"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Beaux nénés et meilleurs jeux pour 2010

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34 Réponses

  1. Isidore

    Et bien bonne année à tous et plein de projets dans les yeux et dans le coeur… avec, en plus, le désir de les réaliser !!!

    C’est drôle, je commence cette nouvelle année avec le sentiment irrésistible d’une sortie de tunnel, comme si je retrouvais enfin l’air libre après un temps infini dans les miasmes d’un espace trop confiné. Ceci va en contradiction complète avec ce qu’un regard « lucide » sur la réalité actuelle voudrait me dicter, mais… va t’en savoir ?

    janvier 4, 2010 à 9 h 13 min

  2. Tout le meilleur (mais le reste aussi, du moins pour ceux qui le souhaitent tout autant) pour cette nouvelle année !

    Sais-tu d’où te vient cette impression, isi ?

    janvier 4, 2010 à 12 h 55 min

  3. Isidore

    C’est sans doute la peinture de Manet qui m’inspire une telle impression: devant une vision aussi éblouissante tout semble possible sans le moindre doute, non ?

    janvier 4, 2010 à 17 h 12 min

  4. Une peinture aux effets étonnants : même les jours s’allongent ! ;-)

    janvier 4, 2010 à 21 h 07 min

  5. Isidore

    ;)

    janvier 4, 2010 à 21 h 33 min

  6. Autre effet étonnant de cette peinture :
    Elle met en doute le célèbre adage qui dit qu’il vaut mieux s’adresser au bon Dieu qu’à ses… seins. ;-)

    janvier 5, 2010 à 20 h 13 min

  7. En tout cas ils sont bien gros !
    Vous souhaite pour 2010 des rêves et des ambitions gros comme les seins de la dame :)

    janvier 5, 2010 à 21 h 08 min

  8. Ouais ben merci… En gros tu nous souhaites des choses qui ne vont pas tarder à tomber sous leur propre poids.
    Sympa ! ;-)

    janvier 6, 2010 à 0 h 54 min

  9. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :

    Les seins siliconés, qui ne s’affaissent jamais, même à l’horizontale.

    La pensée siliconée, celle qui ne s’avachit jamais, et qui tient debout toute seule, dans n’importe quel contexte.

    (Cool Memories V, Galilée, 2005)

    janvier 6, 2010 à 11 h 50 min

  10. 120

    Ecrit par Jean Guerreschi :

    Les seins des siliconnes tiennent droit toujours et partout, en toute occasion. Quelle que soit la posture, assis, à quatre pattes, couchée sur le dos ou sur le côté, que les amènent à adopter le Kama-sutra, la toilette intime, les besoins naturels ou le sommeil, ils ne sont jamais surpris. Chez une conne quelconque se livrant aux mêmes exercices avec le même alanguissement ou la même ardeur, ils seraient étirés, écrasés, pendants, ballants, bref déformés et mis à mal par la pesanteur. C’est souvent ce qu’aiment leurs partenaires et tous les mateurs qui ne participent pas à leurs ébats. Une preuve que les beautés les plus sculpturales peuvent être bousculées, chahutées, décoiffées par le désir masculin, ce qui ne saurait précisément arriver à une sculpture. Leurs seins sont la partie de l’anatomie qui manifeste le mieux ce chahutage. L’amour ne les ménage pas. Chez une siliconne, rien de tel. Ses éminences les plus mobiles ne perdent jamais leur quant-à-soi. Elles sont un défi à la gravité.

    [...] Les seins des siliconnes n’aiment pas les caresses. Elles désirent seulement aimanter les regards des deux sexes et se tenir à distance de leurs mains. La vénération des hommes, elles s’assoient dessus. Elles font bien. Elles sont parfois si rondement siliconées qu’on pourrait croire leurs fesses passées sur le devant.
    C’est quand on les voit les cajoler elles-mêmes qu’on comprend. Leurs seins sont leurs bébés. Ils ne veulent pas les quitter. Ils ne le font qu’à demi. Leurs seins sont comme des bébés dont elles accoucheraient par le siège sans arriver à les extraire d’elles en entier.

    [...] Les seins des siliconnes sont les esquisses ratées des seins des femmes du futur. Des moyennâgeux bricolages en regard des seins qui tiendront sans prothèse dans l’apesanteur promise à tous les seins. Des femmes partiront un jour vers des planètes si lointaines qu’elles ne les atteindront pas vivantes ou, si elles y arrivent, ne reviendront pas de leur voyage. Elles concevront en vase clos en cours de route, ce sera une grossesse cosmique pour le souci et le bonheur de quelques-uns, ça ne devait pas être différent question souci au temps des grottes préhistoriques. La parthénogénèse consacrera la victoire des seins flottants. En faisant l’économie, et pas seulement de poids, d’un géntiteur embarqué, les conquérants du cosmos seront définitivement des conquérantes.

    Les siliconnes sont des femelles de transition sacrifiées par des saboteurs mâles qui ont compris le projet global. Ils concoctent sur terre des nichons qui, dans le vide sidéral, se passeront de leurs services. Non contents de désespérer les femelles au sol, ils clonent systématiquement les actrices de porno. Et ils se font des couilles en or.
    Les seins des siliconnes sont les derniers appas du gain.

    (Seins, Gallimard, 2006)

    janvier 6, 2010 à 12 h 08 min

  11. Isidore

    Mais tout ceci dit bien peu de choses de ce qu’évoque cette nudité féminine… et quel désir, quel enchantement elle sait faire naître. Je ne l’ai jamais trouvée que chez les peintres cette qualité d’enchantement, cette poésie à en tomber par terre. Les photos y parviennent vraiment difficilement, ou plutôt elles n’atteignent jamais cette qualité-là du désir, et se limitent à stimuler le simple et tonique fantasme (c’est déjà pas mal) ou à évoquer l’esthétique convenue du moment. Avec la peinture, c’est autre chose: on atteint l’éternité, l’extase du présent, la certitude que l’harmonie n’est pas une chimère ni une simple vue de l’esprit: la beauté, quoi ! Et il n’y a pas que les femmes aux seins généreux et fermes qui en auraient le monopole, heureusement il y a aussi les autres…

    janvier 6, 2010 à 13 h 32 min

  12. Arf… Je ne suis, pour ma part (et malheureusement) guère sensible à la peinture figurative. Sans trop savoir pourquoi, d’ailleurs (manque d’éducation ?). Je crois bien que la photographie me fascine davantage. Et j’apprécie davantage la peinture quand elle bascule dans l’abstrait. Mais bon, je me sens bien mal dégrossi sur la question.

    Quant à la question plus générale de la Beauté que tu abordes là, Isi, quel sujet complexe pour commencer l’année ! Est-elle forcément liée au sentiment d’harmonie ?

    janvier 6, 2010 à 13 h 58 min

  13. (Merci pour cette jolie série de tableaux que je n’avais pas vue à la première lecture de ton commentaire)

    janvier 6, 2010 à 14 h 01 min

  14. 120

    Ecrit par Jean Guerreschi :

    (qui tente de se rapprocher du sujet)

    [...] Les hommes ont parfois cela de bien en dépit de leur prédation naturelle. Ils ont assez de fidélité dans la nostalgie pour garder longtemps, parfois ça les étonne eux-mêmes, ça en terrifie certains cette constance si contraire à leur destinée, une paire de seins intouchés dans leurs paumes.

    Vous les reconnaîtrez à ça : on dirait ds boulistes qui s’interrogent de savoir s’ils pointent ou s’ils tirent.

    Sauf qu’ils sont seuls, le regard perdu dans le vide, les mains ouvertes.

    On en trouve dans les musées, devant des croûtes qui leur rappellent la transparence ou le vernis d’une carnation. [...]

    (Seins, Gallimard, 2006

    janvier 6, 2010 à 14 h 07 min

  15. Dans l’ordre d’apparition:
    Modigliani, Toulouse Lautrec, Bonnard, Marie Guillemine Benoist, Delacroix, Rembrandt, Gauguin.

    J’ai beaucoup de mal à dissocier beauté et harmonie… Disons même qu’une beauté sans harmonie me semble inconcevable.

    janvier 6, 2010 à 16 h 44 min

  16. Pour moi la Beauté est de l’ordre de la surprise et l’Harmonie plutôt de celui de l’ennui.

    Par exemple, en musique, je trouve plus « belle » la note dissonante que l’accord harmonique.

    Peut-être n’est-ce là qu’une affaire de mot et j’admets ne pas trop savoir ce que désigne le mot « Beauté » (j’évite donc généralement de l’employer). J’ai aussi tendance a lui donner une connotation abstraite et/ou morale qui ne me conviennent pas.

    C’est comme pour le Bonheur, auquel je préfère la Joie. Je lui préfère l’ambigu et concret Charme.

    janvier 6, 2010 à 19 h 39 min

  17. Sauf que la note dissonante s’inscrit bien souvent aussi dans une harmonie, peut-être moins classique mais tout aussi orthodoxe…

    Dans le cas d’une intention délibérée de casser tout harmonie possible et de surprendre l’oreille sans concession, il s’agira en réalité d’une simple déstructuration du langage qui procède en abolissant systématiquement tous les repères du connu et du reconnu… jusqu’au moment où s’y étant peu à peu habitué, on reconstruira automatiquement de nouveaux liens harmoniques pour sortir du chaos inintelligible et abscons où cette tentative nous aura plongés.

    janvier 6, 2010 à 20 h 16 min

  18. En fait, je ne vois pas quelle réticence tu manifestes ainsi à l’égard de la beauté. Est-ce si compliqué ou si difficile d’affirmer que l’on trouve ceci ou cela « beau », tout simplement, sans en faire tout un plat, ni avoir l’impression de prononcer ainsi une sentence définitive sur le Beau absolu ? Il s’agit peut-être d’une simple pudeur à exprimer un sentiment fort, comme lorsqu’il s’agit de dire à quelqu’un qu’on l’aime par exemple, non ?

    janvier 6, 2010 à 20 h 31 min

  19. Cela me semble venir davantage de ma méfiance pour les mots (qui ne me semblent jamais vraiment dire la vérité) que d’une quelconque pudeur.

    « Beau » me paraît insuffisant quand une chose me touche profondément : en-deça de l’endroit accessible aux mots.

    Pour le dire autrement, je trouve plein de choses « belles » — ou « jolies », « harmonieuses », etc. — mais ce ne sont pas celles qui me touchent le plus.

    janvier 6, 2010 à 20 h 58 min

  20. Et si pour celles qui te touchent le plus tu faisais justement usage de ces mots: beau, harmonieux etc., ça ne marcherait pas ?

    janvier 6, 2010 à 22 h 17 min

  21. Sans doute… mais pour je ne sais quelle raison, ils ne me semblent pas « justes ».

    Peut-être est-ce parce qu’ils me paraissent d’une logique binaire : impliquant un contraire (la laideur, la disharmonie…) qu’ils excluent. Or, les choses qui me touchent profondément me semblent justement quitter le monde manichéen et réunir les contraires « au-delà du Bien et du Mal ». Ce serait comme trahir gravement cet au-delà qu’elles permettent d’entrevoir que d’user pour les décrire des mots qui régissent le monde qu’elles me permettent d’oublier un temps.

    Mais bon…

    janvier 6, 2010 à 22 h 47 min

  22. Quel monde te permettent-elles d’oublier un temps ?

    Ca me donne l’impression que pour toi il y aurait d’un côté le monde « réel », objectif, avec le langage qui lui appartient, et, ailleurs, un espace qui échappe aux contingences trop restreintes du monde, et où sont parfois accessibles ces choses capables de nous toucher profondément, de nous émouvoir, de nous bouleverser.

    Et là, aucun langage, aucun mot surtout qui puisse nous rappeler le « monde » n’a sa place car immédiatement le charme se rompt sous cette soudaine et inopportune irruption.

    janvier 6, 2010 à 23 h 50 min

  23. C’est en effet presque ça, sauf que ce n’est pas le monde usuel, dominé par les mots, qui me paraît le plus « réel » mais plutôt l’autre (celui qui n’est pas doublé par le langage et surgit parfois dans des failles). Nous ne sommes cependant pas capables d’y rester bien longtemps et retombons donc bien vite sur nos bien plus reposants « chemins habituels de salamandre ».

    janvier 7, 2010 à 1 h 00 min

  24. 120

    Ecrit par Christian Bobin :

    (expliquant l’allusion aux « chemins de salamandre »)

    [...]
    Je ne peux vivre de vraie vie
    qu’un instant pas plus
    On dit que nul ne peut voir Dieu
    sans aussitôt mourir
    Moi je crois qu’une seconde
    de vie pure
    non tempérée non diluée
    nous éclaterait le coeur
    et que nous pourrions la supporter
    C’est peut-être quelque chose comme cela
    qui arrive
    dans la beauté la poésie l’amour
    Nous sommes pris soulevés
    dans une main de feu
    qui heureusement nous repose
    sur nos chemins habituels
    de salamadres
    Ne reste plus qu’à filer
    dans les fossés les sous-bois
    où le danger est moins grand
    et l’amour plus lointain

    (La vie passante, Fata Morgana, 1990)

    janvier 7, 2010 à 1 h 07 min

  25. Je me rends compte, après coup (avec un peu de dépit) que je fonctionne finalement avec une esthétique « kantienne » distinguant tout bêtement (trop bêtement ?) le Beau et le Sublime.

    janvier 7, 2010 à 13 h 22 min

  26. Isidore

    L’avantage du beau c’est qu’il permet de trouver du sublime là où on n’aurait pas même l’idée de le chercher.

    En ce sens il m’intéresse davantage puisque la beauté étant capable de se loger n’importe où et n’importe comment, elle ressemble davantage à la vie réelle, celle en chair et en os, et qui a pourtant tant de raison de décevoir.

    En cherchant le sublime et la vision d’absolu qu’il porte, j’aurais trop peur de passer à côté de toutes les beautés que cette vie si imparfaite est pourtant capable de faire jaillir… sans même les voir.

    janvier 8, 2010 à 19 h 41 min

  27. Je trouve pour ma part que la beauté de la beauté a quelque chose de trop convenu, déjà vu, bref banal. C’est sans doute pour ça que je me sens plus attiré (et/ou dérouté) par la beauté qui se loge ailleurs, notamment dans ce qui est considéré comme laid. Mais est-ce alors encore de la « beauté » ? Peut-on l’appeler encore ainsi ?

    janvier 9, 2010 à 1 h 46 min

  28. Dans ma petite « esthétique kantienne perso », le « sublime » n’est pas (comme tu sembles l’avoir compris) l’extraordinairement beau, mais juste ce qui me laisse sans voix. Ce que je ne parviens à saisir en mots.
    Je le trouve même plus souvent dans les petits recoins du quotidien (une ride sous l’oeil, une goutte de rosée sur un brin d’herbe, une ombre sur le mur, etc.) que dans les lieux majestueux censés les abriter (musées, etc.).

    janvier 9, 2010 à 1 h 54 min

  29. T’es pas kantien, mon cher, mais… « contemporain » (malgré tes postures cro-magnonesques) : t’as juste bien intégré la révolution initié par Duchamp qui postule que le « beau » n’est pas réservé à ce qui se prétend — ou se montre — tel mais peut s’accorder à toute chose (même un porte-bouteille, même un urinoir).

    janvier 9, 2010 à 10 h 24 min

  30. Pas faux !
    Mais si tu veux jouer encore avec les références philosophico-pédantes, admets que c’est une révolution avant tout « spinoziste » : ce n’est pas parce qu’une chose est « belle » qu’on l’apprécie, mais parce qu’on l’apprécie qu’on la trouve « belle ».

    La Beauté est ainsi un attribut secondaire. La chose d’abord nous touche (sans que l’on sache trop pourquoi, en-deça des mots), ce n’est qu’ensuite qu’on la qualifie de « belle » (ou n’importe quoi d’autre, selon le champ lexical choisi).

    C’est, en tout cas, comme cela que je crois fonctionner. Et j’aime simplement maintenir distinctes — et distantes — les deux étapes (être touché, trouver les mots).

    janvier 9, 2010 à 10 h 33 min

  31. 120

    Ecrit par André Comte-Sponville :

    BEAU
    Tout ce qui est agréable à voir, à entendre ou à comprendre, non à cause de quelque autre chose qu’on désire ou qu’on attend (comme la vue d’une fontaine plaît à l’homme assoiffé), mais en soi-même, et indépendamment de quelque utilité ou intérêt que ce soit. Le beau se reconnaît d’abord au plaisir qu’il suscite (être beau, c’est plaire), mais se distingue de la plupart des autres plaisirs par le fait qu’il ne suppose ni convoitise ni possession : il est l’objet d’une jouissance contemplative et désintéressée. C’est pourquoi peut-être on ne parle de beauté que pour la pensée (une belle théorie, une belle démonstration) ou, s’agissant des sens, que pour la vue et l’ouïe — comme si le toucher, le goût ou l’odorat, trop corporels, trop grossiers, étaient incapables de jouir sans posséder ou consommer. Cela, toutefois, relève plus des contraintes du langage que de la nécessité du concept. Un aveugle peut trouver belle la statue qu’il palpe, et rien n’interdit, philosophiquement, de parler d’un beau parfum ou d’une belle saveur. Le langage ne pense pas ; c’est ce qui rend la pensée possible et nécessaire.
    « Est beau, écrit Kant, ce qui plaît universellement et sans concept ». Mais l’universalité n’est jamais donnée en fait, et il peut arriver que la beauté, pour tel ou tel, passe par la médiation d’une pensée. Nul n’est tenu de trouver beau ce qu plaît à ses voisins, ni laid ce qui leur déplaît, ni d’admirer ce qu’il ne comprend pas. La jouissance esthétique est tout aussi solitaire, en fait, qu’elle semble universelle, en droit. Nul ne peut aimer, ni admirer, ni comprendre ou jouir à ma place. C’est qu’aucune vérité ici ne règne. « Les choses considérées en elles-mêmes ou dans leur rapport à Dieu ne sont ni belles ni laides », écrit Spnoza (lettre 54, à Hugo Boxel), et c’est ce que Kant, à sa façon, confirmera (« sns relation au sentiment du sujet, la beauté n’est rien en soi », C.F.J., I, §9). Il n’y a pas de beauté objective ou absolue. Il n’y a que le plaisir de percevoir et la joie d’admirer.

    SUBLIME
    Ce qu’il y a de plus haut (sublimis), de plus impressionant, de plus admirable. Se dit surtout d’un point de vue esthétique : c’est une beauté qui emporte ou écrase, comme si un peu d’effroi se mêlait au plaisir. C’est qu’on se sent trop petit, face à tant de grandeur. C’est qu’on ne comprend pas qu’une telle chose soit possible, ou comment elle l’est. C’est que l’admiration bouscule le jeu ordinaire de nos facultés ou de nos catégories. C’est que tant de hauteur nous élève, au moins en partie, jusqu’à nous faire sentir douloureusement ce qui en nous reste bas ou médiocre.
    « Nous nommons sublime ce qui est absolument grand », écrit Kant, « ce en comparaison de quoi tout le reste est petit ». Aussi voulait-il que le sentiment du sublime, même face à la nature, n’exprime que la grandeur de l’esprit (C.F.J., §23 à 29). Je dirais plutôt que le sublime est le sentiment, dans l’esprit humain, de ce qui le dépasse, nature ou génie, et l’emporte. C’est pourquoi il est souvent associé au beau, sans l’être toutefois nécessairement. Une tempête est-elle belle ? Cela peut dépendre des goûts (Kant la jugeait hideuse). Mais elle n’en donnera pas moins le sentiment du sublime, par la démesure, par l’excès de grandeur ou de force, par l’évidence, face à elle, de notre petitesse, de notre impuissance, de notre fragilité… Est sublime ce qui semble absolument grand : ce en comparaison de quoi je ne suis rien, ou presque rien. Et qui fait en moi comme une mort heureuse.
    Lors de son premier voyage en Grèce, qu’il fit tard, Marcel Conche m’envoya une carte postale d’Athènes, représentant le Parthénon. Au dos, cette phrase : « Si Kant avait connu le Parthénon, il n’aurait pas opposé le beau et le sublime. » C’est que la même admiration, qui m’écrase, me réjouit.

    (Dictionnaire philosophique, PUF, 2001)

    janvier 9, 2010 à 11 h 12 min

  32. D’accord avec A.C-S (et Spinoza) : il n’y a pas de beauté en soi mais avant tout du « plaisir de percevoir et de la joie d’admirer ».

    D’accord aussi avec l’idée que toute « beauté » est quelque part « sublime » (tout plaisir provoque un minimum d’effroi).

    Sinon : « Le beau se [...] distingue des autres plaisirs par le fait qu’il ne suppose ni convoitise ni possession ». Mouais… Peut-être est-ce pour cela que j’éprouve quelque réticences avec ce concept (trop « idéaliste », à mon goût, pour être vrai).
    Je ne sais pas vous mais pour moi, je me retiens certes, mais la pulsion profonde, devant ce qui me plaît et me réjouit, c’est non seulement de le convoiter et le posséder, mais carrément l’incorporer (le bouffer, quoi).

    janvier 9, 2010 à 11 h 22 min

  33. Tout plaisir te provoque un peu d’effroi ? Pauvre chochotte ! ;-)

    janvier 9, 2010 à 11 h 24 min

  34. 120

    Ecrit par Eric Chevillard :

    Je suis sensible aux vœux de bonne année émanant d’envoûteurs et chamans véritables qui n’hésitent pas à sacrifier une poule noire ou à brûler des herbes rares en invoquant les soleils et les volcans. Pour les autres, je n’y entends qu’un aveu d’impuissance doublé d’une invitation à me débrouiller seul et si possible en silence.

    (775, http://l-autofictif.over-blog.com/, 10 janvier 2010)

    janvier 10, 2010 à 13 h 10 min

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