"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Barbares, vraiment barbares ?

L’article initié par Isidore m’a fait ressortir les livres d’Antonin Artaud. Dans Héliogabale ou l’anarchiste couronné, je retrouve ceci – que j’avais à l’époque déjà coché – et qui incite à revoir quelque peu l’interprétation « classique » (et simpliste) que l’on peu avoir de notre histoire :

barbare.jpg

« Au point de vue géographique, il y avait toujours cette frange de barbarie autour de ce qu’on a bien voulu appeler l’Empire de Rome, et dans l’Empire de Rome, il faut mettre la Grèce qui a inventé, historiquement, l’idée de la barbarie. Et à ce point de vue, nous sommes, nous, gens d’Occident, les dignes fils de cette mère stupide, puisque pour nous, les civilisés c’est nous-mêmes, et que tout le reste, qui donne la mesure de notre universelle ignorance, s’identifie avec la barbarie.

Pourtant, ce qu’il faut dire, c’est que toutes les idées qui ont permis aux mondes Romain et Grec de ne pas mourir tout de suite, de ne pas sombrer dans une aveugle bestialité, sont justement venues de cette frange barbare (…) »

Cela fait étonnement écho avec cette page, lue tout récemment dans Le choix du feu d’Alain Gras :

« (…) Les paysans du nord de la France, après la chute de Rome, firent naître de petites communautés à la place des villas des nobles gallo-romains, ils retrouvèrent les techniques de la construction en bois, oublièrent le formalisme du droit latin au profit des coutumes franques, plus centrées sur la personne. Ils connurent un « changement de mode de vie » qui ne fut pas désagréable.

Les pseudo-barbares peuvent, en effet, être vus tout autrement que ne le fait l’histoire officielle. Le grand historien Lucien Febvre, cofondateur de l’Ecole des annales, a magnifiquement défendu cette thèse dans un ouvrage courageux, Le Rhin (publié en 1935). Il décrit ce formidable renversement de l’imaginaire qui se produisit en si peu de temps et prend acte de « la rage des Romains à vouloir se naturaliser barbares ». Un changement de vie aussi radical n’est pas le résultat d’un choix conscient à l’origine, mais il devient un fait positif si le contexte est reconstruit avec le désir d’ouvrir la voie à un autre destin. Un autre monde auparavant impossible se recrée. (…) »

Cela fait réfléchir, non ? (Toute ressemblance avec une situation contemporaine n’étant évidemment pas totalement fortuite.)

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33 Réponses

  1. Michel de Montaigne

    « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. » (Les Essais)

    mars 12, 2008 à 9 h 03 min

  2. Vincent

    Au-delà de la simple question de la Barbarie (nuisible ou bienfaitrice ?) qu’elle éveille, ce qui me semble intéressant dans cette époque dite de la Chute de l’Empire romain, dès qu’on s’y penche un peu, c’est évidemment le parallèle avec la situation actuelle.

    Et ce qui me semble ressortir de cette étude, c’est qu’on ne peut en fait tirer aucune véritable « leçon » de cette période de l’histoire, vu qu’on se dispute encore pour l’interpréter. En 1984 (si j’en crois Wikipédia) un professeur allemand, Alexander Demandt, s’est amusé à recenser toutes les théories qui ont pu être formulées : il en a compté plus de 200 !!!

    mars 12, 2008 à 11 h 54 min

  3. Vincent

    En vrac, un petit florilège des thèses disponibles (à chacun de choisir ce qui convient à l’idéologie qu’il souhaite défendre) :

    Barbarisation : le contact avec les civilisations barbares voisines a dégradé la discipline, notamment militaire et donc rendu l’empire vulnérable.

    Christianisation : en se développant le christianisme (qui incite à attendre le Paradis plus qu’à se soucier de l’ici-et-maintenant) a sapé la vertu civique sur laquelle reposait l’Empire.

    Retard technique : l’utilisation du fer à cheval par les tribus « barbares » a contribué à leur assurer les victoires militaires.

    Etatisme : pression fiscale portée exclusivement sur les petits propriétaires (les gros étant exemptés) devenue insupportable.

    Baisse des impôts : réduction des revenus de l’Empire se répercutant sur les infrastructures et les armées.

    Système économique fondé sur le butin des territoires conquis ne pouvant pas soutenir les dépenses militaires et les fastes des empereurs lorsque les conquêtes s’achèvent.

    Manque de leader charismatique pour remplacer Aetius assassiné.

    Effondrement des villes sous les problèmes d’approvisionnement, de transport et de sécurité.

    Corruption politique et de l’aristocratie.

    Epidémies de peste bubonique et de malaria.

    Saturnisme et autres symptômes (constipation, perte d’appétit, stérilité, paralysie…) dûs à l’utilisation du plomb pour les canalisations.

    Déforestation

    Dépopulation notamment en Italie.

    Changements climatiques

    – etc…

    Certains historiens réfutent même l’idée de « Chute », voire même de « Déclin », et préfèrent envisager les changements survenus (Royaume Franc puis Carolingien) comme la continuation « décentralisée » de l’Empire romain.

    Alors ? Quel est votre choix ?

    mars 12, 2008 à 13 h 32 min

  4. Vincent

    …et quelle interprétation vous semble plus proche de la situation actuelle ?

    mars 12, 2008 à 13 h 36 min

  5. certains parrallèles avec notre époque sont troublants …

    mars 13, 2008 à 23 h 16 min

  6. J’aime bien le coup du « manque de leader charismatique » …
    Heureusement qu’Attila est arrivé 🙂

    mars 13, 2008 à 23 h 19 min

  7. Ourko

    Et aujourd’hui, on a… Attali !

    mars 14, 2008 à 11 h 55 min

  8. 120

    Ecrit par : Pascal Quignard à propos des Francs

    « La solitude, la chance, l’indocilité, le risque de la mort, la désintoxication, la lucidité, le silence, le perdu, la nudité, l’anachorèsis, l’excessus, le don, l’immédiation, l’angoisse, l’excitation sont des valeurs franches.
    Toutes les valeurs franches sont secrètes.
    La tache aveugle préférée à l’oeillère.
    Franc veut dire asocial. »

    (Les ombres errantes, Grasset, 2002)

    mars 17, 2008 à 12 h 33 min

  9. Vincent

    Pour ma part, sans être le moins du monde spécialiste (donc, j’imagine, principalement par idéologie implicite autant que tempérament) je serais tenté de pencher davantage pour les « historiens de la continuité » : c’est en effet selon moi avant tout les limitations de notre intellect qui imposent une lecture en terme de périodes aux frontières tranchées et aux causes clairement identifiées. Dans la réalité, les choses sont évidemment beaucoup plus complexes et floues (du moins je le crois)… et à échelle individuelle – au présent vécu – encore moins perceptibles.

    mars 17, 2008 à 16 h 40 min

  10. Vincent

    L’« idéologie implicite » que j’évoque dans mon commentaire précédent est celle qui peut se résumer par ce que j’appelle le Théorème d’Hölderling (« Là où croît le danger croît aussi ce qui sauve) duquel j’ai – je dois l’avouer – bien du mal à me détacher.

    Difficile en effet, avec cette idée en tête, de parvenir à concevoir qu’il puisse y avoir des période de « Chute », « Déclin », ou « Décadence »… sans percevoir ce qui – dans ce même mouvement – naît, régénère et, en quelque sorte, compense ce qui s’éteint.

    mars 18, 2008 à 12 h 09 min

  11. 120

    Ecrit par : Alain Gras

    « (…) Non seulement Rome avait épuisé les sols de sa périphérie, mais aussi ceux de l’Egypte, de l’Espagne, de la Tunisie et même de la Gaule, pour nourrir sa population urbaine. L’issue de secours, l’événement qui donné la solution, vint de l’extérieur, ce fut l’invasion des barbares. En réalité, ces barbares parlaient souvent latin et connaissaient fort bien la culture de l’Empire qui leur faisait face, ils n’étaient barbares que de nom. L’effondrement de Rome fut d’abord un effondrement des villes, de l’approvisionnement, des tansports, de la sécurité. Et en un rien de temps, une ciquantaine d’années, Nîmes, Arles, Rome même, se retrouvèrent enfermées dans les murs des arènes, Paris se réduisit à deux minuscules îles sur la Seine. La migration se fit très vite des villes vers les campagnes, Nîmes passa ainsi de 150 000 habitants à quelques milliers. Je ne dis pas que la cause de la chute de Rome fut écologique, mais le problème des réseaux existait déjà au Ve siècle. La solution qui s’imposa d’elle-même ne fut pas trouvée dans le domaine où le problème était posé, c’est-à-dire dans l’urbs, le fait urbain. La grande ville ne sut pas se réformer face à des événements inattendus. La différence aujoud’hui tient au fait que, cette fois, la planète entière est concernée.

    Pourtant, le terme de catastrophe indique-t-il nécessairement un phénomène épouvantable, ne peut-il signifier simplement un effet de seuil suivi d’une reconstruction ? Jared Diamond, dans son fameux Effondrement, donne beaucoup d’exemples moins connus de processus qui aboutissent à des catastrophes, mais il en néglige la part anthropologique et oublie le sens relatif que peut prendre cette notion. Pour une bonne partie de la population, sans doute, elle signifie une situation très dure, mais en même temps elle balaye les anciennes élites et elle ouvre la voie à une nouvelle créativité sociale. Pourquoi ces sociétés, à la suite de la catastrophe qui les a touchées, ne pourraient-elles se recomposer à un autre niveau et inventer une autre manière de vivre ? (…) »

    (Le choix du feu, Aux origines de la crise climatique, Fayard, 2007)

    mars 18, 2008 à 12 h 24 min

  12. 120

    Ecrit par : Pascal Quignard

    « Si une époque se juge aux fruits qu’elle reçoit des saisons qui la précèdent et du soleil qui s’y est épandu, chaque saison qui s’ouvre est la plus belle qui se soit épanouie depuis l’origine du monde.
    Chaque époque est la plus merveilleuse.
    Chaque heure la plus profonde.
    Chaque livre plus silencieux.
    Chaque passé plus profus. »

    (Abîmes, Dernier Royaume III, Grasset, 2002)

    mars 18, 2008 à 12 h 30 min

  13. Vincent

    Je me demande en fait si l’idée même de « décadence » n’est pas tout aussi religieuse que celle de « progrès », si ce ne sont pas tout bonnement les deux faces d’une même pièce (…de « fausse monnaie »).

    mars 18, 2008 à 12 h 38 min

  14. Finalement toutes les grandes civilisations ont un jour succombé par excès de développement ?

    Dans les thèses que tu as cité, pourquoi pas la capacité guerrière d’un peuple ?
    J’aurais tendance à penser que s’octroyer n’est pas un acte très pérenne …

    mars 26, 2008 à 23 h 32 min

  15. Vincent

    « Small is beautiful » disait-on dans les 70’s.

    Je ne suis pas sûr que c’est exactement l’idée que tu proposes, Yatsé, mais il me semble qu’au-delà d’un certain seuil, continuer de grandir accélère en quelque sorte la chute.

    Notre civilisation, comme l’Empire romain… ou les gigantosaures, mourra sas doute d’avoir « trop bien réussi ».

    (Si ce n’est pas ce que tu suggères, Yatsé, tu peux préciser ton hypothèse, stp ?)

    mars 27, 2008 à 17 h 00 min

  16. Amélie

    tenez, voyez comme on réussit bien :
    http://www.libelabo.fr/2008/03/27/un-large-pan-de-la-banquise-antarctique-se-disloque/

    mars 27, 2008 à 17 h 17 min

  17. hum pour moi, c’est plus les moeurs guerrières qui ont eu raison des romains que de la grandeur de leur civilisation.

    mars 27, 2008 à 21 h 54 min

  18. Vincent

    Il paraît pourtant (c’est du moins une des hypothèses souvent défendue) qu’à la fin, justement, ils n’avaient plus trop envie de se battre (gagnés par le lucre et le luxe) et laissaient des mercenaires barbares le faire à leur place.

    J’aime en tout cas beaucoup cette idée de lassitude. Elle me fait en effet penser à la période actuelle, où plus grand monde (en Occident repus, du moins) est prêt à se battre (je veux dire « pour de vrai », l’arme au poing, pas juste derrière un écran d’ordi ou de télé) pour les « valeurs » qu’il prétend défendre.

    mars 27, 2008 à 22 h 12 min

  19. alors pour faire évoluer l’hypothèse, la conjonction des guerres et des lassitudes comme source de chute d’empire.
    Les guerres entrainent des rancoeurs et excitent les motivations d’un monde meilleur pour les civilisations acculturées tandis que les peuples hégémoniques se morfondent dans le luxe, le manque de manque, la philosophie et les dépressions nerveuses …
    ouch, on est bien dedans jusqu’au cou alors 🙂

    mars 31, 2008 à 20 h 55 min

  20. 120

    Ecrit par Carlo Maria Cipolla

    « (…) A quelques exceptions près, les historiens modernes sont unanimes sur la portée historique de l’écroulement de l’Empire romain, mais ne sont pas d’accord sur les causes du déclin. Certains accusent les chrétiens, d’autres la dégénérescence des païens, d’autres encore l’apparition et l’imposition d’un Etat bureaucratique et d’assistance, ou le déclin de l’agriculture et l’expansion de latifundio, la chute de la fécondité, ou encore l’ascension des classes paysannes. Un sociologue américain a récemment remis le problème sur le tapis en avançant une thèse brillante et originale selon laquelle la décadence de Rome serait due à l’empoisonnement progressif de l’aristocratie romaine par le plomb.
    Le plomb, ingéré ou absorbé en doses supérieures à 1 mg par jour, peut provoquer une constipation douloureuse, la perte de l’appétit, la paralysie des mains et des pieds et même peut causer la mort. Il peut en outre rendre les hommes stériles et provoquer des avortements chez les femmes. Toujours selon cet illustre sociologue, les Romains, en particulier les aristocrates, ingéraient des quantités de plomb bien supérieures au seuil critique. Non seulement Pline l’Ancien recommandait que « l’on utilise des récipients en plomb et non en bronze » pour la cuisson des aliments, mais ce métal était également employé dans la fabrication des canalisations d’eau, des cruches, des cosmétiques, des remèdes et des colorants. A cela s’ajoute le fait que les Romains, pour mieux conserver et sucrer le vin, y ajoutaient du jus de raisin non fermenté qui avait bouilli et avait été décanté dans des pots dont l’intérieur était revêtu de plomb. En procédant ainsi, les Romains, alors qu’ils pensaient stériliser le vin, « ne se rendaient pas compte qu’ils se stérilisaient eux-mêmes. »
    (…) Empoisonnés par le plomb, et donc constipés, stériles et décimés par l’aristothanie, les Romains ne furent plus en mesure de contenir les barbares. Le désastre s’ensuivit, profond et général. (…) »

    (Le poivre, moteur de l’histoire, Du rôle des épices (et du poivre en particulier) dans le développement économique du Moyen-Age, Balland, 1992)

    avril 6, 2008 à 15 h 08 min

  21. 120

    Ecrit par : Michel Maffesoli

    « (…) Faisons un retour en arrière. En ces troisièmes et quatrièmes siècles de notre ère. En cette période que, quand on n’avait pas peur des mots, on appelait la décadence romaine. Tombait en effet une certaine civilisation, et une autre était en train de naître. Il s’agit là, somme toute, d’une chose fort banale : quand il y a désagrégation d’une forme sociale, on voit naître de nouvelles agrégations.
    A cette époque quelles étaient-elles ? Essentiellement ce que les historiens des religions appellent des cultes à mystères. Mystères partagés par quelques initiés. En la matière, sectes orphiques renouvelant les mystères d’Eleusis. Temple de Mithra, le Sol invictus, ce soleil invincible, où se célébraient des initiations marquées par des repas en commun. et bien sûr, petites communautés chrétiennes, étroitement soudées et vivant en une osmose existentielle des plus solides.
    Ce qui était le dénominateur commun de ces divers groupes, outre bien sûr la recherche d’un salut individuel et progressivement atteint, c’était une solidarité à toute épreuve (aides quotidiennes diverses, prise en charge par la communauté des vieux et des malades, socialisation des jeunes…), sans oublier la gestion de la sexualité : les unions intracommunautaires.
    Mais, cette reliance à l’intérieur de la communauté, le christianisme naissant va lui donner une autre ampleur en l’élargissant aux divers groupes chrétiens répartis sur l’ensemble de l’Empire. Il va en quelque sorte sécréter la doctrine de la Communauté des saints qui, outre l’union aux disparus, établissait une liaison en pointillé entre les églises éloignées dans l’espace, mais unies en esprit.
    Et c’est cette spécificité qui assura, parmi cultes à mystères : mythraïques, orphiques, chrétiens, le succès de ces derniers et amorça le développement de la civilisation que l’on sait.
    Donnons des ailes aux mots. N’est-ce pas quelque chose de cet ordre qui est en train de se passer sous nos yeux ! En bref, est-ce que Internet ne serait pas la Communion des saints postmodernes ?
    On y trouve tous les ingrédients d’une nouvelle forme de socialité. Des formes de solidarité matérielle aux rêves les plus débridés. La générosité s’y donne libre cours joyeusement. On peut y trouver des aides les plus diverses. Les générations, enfants, adultes, vieux, y trouvant de quoi satisfaire leurs goûts, leurs intérêts, leurs désirs. La dimension encyclopédique de certains sites permet de satisfaire cette libido sciendi, ce plaisir du savoir à la source de toute connaissance. Les offres permettent échanges, discussions, rencontres, tous ces éléments constituant la base même du lien social.(…)Les autoroutes de l’information créées par Internet participent à cette noosphère un peu mystique, prophétisée par Teilhard de Chardin. (…) »

    (Iconologies, Nos idol@tries postmodernes, Albin Michel, 2008)

    avril 13, 2008 à 16 h 25 min

  22. Ourko

    Faudrait savoir, on est des « barbares » ou des « saints » ?

    avril 13, 2008 à 21 h 38 min

  23. Amélie

    Non ! J’y crois pas à cet internet salvateur… pas du tout même. Je crois qu’au contraire c’est une illusion. Elle peut même parfois être fatale, donnant à celui qui le pratique trop intensément l’illusion de créer du lien, de construire quelque chose dans le monde, alors qu’en réalité, il reste en marge du monde, et néglige les liens véritables, physiques, qui se désagrègent autour de lui. C’est quand-même assez symptomatique de l’internaute excessif. Je crois davantage aux petits réseaux, aux voisinages étendus, là où se crée une réelle solidarité.
    Désolée, Maffé, mais je crois au contraire, qu’internet est le « plomb » qui rend notre monde stérile et aveugle. Quant à savoir si ceux qui clament le contraire sont dupes ou simplement de mauvaise foi…

    avril 14, 2008 à 11 h 01 min

  24. Amélie

    Au hasard : Yatsé, arrive-t-il que ta dulcinée se sente négligée, esseulée, alors que tu tapotes au lit sur ton clavier ? 😉

    avril 14, 2008 à 11 h 07 min

  25. Amélie

    Je suis moi-même une internaute intensive : me connecter est une des choses que je fais toujours dans les deux heures qui suivent mon réveil. Mais pas au détriment des choses du quotidien : pas si mes enfants sont près de moi, pas si j’ai des lessives à faire, pas s’il y a un repas à préparer, pas si une promenade en forêt se présente, ou un match de rugby etc…

    avril 14, 2008 à 11 h 09 min

  26. Vincent

    …Parce qu’en soit, « se connecter » n’est pas pire (je veux dire « plus condamnable ») que lire un livre, écouter de la musique ou la radio, regarder la télé, voire écrire un courrier ou même simplement réfléchir, etc. qui sont toutes des façons de s’abstraire du proche et de l’immédiat pour se « connecter » à quelque chose de plus virtuel.

    L’alternance des deux mouvements (être présent « ici et maintenant » et s’en abstraire) est sans doute nécessaire. Tout est ensuite question d’équilibre, de rythme personnel et… de bon moment. Mais là, qui peut objectivement juger ce qui est « bien » ou « mal » ?

    avril 14, 2008 à 11 h 18 min

  27. Amélie

    Ben figure-toi que je ene suis pas d’accord. Quand tu t’abstrais pour plonger dans un bouquin ou écouter de la musique, tu ne prétends pas te lier à une communauté avec laquelle tu vis, tu échanges, dont tu es solidaire etc. S’abstraire du monde pour plonger dans la lecture, la musique (à écouter, parce que quand on en joue, à plusieurs, au contraire, on se relie au monde), ou même un film, c’et sse retirer momentanément de ce monde-ci mais de façon assumée, en tous cas, honnête. Se connecter à internet, c’est prétendre se connecter au monde (d’après ce que tu cites de Maffesoli), tisser les nouveaux liens de la solidarité etc… ce n’est aucunement s’en abstraire comme tu le suggères. Non seulement on ne s’en abstrait pas (pour moi il n’y a aucun lien véritable avec le fait de lire ou écouter de la musique), mais en plus on se leurre dans cette illusion de reliance dont parle Maffesoli. Illusion ou mensonge, internet n’est certainement pas une façon souhaitable de réagréger une société qui s’effondre.

    avril 14, 2008 à 11 h 34 min

  28. Amélie

    Ce n’est pas internet que je juge, c’est la théorie de Maffesoli qui me semble un peu « mode » et pas très réaliste, voire pas très honnête.

    avril 14, 2008 à 11 h 42 min

  29. Vincent

    Il est en effet parfois un peu trop exagérément optimiste, comme voulant à tout prix contrer les « idéologies de la décadence » en parvenant à déceler de l’espoir et du positif dans les changements en cours.

    Mais ce tempérament n’a rien — à mon sens — de malhonnête, au contraire même car il me semble correspondre à l’idéologie (« nietzschéenne ») qu’il développe et qui relativise la vérité ou du moins la jauge à l’élan, au souffle, qui la porte ou qu’elle suscite.

    On revient peut-être là à la question (complexe) du « vitalisme » déjà pointée par Isidore.

    avril 14, 2008 à 13 h 13 min

  30. Je sais pas trop dans quel sens vont mes propos, mais même si ce n’est pas forcément quelque chose que j’approuve complétement, il y a une vie sociale sur le net. une vie dématerialisée (comme les administrations, la musique, l’argent). Et pourtant je participe activement à ce blog, grosse expérience pour moi, qui me satisfait comme complément à ma vraie vie. Mais je suis pas convaincu que les générations futures auront pas une plus grande part de cette seconde vie dans leur vie 🙂

    J’ai pas bien compris la notion de vitalisme (ou j’ai pas tout suivi 🙂 ), Isidore ?

    avril 15, 2008 à 8 h 39 min

  31. Vincent

    En attendant le point de vue d’Isidore : le « vitalisme » est cette (anti-)idéologie — toute « postmoderne », pour changer — qui consiste à privilégier la vie, simple et brute, sur toute autre valeur plus abstraite (vérité, liberté, etc.). Un vrai changement de civilisation, pour tout dire…

    Pour ce qui concerne l’analogie de Maffesoli. Il ne dit pas, je crois, que le Net est en soi une socialité qui doit se substituer à la « vraie vie ». Les communautés chrétiennes qu’il cite en référence avaient en effet, comme les autres, si je le comprend bien, leurs solidarités « concrètes ». C’est cependant le lien virtuel qu’elles ont tissé entre elles (la « Communauté des saints »), et qu’elles ajoutaient à cette socialité réelle, qui leur a permis de se développer jusqu’à tout dominer.

    avril 15, 2008 à 9 h 15 min

  32. Isidore

    Vitalisme? Sociabilité et Internet?… Que dire de tout ceci? Pour ma part, étant un récent-venu sur Internet, j’observe que les liens que j’y tisse ne sont guère différents (la vitesse exceptée) de ceux que le simple courrier me permettait de connaître. Par contre la dimension « espace public » plus fantasmatique peut-être que réelle d’ailleurs, ouvre néanmoins quelque chose de nouveau et d’intéressant. La tentation boulimique qui est aussi favorisée par cet outil représente une part non négligeable de son ombre…Mais, bon, elle ne me semble pas trop ardue à maîtriser pour le moment. Ceci dit, je ne me fais pas trop d’illusion sur sa capacité à créer du lien social et je pense même qu’il peut aussi bien favoriser le développement de son contraire.
    Quant au « vitalisme », c’est l’aspect idolâtre de la question qui me semble dangereux, au même titre d’ailleurs qu’il en serait pour n’importe quel autre sujet. Ceci dit je suis le premier à faire usage des notions de « vie », « vivant », « vital » et autres « vitrucs » pour désigner quelque chose qui me semble tout à fait important et pertinent dans nos questionnements contemporains. Mais tout ceci devrait faire l’objet d’un nouvel article… A creuser.

    avril 15, 2008 à 11 h 32 min

  33. 120

    Ecrit par Kenneth White :

    Vous faites une analogie entre l’Occident actuel et la fin de l’Empire romain. Qu’évoque pour vous le mot de barbarie ?

    Kenneth White : La fin de l’Empire romain était marquée par une suite quasi ininterrompue des « cirques » (le fameux panem et circenses). Il y en a beaucoup aujourd’hui, depuis les variétés télévisées et le sport jusqu’aux Disneylands, en passant par bien d’autres sortes de manifestations criardes et creuses. Il y a là une certaine barbarie — « la barbarie des civilisations » dont parlait André Breton. Seule différence aujourd’hui : une sentimentalité dégoulinante. Mais le mot « barbare » peut avoir plusieurs sens, tout dépend du contexte. A l’origine, il désignait tout ce qui n’était pas grec, tous ceux qui, ne parlant pas grec, balbutiaient, baragouinaient. Mais il y avait des Grecs pour se moquer de cette éthnocentrisme grec et pour dire que chez les Barbares tout n’était pas à rejeter. J’utilise parfois le mot « barbare » dans un sens positif pour désigner un langage qui se situe en dehors des codes et des conventions. Vis-à-vis de certains intellectuels sur-sophistiqués, je passe volontiers pour un barbare. Un barbare lettré ! Dans cette langue « barbare » (du point de vue des anciens Grecs) qu’est le chinois, un intellectuel, ce n’est pas un personnage qui fréquente les salons et les tribunes publics, qui s’engage à la va-vite et n’importe comment, c’est « un homme du vent et de l’éclair », c’est-à-dire qui vit dans un champ d’énergie, qui essaie d’approfondir son expérience et d’élargir ses références, ses perspectives, afin d’ouvrir, socialement, un espace culturel plus vif, plus éclairant, plus inspirant.

    (Dernières nouvelles des mondes flottants, Nouvelles Clés, n°15, automne 1997)

    avril 12, 2010 à 22 h 45 min

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