ténacité des mauvaises herbes … !!!

    avril 6, 2008 à 12 h 04 min

  43. Vincent

    Juste pour info (pas pour résoudre le problème que cela te pose), d’après Couplan :

    Renoncule
    Toutes les Renoncules renferment à l’état frais de la protoanémonine en quantité variable et sont donc plus ou moins irritantes. Elles contiennent aussi des saponines. (…) Les feuilles du R.repens (Renoncule rampante) sont relativement peu irritantes et elles ont assez souvent été mangées, cuites, sur notre continent. (…) La dessication détruit également la protoanémonine qui se transforme en anémonine, substance non vésicante. Les substances âcres n’apparaissent pas lorsquee la plante se développe se développe à l’obscurité. On pourrait donc blanchir les feuilles par buttage.

    Liseron
    Les rhizomes de la C.sepium (Liseron des haies) auraient été conommés, bouillis, par les Chinois et ses tiges l’auraient été en Inde… mais rhizomes et tiges sont minces et fibreux, et la plante est purgative. Ducomet signale avoir consommé les rhizomes sans malaise.

    Bon… y’a pas à dire, t’as bien raison de préférer les fraises !!! 😉

    avril 6, 2008 à 12 h 33 min

  44. Vincent

    Tiens, j’y pense…
    Au lieu de faire ça chacun de notre côté (et de risquer sa vie, comme Amélie), de ne pas oser franchir le pas ou de ne pas avoir les moyens d’investir dans l’Encyclopédie de Couplan, ça intéresserait du monde qu’on organise, pour les lecteurs du blog (et leurs amis) – même les non encartés au PP – des petites virées reconnaissance/cueillette/dégustation collectives de plantes sauvages ?
    En mêlant nos compétences, on devrait pouvoir confectionner un simili-repas.

    avril 6, 2008 à 12 h 39 min

  45. Je connais peu de choses en plantes mais je suis partant !
    Et puis si on s’empoisonne, c’est si drôle de mourir en groupe !

    avril 6, 2008 à 13 h 06 min

  46. amélie

    oui, oui ! bavant et convulsant tous de concert !!!

    avril 6, 2008 à 20 h 54 min

  47. 120

    Ecrit par : Pierre Desproges

    ERRATUM
    Dans notre édition d’hier, une légère erreur technique nous a fait imprimer les noms des champignons vénéneux sous les photos des champignons comestibles, et vice versa.
    Nos lecteurs survivants auront rectifié d’eux-mêmes.

    (Fonds de tiroir, Seuil, 1990)

    avril 10, 2008 à 8 h 31 min

  48. Vincent

    Bon, on ne sera vraisemblablement pas nombreux : tant pis ! Ou tant mieux !
    Ne reste donc plus qu’à déterminer une date… et un lieu.
    On en reparle ici ?

    avril 10, 2008 à 14 h 50 min

  49. Vincent

    On a cueilli des jeunes pousses — toutes fraîches — de Berce spondyle en revenant du rugby. Voilà ce qu’en disent François Couplan et Marc Veyrat :

    La berce est si commune — du littoral aux prairies subalpines, elle abonde dans les prés et au bord des chemins — que personne ou presque ne s’y intéresse, sauf pour nourrir les lapins. Et pourtant, depuis la nuit des temps, on la crédite de vertus aphrodisiaques. L’analyse chimique moderne a d’ailleurs décelé dans sa racine une substance analogue à la testostérone, ainsi que d’autres principes actifs qui pourraient avoir sur l’organisme les mêmes effets régénérateurs que le ginseng.

    Dès le début du printemps, les jeunes feuilles froissées, d’un joli vert tendre, offrent à nos palais leur saveur aromatique. Plus tard, quand elles auront pris avec l’âge ampleur et fermeté, elles feront encore de délicieux gratins, y compris leurs épaisses « queues », que les botanistes nomment pétioles, et qui se préparent comme les côtes de bette. Mais ce que Marc préfère, ce sont les jeunes tiges en cours de développement. De juin à juillet, elles sont très tendres (vos doigts le sentiront). Coupez-en une, sentez : un bouquet exotique d’agrume — de mandarine peut-être — et de noix de coco chatouille votre odorat. Mais au goût, c’est plutôt le concombre, sa texture croquante et sa saveur très fraîche, en plus sucré. Qu’un aussi bon légume existe est déjà étonnant, mais qu’il soit ignoré de nos contemporains est tout simplement sidérant. En outre, les fruits ou « grains » de la berce sont très aromatiques et peuvent servir d’épice.

    Tiges de berce à la vapeur
    Coupez une quinzaine de jeunes tiges de berce en tronçons de 5 cm. Comptez 7 tronçons par personne environ. Epluchez-les de façon à retirer l’épiderme et ne garder que la partie tendre. Faites-les blanchir à l’eau salée pendant 5 min environ.
    Versez 50 cl d’eau dans le fond d’une marmite à vapeur et ajoutez les feuilles de berce finement hachées. Mettez le panier de cuisson en place et déposez les tiges de berce. Couvrez et faites-les cuire 8 min à la vapeur sur feu doux.
    Servez-les nature, juste poudrées d’une dizaine de grains de sel de Guérande, posées sur quelques morceaux de feuilles de berce.

    (extraits de Herbier gourmand, Hachette, 1997)

    On vous en donnera des nouvelles !!!

    avril 13, 2008 à 13 h 01 min

  50. Ourko

    Et vous n’en donnez pas… c’est que vous vous êtes peut-être trompé de plante, c’est ça ? (y’a pas des plantes toxiques qui ressemblent à la Berce ?)

    avril 13, 2008 à 13 h 04 min

  51. Vincent

    Bon… On n’avait pas assez de tiges pour tester la recette ci-dessus (plus tard dans l’année sûrement). On a donc juste comparé les jeunes pousses, crues ou cuites à la poëlle. Dans le premier cas, ça a un peu le goût de mandarine (de peau de mandarine, pour être précis), dans le second, plutôt celui de noisette. Dans les deux, cependant, c’est assez fort, limite écoeurant. C’est une caractéristique d’ailleurs de toutes les plantes sauvages, selon Couplan, leur goût toujours prononcé qui donne du coup rapidement l’impression d’être rassasié.

    avril 13, 2008 à 20 h 48 min

  52. Ourko

    Et souviens-toi, Vincent, on ne dit pas « Je n’aime pas » mais… « Je ne suis pas habitué », hein ?

    avril 13, 2008 à 20 h 50 min

  53. 120

    Ecrit par : François Couplan

    BERCE (Heracleum)

    (…) On a consommé en Europe les racines de la Berce spondyle, espèce ubiquiste. Mais leur saveur est extrêmement aromatique et piquante : on ne peut les employer qu’en petites quantité, comme condiment dans les soupes par exemple. On a rapproché leurs propriétés médicinales de celles du Ginseng.

    Les jeunes tiges des Berces sont comestibles crues après avoir été pelées. Elles sont aromatiques — leur odeur rappelle nettement la Mandarine –, tendres et juteuses : elles sont excellentes mangées telles quelles, ou bien en salades. Il serait dommage de les faire cuire car elles perdraient leur arôme délicat et leur texture croquante, semblable, en plus tendre, à celle du Concombre.

    En Russie, les tiges et les pétioles étaient mis à sécher au soleil puis liés en bottes. Lorsqu’ils devenaient jaunes, on pouvait recueillir à leur surface une exsudation sucrée qui fournissait une friandise très appréciée. Ou bien on les mettait à fermenter pour faire une sorte de bière, qui était parfois distillée pour obtenir un alcool, le « Raka ».

    Jeunes pousses, feuilles et inflorescences non développées (elles sont enfermées dans un pétiole démesurément élargi d’une feuille) sont très bonnes à manger crues ou cuites. Les feuilles font en particulier d’excellentes soupes, et les jeunes inflorescences de délicieuses « Asperges ».

    En Europe orientale, on mélange des feuilles et des jeunes tiges de Berce avec de l’eau. Après fermentation, le résultat est consommé en soupe sous le nom de « Bortsch » (en Polonais « Barszsz »). L’acide lactique qui s’est formé assure la conservation du produit. Mais le « Bortsch » actuel (tel celui des restaurants russes) n’en est qu’un succédané bien pauvre en arôme : il est préparé à base de Betteraves rouges (un ingrédient récent, absent du « Bortsch » originel) qui ne sont même pas toujours lacto-fermentées, mais parfois simplement additionnées de vinaigre.

    (…) Les fruits des Berces, au goût aromatique très fort, un peu amer, peuvent être employés comme condiment, par exemple dans les Céréales.

    La Berce spondyle peut être ramassée en grandes quantités pendant presque toute l’année et fournit d’excellents légumes et épices. C’est une plante de base. La seule partie qui ne paraisse pas utilisable est l’inflorescence épanouie, dont l’odeur rappelle trop l’urine de chien.

    (…) Différentes espèces de Berce ont provoqué des inflammations de la peau, dues à des substances photodynamisantes (furanocoumarines) chez certains sujets sensibles. (…)

    (Le régal végétal, Encyclopédie des plantes comestibles de l’Europe, Volume 1, Equilibres, 1989)

    avril 13, 2008 à 21 h 22 min

  54. Amélie

    … on va vraisemblablement mettre un certain temps à s' »habituer »… J’ai du noyer chaque feuille de berce dans une grande bouchée d’un autre plat (délicieux, celui-là), que Vincent avait fait…
    c’est, fort, c’est âcre, ça pique, et c’est tenace comme goût !!!!

    avril 14, 2008 à 10 h 47 min

  55. Vincent

    Aujourd’hui, on a improvisé et testé une salade de pissenlit et plantain, cueillis dans le premier espace vert urbain venu, dans laquelle on a simplement ajouté du radis noir râpé, un demi-avocat coupé en petits morceaux et sel, huile d’olive, jus de citron. C’était tellement bon, mélangé à la raclette de midi, qu’on en a refait une identique pour le soir.

    avril 20, 2008 à 21 h 37 min

  56. Bien rôdée la conférence de Couplan (hier soir à Besançon) :

    Dans un premier temps, il met tout le monde de son côté en présentant ses recettes qui nous font saliver.

    Quand arrivent les questions de la salle, il saisit la première pour lancer par surprise sa thèse anti-néolithique : « la première graine avait en germe la bombe atomique. »

    Coup de bol : j’ai pu passer la fin de soirée avec lui.

    octobre 6, 2010 à 9 h 40 min

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