"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

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Bienvenue au PP nouveau cru !

Et bien voilà, le PP a changé de vêtements, grâce à l’initiative de Yatsé, et il débute une nouvelle vie.  Simple continuation de la précédente ? Ou alors nouveau visage, encore inconnu à ce jour mais qu’on découvrira au fil du temps ? En tout cas, il demeure pour moi ce laboratoire d’où a su jaillir une matière féconde pour mon travail de création artistique, et je suis très curieux, après cette première période qui semble avoir épuisé l’élan initial qui m’entraînait, de découvrir ses nouvelles promesses, son  habit tout neuf éveillant un nouveau désir, stimulant de nouveaux rêves… Et puis cette conversation avec Vincent qui me trotte dans la tête: le PP aussi comme scène de théâtre, avec ces personnages que nous animons et qui se frictionnent de temps en temps, douloureusement parfois… La vie quoi, et pas si virtuelle qu’elle veut bien paraître sur l’écran du web…   Isidore

(au trapèze: Jennifer François)

Des préhistos parmi nous (8) : Malcolm de Chazal

En cette période de Samain, rallumons le feu en dormance du blog et saluons  l’apparition, en librairie, de deux ouvrages de Bernard Violet portant sur un poète mauricien souvent cité ici,  Malcolm de Chazal : A la rencontre de Malcolm de Chazal et Malcolm et La princesse et le dromadaire.

On y découvre un personnage hors norme, mégalomane, provocateur,  déroutant, irritant mais aussi attachant et sans nulle doute « préhisto ».  Ne se présente-t-il d’ailleurs lui-même comme « un être revenu aux origines » ?

Tâchant d’unir conscient et inconscient, rêve et réalité, il publia notamment en 1947 un étrange recueil d’aphorismes métaphoriques, drôles et percutants, Sens-Plastique, applaudi par Jean Paulhan, André Breton, Georges Duhamel, Francis Ponge, Jean Dubuffet, Georges Braque et André Gide.

Sa méthode, plutôt singulière,  teintée de mystique et d’occultisme (il était descendant d’un disciple du mystérieux comte de Saint-Germain), visait, par une sorte de somnambulisme lucide, la « fusion des cinq sens pour arriver au sixième : le sens du voyant. »

Précurseur incompris ou mystificateur génial, il développa en tout cas un art de l’image brut et percutant qui va au plus près la sorcellerie du langage.

A la fin de sa vie, il quitta les mots et poursuivit sa quête dans une peinture à l’image de sa poésie :  naïve et colorée.

Pas plus là-bas qu’ici

« […] Fiction naïve de l’innocence préservée, de la préhistoire qui dure. Si prompt à s’extasier devant l’authenticité du Peul et du Massaï, le voyageur occidental refuse de reconnaître ou d’assumer la sienne — soudain, curieusement, authenticité égale rusticité. Puis il feint d’envier le Peul et le Massaï qui n’ont pas perdu la leur et il se lamente d’appartenir, quant à lui, à une civilisation en déroute, incohérente et fausse.

Mais ce ravissement et ce refus et cette feinte et cette lamentation caractérisent précisément l’authentique voyageur occidental. […] »

(Eric Chevillard, Oreille rouge, Minuit, 2005)

Frère Escargot

Autonome (avec son abri portatif) et lent (donc résistant aux leurres et vertiges de la vitesse), l’Escargot est déjà le symbole du Parti pour la décroissance.

Archaïque et discret bien qu’omniprésent (sous le « vernis » des feuilles humides), nulle doute qu’il a sa place ici, aux côtés du Lombric, d’autant plus qu’il a sûrement constitué une grande part de la gastronomie préhistorique.

N’est-ce pas le seul animal qui se « chasse » et « cueille » en même temps ?

Primitifs vs Modernes : CLS renverse une idée reçue

L’idéologie progressiste (à forte connotation positiviste) a tendance à envisager l’histoire — notamment depuis le Néolithique — comme une lente et irrémédiable émancipation de l’Humanité.

On peut cependant voir les choses tout autrement. C’est ce qu’esquisse malicieusement Claude Lévi-Strauss dans une des trois conférences prononcées en 1986 à Tokyo que vient d’éditer le Seuil sous le titre L’anthropologie face aux problèmes du monde moderne.

Extrait :

« […] Nous savons aujourd’hui que des peuples qualifiés de « primitifs », ignorant l’agriculture et l’élevage, ou ne pratiquant qu’une agriculture rudimentaire, parfois sans connaissance de la poterie et du tissage, vivant principalement de chasse et de pêche, de cueillette et de ramassage des produits sauvages, ne sont pas tenaillés par la crainte de mourir de faim et l’angoisse de ne pouvoir survivre dans un milieu hostile.

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L’étrangeté japonaise

Le Japon traditionnel de Tanizaki — tout comme la Chine plus ou moins mythique de François Jullien ou… la Préhistoire fantasmée du PP — joue le rôle de l’Autre permettant, en comparaison, d’un peu mieux se connaître.

Pour faire le tour des « étrangetés » japonaises, révélant par contraste les nôtres, feuilletons le petit ouvrage d’Eléna Janvier : Au Japon ceux qui s’aiment ne disent pas je t’aime (Arléa, 2011).

Eloge de l’ombre

Les éditions Verdier ont eu la bonne idée de rééditer L’éloge de l’ombre de Junichirô Tanizaki. Du coup, je m’y suis plongé. Pas de doute (du moins pour moi), c’est bien un livre « P.P. ».

Extrait :

« […] Tout bien pesé, c’est parce que nous autres, Orientaux, nous cherchons à nous accommoder des limites qui nous sont imposées que nous nous sommes de tout temps contentés de notre condition présente ; nous n’éprouvons par conséquent nulle répulsion à l’égard de ce qui est obscur, nous nous y résignons comme à l’inévitable : si la lumière est pauvre, eh bien, qu’elle le soit ! Mieux, nous nous enfonçons avec délice dans les ténèbres et nous leur découvrons une beauté qui leur est propre.

Les Occidentaux, par contre, toujours à l’affût du progrès, s’agitent sans cesse à la poursuite d’un état meilleur que le présent. Toujours à la recherche d’une clarté plus vive, ils se sont évertués, passant de la bougie à la lampe à pétrole, du pétrole au bec de gaz, du gaz à l’éclairage électrique, à traquer le moindre recoin, l’ultime refuge de l’ombre. […] »

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