"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Into the wild !

Peut-être l’avez-vous vu, ou en avez-vous entendu parlé : Into the wild est un film réalisé en 2007 par Sean Penn. C’est l’adaptation du roman Voyage au bout de la solitude, écrit en 1996 par Jon Krakauer et relatant l’histoire vraie de Christopher McCandless.

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Rejetant tout autant les faux-semblant familiaux que les principes de la société moderne, ce jeune étudiant américain quitta tout pour partir sur la route, sans un sou ni prévenir personne, tout juste après avoir obtenu un diplôme lui promettant un brillant avenir. Après plusieurs rencontres et péripéties de « routard », il accomplit son rêve : vivre au coeur de la nature sauvage de l’Alaska. Réfugié dans un bus abandonné au milieu de nulle part, il resta ainsi cinq mois dans une sauvage solitude qui sembla assouvir sa soif de pureté et d’absolu.

Bloqué par une rivière en crue au moment où il décida de rentrer (après avoir notamment pris conscience que la solitude ne pouvait être un idéal pour l’être humain), il mourut peu de temps après, suite à l’ingestion d’une plante sauvage toxique.

Au-delà de la qualité propre du film, et du comédien, voire même de la musique, c’est à n’en pas douter un sujet qui ne peut qu’interpeler les membres du Parti Préhistorique. N’est-il pas comme une « preuve » de l’absurdité d’une telle volonté de « retour aux sources » ?

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106 Réponses

  1. Pascale

    Pas du tout! C’est vibrant d’humanité au contraire et une vraie satire de la société. Seul regret, la fausseté de la bande annonce qui promettait bien plus d’images sur la nature.

    mars 12, 2008 à 19 h 20 min

  2. Vincent

    Ça finit quand même bien mal, non ?… à moins, bien sûr, de considérer qu’une vie courte mais intense vaut mieux qu’une vie qui « dure » un peu, mais bon…

    Après, c’est sûr, il y a quelque chose de « touchant » dans la quête du jeune homme (et peut-être surtout dans le visage d’ange du comédien). Tout le monde est en plus quelque part tenté et titillé par cette quête extrême de liberté et d’intégrité.

    Mais quelle erreur fatale, tout de même, que ce « Complexe de Robinson » (bien plus « moderne » d’ailleurs, par son égocentrisme, que « préhistorique » pour reprendre notre terminologie simpliste).

    Et quelle naïveté aussi de croire qu’on peut survivre, ainsi, en pleine Nature sans connaissance ni préparation spécifique (comme si le « Retour à l’Etat de Nature » était « naturel ») ! Pour tout dire – et avoir dans mon jeune temps pratiqué justement la « survie » en forêt scandinave -, j’ai peine à croire qu’il ait pu ainsi survivre ne serait-ce que 5 mois avec un simple fusil (et sans connaissance précise de l’usage des plantes comestibles).

    Sinon, comme toi,Pascale, je m’attendais à m’immerger davantage en Alaska. J’ai été un peu frustré d’images de grands espaces.

    mars 12, 2008 à 22 h 04 min

  3. Vincent

    Qui d’autre l’a vu ?
    (Profitez-en ! Comme c’est un film « PP », si vous présentez votre carte du Parti Préhistorique au guichet, vous aurez une réduction… le lundi)

    mars 13, 2008 à 12 h 09 min

  4. Pascale

    Ce film est l’adaptation d’un livre (meiller paraît-il) qui retrace l’itinéraire vécu par ce jeune homme. C’est donc une histoire vraie qui a mal fini en effet. Mais je ne me permets pas de juger le chemin de chacun, sa quête, je la comprends…

    Me souviens d’un film extraordinaire (de 1975 je crois) qui devrait vous plaire si pas déjà vu : Dersou Ouzala de Kurozawa. On peut le revoir souvent sans jamais se lasser.

    mars 13, 2008 à 23 h 46 min

  5. Vincent

    C’est pas le film où il y a un petit bonhomme qui dit tout le temps « Capitan ! » dans les forêts sibériennes ? (C’est malheureusement le seul souvenir qui me reste… glargl !)

    De mon côté, je ferais aussi un parallèle mais avec Jeremia Johnson, un western à mon sens magnifique (et « écolo » avant l’heure) où Robert Redford part vivre loin de tout dans les Rocheuses.

    Pour revenir à l’histoire de Christoper McCandless, je serais tout de même curieux de savoir plus précisément ce qui est attesté (retrouvé dans le carnet qu’il semble avoir tenu) et ce qui est imaginé (par le romancier et/ou le cinéaste). C’est peut-être rendre très « prosaïque » un propos qui préfère peut-être la dimension métaphorique (ou fantasmatique) de cette histoire), mais je doute fortmemet qu’on puisse effectivement vivre 5 mois en Alaska, comme on nous le présete, avec une simple carabine (et combien de cartouches ?), sans un minimum de préparation et de connaissance (notamment en matière de chasse et de plantes comestibles).

    mars 14, 2008 à 12 h 16 min

  6. Vincent

    Sinon, Pascale, quand tu dis que tu comprends sa quête et ne juges pas, ça veut dire que si ton fils (ou un de tes proches) partait dans le même « trip », tu t’interdirais de lui exprimer la moindre réserve ?

    mars 14, 2008 à 12 h 19 min

  7. Pascale

    oui, c’est celui-là. pour te rafraîchir la mémoire: http://cinecritiques.free.fr/site/index.php?2006/05/24/267-dersou-ouzala-1975-akira-kurosawa

    mars 14, 2008 à 12 h 24 min

  8. Pascale

    Il y a aussi « Seul au monde » magnifiquement joué par Tom Hanks… et tant d’autres comme ceux contemplatifs du réalisateur sud-coréen Kim Ki-duk dont j’adore « Printemps, été, automne, hiver… et printemps » mais aussi, différents, « Samaria », « Locataires » etc. J’aime autant le livre que le cinéma, je suis foutue :-)!

    mars 14, 2008 à 12 h 45 min

  9. Pascale

    Je ne suis pas dans la situation de cette famille, heureusement! J’ai toujours un vrai dialogue avec mon fils de 17 ans et je pense qu’il serait capable d’entendre mes avertissements. S’il était majeur (comme dans le film) et voudrait se lancer dans ce genre d’aventure malgré mes conseils, je le laisserais faire. Rien ne sert de croire qu’une interdiction parentale puisse changer le cours des choses (faut être naïf), à chacun son expérience.
    Sinon, le film est une adaptation du livre, bien plus fouillé quant au cheminement et à la préparation mentale, physique, aux conditions de survie. Je pense que le film ne le montre pas assez d’où tes doutes.

    mars 14, 2008 à 13 h 03 min

  10. Vincent

    Le premier qui trouve le temps (et l’argent) de se plonger dans le bouquin prévient les autres et nous renseigne davantage, ok ?

    mars 14, 2008 à 16 h 35 min

  11. Vincent

    Le point commun de tous ces films que tu cites, Pascale (je n’en connais aucun… mais je vais si peu au cinéma), c’est le « complexe de Robinson » (le désir de se réfugier « into the wild »), c’est ça ?

    Sinon, peut-être pourras-tu me renseigner : j’ai le souvenir d’un film, justement oriental et contemplatif, sur le même thème, que j’avais à l’époque (5 ou 6 ans, je crois) adoré. Ca se passait dans une cabane sur pilotis, au milieu d’un lac entouré de forêts et montagnes. Tu vois ce que ça peut être (si ça se rouve c’est « Printemps, été, autome, hiver… et printemps », mais je n’en suis pas sûr du tout).

    mars 14, 2008 à 16 h 49 min

  12. Vincent

    Je vais très très peu au cinéma, mais j’adore ça les films « contemplatifs/ orientaux ».
    Quand tout le monde s’endort dans la salle, généralement, c’est un bon signe pour moi.

    J’ai ainsi le souvenir d’un très vieux film, « Boddhidarma n’en fait qu’à sa tête » je crois, qui suivait le périple d’un gamin vers un monastère, à la vitesse de son âne. On devait être moins de dix dans la salle. Au bout d’une heure, tout le monde ronflait. Allez savoir pourquoi, j’ai du coup encore plus apprécié. 😉

    mars 14, 2008 à 16 h 58 min

  13. Amélie

    Ah oui ! Moi aussi j’avais aimé celui avec Tom Hanks, Pascale !

    mars 14, 2008 à 17 h 52 min

  14. Barbarella

    Concernant Into the wild, un mot me vient à l’esprit : arrogance. Plusieurs choses en vrac:
    1/ Le petit bonhomme était mignon mais terriblement présomptueux. J’ai trouvé abominable le leçon de joie de vivre qu’il a donnée au vieux monsieur, se prenant pour une sorte de messie. Voilà un petit gamin d’une vingtaine d’années, qui a lu 4/5 bouquins, n’a jamais connu ni la faim, ni le deuil… et qui « fait la leçon » (!) à un type qui a réussi à vivre toute une vie par ses propres moyens, et à survivre (tant bien que mal) au décès simultané de sa femme et de son fils. Ce passage m’a donné la nausée.
    2/ Pour moi il la raté son coup parce qu’il ne s’est justement pas débarrassé de ses bouquins pour retourner à la nature. C’était perdu d’avance. J’ai un peu assimilé ça à un mensonge. D’ailleurs, il aurait mieux fait de mieux potasser ses herbier plutôt que de se gargariser des grands auteurs…
    3/ Un élément marquant : tout allait bien tant qu’il dominait la nature. Dès qu’elle a pris le dessus, c’est à dire à partir du moment où il ne « choisissait » plus de rester mais y était contraint par la taille du cours d’eau qui lui bloquait le chemin, il a totalement perdu les pédales. POurtant, il lui suffisait de s’adapter quelques temps encore à son environnement, de justement prendre ça avec philosophie puisque ça faisait partie du truc aussi, mais non : panique et décadence.

    Pour moi, c’est de son arrogance qu’il aurait du se défaire en partant, pas tant de ses billets… son baluchon était faussé au départ et ça a fini par le tuer.

    mars 14, 2008 à 18 h 31 min

  15. Vincent

    Aller au cinéma, c’est un peu aller au fond d’une sombre grotte voir des images animées sur une paroi.
    Une activité ‘achement préhistorique, finalement !

    Je me demande du coup si je ne vais pas essayer d’y aller plus souvent (Je vais demander à mon banquier ce qu’il en pense)

    mars 14, 2008 à 18 h 31 min

  16. Vincent

    Wahou !
    Magistrale ton analyse, Barbarella !
    Je souscris et applaudis des deux mains.

    mars 14, 2008 à 18 h 34 min

  17. Barbarella

    Allez, zou, emmène moi au cinéma !

    mars 14, 2008 à 18 h 35 min

  18. Pas sur, Vincent pour Printemps, été, autome, hiver… et printemps”, le film date de 2003/4. Comme Pascale, j’ai adoré ce film. Hors le charme de la culture asiatique, c’est une drole de métaphore sur la vie… et qui abordent deux trois choses évoquées par ici : les cycles du temps, le pb de la possession …

    mars 14, 2008 à 18 h 49 min

  19. Amélie

    Héhé… sacré yatsé… trouve le moyen de revenir par la fenêtre avec ses histoires de brevet… 🙂

    mars 14, 2008 à 18 h 52 min

  20. Un truc marrant qu’on a jamais compris quand on était en corée, c’est que les coréens nous repetaient souvent :
    « D you know ? Korea has four seasons ! »

    mars 14, 2008 à 18 h 53 min

  21. même pas vrai d’abord, je suis même pas allé voir si il y avait eu des réponses … :p

    mars 14, 2008 à 18 h 54 min

  22. Amélie

    Dommage… je ne retrouve plus l’article lié à cette historie de brevets : j’ai entendu qq chose là dessus à la radio ce matin…

    mars 14, 2008 à 18 h 57 min

  23. Pascale

    Aïe aïe aïe… comme d’habitude, partout où je passe je suis le canard noir… je ne partage pas du tout l’avis de Barbarella… pas grave, et pas envie de me battre.
    Vincent, ta description du « Printemps… » pourrait coller sauf la date; tu as vu peut-être le très connu « L’odeur de la papaye verte », un film vietnamien, très beau.
    Sinon, je n’ai pas le temps de lire tous les posts, ne sais pas pourquoi vous parlez de grotte, mais si cela vous intéresse, creuser du côté lecture vers les livres de Christian Garcin.
    Yatsé, j’ai passé une semaine à Séoul toute seule et personne ne parle l’anglais 🙂

    mars 14, 2008 à 20 h 05 min

  24. Vincent

    Oui j’ai dû me tromper de date car je crois bien que c’est ça.
    La photo de l’affiche que tu mets en lien, Yasté, ne me dit pas grand chose, mais celle-ci beaucoup plus (surtout grâce à la cabane sur l’eau) :

    mars 14, 2008 à 21 h 32 min

  25. Vincent

    Il ne s’agit pas de « se battre », Pascale, mais juste de discuter… et surtout si on n’a pas le même point de vue. (Mais on n’est pas obligés non plus 😉 )

    Je n’ai jamais lu de livre de Christian Garcin, mais tâcherai d’y jeter un oeil un de ces jours. Sinon, je crois me souvenir qu’il y a une allusion à la dimension « grotesque » du cinéma dans un des derniers Quignard. Je vais essayer de retrouver.

    Enfin, le terme « arrogance » employé par Barbarella me semble assez bien éclairer ce que j’entendais en évoquant le « modernité » du complexe de Robinson.

    mars 14, 2008 à 21 h 42 min

  26. François Flahaut

    Robinson Crusoé est le type même de l’individu qui vit en dehors de la société et en recrée les commodités par son ingéniosité, sa pensée rationnelle et son travail. Robinson fonde son être sur le rapport aux choses et non sur le rapport aux autres. C’est pourquoi Rousseau voyait en lui le modèle de l’individu authentique, existant par lui-même et non par le regard des autres.

    *

    Le paradoxe apparaît lorsqu’on s’avise que Robinson est un personnage de fiction, et même un personnage invraisemblable puisqu’aucune personne réelle ne pourrait, comme lui, vivre vingt ans dans une totale solitude tout en continuant de travailler comme si de rien n’était.

    *

    Le paradoxe de Robinson est symptomatique d’une orientation fondamentale de l’Occident moderne. L’ordre ancien, celui de la Chrétienté et de l’Ancien Régime, reposait, comme c’est encore le cas dans des sociétés non occidentales, sur la conviction que les humains ont une place les uns par rapport aux autres, que leur être se fonde sur ces rapports de place avant de se fonder sur les relations qu’ils ont avec les choses. La modernité, au contraire, fonde le statut des personnes sur le travail et sur l’exercice de leur compétence, le rapport aux autres étant censé découler dans un second temps de ce rapport premier aux choses.

    *

    La conviction que l’individu existe d’abord par lui-même dans son rapport aux choses fait partie du credo qui soutient le grand mouvement occidental d’émancipation de l’individu, la foi dans la raison et le progrès. Echapper à l’interdépendance, source de tant de difficultés, d’humiliations et de souffrances ! Accablés par « tout ce qui ne va pas », comment les humains ne caresseraient-ils pas le mirage de l’harmonie ou au moins l’espoir de n’être plus aux prises les uns avec les autres ? Il n’est donc pas étonnant que, dans le mouvement d’émancipation de l’individu, les illusions se mêlent au pragmatisme. De réels progrès vers la liberté, mais associés à une conception de l’individu dans laquelle celui-ci prend ses désirs pour des réalités.

    *

    Il est à peine exagéré de dire que la philosophie occidentale s’est construite contre l’interdépendance, et d’abord contre la dépendance qui lie l’enfant à ses parents et à son environnement social. Non pas tant la dépendance matérielle que la dépendance intime et personnelle, la dette de vie. La grande illusion moderne, c’est l’idée que l’interdépendance sociale des humains ne les atteint pas dans leur être même, qu’elle concerne seulement leur rapport aux choses. Cette illusion permet d’espérer que plus le rapport aux choses sera rationnel, mieux les rapports humains seront médiatisés par les choses, et plus ils seront harmonieux.

    *

    La modernité fait comme si l’individu, dans son être même, ne s’enracinait pas dans des biens collectifs, ce qui revient à se donner des représentations de soi du type Robinson. Tout en méconnaisant le fait que ces représentations sont elles-mêmes des réalités transindividuelles, de sorte sue leur existence même contredit le message qu’elles véhiculent.

    (Le paradoxe de Robinson, capitalisme et société, Mille-et-une nuits, 2003)

    mars 14, 2008 à 22 h 49 min

  27. Vincent

    Ce que je veux pointer en citant (un peu maladroitement car trop longuement) ces mots de Flahaut, c’est que Christopher McCandless peut très bien être entrevu non pas comme la critique radicale de l’occident moderne qu’il croit incarner, mais – au contraire (et donc pathétiquement) – comme son plus pur produit symptomatique.

    D’où le succès (la force symbolique) de telles figures qui hantent notre imaginaire : Robinson, Thoreau, Jeremia Johnson, Kerouac, etc.

    mars 14, 2008 à 22 h 57 min

  28. Barbar-amélie

    Un p’tit rugby, Pascale ? 🙂

    mars 15, 2008 à 12 h 10 min

  29. Nan bella… chuis pas une barbare, moua 🙂

    mars 15, 2008 à 14 h 01 min

  30. Vincent

    Ca y est ! Ouf ! Enfin, j’ai retrouvé ce passage de Pascal Quignard qui évoque un lien possible entre les peintures rupestres et le cinéma :

    « On date de – 20 000 le millénaire où, munis de ces lampes peu productrices de fumée et confectionnées à partir de la graisse des proies mises à mort et raclées avant d’en préparer les peaux, les hommes pénétrèrent dans les lieux complètement enténébrés disposés dans le flanc des falaises et les cavernes des montagnes. Se secourant de ces lampes, ils ornèrent à l’aide de grandes images animales, monochromes ou bicolores, de vastes salles vouées jusque-là à la nuit perpétuelle.

    *
    Pourquoi la naissance de l’art se trouva-t-elle liée à une expédition souterraine ?
    Pourquoi l’art fut-il et demeure-t-il une
    sombre aventure ?
    L’art visuel (du moins l’art visible à l’aide d’une lampe à graisse tremblotante dans l’obscurité) présentait-il un lien avec les rêves, qui sont eux aussi des
    visiones nocturnae ?
    Vingt et un mille ans s’écoulèrent : à la fin du XIXe siècle l’humanité vint en foule s’ensevelir dans les salles obscures de la cinématographie. »

    (La haine de la musique, Gallimard, 1996)

    mars 19, 2008 à 14 h 41 min

  31. 120

    Ecrit par : Jean Baudrillard (à propos de « coup de tête » rimbaldien)

    « (…) C’est ici qu’interviennent Zidane et son coup de tête lors de la dernière Coupe du Monde – acte fulgurant de disqualification, de sabotage, de « terrorisme ». En brisant ce rituel d’identification planétaire, cette cérémonie nuptiale du sport et de la planète, en refusant d’être l’idole et le miroir de la mondialisation dans un événement aussi emblématique, il nie le pacte universel qui permet la transfiguration de notre triste réalité par le Bien, et à des milliards d’être humains non identifiés de s’identifier dans le vide (c’est la même sublimation qui s’opère dans l’illusion sacrée de la guerre). Et c’est d’ailleurs comme acte de désertion qu’il a été stigmatisé, mais qu’il est devenu simultanément un geste culte : en passant du sommet de la performance au sommet de la contre-performance, à la mise en échec du Bien dans toute sa splendeur, c’est le Néant au coeur de la mondialisation qu’il met soudain en évidence. Et ceci par un simple geste, qui n’est pas du tout un geste de révolte. On dirait que ce geste, en dehors de tous ses aspects subjectifs, lui vient d’aileurs – pivot d’un basculement et d’une dérision instantannée du système entier. Certainement le « scandale » le plus glorieux (et le plus élégant) auquel il nous aura été donné d’assister depuis longtemps. Un « coup » qui aura fait perdre la coupe du monde à tout le monde, mais n’est-ce pas mieux que d’avoir fait triompher la mondialisation elle-même ?

    Il y a là le principe d’un événement véritable, de ces événements singuliers qui récusent la mondialisation (l’hégémonie) d’un seul trait – saisissant cette puissance au point culminant de sa mise en scène pour « mieux lui tordre le coup », comme aurait dit Rimbaud (qui accomplit l’équivalent de cet acte terroriste dans le champ de la poésie). D’un seul coup, tous le signes s’inversent (voir aussi le Pavillon d’Or, la Solitude du Coureur de Fond, Bartleby, Gilmore, etc.), et ceci non par l’effet d’une décision ou d’un calcul, ni même selon un hasard objectif, comme la balle de tennis de Match point [NDR : Film de Woody Allen sorti en salles en 2005] en équilibre instable à la crête du filet : si elle tombe de ce côté-ci, vous gagnez, de l’autre, vous perdez tout.(…) »

    (Le mal ventriloque, L’Herne, 2008)

    mars 22, 2008 à 9 h 03 min

  32. 120

    Ecrit par : Jean Baudrillard, toujours
    (…pour ceux qui veulent connaître la suite)

    « (…) On pourrait dire de la même façon : Zidane aurait pu ou non donner son coup de boule, et il y aurait eu dans l’un et l’autre cas des raisons valables. L’événement obéit, même dans le cas du « hasard », au principe de Raison suffisante… Mais il ne s’agit pas du libre arbitre de Zidane : s’il avait bien la possibilité de passer ou non à l’acte, l’événement, lui, n’était pas libre de ne pas se produire. Un jour ou l’autre, Zidane ou pas, la mondialisation (la puissance mondiale) se serait trouvée, elle se trouve déjà aujourd’hui confrontée à son succès, à son extrémité et donc affrontée à cette convulsion automatique pour laquelle il n’y a pas de raison valable.

    On peut se représenter le scénario ainsi : jusqu’ici (et ceci concerne aussi bien le Mundial que la montée en puissance d’une stratégie géopolitique), tout converge dans le sens positif, les jeux sont faits, et brusquement surgit, par la grâce infime d’un détail – soudain, le scandale métaphysique -, quelque chose qui ne joue plus le jeu, qui n’obéit plus au principe de Raison suffisante.

    (…) Dans ce sens, cet événement intempestif, isolé et épisodique, est un épisode remarquable dans la lutte contre l’identification totale du monde – un moment exceptionnel de simplicité dans un contexte exceptionnel de triomphe du consensus -, un geste venu d’ailleurs en quelque sorte (comme pour le 11 septembre, on peut dire que secrètement tout le monde attendait un signe de cet ordre, mais les signes de cette envergure mondiale sont très rares).

    (…) Si Zidane met en échec d’un seul coup, s’il défie sans même y réfléchir la puissance mondiale incarnée dans le football, ce n’est pas du tout par un sentiment de révolte, ou d’une opposition à quoi que ce soit. Il y a bien longtemps que tout ce qui vient de cette pensée critique et révolutionnaire, de cette forme dialectique de dépassement, est vidé de sa substance.

    (…) Réveiller la mort au coeur de la puissance (comme Warhol voulait retrouver le néant au coeur de l’image), telle est la figure du nouvel antagonisme, et ceci ne peut se faire qu’à travers des événements plus subtils que l’insurrection frontale ou la défense des droits de l’homme. Par des événements parodiques, par toutes les formes symboliques de dissuasion, de deterrence – donc par les diverses formes de la terreur. Dans ce sens, le geste de Zidane st un acte terroriste. (…) »

    (ibidem)

    mars 22, 2008 à 9 h 17 min

  33. 120

    Ecrit par : Christian Bobin :
    (à sa façon, sur le même sujet)

    « (…) Il y a beaucoup moins d’événements dans une vie qu’on ne le dit. Un événement c’est quand la vie entre dans notre vie comme un fleuve soudainement en crue, pénétrant dans un village pour y soulever les plus imposantes bâtisses comme brins de paille.

    (…) J’ai lu dans le journal, puis dans le livre séducteur d’un psychanalyste, la même histoire réelle. Il y a un homme, un bébé et un vélo. L’homme a un travail. Il a aussi une femme qui attend un enfant de lui. Quand l’enfant naît, on appelle l’homme à son travail. Il prend son vélo, va à la maternité, passe sans ralentir devant la maternité et continue son chemin pendant des heures et des heures. Il ne revient pas chez lui, ne regagne pas son travail le lendemain ni les jours suivants. On le retrouve des mois après dans un autre pays, il est incapable de dire ce qu’il a fait et pourquoi il l’a fait. Pour le psychanalyste l’événement c’est la fuite du cycliste. Pour moi l’événement ce n’est pas la désertion du petit homme fade. L’événement c’est la naissance de l’enfant. La fuite devant l’événement, l’esquive sur les roues dentelées, le bruissement ailé de la fuite dans le noir, c’est une constante humaine, normalement humaine. Ici elle se voit, c’est tout.

    Je connais ce cycliste dont le coeur bat comme celui d’un cheval fou pendant des heures et des heures sur la route noire. Je le connais par la tentation de fuir ce qui arrive, de faire en sorte que ce qui arrive n’ait plus de lieu pour arriver. (…) »

    (L’épuisement, Le temps qu’il fait, 1994)

    mars 22, 2008 à 9 h 29 min

  34. Vincent

    Pour revenir au propos du film, on peut émettre, je crois, l’hypothèse que nous sommes forcément séduits, voire carrément fascinés, par toute figure qui accomplit en quelque sorte ce geste qui nous hante tous : casser les projections bienveillantes qu’on porte sur nous (qui nous enferment dans le « personnage » qu’on souhaite voir en nous), tout casser, plaquer, sur un simple coup de tête libérateur, et s’en aller simplement… ailleurs.
    Geste profondément rimbaldien : se perdre pour éventuellement… se trouver.

    mars 22, 2008 à 8 h 44 min

  35. 120

    Ecrit par : Christian Bobin
    (encore ? Oui mais là – pour les fans – c’est carrément un « collector »)

    La toute petite fin d’un tout petit monde

    Celui qui m’a raconté cette histoire ne me regardait pas dans les yeux pendant qu’il me la racontait. Elle s’est passée il y a quatre ans, et on dirait qu’il ne sait pas encore ce qui s’est passé ni ce qu’il était dans ce passage. Il est à cette époque représentant de quelque chose dans un grand organisme culturel, en province. En tant que tel, il doit beaucoup recevoir, beaucoup embrasser des artistes et flatter des notables. Un jour, il acueille quelqu’un du ministère de la Culture. L’affaire est importante. Il y a de l’argent sous la courtoisie des manières et l’amabilité des visages, beaucoup d’argent pour l’organisme culturel de province. Le monsieur de Paris est, bien avant son arrivée, nourri par des courriers à en-tête, des écritures grosses de vent. Le marché est vite conclu. Pas assez vite cependant pour que le monsieur de Paris puisse prendre le train et fuir cette province ténébreuse. Que faire : il y a une soirée devant les deux hommes, trois heures à passer ensemble. Le représentant de quelque chose ne peut décemment abandonner son visiteur sur le pavé pluvieux de la province. On va au restaurant, fêter la signature du contrat. Le monsieur de Paris n’est pas grand chose à Paris. Ici, il est comme un roi visitant ses domaines. Il a cette fatigue énergique des gens de la Culture, ce mélange d’impatience et de désinvolture. Le sentiment de son importance et la rougeur du vin lui donnent des bouffées de langue : il parle il parle il parle. Et l’autre en face s’ennuie – s’ennuie s’ennuie. Peut-être le représentant de quelque chose avait-il mieux à faire ce soir-là. Peut-être est-il amoureux et se languit-il de ce temps perdu loin de l’aimée. L’amour, l’inutilité merveilleuse du sentiment amoureux est une des choses les moins considérées dans les stratégies conjugales des milieux d’affaires culturelles ou autres. Bref, en voici un qui parle et se goinfre de parler budget et missions, et en voici un autre qui meurt de faim d’ennui. Vient l’heure du fromage, le choix des fromages devant la tête compassée du maître d’hôtel. Le monsieur de province coupe enfin la parole au monsieur de Paris : « Je vous conseille ce camembert, il semble à point. Vous savez, nous sommes ici dans une grande région de fromages. » Et le voilà qui saisit délicatement le camembert dans sa main et se l’écrase sur la figure, sur sa propre figure, sur son propre costume, un suicide au camembert, un dégoût pasteurisé de l’ennui noir de ce monde-là et de ce qu’on y fait, de ce qu’on se croit contraint d’y faire, un sursaut contre cette ordure culturelle du commerce des âmes et des mots, une fin du monde crémeuse, une soirée épouvantable rachetée sur sa fin, sauvée magnifiquement par sa fin.

    (L’autre journal, N°1, janvier 1993)

    mars 22, 2008 à 10 h 32 min

  36. Je sors de la séance de ciné et :
    Je partage à 200%, ta vision du film, Barbarella !
    Quelle arrogance, mais quelle arrogance !
    Pas une once d’humilité dans la composition d’Alexander SUPERtramp …
    Trop de morales, trop de citations, des cadrages trop serrés contenant l’ivresse alors que la photographie était terrible, et c’est long …

    Et oui, pour dire qu’il est en plein dans le fantasme des libertés inassouvies des gens malheureux..
    Bonheur partagé, y a que cela de vrai dans ce film !

    avril 2, 2008 à 23 h 32 min

  37. Et pour l’analyse de Jean (Baudrillard) sur le coup de tête de Zidane, déjà, je vois mal où est le rituel d’identification planétaire dans une coupe du monde que nos potes les ricains appellent soccer et ne regardent pas.

    Ensuite assimiler un coup de tête à un acte de récusation de la mondialisation, on est quand même loin d’un geste prémédité comme un gant noir à mexico par exemple…

    avril 2, 2008 à 23 h 43 min

  38. Vincent

    Arrogance, oui. Et orgueil, aussi, ai-je envie d’ajouter (mais c’est peut-être la même chose).
    Une question me traverse, du coup : à votre avis, est-ce une pathologie typiquement « occidentale »… ou simplement « humaine » ?

    avril 3, 2008 à 11 h 29 min

  39. Isidore

    Ni typiquement occidentale, ni typiquement humaine, à mon avis (excuse moi de te contrarier ainsi Vincent -mais il m’est difficile d’y résister, je l’avoue-) car, avant tout, même pas pathologique tout court. Depuis quand un trait de caractère se mettrait-il à être lu sous un angle symptomatique et pathologique? On est en plein vitalisme là, non? (je rigole, je rigole… je n’sais pas comment ajouter vos petites têtes jaunes, alors j’me débrouille à l’ancienne méthode)

    avril 3, 2008 à 12 h 04 min

  40. Ourko

    Les ‘tites têtes jaunes (ou « smiley », je crois) ?
    Je ne connais que celle-là : 😉
    Il suffit de taper à la suite les signes « point virgule », « tiret » et « fin de parenthèse ». Quand on regarde en penchant la tête, ça fait un petit bonhomme qui sourit et cligne de l’oeil… qui se transforme automatiquement en « tête jaune » correspondante quand on poste le commentaire.
    Essaye un coup, si tu veux, pour voir.
    Pourles autres « smileys », demande à Yatsé, c’est notre pro de l’informatique (post-moderne)

    avril 3, 2008 à 15 h 34 min

  41. Vincent

    En même temps, même sans « smiley », elle tient la route ta remarque, Isidore. En quoi l’orgueil serait « forcément » une pathologie ? C’est ‘achement judéo-chrétien comme jugement. Pourquoi pas la gourmandise, la paresse, la luxure, etc. pendant qu’on y est ?
    (Et pour le coup, c’est cette position qui devient « vitaliste » !)

    avril 3, 2008 à 15 h 42 min

  42. Barbarella

    L’arrogance ??? Mais c’est une pathologie typiquement masculine, voyons ! 🙂
    (tu vois, là, Isidore, je rigole – un peu…)

    avril 3, 2008 à 15 h 44 min

  43. Amélie

    Au risque de revenir sur un débat qu’on avait déjà abordé sur le blogadupdup, l’arrogance en elle-même, en ce qu’elle est souvent moteur, n’est pas plus néfaste que l’agressivité, si ?

    avril 3, 2008 à 15 h 46 min

  44. Amélie

    POurtant, je me déteste quand je suis arrogante, au moins autant que quand je suis agressive (et malheureusement, les deux m’arrivent souvent !)

    avril 3, 2008 à 15 h 47 min

  45. Amélie

    Qu’est-ce qui nous déplaît dans l’arrogance, ou l’agressivité ? (l’arrogance m’apparaissant comme une forme d’agressivité)

    avril 3, 2008 à 15 h 48 min

  46. Isidore

    Je ne suis pas sûr d’avoir vraiment compris ce que tu viens de dire, Vincent. Je cite: « Et pour le coup, c’est cette position qui devient vitaliste »; mais il me semble que c’est bien la même que celle que je viens de désigner, non?
    😉 (le smiley n’a rien à voir, c’est juste pour essayer)

    avril 3, 2008 à 15 h 57 min

  47. Vincent

    Ben ce qui gêne dans l’arrogance et l’agressivité, c’est évidemment la négation de l’autre qu’elle implique.

    La psychanalyse – je crois me souvenir – en a d’ailleurs fait une « pulsion de mort » (qui s’oppose à l’amour vue en tant que « pulsion de vie »). Mais depuis l’éthologie, et notamment les travaux de Konrad Lorenz, a bien montré que c’était au contraire une « pulsion de vie » sélectionnée dans tout le monde animal par des millions d’années d’évolution.

    Le problème, tout de même, est que l’espèce humaine semble avoir modifié ses conditions de vie bien plus vite que n’évoluent les comportemets instinctifs innés. Il semble de ce fait, bien souvent, que l’agressivité, hier nécessaire pour la survie, tourne un peu « à vide » aujourd’hui. Elle induit en tout cas des comportements hyper violents qu’on ne retrouve dans aucune autre espèce animale (en dehors, justement, des cas qu’on peut qualifier de « pathologiques » : lésions cérébrales, habitat de type carcéral, surpopulation, etc…).

    avril 3, 2008 à 16 h 03 min

  48. Vincent

    Serait « pour le coup vitaliste », Isidore, la conception qui refuse de juger négativement (« judéo-chrétiennement ») l’orgueil et l’arrogance.
    C’est ce que tu disais aussi ?

    avril 3, 2008 à 16 h 07 min

  49. Isidore

    Chouette, ça marche! Merci Ourko!

    Dès qu’on prend le risque d’affirmer quelque chose avec un peu de vigueur, on devient vite arrogant, non? Mais comment faire autrement? S’il faut mettre toutes les nuances nécessaires dès qu’on ouvre la bouche, j’ai bien peur que nos propos aient tôt fait de se liquéfier rapidement dans les préjugés et les connivences ordinaires.
    C’est alors juste une question de dosage, sans doute.

    avril 3, 2008 à 16 h 08 min

  50. Ourko

    Moi, ce qui me déplaît dans l’agressivité et l’arrogance, c’est quand elle viennent des autres (parce que les miennes, je m’en accomode plutôt bien)

    avril 3, 2008 à 16 h 10 min

  51. Isidore

    Que nenni, mon ami! Je disais simplement que considérer sous un plan pathologique un trait de caractère me semble hors sujet car on peut effectivement porter un jugement de valeur sur ce trait en affirmant sa positivité ou sa négativité, mais le faire entrer dans l’ordre de la pathologie me semble assez grave comme signe de normalisation « scientifique » (par des références à la médecine) ce qui relève du simple comportement. Et ça, c’est une tentation de l’idéologie « vitaliste » (pardon, Amélie)

    avril 3, 2008 à 16 h 16 min

  52. Amélie

    Ben chais pas comment tu fais Ourko. Moi je me déteste à vomir quand elles viennent de moi. Encore plus quand je n’ai pas su les désamorcer avant qu’elles ne s’expriment. Chez les autres, je les supporte mieux, parce que souvent, j’en reconnais les causes.

    avril 3, 2008 à 16 h 18 min

  53. Amélie

    Ouh laaa ! j’ai trop de travail, j’arrive pas à suivre les conversations !
    J’ai un tas de questions en vrac, et je voudrais notamment revenir sur le « coup de boule » de Zidane, plus tard. D’ailleurs je l’ai trouvé à mourir de sexyness, ce jour là, Zidane ! C’était quoi ? de l’agressivité ? de l’arrogance ? un bug ? quoi ? (j’ai pas pris le temps de lire tous les commentaires à fond, j’avoue).
    Concernant l’agressivité, Vincent, je peine à comprendre ce qui te fait dire que c’est la négation de l’autre : est-ce qu’au contraire ce n’est pas une façon exacerbée de reconnaître la place que tient un autre ?

    avril 3, 2008 à 17 h 09 min

  54. Amélie

    Isi, chuis d’accord, évidemment, et j’imagine que Vincent aussi? On ne peut pas utiliser le terme de pathologie à la légère… c’est comme de dire d’un enfant bruyant qu’il est hyperactif…

    avril 3, 2008 à 17 h 12 min

  55. Amélie

    Juger du « bon » ou du « mauvais » de l’arrogance et de l’agressivité, est peut-être aussi vain qu’opposer qualités et défauts (tout est qualité), surtout sur un blog qui se prétend postmoderne ! 😉
    Arrogance et agressivité sont en nous; elles ont sans doute leur utilité, sont sans doute mal utilisées… peut-être qu’au lieu de les juger il serait intéressant de les considérer sous l’angle de ce qu’elles apportent, et de comment les « transformer » en des comportements positifs ? (huhuhuhuhu ! chuis affreusement mal placée pour dire ça !!! huhuhuhu ! )

    avril 3, 2008 à 17 h 16 min

  56. Amélie

    Un p’tit dernier avant la route :
    Isidore, tu dis que quand on dit les choses avec vigueur on est arrogant. Je ne suis pas du tout d’accord et ça n’a rien à voir avec ton emploi d’un mot en « isme ».
    J’ai tendance à trouver « arrogantes » des attitudes plus que des paroles, certains sourires, une certaine façon de ne pas prendre la mesure de l’autre, de la sincérité de ce qu’il est, de ce qu’il vit, de ce qu’il ressent; je trouve arrogant le fait de ne connaître que son propre point de vue, et de balayer négligemment d’un geste méprisant, tout ce qui ne découle pas de ce point de vue précis. D’ailleurs, il se pourrait que j’adhère à l’idée d’arrogance comme négation de l’autre que proposait Vincent, alors qu’en ce qui concerne l’agressivité, je ne vois pas de lien.

    avril 3, 2008 à 17 h 39 min

  57. Amélie

    Un exemple, illustré dans le film avec le vieux veuf : sourire, d’un air supérieurement sage, de la peine de quelqu’un d’autre, lui nier sa force, nier la dévastation qu’elle a causée, et prétendre que c’est une illusion, ou peut-être un faute (celle de ne pas comprendre les événements comme ils « doivent » être compris)… ça, c’ets d’une épouvantable arrogance.

    avril 3, 2008 à 17 h 42 min

  58. Isidore

    Je sais bien, Amèlie, qu’on n’est pas forcément arrogant lorsqu’on dit des choses avec vigueur, par contre j’ai remarqué que même si on ne les exprime pas avec arrogance il arrive malheureusement parfois qu’elles soient perçues comme telle, simplement à cause de la vigueur de la forme, sans doute. Ceci dit je suis bien d’accord avec ce que tu exprimes là… et suis même prêt à soutenir ton antiismisme, tu vois ma grandeur d’âme! (heu…c’est peut-être un peu arrogant ça?)

    avril 3, 2008 à 17 h 54 min

  59. Trop de posts, impossible matériellement le temps de tout lire mais quand on m’appelle à la rescousse, j’accours! Deux petites choses: l’arrogance a pour moi une portée négative uniquement alors que l’agressivité peut être aussi positive. Dans l’arrogance, j’entends un manque de condescendance, de politesse élémentaire, de non-respect.

    avril 3, 2008 à 17 h 54 min

  60. ptête pour ça que j’ai pas de mal à être arrogant avec les gens que j’aime pas 😛

    avril 4, 2008 à 0 h 40 min

  61. Isidore, pour connaitre la palette complète des têtes jaunes et les codes pour les afficher :
    http://codex.wordpress.org/Using_Smilies 😀

    avril 4, 2008 à 0 h 50 min

  62. Beau débat sur le thème de l’arrogance.
    Mais est-ce que quelqu’un de censé sur ce blog pourrait me dire si Haro Gance est réellement la soeur d’Abel (ou est-ce moi qui m’en fais tout un film ?).

    Tout comme dans un autre domaine qui n’a absolument rien à voir, je me suis toujours demandé si Embarcadère n’était pas le frère d’Abd El (et dans ce cas, ne serait-ce pas lui, et non Abd El qui aurait été le premier à voir débarquer les Français en 1830 ?).

    avril 4, 2008 à 6 h 18 min

  63. Isidore

    Non Bernard, Abel n’avait qu’une soeur, nommée Eilée. Je viens également d’apprendre sur Wikipédia que cette dernière s’est mariée à 23 ans avec un certain Mr Mantaire (dentiste de son état) pour nous faire deux beaux garçons: Embar et Abdel. Après le décès de son premier mari, elle a pris en seconde noce Mr Omar Cadère qui a accepté l’adoption des deux enfants. Comme quoi le monde est vraiment petit.

    avril 4, 2008 à 7 h 45 min

  64. ca alors ! j’étais persuadé que cette Eilée avait convolé en seconde noce avec Watson Moncher ?

    avril 4, 2008 à 8 h 06 min

  65. Amélie

    Je crois, qu’à ce moment crucial du débat, il est indispensable de faire intervenir Christophe ! Bernard, peux-tu nous autoriser une extradition exceptionnelle depuis le blogadupdup ?

    avril 4, 2008 à 8 h 38 min

  66. Ourko

    Pour moi, Harro Gance s’était marié avec Otto Mathik et cueillait maintenant des plantes sauvages… mais peut-être que mes informations sont fausses.

    avril 4, 2008 à 9 h 34 min

  67. Barbarella

    Ah nanan !
    Harro Ganse a toujours été marié à Sophie Zance… on dit d’ailleurs « Harro Gance et Sophie Zance vont de pair ». Bon, bien entendu Harro souffre d’un grand complexe d’infériorité au fond, raison pour laquelle c’est un coureur de jupons pathologique (là pour le coup, Isidore, on peut employer le terme 😉 ). A force de coucher avec May Pry, May Chansté, Igno Rance, May Khônaissanzt, Betty Ze, Malvé Yans et j’en passe, il a fini par épuiser la patience et l’amour Sophie (mais non sans la gratifier d’une généreuse blennorragie et d’un pétillant herpès), qui un jour, excédée, a pris ses cliques et ses claques en disant : « Harro, ça suffit ! »
    Voilà pour la petite histoire, si vous voulez vraiment savoir…

    avril 4, 2008 à 10 h 59 min

  68. Ourko

    Un jour, je suis rentré dans sa salle de bains sans prévenir, devinez ce que j’ai vu…

    avril 4, 2008 à 11 h 04 min

  69. Ourko

    Harro, sur le bidet… bien sûr !

    avril 4, 2008 à 11 h 04 min

  70. atta, tu parles d’Otto Mathik, l’autrichienne qui a monté un institut sur les bienfaits des plantes sauvages en roumanie? franchement Ourko, c’est notoire qu’elle est gouine et de mémoire je crois qu’elle sort avec une certaine Wurth Aupoil

    avril 4, 2008 à 11 h 08 min

  71. hum, et tu omets la fin de ton histoire d’avoir surpris Harro sur ton bidet.

    J’ai souvenir qu’il n’arrivait pas à te donner d’explications plausibles et que tandis que tu le rossais, perdant plusieurs dents dans la discussion, il hurlait : « Harro’te Ourk, ch’te chure que che voulai pas me ‘aper May, che respecte ‘a femme d’mes potes…harro’te sieuplé »

    avril 4, 2008 à 11 h 17 min

  72. je serais, à la lumière des nouveaux élements plus tenté de dire :
    Harro, sur le bad day …

    avril 4, 2008 à 11 h 19 min

  73. Barbarella

    Nanan, en fait Harro s’était réfugié chez Otto (un travelo en fait, vous avez tout faux), après le départ de Sophie. D’une part, bien qu’ayant éclusé tous les vagins de la ville, il ne se sentait pas « grandi » pour autant et son complexe d’infériorité, momentanément muselé, le hantait à nouveau ; d’autre part, toute la ville faisait des gorges chaudes de ses petites maladies honteuses, et il avait donc fui, sous les quolibets, se réfugier chez Otto qui passait pour une excellente guérisseuse, très discrète de surcroit. C’est pourquoi Ourko a trouvé Harro sur le bidet en ouvrant la porte de la salle de bains : il était en train de se soigner psychologiquement et physiquement, en se pliant au rituel du bain de siège aux plantes sauvages…
    Quant à ce qu’Ourko faisait chez Otto ce jour là… Nous jetterons un voile charitable sur certains détails de l’histoire…

    avril 4, 2008 à 11 h 27 min

  74. bah et Wurth Aupoil dans cette histoire ? je l’ai pourtant pas inventée …

    avril 4, 2008 à 11 h 32 min

  75. Vincent

    Dites-moi, les amis, c’est jour de relache, ou quoi, au PP aujoud’hui ?

    avril 4, 2008 à 11 h 33 min

  76. Amélie

    Moi je trouve ça lamentable…

    avril 4, 2008 à 11 h 34 min

  77. Ourko

    Détends-toi, Vincent, on explore juste les possibilités d’un humour authentiquement « post-moderne ».
    (En même temps, sans vouloir te vexer, ça ne m’étonne pas que tu n’y captes rien)

    avril 4, 2008 à 11 h 35 min

  78. à la reflexion, je me demande si elle sortait pas plutot avec Michel Gaude en fait… enfin à vérifier

    avril 4, 2008 à 11 h 36 min

  79. Ourko

    En tout cas, la preuve qu’il y a « quelque chose » dans l’R d’aujourd’hui, c’est que Vincent lui-même a oublié de le mettre dans son commentaire 75 ! 😉

    avril 4, 2008 à 11 h 40 min

  80. Barbarella

    N’empêche, c’est vrai ce que dit Vincent. Depuis ce matin, je suis joyeusement à l’Ouest. Il est vrai que j’ai bu hier soir des potions magiques venues de pays exotiques, et que je suis notoirement incapable d’absorber une quelconque boisson alcoolisée sans perdre rapidement et (terriblement) durablement les pédales… mais quand-même ! il semblerait que depuis potron minet, à chaque fois que j’ouvre la bouche, je dis n’importe quoi ! (Yatsé, OUrko, pas de commentaires !)… et en plus c’est contagieux ! Ce matin, à une réunion pourtant très sérieuse, qui nous fait généralement tous stresser une demie heure avant de débuter chaque semaine, eh! bien, tout le monde est parti complètement en live, dans le plus pur style PP, au point que le chef ait du plusieurs fois nous ramener au silence en grondant et en tapant sur la table, complètement estomaqué d’avoir devant lui une équipe en plein délire…

    avril 4, 2008 à 11 h 55 min

  81. Amélie

    En même temps on était prévenus dès le début de ce qui nous attendait si on plongeait dans cet article : into the WILD !!!!!!

    avril 4, 2008 à 11 h 57 min

  82. Isidore

    Qu’est-ce-que faisait Ourko chez Otto ce jour là? Je pense qu’il y avait été envoyé par Vincent (dont le père naturel, comme chacun le sait est un certain Albert Timètre, mais chuttt!, on ne doit pas le dire!) pour d’obscures raisons qui expliqueraient, à mon avis, qu’il veuille ainsi garder ses distances avec cet humour PP de grande classe. Oui,je le dis et l’affirme avec toute l’arrogance nécessaire: fichtre, un grand cru!!!

    avril 4, 2008 à 12 h 04 min

  83. Revenons-en quand même à Eilée s’il vous plaît, vu que c’est elle qui, en épousant le dentiste Mentaire, est à l’origine de cet arbre généalogique un peu confus. Rappelons que le dentiste tenait son cabinet de son père qui n’avait pas encore beaucoup d’outils de dentiste et son nom lui seyait d’ailleurs très bien : Rudy Mentaire. Il n’était pas chaud pour prendre la succession de son père mais il pris quand même ce travail, Ali Mentaire. Cette belle blouse blanche de dentiste, il la vestit Mentaire. Eilée, quand à elle, devint la collaboratrice de son mari dentiste, elle acquit tant et tant de compétences que c’est elle qui, aujourd’hui, supplée Mentaire.

    avril 4, 2008 à 12 h 31 min

  84. ah mais oui, c’est bien cela !
    Ils ont d’ailleurs eu des jumeaux, un garçon Phil et une fille Mali. D’ailleurs je crois qu’ils avaient choisi ce prénom en hommage à l’arrière grand-mère Mali. Elle était née d’ailleurs de nom Ano, qui lui allait mieux je trouve que Mentaire qu’elle dut prendre quand elle se maria,…

    avril 4, 2008 à 12 h 51 min

  85. Ou la la, j’ai du mal à m’y retrouver. Récapitulons : elle s’appelle comment déjà la fille qui testa Mentaire ?

    avril 4, 2008 à 13 h 17 min

  86. Amelie

    Bon, je crois que la seule chose qu’on puisse retenir d’Harro, c’est qui l’ait mise en trop’ !

    avril 4, 2008 à 13 h 50 min

  87. et comme dirait notre harro édenté :
    « harro au oriiiiiiiiilleuuuu !!! »

    avril 4, 2008 à 13 h 58 min

  88. Amélie

    🙂
    les spécialistes de Brassens qui sont sur ce blog apprécieront l’hommage !
    tiens Yatsé, on se refait Harro Horrihiiiihiiiihiiiiyeu en entier ? façon Harro ??? Pas cap de le chanter !

    avril 4, 2008 à 14 h 09 min

  89. Vincent

    Moi je dis que les jeux de « mots laids », c’est pour les « gens bêtes » !!!

    avril 4, 2008 à 14 h 09 min

  90. Amélie

    wow, celui là, Vincent, c’est du top niveau !!! (sifflement admiratif)

    avril 4, 2008 à 14 h 14 min

  91. perso je suis plus houharo que harro dans le style, après j’aime bien chanter, donc je suis pas contre 🙂

    avril 4, 2008 à 14 h 15 min

  92. Amélie

    Tu veux dire le Houharo qui aime les femmes qui ont les mains dans la farine ???? Parce que si c’est celui-là, moi je rêve d’apprendre toutes ses chansons sans exception !

    avril 4, 2008 à 14 h 17 min

  93. Amélie

    Et si on lançait la chorale PP ??? hmmm ?

    avril 4, 2008 à 14 h 30 min

  94. oula, en corée, on s’était fait viré d’un bar karaoké après que j’eus massacré Bon Jovi au micro … enfin massacrer bon jovi, il a besoin de personne …

    avril 4, 2008 à 14 h 34 min

  95. Vincent

    En tout cas, j’comprends mieux pourquoi Mallarmé appelle l’hiver, « la saison de l’art serein ». J’ai l’impression en effet que les sèves du printemps montent un peu à la tête de certains !

    (Tiens, ça me fait penser à un article possible, un de ces jours, sur l’opposition Apollon/Dyonisos.)

    avril 4, 2008 à 15 h 40 min

  96. Ourko

    T’es chiant (si je peux me permettre), Vincent, à tout vouloir « prendre au sérieux »… et l’air de rien de tenter de nous ramener dans les filets de la raison.
    C’est pas très « post-moderne », comme attitude, tu sais ?
    Laisse-nous un peu célébrer le printemps à notre façon :

    Allez les amis, continuons tous ensemble
    Et peu importe à quoi ça ressemble,
    Le principal est que ça jaillisse.
    Le printemps est un feu d’artifice !

    avril 4, 2008 à 15 h 47 min

  97. Yatsé, ce cas de Corée me turlupine !

    avril 4, 2008 à 16 h 16 min

  98. Amélie

    C’est vrai quoi, Vincent !
    Arrête de faire ton maître d’école !
    Pour une fois qu’on rigole !
    Essaie d’être amusant…

    avril 4, 2008 à 16 h 26 min

  99. Amélie

    Ben Bernard, Yatsé est coréen. Ca s’entend, non ? Dis son prénom avec l’accent, tu verras….

    avril 4, 2008 à 16 h 30 min

  100. pourquoi Bernard, t’es contre les coréens ?

    avril 4, 2008 à 17 h 10 min

  101. Non non, la phrase sur la Corée, c’était juste pour la contrepéterie !

    avril 4, 2008 à 17 h 38 min

  102. Isidore

    Dis-donc, Bernard, elle est de toi cette contrepèterie?

    avril 4, 2008 à 19 h 37 min

  103. Amélie

    J’ai la triste impression que le « maître » a sévèrement calmé nos délires printaniers !

    avril 4, 2008 à 20 h 40 min

  104. J’ai toujours trouvé cette double contrepéterie sur la Corée admirable.
    Mais non, elle n’est pas de moi. Malheureusement je ne suis l’auteur d’aucune contrepéterie, même si j’ai toujours rêvé d’en faire.
    Je ne sais pas s’il existe une méthode mathématique pour inventer des contrepéteries. Mais je ne pense pas qu’on puisse y arriver par le calcul, car comme disent les contrepéteurs : « Nul n’est jamais trop fort pour ce calcul ».

    avril 4, 2008 à 20 h 52 min

  105. Amélie

    merde… merde… merde… je les comprends jamais, les contrepéteries !!!!

    avril 4, 2008 à 21 h 05 min

  106. 120

    Ecrit par Denis Grozdanovitch :

    « (…) Robinson Crusoé est une sorte de poème que l’humanité civilisée a écrit à sa propre gloire, une ode de l’autosatisfaction technique.
    Ce qui nous fascine encore dans ce conte, c’est ce qui a rapport avec le mythe primordial — plongeant ses racines dans le passé de l’humanité ! — de la cabane, de l’abri, de la sauvagerie élémentaire. Robinson construit en plaine sauvagerie l’abri idéal que nous rêvons tous — enfants et adultes — de nous construire contre le monde.
    (Il est d’ailleurs à noter que la plupart des solitaires, à la ville comme à la campagne, plus facilement peut-être à la campagne, finissent presque toujours par se confectionner, au fil des jours, une sorte d’antre privé où ils séjournent de plus en plus longuement.)
    Il y a donc dans Robinson Crusoé la fascination pour ce vieux mythe — ce mirage tenace — de l’individualisme autarcique.
    Nous nous enchantons littéralement de voir Robinson perfectionner son refuge et recréer, petit à petit, les moindres sophistications du monde civilisé ; surtout, il faut bien l’avouer, les raffinements les plus subtils de ses dispositions. N’oublions pas que Robinson est anglais et tente de reconstituer l’aspect cosy du home ; le home anglais : modèle occidental du nid douillet où nous pouvons en toute sécurité nous livrer aux joies incomparables du cocooning (…) »

    (Petit traité de désinvolture, Où il est question du dilettantisme et de la désinvolture, du temps et de la vitesse, des îles et du bonheur, du sport et de la mélancolie… mais aussi des chats, des tortues et des Chinois, José Corti, 2002

    avril 13, 2008 à 21 h 55 min

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